F&ANC
AHIfE-HlLARION-COTENTIN DE TOCRVILLE, MARÉCHAL DE FRANCE.
Jusqu'aux dernières années du règne de Louis XV, les grades de la marine, comme ceux de Tarmée, étaient exclusivement dévolus à la noblesse; aiqsi la profession qui exige dans ceux qui s'y livrent la réunion d'une longue expérience à des connaissances aussi profondes que variées, était abandonnée à des hommes auxquels un nom tenait lieu de savoir, de pratique et quelquefois çle bravoure. Notre marine pourtant, gn\ce au caractère français, se montrant 1 égale de toutes les autres, produisit des officiers qui soutinrent, avec éclat, dans toutes les mers, la gloire de notre pavillon. Parmi ces noms illustres se fait remarquer le grand nom de l'amiral Tourville.
Anne-Hilarion-Cotentin de Tourville naquit en 1642 dans la province de Normandie, dont son père était commandant.'^'roisième fils d'une grande maison, il avait à choisir entre Tépée et Téglise : ÎUntra dans Tordre de Mal^e à l'âge de 14 ans. Dès sa plus tendre jeunesse Tourville annonça l'énergie ^e caractère qu'il devait déployer plus ^ard; à peine âgé de 15 ans, il était déjà sorti victorieux d'une affaire dlionneur. Aussitôt qu'il fut en état de servir sur les Vaisseau?^ de la religion, son parent le ^uc de La Rochefoucault le recommanda au chevalier d'Hocquincourt,'qui faisait équiper à Marseille une frégate pour aller combattre les Musulm.ans. t Que ferons-nous, écrivît 9 au duc le chevalier d'Hocquinçourt, sur un vais-
> seau armé en, course, d'un Adonis plus propre à » servir les dames à la cour quà supporter les fa-
> tiques dç la mer? » Cet officier chercha vainement à dissuader le jeune Tourville de s'embarquer avec lui : t Vous êtes trop délicat pour faire l un métier aussi pénible que celui de corsaire du
> Levant. »
Un teint blanc, des yeux bleus, des cheveux ^)Ionds et bouclés, des traits fins et délicats, une taille frôle et élancée, tel était à 18 ans Tensemblo de la physionomie duieune Tourville.
La frégate de d'Hocquincourt portait 56 canons; un célèbre corsaire, nommé Cuvillier, s'offrit d(3 lui servir de matelot avec un navire percé de 2t sabords.
A p'3ine sortis du port, il&sont attaqués par deux algériens d'une force supérieure; un combat terribl » s'engage : trois fois les pirates sautent à Tabordage et font des Français un terrible carnage; trois fois à la tête des plus braves de Tcquipa^^e Tourville résiste à leur fureur et les force d'abandonneç la frégate couverte des cadavres d'un grand nombre des leurs. Mais le canon qui gronde depuis plusieurs heur^^ ainèoe du renfort aux al-
IfAMTLUi^.
gérîens, deux msuTQcains vieipent offrir le travers ; le combat redevient fm'ieux. Excités par l'appût d'une si b^He proie, les Africains attatiuent avec furie les Français déià fatigués ; mais Tourville, s élançant à l'abordage, s'empare d'un des navires; les autres prennent la fuite. Les Français avaient tant souffert, les croiseurs français étaient tellement criblés de boulets, qu'ils ne purent les poursuivre; ils se virent mèpe obligés de couler lewr prise.
Dans cette affaire Tourville reçut trois blessures, qui établirent sa réputation de bravoui^e, et mirent fin aux plaisanteries de ses camarades sur son teint efféminé.
A peine rétabli, il prend part à un autre combat, et s'emparç d'un navire dont il est fait lieutenant. Bientôt on signale trois voiles ennemies qu'on attaque avec ardeur ; le capitaine de Tourville est tué, le chevalier prend le commandement. Pei^-, dant la mêlée, on l'avertit que son vaisseau est troué et va bientôt sombrer; il se laisse aloi'S aborder par les pirates, et quand le pont est couvert d'ennemis, il saute dans leurnavirequ'ildégage, et \çiii couler les corsaires.
Séparé de d'Hocquincourt par une tempèle, il rentre à IHalte pour réparer ses avaries^et reprend bientôt la mer, de conserve avec un autre corsaire nommé Garini. Un bâtiment vénitien se joint à eux pour couiir sur les Turcs ; près de l'ilede Calera, ils rcncontrèrei^t trois algérien^. Tourvijllc, parure habile manœuvre, se laisse aborder deux fois par l'ennemi dont il fait une horrible boucherie; piMS, lorsqu'U la ainsi épuisé, il s'élance sur le pont des corsaires et s'empare de leur vaisseau; les de U3t autres fuient, mais un était si dé^eipparé, que Icca^ pitaine le fait sauter.
Tourville se rend à Venise, où i) est reçu par \e doge avec la plus grande di^tinctioa. A sa soiUe du port il est attaqué par quatre navires; malgré l'infériorité de leui'S forces^, Tourville et Car'u^i en prennent deux, en coulent uû, et (oj-pcnt l'autre à gagner le large ; mais cette victoire coûta chéx» Carini fut tué. Le chevalier rei^tra à Malte, où U retrouva d'Hocquincourt. TourviUe n'avaU alors que vingt ans.
D'Hocquincourt se sépare de Cuvillier, U appareille avec trois vaisseaux dont un commande par Tourville. Bientôt on se trouve em vue de six vOiles. Tourville en poursuit une et la prend, les auti'es échappent aux Français par la fuite. Ces glorieux combats ne sont que les préludes d'ijin mémorajble engagement qui eut lieu à quelque temps de là. L'escadrille croisait dans des parages ou ses mouches lui avaient signalé l'ennemi, lorsqu'elle fut attaquée par trente-quatre galères; la bataiUe dui*a neuf heures ; les Français furent presque entièrement désemparés, mais ils eurent la gloire de mettre en fnite les trente-quatre galères. Rentrés à Malte et mécontent <Jle^ pjrocédé&cles chevaliers, i^ vendent leu^s vuii^euttx ç( ^ rei)4^nt à YquI^
pour, entrer au service de cette puissance. Ce fut le 15 juin 1665 (|u'ils s'embarquèrent sur les navires de cette république.
Leur premier exploit fut de secourir deux vénitiens aux prises avec deux corsaires ; ils en prennent un et coulent Fautre. Le 28 novembre de la même année, ilsmettenten fuite vingt-six galères, après un combat sanglant.
Une tempête sépare les Français; Tourville se trouve en présence d*un pirate, s'en rend maître, puis rentre ù Venise et quitte le senice de celte puissance (1666). Le doge, au nom de la république, reconnaissante des services qucTourvdle lui avait rendus en purgeant l'Archipel des pirates dont il était infecte, lui remit un brevet duns lequel il est qualifié de Protecteur du commerce ma* riiime et d'invincible. Ce brevet était accompagné d'une médaille et d'une chaîne d'or d'un grand prix.
Tourville revint en France. Le bruit de ses explo.ts avait retenti jusqu'à la cour. On se souvenait encore de la lettre de d'Hocquincourt ; on était curieux de voir cet Adonis qui se battait comme un Hercule. Le chevalier arriva à Versailles au printemps de 1667 ; le roi l'accueillit avec distinction, le félicita de sa belle conduite, et le nomma capitaine de vaisseau, quoiqu'il n'eut aucun grade dans la mariné et ne fut âgé que de vingt-quatre ans.
En 1669, Louis XIV voulut envoyer une armée au secours de Candie, assiégée depuis vingtquatre ans par les Turcs; il désigna lui-même Tourville pour être employé dans cette expédition, dirigée par le duc de Beaufort. Candie succomba maigre la valeur des Français ; Toumlle donna d:.ns cette occasion de nouvelles preuves de son courage.
Dans la guerre de 1671, où les Hollandais luttèrent si énergiquement contre les foices navales combinées de la France et de l'Angleterre, Tourville commanda un des vaisseaux de la flotte du comte d'Estiées. Il se conduisit d'une manière si brillante au combat de Soutth-Bay (1672), que d'Estrées, annonçant au roi le gain de la bataille, citait Tourville avec les plus grands éloges.
Eu 1663, il se signala dans le combat livré par le même amiral à Ruyter; il soutint pendant plus d'une heure le feu de plusieurs vaisseaux hollandais et en coula un ; mais le sien eut le même sort. Dans les deux autres batailles livrées au célèbre amiral hollandais, nouimment à celle du Texel, il sut encore ajouter a la réputation de bravoure et d'habileté que tant d'actions d'éclat lui avaient
acquise.
En 1676, il fit partie de l'escadre envoyée, sous les ordres du chevalier de Vallebille, au secours des Mesbinois, révoltés contre l'Espagne. Sous Messine même, il attaqua les Espagnols, leur coula quatre vaisseaux, et ouvrit l'entrée de cette place au duc de Vivonne. Tourville resta en Sicile avec l'escadre, et, sous les ordre« de Duquesne, se