FORGET
%im €xûwikt m 1812.
h% gloire maritime de la France ne tomba poi^t avec sa puissance navale dans les désastres d'Àboukir et de Trafalgar. Après la destniçiion de nos flottes , le drapeau tricolore arboré par nos frégates et nos corsaires ne cessa point de se montrer glorieusement sur l'Atlaptique et la mer des Indes.
Les faits que nous allons rapporter se rattachent à celte multitude d'événemens remarquables par leur audace et leur succès , mais qui se perdirent à cause de leur peu de résultats dans le retentissement des triomphes de l'empire , et dans le bruit que fit , en s'ablmant , notre narine.
Habitués à ne nous préoccuper que de ce qui nous frappe d'une manière immédiate ou profonde , nous avons trop négligé les courses et les exploits isolés de nos croiseurs de cette époque. Sans quelques rapports égarés dans les colonnes du Moniteur , nous ne trouverions guère des souvenirs do ces entreprises hardies que chins la mémoire de nos vieux marins , qui
par leur récit protestent , avep cette fierté a«tionale , un des traits frappans de leur caractère, contre les grandes victoires du yack anglais.
C'était en 18)1. La France était alors dans sa plus grande puissance sur terre , sur mer dans sa plus grande faiblesse ; Napoléon , malgré ses triomphes, n'avait cependant point ce$së de fixer les yeux sur nos ports. Il savait qae c'était sous l'influence de la Grande-Bretsigiie que se formaient ces coalitions dix fois coupées par nos armées , dix fois renouées par son or- La Grande-Bretagne était donc renqemie que tôt ou tard il devait abattre , dûtrjl se faire de Moscou et de Téhéran des lieux d'étape povr aller l'attaquer dans les Indes.
Dans l'impossibilité où se trouvait alors notre marine de combattre en ligne les flottes anglaises , il avait conçu le projet de continuer la lutte en s'attachant aux bâtimens de commerce , et d'après ce système des ordres avaient été donnés pour des constructions de frégates , spécialement dans les ports secondaires qu'il importait de rendre mcnaçans pour l'ennemi.
Le Havre fut un de ceux où ces armemens furent poussés avec le pins d'activité et de persévérance.
Le succès ne leur fut pas favorable : tous les bâtimens qui sortirent de ses bassins furent détruits par l'ennemi ; cependant , malgré le malheur qui semblait s'acharner contre ces expéditions, une nouvelle frégate, /a &/otr0(l),beau navire percé de 44 sabords, venait de sortir des calles , et se disposait à prendre la mer.
La plus haute importance s'attachait à cette expédition : l'avenir du Havre comme port militaire dépendait de son succès; il importait d'ailleurs de relever la confiance des populations maritimes de cette partie du littoral , qu'avaient abattue tant de revers. Le capitaine Roussin reçut le commandement de la Gloire.
Cet officier, fait capitaine de frégate après le combat du GVand-Por^, était depuis quelques mois de retour de la mer des Indes, où il avait partagé les glorieuses campagnes qui précédèrent la prise de l'île de France. Il vit, comme tous les marins, dans cette nomination nouvelle , un témoignage de la confiance de l'empereur, et le zèle qu'il mit à justifier ce choix put seul le faire triompher des difficultés et des obstacles dont se trouvait entourée son entreprise.
II fallut d'abord former son équipage dans une contrée où des revers constans avaient démoralisé le peu de marins que les expéditioifs précédentes n'avaient point enlevés. Le moyen qu'il employa prouve la connaissance qu'il arait
(1) Celte belle frégate cHait construite par M. Grehan, que la mort enleva de boime heure à son pays et à ses nombreux amis.
Sî
dd caractère français ( H fit attadier à Tnii de ses m&ts ufl bouclier portant cette inscription en lettres d'or :
L'fiOIflVEUR £T LA GLOIRB l
Cet appel lui attira trente matelots dès le premier jour. Bonaparte, encore ofBcier d'artillerie, avait employé an siège de Toulon ce nftoyen avec le mémo bonheur, pour maintenir une batterie constamment balayée par les bon* lets anglais.
Dès que Fennemi fut instruit que la Gloire se préparait à quitter le Havre , une escadre vint la bloquer dans ce port. La frégate h Pyramus, de 46 canons, la corvette le Star-North, de 28, constamment mouillées sous le cap la Hèt>ey ne quittèrent plus la baie de Seine; chaque soir même , surtout quand soufflaient dos brises de terre, un brick de 16, expédié en mouche, venait jeter l'ancre à l'entrée da bassin.
Cet obstacle n'était point le seul que la Gloire eût à vaincre à cette époque oà nos eaux étaient chargées d'escadres anglaises qui les sillonnaient dans tontes les directions. Les bâtimens qui voulaient sortir du Havre , pour vider la Manche ^ avaient encore à franchir la croisière de Cherbourg, dont les 4 vaisseaux et les 4 frégates éclairaient successivement les parages voisins par de continuelles bordées.
Plus foin , Fescadre du cap Lézard étendait de noovelles lignes qui n'étaient potrrtant encore , comme la flottille de Cherbourg , que les avant-postes de l'armée navale stationnée de-- Tant Ouessant, et dont les détachemens feritiaient la Manche.
Oture ces obstacles généraux, la position de ta Gloire se compliquait encore de difficultés tontes locales.
Telles sont la nature et la position des bassins du Havre, qu'une frégate ne peut tenter rappareillage que pendant trois jours de chaque notrvelle hme et avec les seuls vents du S. E. an N. E. Dans les antres phases il n^y monte point assez d'eau pour faire flotter les bâtimens de cette force. On afura une idée complète des premiers dangers qu'offrait Texpédition si Ton connaît les dimensions de ce port , dimensions telles qu'il serait de la plus grande difficulté d'y faire rentrer une frégate à la voile, dany lo cas où son appareillage n'aurait point réussi.
Cependant, malgré toutes ces chances défavorables, obstacles et périls, le capitaine Roussin quitta le Havre un mois seulement après avoir reçu l'ordre de prendre la mer.
Ce fut par une befle soirée , une des dernières de Pautomne, le 16 décembre 1842, que ta Gloire mit à la voile.
Le ciel était pUr, l'air était vif; la mer; clapotante sous une fraîche brise de 8.*S.-Ei^ s'abandonnait au mouvement ondidé d'itne houle dont les barres plus élevées vers les edtes se dessinaient par des lignes d'écume.
L'aire d'où se levait le vent n'était pointasses contraire pour que le capitaine RonSsin ne tentât point de profiter de la négligence où la clarté de la pleine lune avait jeté l'ennemi. Le brick n'avait point été aperçu durant la Journée. Le Pyramuê et U Stas-North^ lâfioaillés à peine à deux milles N. du cap , la Hève étaient masquées par cette pointe de^ terre. La Gloire appareilla sans que nul indice de départ leur révélât sa sortie.
L'ennemi , trompé dans sa croisière da Havre , le fut également dans celle de Cherbourg ; mais la frégate française ne put donÙer le eap Lézard sans tomber dans les bâtimens ennemis stationnés dans ses eaux.
Le 18 décembre un calme plat la snrprh, vers nne heure du matin, sous le» terres du comté de Comouailles, que l'aube, en se levant, lui montra sombres et rampantes â une distance de deux Henes sous son bossoir de tribord. Neuf bâtimens ennemis manoeuvraient pour la joindre. Ters bnit heures elle se trou-' vait k demi-portée de canon d'une forte cor^ veite que ratliaieiit deux bâtimens sitwé's h petite distance : le combat s'en j^gea done^
Le capitaine Ronssin eovnaissaît tous le»
damgers auxquels la nature des lîenx où FiK^timi se passait et rarmement de sa frégate expo« saient son entreprise.
L'équipage de la Gloire , composé de 340 hommes , comptait 337 conscrits , que les dernières levées avaient jetés, sans expérience de bt mer, dans l'âpre et difficile carrière du marin. N'étant initiés à la profession où ils entraient que par l'éducation qu'ils avaient pn: recevoir dans un bassin de 90 toises de diamètre , letrs connaissances pratiques se bornaient à ce que moins de six semaines avaient pu leur appreiH dre de l'exercice du canon. Quaiit à la manoen* vre, â l'habitude du bâtiment, ils y étaieM aussi étrangers qu'à la focuhé de supporter facilement l'impression de h mer.
Le reste de l'équipage provenant du 15^ de la flotille était un peu plus amarrinë , mais il était trop faible en nombre pour que ses efforts ne se trouvassent pas presque complètement neutralisés par l'absence du concours d^me grande partie de l'équipage ; 30 heures de ika** vigation au milieu des vagues que les coups de vent de décembre soulèvent constamment dans la Manche devaient faire renoncer à l'espoir d'obtenir de lui aucun secours.
Deux cents hommes destinés auf service^ de l'artillerie étaient absolument hors d'état de se mouvoir ; les coups de canon qui purent être
tires dans cet engagement le furent par quelques anciens chefs de pièces , beaucoup même par les ofliciers.
Le pointage fut toutefois si juste, qu'il fut bientôt facile de reconnaître les avaries qu'éprouvait Tennemi. LAlbicorne, corvette de 28 canons, dut même, se hâter de tenir le vent pour s'éloigner d'un feu si bien dirigé , que chaque détonation annonçait un boulet dans ses pressintes.
Deux voiles venaient pourtant de se dresser à l'horizon. Cet engagement , en se prolongeant,^ ne pouvait manquer, par son bruit, d'attirer* sur ce point tous les navires qui croisaient dans ces parages « où le coup de vent des jours précédons devait avoir poussé les vaisseaux de la station d'Ouessant. C'eût donc été , de la part du capitaine français , une témérité sans excuse d'ouvrir sa course par une rencontre dont chaque instant menaçait de l'écraser sous le nombre de ses ennemis.
Il se rappela d'ailleurs que , d'après ses instructions , l'objet spécial et dominant de sa mission était de faire le plus grand mal possible au commerce ennemi; qu'à ce but devaient tendre tous ses efforts. 11 se rappela aussi qu'un Bouvel intérêt se rattachait , dans l'idée du gou- Temement , au succès de son expédition , puisque sa réussite devait prouver qu'il n'était point impossible aux frégates construites dans les chantiers du Havre d'en sortir et de prendre la mer. Résolu donc de changer au moins le théâtre dangereux du combat en quittant les côtes anglaises, il laissa l'Àlbicome serrer le vent, et fit route à l'O. pour débouquer de la Hanche.
Le soir même la Gloire avait établi sa croisière au point le plus fréquenté de la route ( Fireway ) que suivaiert les bâtimens sortis des ports sud de l'Angleterre ou ceux qui voulaient y atterrir.
Il fit dans cette position cinq prises, dont une corvette à trois mâts , le Spy , équipée en llAte et armée de 18 canons ; ne voulant point affaiblir son équipage , le commandant français lui ôta son artillerie , et l'expédia pour l'Angleterre en cartel d'échange.
Les tempêtes de l'hivernage ne permirent pomt à la Gloire de sillonner long-temps cette iner toujours houleuse. Le délabrement et l'inexpérience de ses hommes la forcèrent, après 15 jours de navigation par un temps de tourmente, à chercher des eaux et une tempélature moins rigoureuses.
Le Portugal était alors occupé par l'armée anglaise. Elle se porta vers l'embouchure du Tage pour intercepter les correspondances entre Lisbonne et l'Angleterre ; mais elle fut contrainte de prendre chasse devant deux frégates, la Pique et la Loire^ à portée de canon, desquelles elle éprouva l'importante avarie de la
rupture des clefs de ses deux mâts de hune. Une grande habileté de manœuvres réussit, contre toute apparence , à la tirer de ce pas critique.
Elle fut alors croiser entre Madère et les Canaries , d'où , après y avoir capturé six bâtimens , elle se dirigea vers la Barbade , point d'atterrage de tous les bâtimens anglais destinés aux Antilles.
La fin prochaine de ses vivres et le mauvais état de sa mâture purent seuls contraindre le capitaine Roussin de regagner les côtes de France. Ce fut le 6 février que son cap fut mis sur nos ports, où il devait porter à nos matelots abattus des souvenirs de bonheur et d'audace , vingt jours après un coup de vent de Sud-Ouest l'avait porté sur la Sonde.
Il était deux heures de relevée , lorsque la voix d'une vigie signala un navire : c'était le Limet, brick de 14 canons.
Bien que la bourrasque eût molli depuis quelques insians, les bouffées étaient toujours violentes , la mer était toujours zébrée d'écume. Malgré tout ce qu'avait ce temps de contraire à la manœuvre , le commandant de la Gloire ordonna de gouverner dessus ; un instant après il lui hélait d'amener.
Loin de se rendre , le brick , profitant de la dureté de la mer, qui rendait le tir incertain, et des petites dimensions de son bâtiment comparativement à celles de la frégate , fit plusieurs viremens de bord vent arrière , manœuvre que la Gloire ne put imiter. Cette fuite retarda sa prise jusqu'au moment où , se trouvant sous le vent de la frégate , il reçut une demi-volée , sous laquelle s'abaissa son pavillon.
La tempête, qui avait repris une nouvelle force, rendit l'amarrinage de cette prise fort dangereux. Il s'effectua cependant sans la perte d'un seul prisonnier , quoi qu'ils se fussent presque tous enivrés, et à la vue d'une frégate ennemie qui était à la cape, trois lieues sous le
vent.
Le jour baissait, le capitaine Roussin expédia le bâtiment pour Brest; puis, pour captiver l'attention de la frégate ennemie , laissa arriver
stur elle.
A dix heures du soir , par une nuit profonde, où, malgré la phosphorescence des vagues, la mer se confondait avec le ciel , les frégates se trouvèrent à contre-bord et à si petite distance l'une de l'autre , qu'il est difficile de comprendre comment elles purent éviter un abordage , qui sans doute les eut enveloppées dans un commun
sinistre.
Un moment après qu'elles se furent dépassées , un nouveau coup de vent éclata , et ôta aux deux bâtimens la possibilité de se conserver en vue. On sut de suite que cette frégate était rAndromaque, forte de 46 pièces de gros calibre.
Le 28 février 4813 » la Gloire entra dans la rade de Brest après une croisière de soixantetreize jours. Le tort qu'elle fit à l'ennemi fut évalué à 5 millions; 396 prisonniers, provenant de ses captures » parvinrent dans nos ports.
Cet avantage ne fut point le seul que cette expédition procura à la France. Elle put, en outre, dans ce temps ou les marins étaient si rares, compter sur un équipage qu'avaient commencé à former plusieurs mois de tempêtes et de combats.
Si cette course ne fixe point l'attention par l'intérêt dramatique qui s'attache aux victoires importantes et aux grandes catastrophes , tous .nos marins ont apprécié ou apprécieront l'importance qu'avait l'habileté et le courage avec lesquels elle fut conduite dans un système qui pouvait tarir dans leurs sources les forces de l'Angleterre , et préparer de nouveaux élémens de puissance maritime pour notre pays. On reconnaîtra d'ailleurs quel degré de dévouement ces expéditions supposaient dans nos marins à cette époque, en réfléchissant que la France avait à peine six frégates sur ces mers , que les flottes anglaises écrasaient sous leurs vaisseaux. Jules Lecomtë.
Hi0 prt0 îJiaM lt$ Ijunier^,
Le venta subitement sauté dans un autre air ; le navire qui , poussé par une brise d'arrière , voguait grand largue sur une mer dont la houle favorisait sa marche , s'incline maintenant et donne la bande.
On supprime les voiles hautes pour diminuer Faction du vent et préserver les faibles mûts qui les portent. Toutes les toiles de beau temps, royaux, contre-royaux, bonnettes, hautes et hsisses perroquets , clin-foc f sont serrées et assuréesfortement sur leurs rabansdeferlage; l'officier de quart fait orietiter les vergues pour que le reste de la voilure reçoive plus directement l'impulsion de la brise dont le souffle a haie le travers.
La route que suit le navire après cette manœuvre n'est plus celle à laquelle il présente la gnibre ; sa marche de directe est devenue oblique ; malgré ce mouvement de dérive, il navigue pourtant encore hardiment sous ses huniers, ses basses voiles, sa brigantine et son petit foc.
Cependant le vent fraîchit toujours; la voilure,
toute réduite qu'elle est, fatigue encore ces mâts qui, lourds et gros, mais souples à cause de leur longueur articulée, fouettent comme de longues gaules à chaque secousse du tangage et des bouffées. Le navire a repris sa position penchée, dont les vergues des huniers, hissées en tête de mais , augmentent l'inclinaison par leur poids.
L'officier, voulant prévenir ce que cette navigation a de fatigant pour la mâture et la coque dubâtiment, fait arriserïcs perroquets: ces voiles, les plus élevées pour le moment, descendent, à cet ordre, du haut des mats, et le navire soulagé se redresse.
Mais l'horizon, que des grenasses chargent de taches livides, fait redouter que la chute de la nuit ne change en tourmente le vent déjà violent par momens. Le capitaine ordonne à l'officier de quart de faire prendre des ris aux huniers.
Cette opération a pour objet de diminuer la surface de ces voiles en réduisant leur hauteur. Ainsi resserrées, lorsque les vergues qui les supportent seronthissées de nouveau, elles n'atteindront plus qu'à la moitié des mâts, et offriront par conséquent au vent la moitié moins de prise.
Range éprendre des ris aux huniers.
Tel est le premier ordre que donne l'officier de manœuvre.
A ce commandement préparatoire, que transmettent, vibrant les répercussions du porte-voix, tous les matelots courent à leurs postes ; mais, avant qu'ils ne s'élancent dans les enflecbures (4) , l'officier fait prendre les mesures qui doivent assurer à leur travail moins de peine et moins de danger.
Il fait d'abord embraqUer les balancines ; c'està-dire que, pour rendre la vergue solide sous le poids des hommes qui la surchargeront, il fait supporter ses extrémités par les balancines.
On brasse ensuite la vergue quarrée en amar^ rant solidement \e^ bras tribord et bâbord, c'està-dire qu'au moyen de cordages nommés bras qui appellent ses extrémités en arrière, on Tappuie contre le mût pour la préserver des mouvemens que lui transmettrait la voile fouettée par le vent.
Enfin le palan de roulis est embraqué pour garantir la vergue de ces dangereuses secousses du bâtiment.
^ Voilà pour la sécurité des matelota qui vont s'élancer à l'exécution de la manœuvre.
D'autres dispositions restent à exécuter pour rendre le travail moins long et moins pénible.
Loffe timonier!
Le navire obéissant au gouvernail, vient lui*
(I) On nomme ainsi les cordes transvci*sales qui forment let échelons des hauts bancs.
Si
même présenter le côté de sa voile (la ralingue) au vent; la toile que la brise, en la tendant, eut rendue insaisissable s'offre flottante en plis nombreux aux mains qui vont la dompter.
C'est alors qu'après avoir (ixit peser les palanquinSy c'est-à-dire fait supporter les côtes de la voiles par des cordages (palanquins) fixés d'avance au-dessus des points qui vont devenir les coins supérieurs de la voile ainsi raccourcie, il donne le commandement définitif :
En haut prendre des risl
A cet ordre, les matelots se précipitent dans les cordages. En un clin-d'œil ils sont sur la vergue, perchés à ses extrémités , ou la garnissant dans sa longueur. Leurs pieds s'appuient sur une simple corde ; leurs mains se saisissent pour soutien de la voile même qui doit céder à leurs efforts; battus par le vent et la pluie; couverts quelquefois sôus les renflemens des plis que le ventsoulèveau-dessusde leurs têtes; appelant par le chant d'un hourah mesuré leur concours simultané contre la résistance d'une grosse toile lourde de vent etd'bumidité ; décrivant dans l'air, sur cette vergue mobile, les arcs rapides du roulis qui les ramène sans cesse au-dessus de la vague qui gronde et écume sous leurs pieds; se tenant d'une main, travaillant de l'au- UCy ils exécutent cette opération dangereuse avec autant de promptitude que d'adresse.
Me craignez point pour eux , leurs pieds se sont fait à la longne une planche solide de cette pliante mâture; de joyeux éclats de rire se mêlent souvent au sifflement du vent dans ces occupations aériennes, dont l'habitude a effacé ponreux les dil'ficoltésetles périls. Les accidens y sont toujours accueillis par de grosses épigrammes. Une rafale enlève un chapeaa : Encore mu cadeau à saint Pierre, dit avec résignation le l^bilosophe, qui presque toujours avec la coiffure de toile goudronnée perd sa hlague (1) ou sa pipe , ces douces compagnes du bossoir. Et un autre, pour le consoler, Ini conseillera de eonrir après.
Lrco.
Prière tfn Jîlat^iot.
Je ne suis rien : je ne suis qu'un simple solitaire : j'ai souvent entendu les ? avans disputer
(1) K8]ièce de bourse dans laqueUe^les'niarios jnetteat le tabac à chiquer.
sur le premier Être , et je ne les ai point compris; mais j'ai toujours remarqué que c'est à la vue des grandes scènes de la nature que cet Être inconnu se manifeste au cœur de l'homme. Un soir (il faisait un profond calme ) nous nous trouvions dans ces belles mers qui baignent les rivages de la Virginie. Toutes les voiles étaient pliées. J'étais occupé sur le pont, lorsque j'entendis la cloche qui appelait tout l'équipage à la prière : je me hâtai d'aller mêler mes vœux à ceux de mes compagnons de voyage. Les offîciers étaient sur le château de poupe avec les passagers ; l'aumônier , un livre à la main , se tenait un peu en avant d'eux; les matelots étaient répandus pêle-mêle sur le tillac : nous étions tous debout , le vigage tourné vers la proue du vaisseau , qui regardait l'occident.
Le globe du soleil, prêt à se plonger dans les flots, apparaissait, entre les cordages du navire , au milieu des espaces sans bornes. On eût dit , par les balancemens de la poupe , que l'astre radieux changeait à chaque instant d*borizon. Quelques nuages étaient jetés sans ordre dans l'orient, où la lune montait avec lenteur : le reste du ciel était pur. Vers le nord, formant un glorieux triangle avec l'astre du jour et celui de la nuit, une trombe brillante des couleurs du prisme s'élevait de la mer comme un pilier de cristal supportant la voûte du ciel.
Il est bien à plaindre celui qui, dans ce spectacle , n'eût point reconnu la bonté de Dieu. Des larmes coulèreut malgré moi de mes paupières lorsque mes compagnons, ôtant leurs chapeaux goudronnés, vinrent à entonner d'une voix rauque leur simple cantique à Notre-Dame^^e-Bon- Secours y patrone des mariniers. Quelle était touchante la prière de ces hommes qui, sur une planche fragile, au milieu de l'Océan, contemplaient le soleil couchant sur les flots! Comme elle allait à l'âme cette invocation du pauvre matelot à la mère de douleur ! La conscience de notre petitesse à la vue de l'infini , nos chants sétendant au loin sur les vagues, la nuit s'approchaut avec ses embûches, la merveille de notre vaisseau au milieu de tant de merveilles, un équipage religieux saisi d'admiration et de crainte, un prêtre auguste en prières. Dieu penché sur l'abime , d'une main retenant le soleil aux portes de l'occident, de l'autre élevant la lune dans l'orient, et prêtant à travers Fimmensité une oreille attentive à la voix de sa créature : voilà ce qu'on ne saurait peindre et ce que tout le cœur de l'homme suffit à peine pour sentir.
GUATBAUBRIAND.
£tsi PmUmsi.
Le pavillon est pour les marins ce qu'est le drapeau pour l'armée de terre. Drapeau, pavillon, sont pour eux deux mots qui expriment une même idée : l'honneur. C'est sous ce signe que prêtent leur serment de fidélité le matelot et le soldat; c'est sous lui qu'ils doivent mourir plutôt que de l'amener ou de le rendre.
Mais telle est la position du marin qu'un seul pavillon distinctif ne lui suffit pas. De là, la nécessité de l'emploi de plusieurs signes , lorsque cependant ce n*est qu'à un seul qu'est attachée la Synonymie dont nous parlions il n'y a qu'un instant. Il n'est pas sans utUilé et il ne sera pas sans intérêt peut-être de donner quelque étendue à une notice qui fournira sur les pavillons des indications peu connues de personnes étrangères à la mer.
Le pavillon est une bannière, une enseigne, un étendard d'étoffe légère, soie, toile ou étamine , que l'on déploie au vent. Cette bannière porte les couleurs, le blason, les armoiries, le chiffre , les marques distinctives de la nation , de la province, du port, de l'officier qui commande le navire qui l'arbore , de l'armateur auquel il appartient.
Ouoique Tbistoire ne laisse rien de précis sur les signes auxquels les navires phéniciens étaient distingués des côtes où ils se présentaient, il est liors de doute qu'ils avaient quelques marques de reconnaissance, et ces marques ne durent être que des pavillons.
Les habitans d'Egine furent les premiers Grecs qui eurent une prépondérance marquée daps les Cyclades. Ils se distinguèrent dans leurs guerres coutre les Perses, et des bàtiincns de mer, quels qu'ils fussent, susceptibles de se séparer, de se rencontrer ensuite, de chercher l'ennemi, de l'attaquer, de se mêler avec lui, avaient sans doute des signaux pour se reconnaître, donner et recevoir des ordres.
Les historiens, les poètes, sans s'expliquer positivement sur ees signaux, donnent cependant à entendre qu'ils étaient faits avec des pavillons. Homère, Hérodote, Strabon, Diodore, Thucydide, le font suffisamment connaître.
Laissons Tantiquîté pour nous rapprocher des temps modernes.
Oiai distingue les pavillons de nation, de province ou d'arrondissement, des signaux généraux ('U particuliers.
Les premiers sont invariables, et si quelque trrconstance y amène quelque changement , la votificatlon en eslfûiâ aux^uureaéiat»paBeott-
munication diplomatique; ils intéressent toute les nations maritimes, et doivent être connus de toutes. On distingue souvent ceux qui sont spéciaux aux bàtimens de guerre de ceux qui ne peuvent être arborés que par les navires du commerce ; ils sont placés sur un petit màt appelé mai de pavillon , élevé sur le couronnement du navire, et qui reçoit unelégère inclinaison qui permet de distinguer le pavillon, même quand il fait peu de vent. A bord des petits navires , le pavillon national est hissé à la corne d'artimon.
Les pavillons d'arrondissement ou de province ne sont, à bien dire, que des signaux de reconnaissance ; ils ne sont pas d'obligation : chaque nation peut en adopter ou en changer, sans qu'il soit besoin de les notifier aux puissances étrangères; c'est une affaire de famille.
Lorsque la France était diviséç en provinces, chacune de celles qui avaient des ports avait son pavillon, de même que, plus anciennement, elles avalentleur amiral. On connaissait ainsi enFrance le pavillon de Picardie, de Normandie, de Bretagne, de Guyenne, deProvcnce. Laloidu âioctobre 1790, qui fixa le nouveau pavillon français, décida qu'un seul pavillon serait désormais arboré par tous les bàtimens, soitde guerre, soitdu commerce : et comme déjà les provinces avaient cessé d'exister comme fractions d'unmême corps, les pavillons qui les distinguaientcessèrent d'être
mis en usage.
Ce ne fut qu'en 1817, par un règlement du 3 décembre, que la France étantdivisée pararrondissemens maritimes, chacun de ces arrondissemens reçut un pavillon distinctif, dont la place fut fixée en tête du grand mât. Us ne doivent être arborés à la mer qu'en cas de rencontre ou en vue du port; et, quand ils le sont, le pavillon français doit toujours l'être ou au mât de pavillon ou à la corne d'artimon.
La néce;ssité de communiquer ses idées à des distances plus ou moins grandes, a fait imaginer les signaux : nous ne parlerons ici que de ceux qui se font à la mer et de jour. C'est un véritable langage qui a ses signes, sa grammaire, son dictionnaire.
Les pavillons de signaux sont arbitraires et faits avec des étoffes légères, généralement en étamine. On choisit les couleurs les moins faciles à confondre, même à l'œil uu ; telles sont te blanc, le roufe, le jaune, le vert, le bleu. On ne réunit jamais dans un même pavillon le bleu et le vert, ou le blanc et le jaune, couleurs qui peuvent aisément à dislance être prises l'une pour l'autre, surtout lorsque, les pavillonsayant servi long-temps, les teintes ont perdu leur premier éclat. Ces pavillons sont ou d'une seule couleur, ou de couleurs diverses disposées par bandas horizottiaies ou verticales, en carreaux, en cpiartiers. Souvent un disque de couleur trancloiite est placé au milieu du pavillon ; on les hisse e^^
semble ou séparément à la tète des mâts ou au bout des vergues , en général aux lieux les plus apparens.
Il est des signaux adoptés par toutes les nations ; par exemple, un pavillon rouge en tête du mût ou à rarrière du canot , fait connaître que le navire est chargé de poudre.
Un pavillon jaune indique que le navire est suspect de contagion, ou qu'il y a contagion à bord.
Deux bâtimens ennemis qui veulent communiquer ensemble, ou un bâtiment qui veut communiquer avec un port ennemi, arborent pavillon parlementaire. C'est presque toujours le pavillon de la nation à laquelle le bâtiment appartient, placé à la poupe, lorsque celui de la nation avec laquelle on veut communiquer est hissé soit au grand mât , soit au mât de misaine. Presque toutes les nations autres que la France emploient le pavillon blanc au mât de misaine pour désigner la mission du parlementaire.
On fait connaître que le bâtiment est une prise faite sur renncmi en plaçant au mât de pavillon ou à la corne d'artimon deux pavillons sur la même drisse ; celui du vainqueur occupe le haut, celui du vaincu est placé plus bas.
Si Ton est dans la détresse, si Ton réclame des secours, si Ton demande un pilote, on met le pavillon en berne, c'est-à-dire que, placé à la poupe du navire, le pavillon national est plié et serré de manière à ne pas flotter au vent.
En signe de deuil, on tient le pavillon à mimât.
Dans un combat , on amène le pavillon pour annoncer que l'on se rend, que l'on capitule.
Revenons aux signaux particuliers.
On a cherché les combinaisons qui pussent procurer le plus grand nombre possible d'indications spéciales avec le moindre nombre de pavillons. On voulait obtenir plus de facilité d'exécution, éviter surtout la confusion.
La méthode la plus féconde est due à M. le chevalier de Pavillon, capitaine de vaisseau, qui a donné son nom au drapeau maritime par l'emploi qu'il en a fait dans la langue des signaux. Elle est remarquable par sa simplicité et le grand nombre descombinaisons qu'elle présente, et qui peut être encore facilement et singulièrement augmenté. En n'employant que trois pavillons pour chaque signal, un supérieurpour l'unité, un intermédiaire pour les dizaines , et un inférieur pour les centaines, treize pavillons suffisent pour donner neuf cent quatre-vingt-dix-neuf combinaisons.
Si à chacune on attache une phrase, une idée, une signification quelconque, on a un langage fort étendu.
Les pavillons le plu§ ordinairement employés dans les signaux , du moins chez les Français , sout:
Lcblea,
Le rouge ,
Le jaune.
Mi-partie rouge et blanc,
Mi-parlie bleu et blanc.
Damier blanc et rouge,
Damier blanc et bleu.
Blanc perce de rouge, Blanc percé de bleu, Bouge percé de blanc, Bleu percé de blanc, Bleu percé de rouge.
Le bbnc n'est jamais em« ployé seul que comme pavillon parlementaire.
En bandes verticales*, on n'emploie pas les bandes horizontales oui pourraient faire confondre la irâaide inférieure d'un pavillon avec la bande supérieurede celui qui le suit, et produire erreur de signal.
Un disque de la couleur indiquée est placé au centre du pavillon indiqué.
Neuf de ces pavillons indiquent les neuf premiers chiffres.
Deux sont affectés au zéro ;
Deux ont pour fonction de figurer tel des neuf premiers chiffres auxquels on les joint.
Les tables de signaux se partagent ordinairement en neuf chapitres , dont le premier comprend tous les nombres qui ont en tête le chiffre 1. Ainsi, 1 , 10, H , 12, 15, etc. , jusqu'à 199. Le deuxième chapitre comprend tous les nombres qui ont le chiffre 2 en tête, comme 2, 20, 21 , 200, 210, etc. , jusqu'à 299. Le troîsième, tous ceux qui ont le ciffre 3 en tête, ainsi des autres.
Que l'on applique à ces chapitres diverses sections , comme signaux à l'ancre , signaux à la voile , signaux de combat et de marche , etc. , dont les titres indiquent les principales circonstances générales , on conçoit jusqu'à quel nombre étendu de combinaisons différentes on peut élever ce dictionnaire. Chaque chapitre, chaque section , sont annoncés par un pavillon particulier où par le lieu où lé signal est placé (1).
Les ordres donnés par les signaux peuvent être entendus de tout le monde : la plupart des phrases sont imprimées, et ces cahiers peuvent tomber dans des mains où elles ne se trouveraient pas sans danger. On a résolu cette objection en n'affectant pas toujours les mêmes pavillons aux mêmes chiffres. Le premier travail du général qui commande une armée est de faire faire la table de signaux, qui est distribuée à chaque capitaine. Mais si l'on peut craindre que l'ennemi ait découvert le secret de ce langage, il suffit, pour le dérouter, de changer le pavillon indicateur du chiffre. Ainsi, par exemple , que Ton transporte au n^ 9 le pavillon qui a jusqu'alors désigné le n<^ 1, toute la table est changée, et les mêmes pavillons expriment d'autres idées. Supposoùs, par exemple, que le pavillon bleu indique le n** 1 , le damier rouge le n<* 7, et le blanc percé de rouge le n<* 9; en plaçant les pavillons ainsi, ils exprimeront le chiffre 179, qui peut être l'ordre de
(1) M. de Rossel, dont la marine déplore la perte récente, a publié en 1822, en un vol in-8*, de concert avec M. lé vice-amiral deRosily, un livre de Signaux de Jour, à l'u» sage des vaisseaux de guerre français.
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naFche sur trois colonnes an plus près dn vent. Que Fon déplace le chiffre 9 , et que le pavillon qui Ta indiqué jusqu'alors indique maintenant le ti9 i, le bleu deviendra Findicateur du B^ 2» le damier rouge Findicateur du n® 8.
Les trois mêmes pavillons, restant placés comme il vient d'être dit , représenteront le chiffre 381 , qui pourrait exprimer Fordre de former la ligne de bataille et d'attaquer l'ennemi.
Un bâtiment ressemble tant à un autre , il est si facile de prendre des couleurs autres que celles qu'on a droit de porter ; il est si généralement admis qu'en guerre toute ruse est permise, qu'il est devenu indispensable de convenir de signaux de reconnaissance. C'est, en marine, Féquivalent du mot d'ordre des armées de terre. Confiés au capitaine qui doit les tenir soigneusement sous clef, ne les ouvrir que dans le cas où il est indispensable de s'en servir, et les jeter à la mer s'il craint que Fennemi les surprenne, ils sont secrets de leur nature. Propres à toutes les côtes du royaume , ou particuliers à certains points de la côte, ils se font, comme tous les signaux , avec des pavillons, des fusées, des coupsde canon , quelquefois par la combinaison de ces trois moyens. 11 n'y a et il ne peut y avoir de règles pour l'adoption de ces signaux. On doit à des Anglais ingénieux, MM. Luscombe frères, une langue générale par signaux, au moyen desquels les navires de diverses nations , ignorant même la langue spéciale à chacune, peuvent converser entre eux. Nous reviendrons sur cette polygraphie, à cause des avantages que la navigation peut en retirer.
Les armateurs des navires du commerce sont autorisés à Caire porter à leurs navires des signaux particuliers ; leur place est au mât de mi- «aine , et mention doit être faite sur le rôle d'équipage de ceux adoptés pour chaque navire.
•Ainsi Fa disposé le règlement de 1827, en conformité de Fordonnance du Roi de 1765*
Le caprice seul règle l'assemblage des cou* leurs de ces pavillons ; souvent on se borne à écrire en grosses lettres noires le nom entier du navire dans un pavillon ou guidon blanc , ou en lettres blanches sur un pavillon bleu. C'est bien le signe le plus expressif, mais il ne peut se distinguer de très-loin , même avec la lunette; souvent le vent ou la position du navire, relativement à Fobservateur, ne permettent de lire qu'à rebours. La disposition diverse de couleurs différentes est en définitive le meilleur Itiode à employer.
JLiorsque Louis XYI vînt au Havre en 1786 , un navire du commerce fut mis à Feau en présence de Sa Majesté, qui voulut bien donner son nom à ce bâtiment, et lui accorder quelques faveurs spéciales, telles que Fexemption de certains droits, etc. ; une des ces faveurs pure-* Tome !•%
ment honorifiques fut d^ porter une fl#ar de U« d'or dans son pavillon de poupe.
Aux jours des fêtes nationales, on pavoise les navires, on garnit les mâts, les verguef d'un nombre infini de pavillons, de guidons^ de cornettes, de flammes de toutes couleur^, dont le mélange oiïre le coup-d'œil le plue flattenr.L'art dutimonnier, qui est chargé du seiv vice despavillons, est de lesdisposer delà manière la pi us agréable à Fœil . On y emploie généi alemen les pavillons de signaux ; on se sert aussi des pavil* Ions de nation. Le grand pavillon national e$| exclusivement placé à la poupe du navire; ceuv des nations amies le sont suivant le rang qu'un ordre du 26 avril 1827 a réglé en affectant les postes d'honneur pour les pavillons étrangers, 1° à la grande vergue à tribord ; 3^ la grande vergue à bâbord ; S^ la vergue de misaine à tri^ bord ; 4^ la même vergue â bâbord ; 5^^ la vergue barré à tribord ; 6^ la même vergue à bâbord* S'il y avait un plus grand nombre de pavillons étrangers à placer , ils le seraient sur les vergues de hune, en hissant l'ordre indiqué ci-dessus pour les basses vergues. On ne peut arborer aucun pavillon de nation en tête du mât, mais seulement le pavillon tricolore ou des pavillons de signaux. Il est défendu de mettre aucun pa^ Villon de nation sous le beaupré.
Dans les ports de France , les bâtimens fran* çais doivent donner le poste d'honneur au pe^ villon des bâtimens étrangers qui s'y trouveront avec eux, dans Fordre suivant : 1<> le pavillon de nation de Fofficier étranger commandant dont le grade sera le plus élevé, ou, à grade égal, lé pavillon de celui qui sera arrivé le premier dans la rade , et successivement les pavillons des au» très bâtimens de guerre étrangers, selon le grade des commandans, ou, à grade égal , selon la date de leur arrivée.
En pays étranger, on arbore au premier poste d'honneur le pavillon de la nation chez laquelle on est, ensuite ceux des bâtimens étrangers qui sont au même mouillage, selon Fordre de grade ou de date indiqué ci-dessus ; puis ceux des nation» étrangères dont les consuls résidant dans le pays arboreront les couleurs les jours de fête.
Dans tous les cas , les bâtimens du Roi peu« vent employer, dans leurs pavois, tous les autres pavillons de nation dont ils seraient pourvus.
Avant cet ordre , on arborait les pavillons de nation en tête des mâts, le grand mât étant réservé au pavillon français : le premier poste d'honneur était le mât de misaine , le second le mât d'arti<* mon , puis les bouts de vergues comme il vient d'être dit.
Le pavillon espagnol était toujours le premier, à moins qu'on ne fût dans un port étran^ ger, auquel cas on hissait par courtoisie, â le place d'honneur, le pavillon de la nation chez la* quelle on se trouvait, La cause de cette préfé*
rence pour le pavilloti espagnol venait sans doute de la liaison de famille qui existe entre les souverains. On n'oublie pas en France qu'un fils de Louis XIV , est la souche de la dynastie actuelle des rois d'Espagne. On plaçait après ce pavillon ceux des nations qui ont à leur tête des princes de la même famille, puis ceux des nations avec lesquelles la France avait des relations politiques plus particulières, des liaisons plus étroites.
Dans le droit des nations, un navire ne doit entrer dans un port, et ne doit combattre que sous le pavillon de sa patrie; lorsqu'en temps de guerre on arbore son pavillon, on doit l'assurer d'un coup de canon , si l'on veut ne donner lieu à aucun soupçon.
Deux navires qui se rencontrent à la mer peuvent, pour se masquer, pour cacher une opération concertée, pour tout autre motif fondé, souvent même par caprice, arborer un pavillon national autre que le leur. Mais , dans ce cas , il n*est pas permis d'assurer le pavillon sous lequel on se déguise. Le faire serait agir d'une manière contraire à l'honneur et à la foi publique. Il est à remarquer que cette règle prescrite aux bàtimens français ( notamment aux corsaires qui ne craignaient point d'en agir autrement ), par une ordonnance de Louis XIY, du 17 mars 1696, a été adoptée par toutes les nations. Il y a peut-être de l'amour-propre national à faire cette remarque, mais ce mouvement est bien permis quand il. est fondé sur un fait si honorable pour la France.
Le pavillon étant le signe extérieur de la nationalité, un navire ne peut arborer qu'un seul pavillon, et tout b&timent à bord duquel il en était trouvé deux était , par nos anciennes ordonnances, réputé pirate. 11 faut vraisemblablement donner aux mots soulignés , une interprétation différente de l'idée qu'ils expriment; car les bàtimens de guerre ont tous les pavillons des diverses nations : il en est de même des corsaires, et souvent aussi de beaucoup de bàtimens du commerce. Au surplus, cette défense d'avoir à bord des pavillons de plusieurs nations se rapprochait de celle de combattre sous un autre pavillon que le sien, sous un autre que celui que Ton avaii assuré. On pourrait croire alors que par ces mots trouvé deux pavillons, on aurait entendu combattre sous deux pavillons que l'on aurait tous deux assurés.
C*est bien là, en effet, l'usage des pirates, qui n'hésitent pas., non seulement à arborer, mais à assurer le pavillon qu'ils croient le plus propre à rendre plus facile la capture des bàtimens dont ils projettent de s'emparer.
On en voit, au surplus, ne pas faire tant de façons, et, dans leur impudente audace, frapper un pavillon noir, sur lequel quelquefoisils peignent des têtes de morts, des os en sautoir, des sabres croisés. Ceux-là, du moins, ne se déguisent pas,
et Ton sait à quoi s'en tenir siir leur Compte.
Nous terminerons cette notice en rapportant un extrait des dernières ordonnances en oe qui concerne les pavillons, tant celui indicatif de la nation que ceux qui font connaître le rang et le grade dans l'armée navale des officiers-généraax et autres pourvus des divers commandemens.
Il est intéressant pour les navigateurs de savoir quels sont ces signes caractéristiques , afin de remplir convenablement les devoirs qui leur sont imposés, soit pour les saluts, soit pour les comptes à rendre des divers événemens de mer.
La révolution de 1830 a remis en vigueur le décret de février 1793 ainsi conçu : t Le pavilc Ion national est formé de trois bandes vertic cales, bleu à la gaine, blanc au milieu» rouge t flottant. — La flamme, un cinquième bleu, un c cinquième blanc, trois cinquièmes rouge. >
31 Août 1817. — Les pataches de douane ont droit de porter la flame au grand màt et le pavillon de poupe comme tous les autres bàtimens de l'état.
3 Décembre 1817. — Règlement pour les pavillons d'arrondissement affectés aux navires du commerce.
31 Octobre 1827. — Cette ordonnance, modifiée par les événemens de 1830, règle tout le service et les devoirs des officiers de la marine à bord des vaisseaux. Nous ne parlons ici que de celles de ses dispositions qui sont relatives aux pavillons.
Le vaisseau à bord duquel le Roi se trouverait en personne porterait le pavillon national au grand màt, au bâton d'enseigne et au mât de beaupré.
Celui à bord duquel serait l'amiral de France en personne porterait le pavillon carré tricolore aux armes de France avec deux ancres en sautoir.
Le vaisseau monté par un officier-général, pourvu du titre d'amiral, par commission royale» portera le pavillon carré tricolore au grand màt; celui monté par un vice-amiral , le même pavillon au màt de misaine ; et celui monté par un contre-amiral , au màt d'artimon.
Les capitaines de vaisseau, pourvus de lettres de chef de division et commandant plusieurs vais* seaux réunis , porteront un guidon tricolore au grand màt. Si c'est en armée , leur guidon sera de la couleur de l'escadre à laquelle ils seront attachés.
Si deux chefs de division commandent dans un même détachement , le plus ancien portera son gui(ion au grand màt, l'autre au màt de misaine. Les capitaines de frégate , lieutenans et enseignes de vaisseau commandant plusieurs bàtimens réunis , porteront seulement un guidon en vergue; s'ils commandent un seul bâtiment , ils portent une flamme.
Le plus ancien capitaine des bâtimens de commerce réunis au même mouillage arborera la flamme tricolore au mût de misaine. Il l'amènera en présence d'un bâtiment de guerre, et pourra cependant la conserver, s'il y est autorisé par l'officier commandant le bâtiment de guerre.
Les bâtimens de commerce porteront le pavillon tricolore à poupe, et, en outre, telles mar- 'ques de reconnaissance qu'ils jugeront convenable; mais ils ne pourront en faire usage qu'après les avoir fait connaître au bureau de la marine , et qu'il en aura été fait mention au rôle d'équipage.
! Us sont tenns d'arborer en même temps que le pavillon de poupe , le pavillon d'arrondissement. . Il lenr est défendu d'arborer un pavillon tricolore à la poupe des embarcations.
. La même ordonnance détermine les pavillons de distinction à arborer sur les canots , lia manière dont ils doivent l'être , soit déployés , soit ferlés , suivant le grade et le rang des officiers qui sont à bord , et qui ne sont point officiersgénéraux.
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