Tome
signala à la bataille d'Agousta, où Ruyter fut tué. Elevé au grade de chef d'escadre, il fut rappelé en France.
Au mois de mai 1677, ayant rallié le pavillon du marquis de Vivonne, et faisant route pour rentrer à Toulon, on découvrit près de Palerme l'es-' cadre des alliés. Tourville, qui commandait l'avant-garde, eut ordre d'attaquer ; il le lit avec tant d'ardeur, qu'en moins de deux heures il détruisit trois vaisseaux, brûla dans le port le vice-amiral espagnol et le contre-amiral hollandais, ainsi que sept autres navires.
La paix de Kimègue en 1678 permît au gouveraement français de s'occuper des Tripolitains et des Algériens, qui faisaient essuyer au commerce de grandes pertes. De concert avec Duquesne, Tourville fait voile, en 1681, pour aller détruire Tripoli, où ils anéantirent tous les corsaires qu'ils rencontrèrent, puis se rendirent à Chio, où se trouvaient un grand nombre de bâtimens; en peu d'heures, le fort, la ville et les navires furent brûlés.
L'année suivante, Duquesne fut chargé de bombarder Alger; il appela près de lui Tourville, dont il était pour ainsi dire devenu inséparable. Les deux amiraux se présentèrent devant Alger, au mois d'aoïlt. Tourville, qui commandait l'avantgarde, commença le bombardement aussitôt qu'il fut mouillé. Une grande partie de la ville fut détruite, ainsi que plusieurs vaisseaux qui se trouvaient dans le port.
Un deuxième bombardement eut lieu l'année suivante, mais cette fois les pertes des Algériens furent si grandes qu'ils furent contraints d'implorer la paix. Tourville la leur accoida au nom du roi, et signa le traité avec le divan.
Dans la première expédition contre Alger, Tourville posta en plein jour la première gahote pour bomixirder, opération qui jusqu'alors n'avait été faite que de nuit.
La même année (1684) vit l'abaissement de la république de Gênes. Cette puissance s'était attiré le ressentiment de Louis XiV par sa conduite envers le commei'ce français et ses intrigues contre lu France. Quatorze vaisseaux, vingt-quatr^ galères et dix galiotes, sous les ordres de Duquesne, se présentèrent devant le port ; on y jeta plusde dix mille bombes: pres(|ue tousles édifices, entre autres le palais du doge, furent anéantis. Les Génois demandèrent la paix ; elle leur fut accordée à la condition que le doge et quatre des plus illustres sénateurs se rendraient à Versailles pour y implorer la clémence de Louis XlV. Tourville, qui commandait en second cette expédition, contribua puissamment à son succès.
Pendant ce temps, les Algériens, toujours incorrigibles, avaient recommencé leurs brigandages contre le commerce français : Tourville est chargé de les corriger. Près de Ceuta, il attaque une division de corsaires, coule leur amiral et dis-
perse les antres; puis se rend sur les côtes de Sardaigne, oii il prend un grand nombre de bâtitimens algf^riens, et rentre à Toulon après une campagne de six mois.
- En 1688 la guerre est déclarée à la Hollande^ Tourville a ordre de croiser dans la Manche avec irae escadre de cinq vaisseaux, et de rallier ensoitc Tarmée navale du maréchal d'Estrées. Lès les premiers jours de sa croisière il s'empare de deux naWres hollandais, qu'il envoie en France sous Fescorte de deux vaisseaux. Ces bûtimens, appartenant à la compagnie des Indes, étaient chargés de plus de six millions; avec ses trois autres vaisseaux il fait voile pour rejoindre d'Estrées. Il rencontre deux vaisseaux espagnols, aux ordres du vice-amiral Papachin, auquel il envoie demander le salut. L'Espagnol refuse. Tourville arrive à portée de pistolet et lâche sa bordée. Papachin, de son côté, riposte et manœuvre pour gagtior le vent. Chûteau-Regnault remplace alors Tourville; il attaque vigoureusement l'Espagnol ei lui coupe son grand-màt. De son côté, U comte d'Estrées se rend maitre de l'autre vaisseau, après un combat acharné de trois heures. L'amiral somme de nouveau Papachin de saluer, s'il ne teut pas être coulé bas. L'Espagnol se résigue, et salué de neuf coups de canon qui lui sont rendus. Tourville rejoignit le maréchal d'Estrées devant Alger; les deux généraux bombardèrent Cette place pendant seize joui'S. Tous les bûtimens qui sç trouvaient dans le port furent coulés, et la ville entièrement ruinée. A son retour, Tourville fut nomrté vice-^amiral des mers du Levant : ce fut aloi*s qu'il se maria. Le roi, signant son contrat de mariage, lui dit : Je souhaite que vous ayez -âes enfofis d'un mérite aussi distin- ^é qxte le vôtre, et qui soient aussi utiles à VLtat que vtms,
Jacques II, précipité du trône, s'était réfugié en France. Louis XiVlui avait procuré les moyens dfe passer en Irlande. Une escadre de vingt vaisseaux fut armée à Toulon, sous les ordres de Tourville, et une de soixante-deux à Brest, sous le commandement du comte de Château Regnuult. Ces deux escadres, destinées à porter des secours au roi Jacques, devaient se réunir dans l'Océan. Tourville sortit de Toulon et opéra sa j'>nction avec l'armée de Brest eu juin 1G89, et l'expéditiôn ayant réussi sans que les Anglais osassent at- "taqufM*, la (lotte rentra dans le port de Biest.
L'année suivante, Tourville sortit de Toulon avec soixante-six vaisseaux ; le comte de ChiUeaullcgnaiiU vint le jûndre avec une escadre de six Vaisseaux. Le 10 juillet, à la pointe du jour, parle travers de Tile de Wigth, on se trouva en présence (le l'armée ennemie, forte de cent douze bûtimens. Le combat dura depuis neuf heures du 'matin jus<]u'à cinq heures du soir. Lps Anglais ne soutinrent le feu que pendant trois heures; mais les Hollandais combattirent vaillamment : la
plus grande partie de leur escadre fut démâtée.
Le résultat de cette brillante action fut pour les ennemis une perte d& quinze vaisseaux, dont dix pris et CiUq brûlés. L'armée française ne peitlit pas un seul bâtimc^nt. Tourville, apprenant que douze vaisseaux et un convoi con^^idera^le s'étaient réfugiés dans la baie de Tingmouth, se dirige avec neuf vaisseaux sur ce mouillage, atta(|ue les Anglais a l'improviste, détruit et brûle le convoi et l'escadre.
En 1691, une armée nombreuse fut mise aux ordres du maréchal de B^llefonds, pour soutenir les efforts du roi Jac(|ues, qui s'était rendu à la Uougue afin de tenter un débarquement. D'un autre côté on arma deux escadres : l'une à Brest, sous le commandement de Toarnlle; l'autre à Toulon, sous celui du comte d'Estrées. Ces deux généraux devaient se réunir dans la Manche, i>our favoriser la descente en Angleterre. D'Esti*ées appareilla au mois de mai; itiais assailli près de Gibraltar par une violente tempête, ce ne fut qu'à la fin de judlet qu'il rejoignit le port de Brest, après des contrariétés de toute espèce. Retenu par des vents contraires dans la rade de Brest, Tourville ne put mettre à la voile que le iâ mai. L'armée anglaise avait appareillé dès les premiers jours de ce mois, et opéré sa jonction avec celle de Hollande.
Louis XiV ayant appris la sortie des Anglais, avait adiessé à Tourville l'ordre d'aller les chercher immédiatement, de les combattre, forts ùu faibles. Une lettre de la main du loi corroborait encore cette injonction. Mais, comme nous l'avons dit, les vents contraires n'avaient pas permis aux vaisseaux fi-ançais de quitter Brest, et les ennemis avaient pu opérer leur jonction. Tour^ ville, sorti enfin de Brest, arriva a la hauteur de la Hougue avec quarante-quatre vaisseaux. De nouveaux ordres l'y attendaient : on l'infoituait de la réunion des alliés, et il lui était prescrit de ni* pas combattre avant d'avoir été rejoint par les vingt-tiois vaisseaux aux ordres de d'Entrées, Laporte et Chùteau-Regnault. Dix embarcations furent expédiées pour porter cet ordre, mais aucune ne put parvenir jus(|u'au comte de Tourville.
Le 29 mai, à quatre heures du matin, on découvrit l'armée coalisée. La brume empêcha d'abord d'en reconnaître le nombre; mais loi^squ'elle fut dissipée, on aperçut quatre-vingt-huit voiles. Les ordres précii du roi et la proximité de l'ennemi ne permettaient pas à Tourville de teniet* sa retraite à la vue de foi ces si supérieures aux siennes. Il assembla un conseil, fit voir les ordres qu'il avait reçus de combattre, renvoya chacun à son poste, et arriva, vent arrière. Sur l'ennemi. II était au corps de la bataille, sur le Soleilïtoyal, de cent sh canons. Le marquis d'Amfreville commandait l'avani-garde, et M. Cabaret l'arrière-garde. Du côlé des ennemis, l'amiral Russel commandait le corps de bataille. L'a\tmi-
FRANCE
garde, composée de Hollandais, avait à sa tète le vice-amiral AllemoDde, et Turrière-garde était 8011S les oi*di*es du chevalier Âshby. L*arinée alliée mit CD paone pour attendre les Français, qui s'en approchèrent jusi|u'a la portée de pistolet. A dix heures du matin raffuire s'engagea. Les effoits de l'ennemi furent constamment dirigés sur le corps de bataille des Français. Tourville trouva dans son génie et son courage les moyens de soutenir, sans trop de désavantage, un combat si inégat 11 combina si habilement ses manœuvres, que chacun de ses vaisseaux eut à soutenir le choc de deux, et quelquefois même celui de trois adversaires. Quant à lui, que le nombre ne peut intimider, il répondit si bien au feu de Taniiral Russel et de ses deux matelots, tous trois de cent canons, qu'il les Gt plier deux fois. Les deux autres divisions combattaient aussi avec avantage; Biais leur principale occupation fut de conserver le vent, manieuvre essentielle et qui sauva l'ar- Biée. Les chances furent moins heureuses à l'arrière-garde : elle était éloignée du centre lorsque l'ordre de former la ligne de bataille fut donné ; elle ne put panenir à prendre sa place près des deux autres divisions, ce qui laissa un intervalle entre l'arrière-garde et le corps de bataille.Vingtcinq vaisseaux anglais en profitèrent pour mettre Tourville entre deux feux. Tout-à-coup le vent, jusque là favorable aux Français, devint contraire. Tourville, qui avait mouillé pour résister an veat, soutenait toujours le combat avec la même vigueur ; il avait vu couler sous son feu un vaisseau ennemi, un autre avait sauté en l'air; et ni le nombre, ni le vent qui les favorisait, n'avait domié aux alliés aucun avantage. Mais lorsque les Anglais Teui^ent enveloppé, ils s'acharnèrent avec une telle fureur sur lui et sur le marquis de Vil- Iptte, qu'enfin ils les désemparèrent entièrement. Plusieurs navires arrivèrent à leur secours, et s'efforcèrent de diminuer le péril en le partageant. Alors le coml)at devint terrible; de part et d'autres on faisait des prodiges de valeur, lorsqu'une brume épaisse vint forcer de suspendre l'action. Dès que cette brume fut dissipée, le feu recommença avea plus d'acharnpm:>nt et de fureur encore à la clarté de la lune : Tourville et de Vill'tte étaient toujours foudroyés par les Anglais. Dans le nombre des vaisseaux ennemis qui avaient doublé le corps de bataille, trois se trouvaient au vent de Tourville, ^lyant derrière eux einq brûlots. Us les dirigèrent successivement, au milieu d'une. horrible canonnade, sur les deux français; mais ils eurent Tun et l'autre le bonhf^nr de s'en garantir. Les Anglais n'espérant pas triompher d'une résistance si opiniâtre, manœuvrèrent pour rejoindre le gros de leur armée ; ils osèrent passer à travers les intervalles des Français ; mais cette témérité lenr coûta cher : dès qu'ils présentaient le fl inc, ils étaient criblés de coups, et on lour rendit avec usure 1^ mal qu'ils
avaient fait. Cette dernière action termina le combat : il était dix heures du soir. La perte fut égale des deux côtés. Après une lutte si brillante et si héroïque, ilne restait plus à Tourville que de pouvoir faire une heureuse retraite; mais les ports où il eût pu relâcher se trouvant trop éloignés, les suites d'une batailla si glorieuse pour lui furent désastreuses.
A une heure du matin, Tourville donna ordre d'appareiller; mais le brouillaid et l'obscurité de la nuit empêchèrent les signaux d'être compris, et huit vaisseaux seulement le suivirent. A sept heures, trente-cinq avaient rallié; des neuf autres, six s'étaient dirigés sur la Uougue, et trois sur Brest. Vers huit heures, Tourville se trouvait à uue lieue au vent de l'ennemi, et cette avance lui aurait suffi pour se dérobera sa poursuite, si le Soleil' Rof/al, totalement désemparé, n'eût retaillé sa marche.
11 fut obligé de mouiller par le travers de Cherbourg. A onze heures du soir, il leva lancre et se dirigea sur le raz Blanchaixl, pour profiter des vents et des courans, et par ce moyen devancer l'armée alliée. Le lendemain, à cinq heures du matin, il s'en trouvait à quatre lieues. Vingtdeux vaisseaux passèrent heureusement le raz; et lui-même n'en était plus qu'à uue portée de canon, lorsqife la marée, qui desceniait, venant à man(|uer, il fut c ntraint de mouiller. Malheur.eusement ses ancres chassèrent, il dériva, et se trouva sous le vent des Anglais; Alors il fit entrer les trois vaisseaux les plus avariés à Cherliourg, et avec les dix autres il mit le ciip sur la Hougue. Quarante vaisseaux s'attachèrent à sa poursuite, dix-sept se tinrent en observation vis-à-vis de Cherbourg, le reste de la flotte ennemie donna chasse aux navires qui se dirigeaient sur &iiut- Malo; mais ceux-ci parvinrent à se mettre en sûreté. Ceux qui bloquaient Cherbourg forcèrent le Soleil-Royal y l'Adminable et le Triomphant, à s'échouer et à s'incendier. L'esciidre qui poursuivait Tourville arriva à la hauteur de la Hougue presque en même temps que lui; ils l'y blo<|uèrent, ainsi que deux autres vaisseaux qui l'avaient rallié en route. Dans l'impossibilité de se défendre dans un?^ position (]ue rien ne protégeait alors, il fut résolu qu'on mettrait le feu aux vaisseaux, après les avoir dégréés et désarmés. On les fit échouer, et on commença à en retirer les canons et les agrès. On travaillait avec ardeur à cette -opération difficile, lorsque l'ennemi mit en mer deux cents chaloupes armées, qui forcèrent les travailleurs à se retirer, et brûlèrent les douze vaissf'aux. Tels furent les funestes résultats d'une action qui, malgré son issue, n'en est pas moins glorieuse pour la marine française.
JEn 1833, lors'de la marée d'équinoxe, la mer s'étant retirée foit loin, on a pu sauver des canons que la mer recouvrait depuis cent quarante ans.
La réputation de Tourville, loin d'en souff/ir^
acquit dans oecte occasion un nouveau lustre. Uamiral Russol lui écrivit pour le féliciter sur les talens et la bravoure dont îl avait fait preuve dans un combat si inégal. Le duc de Vendôme lui adressa une lettre dans laquelle il lui disait que bien des généraux, en remportant la victoire , n'a-va ient point acqu s autant de réputation que lui tn la perdant.
Louis XiT, quand il apprit la perte de ses vaisseaux, demanda : Tourville estait sauvé? car pour des vaisseaux on en peut trouver, mais on ne troih verait pas aisément un officier comme lui. Etant -un jour à son balcon à Versailles, et le voyant passer, le roi dit au duc de Villeroi : c Voilà un homme qui m'a obéi à la Hougue. >
XourVille fut fait maréclial de France, le 27 mars 1693; et à cette occasion le ix>i lui dit: Mons eur le comte, vous vous êtes rendu digne du bâton de maréchal de France par votre mérite et vos belles actions.
La môme aimée, Toui^ille, avec soixante-onze vaisseaux, fut chargé d'intercepter un convoi de bàtimens anglais et hollandais. Les ennemis furent signalés le 27 juin 1693, à la hauteur de Lagos. L'amiral manœuvra toute la nuit pour gagner le vent, et le âS^u matin la flotte alliée, escortée par vingt-sept vaisseaux, fut entièrement cernée. En peu d'heures, vingt bâtimens, tant de guerre que de commerce, furent pris, et quarante-cinq brûlés. On poursuivit le reste : cinq vaisseaux et neuf navires mai*chands fuirent encore pris ou coulés.
Cette affaire coûta aux Anglais et aux Hollandais plus de quatre-vingts bàtimcns, et leur fit éprouver une perte qu'on estima à plus de trentesix millions.
Quelques jours après, sous le feu des forts de Malaga, il brûla encore deux vaisseaux anglais et trois corsaires, et rentra à Toulon. Depuis cette époque, jusqu'en 1697, il fit quelques expéditions pour protéger les côtes de Provence, et les purger des pirates qui les infestaient; mais sa santé affaiblie le força de renoncer au service de la mer. II revint à Paris, où il mourut le 28 mai
Tourville ne fut pas seulement un marin d'une valeur éclatante : comme général, il a fait preuve d'un génie qui grandissait avec les périls, il fonda pour ainsi dire l'avenir de la navigation française, en coopérant à l'organisation des classes, institution à laquelle la marine militaire et celle du commerce ont dû une pépinière de marins exercés. Tourville est le premier amiral qui a eu l'idée de réunir en corps de doctrine les manœuvres de la tactique navale. Le Père Lhoste, qui avait été long -temps embaiNi|i|é comme aumônier avec Tourville, rédigea son Traité de tactique navale d'après ses ordres.
Pondant soixante ans les Français ne se sont servis que des signaux composés par Tourville :
ce n'est qu'en 1756 qu'on a commencé à opérer des changemens à son système; mais depuis, M. Du Pavillon a posé les bases du système actuel, bien plus complet que l'ancien, et biea moins sujet aux erreurs.
Ch. Lexansois-Duprez.
SfOcïéUô J^umaittejfi^^
Si la navigation est devenue pour le monde une source de nouveaux bienfaits, ce n'est qu'au prix de bien des malheurs que l'humanité en a acheté les conquêtes. Sur la terre, l'homme trouve autour de lui, pour écarter les dangers qui viennent menncer sa vie, tous les moyens de conservation que lui offrent la nature et sa propre industrie; sur la mer, au contraire, ses ressources diminuent autant que se développent les dangers. B Uotté comme un flocon d'écume à travers ces solitudes grondantes, à peine a-t-il pour point d'appui les quelques planches qui le séparent de L'abime : tout, dans ces heures de crise, les lames, les vents, ne devient-il pas une menace de mort ?
C est surtout dans le voisinage de nos côtes* armées presque partout d'une ceinture de rochers, que le danger se change presque toujours en catastrophes. De combien de sinistres nos rivages ne sont-ils point chaque année le théâtre? Combien de drames déchirans, dont, malgré les élans de notre cœur, nous sommes forcés de rester souvent spectateurs oisifs, ne s'y dénouent-ils pas sous nos yeux par des désastres?
Ces scènes de malheur, chaque équinoxe, chaque hiver les renouvelle, sans que l'on puisse en diminuer le nombre des victimes. Il n'est pas une tempête qui ne fasse une plaie profonde à la population du littoral. L'humanité serait-elle donc destinée à gémir sans cesse sur de pareilles calamités, sans pouvoir jamais les prévenir? La phtlantropie, si ingénieuse dans ses spéculations; la science, qui a tant mérité de la civilisation par ses découvertes précieuses et ses applications utiles, seraient-elles impuissantes pour diminuer ces catastrophes, et pour arracher tant de malheureux à la mort? Cela n'est point. Malj^ré l'indifférence de notre caractère national pour tout ce qui ne frappe pas immédiatement l'opinion publique, et l'opinion publique est malheureusement en France l'opinion de Paris, la voix de l'humanité s'est trop puissamment fait entendre pour que les savans n'aient point trouvé, par leurs studieuses recherches, les moyens: de diminuer le nombre de ces malheui*s. Un grand nombre de machines et d'appareils ont été inventés, dans ces derniers temps, pour sauver
les victimes des naufrages que Fart souvent ne peut prévenir; mais Télévation de leur prix, et il coupable intUfférence des administrations locales et du pouvoir, les ont rendues trop rares pour que Ton puisse en obtenir les résultats que devait en attendre rhumanité. A peine s'il se trouve sur quelques points de nos côtes quelques-unes de ces machines dont nin gouvernement prévoyant et humain eût dû fonder un centre dans tous les quartiers maritimes. Aussi arrive-t-il constamment que les désastres trouvent nos rivages privés de tout secours!... De là tant de m ilheurs ! N'est-ii pas déchirant de penser que sur les huit ou dix mille marins que la mer ensevelit chaque année sur les plages occidentales de l'Europe, les trois -quarts périssent et pourraient cependant être sauvés!...
Ce nVst point faute de dévoùment (?ans nos popul.itions riveraines. Non, il n'est pomt de cœur oii l'héroïque abnégation de tous les sentiuipns égoistiques soit portée plus loin que dans celui de nos marins. Flabitués à lutter contre la mer, à laquelle ils sont forcés de disputer chaque jour leur précaire existence, on dirait, à l'ardeur avec laquelle ils s'élancent, à travers les dangers, au secours des malheureux que la tempête pousse sur leurs plages, qu'une sorte de solidarité instinctive règne entre eux. Mais que p:^ut le courage de l'homme luttant seul contre cet élément terrible? S'il est parvenu quelquefois à lui arracher des malheureux, combien d'autres fois n*a-t-il fait, par son dévoùment, qu'augmieutcr le nombre des victimes !
Disons-le donc avec un de nos philantrophes les plus dévoués, M. Castéra : c Ce n'est ni le zèle » dans les recherches qui nous a manqué , ni le 1 dëvoument dans l'exécution qui nous a fait 1 faute, et*une quantité de traits héroïques de
> cette espèce déposent en faveur du caractère
> national; mais tout a été individuel et fortuit;
> rien n'a été ordonné par le pouvoir, rien n'a été
> entrepris par les corporations, rien n'a été éta- 1 bli par la prévoyance. H en est résulté que les » piocédés indiqués n'ont laissé de traces que
> dans les livres ; que leur oubli est devenu con-
> tre eux un préjugé, et que le temps y a joint sa
> prescription : c'est ce qui devait ôli'e. Pour s'en » convaincre, il suffit d'envisager la question sous
> cet aspoct, et de l'examiner dans ses rapports
> avec les individus.
> Lm capitale du royaume ne borde point
> rOoéan. Les naufrages s'opèrent loin de ses 9 Scivans, de ses artistes, et ils n'étalent guère » leurs horreurs qu'aux yeux de ceux qu'ils at-
> teignent, lesquels se divisent en deux classes:
> l'une, celle des marins, se compose, dans sa
> grande majorité, d'hommes ayant plus de pra- » tique que de savoir, et trop surchargés de soins
> matériels pour s'abandonner à des idées spécui latives; l'autre, celle des annateurs, est^ prise
» collectivement, beaucoup plus instruite ; mais
> elle a plus d'aptitude pour les calculs d'intérêts » particuliers que pour les combinaisons d'utilité
> générale. Si on avait parlé de donner plus de 9 capacité à un vaisseau, plus de volume à son » chargement, elle y eût vu un bénéfice possible, » et l'eût examinée. Ou lui a parlé de dompter 9 les élémens, de sauver des naufragés, elle n'y a 1 vu qu'une abstraction hypothétique, et n'y a pas » pris garde. »
Dès long-temps le négoce a imaginé un mode de transaction pour assui*er contre toute perte la valeur de ses marchandises, et aujourd'hui même il n'a pas encore tenté une chance de salut pour diminuer la perte de ses matelots!
Ce^t donc une nécessité sacrée, un devoir d'humanité, de fonder et d'organiser, sur tous les points de nos cotes, des sociétés philantropiques où une sage p.évoyance assurerait 1q concours des effoits et des secours si nécessaires dans les sinistres; où les hommes dévoués tit>uveraient dispoocs d'avance tous les procédés qu'a inventés l'art humain pour diminuer ou adoucir les malheurs.
L'Angleterre, où tout ce qui touche aux intérêts de la navigatiou est sur d'éveiller des sympathies profondes, nous a depuis long- temps donné Texemple de p treilles associations. Des sociétés phil intropiques s'y sont établies dans le but uni:|ue de pourvoir à la sûreté des naufragés. Tout ce que les classes les plus élevées de la société possèdent de cœurs dévoués et généreux se sont emp/essés de concourir à ces efforts, et d'arracher aux flots, par tous l's procédés de la science, les marins que chaque année engloutit la mer. Dans leurs réunions solennelles, ces sociétés livrent à la reconn ûssance publique les noms de ceux qui, par des actes de courage, d'intf*Higence et de dëvoument, ont bien mérité de l'humanité. Leurs noms, consacrés par ces délibérations publiques, sont inscrits sur les registres de ces associations.
La Société royale de Londres s'est empressée d'unir son concours aux efforts de ces sociétés naissantes, et de prendre sa part dans cette noble mission. Ces diverses initiatives ont trouvé de nombreux imitateurs sur tous les rivages de ce pays, où une idée généreuse est toujours sûre de trouver aide, encouragement et appui dans le pouvoir, et des résultats presque inattendus viennent chaque jour récompenser les réalisateurs de ces pensées utiles. Mous ne voulons citer qu'un fait pour prouver l'efficacité des secours qu'un naufrage trouve sur les côtes anglaises.
La nuit était profonde; le vent soufflait avec une violence rare môme sur nos mers; les lames venaient se briser en nappes d'écume sur une côte hérissée presque partout de récifs, et vers cette plage de rochers un fort brick était affalé par la force du vent et des lames. Un bateau
^Oa FRANCE
snuveur de OP^^Ihead, bateau tnsiil>inei*ëir , fut aussitôt préparé sur le rivage, où la tomr péte iDeoaçait à chaque ipstant de broyer ce navire.
Kpua laissons parler encore M. Gastéra :
f Deux lords se faisaient remarquer dans la » foule, donnant eux-mômes Texemple aux mate-
* lots, et les aidant à lancer à travers les rochens » la oaaeiie protectrice qui, après avoir lutté vio- » torieusement contre la violence des vagues, t parvint à ramener jusqu'au deiiiier des indivi- » du^' d'un nombreux équipage. Si leur bâtiment » se fût aussi bien biisé sur nos rivages, nul de » ces iofortunés n*eut pu être rec^ieilli, et leur » mort eiit accusé l'insouciance d'un peuple civî- 4 lise et humain, qui aurait négligé de L*ur mé-
.9 nager le secours d*une machine simple et con- » nue, dont il retrouve le modèle chez ses voi- » sins, et dont il possède les analogues dans ses t ports. 9
Si l'Angleterre a donné l'exemple de ces insti*tutions humaines, la France, son émule dans tout €e qui touche aux sentimens généreux, n'est point restée indifférente à la solution d'un problème <|ui a pour objet la vie des hommes. Des sociétés 46 secours pour les naufrages se sont établies dans deux de nos ports. Boulogne-sur-Mer se glofiflait, dès lHâ7, du nombre des victimes que son association philantiopique avait arrachées à la nojt. Depuis cette épo(|ue, combien de malheurs «'ont point été prévenus sur ce rivage par les soins vigtians de cette société ! Dunkerque pos* «ède nussi un de ces centres de secours, dont l'.nttittttion est pour le pays une garantie contre les êini6tres^ Mais risolem^'nt où se tmuvent pi cées «es associations restreint néc<*s8airement le cercle et l'efhcacite de leur action. Ce n'est pas sur quelques points isolés de nos côtes, c'est sur tout le 4ittoi al que devraient être organisés ces secours. Une société centrale, instituée à Paris, serait le lien naturel de ces associations diverses, qu'elle coordonnerait les unes avec les arutres, auxquelles elle ferait par\'enir toutes les histructions nouvelles comme tous les nouveaux procédés. Mais pour la réalisation. prompte de cette pensée, il faudrait le patronage d'une société influente, d'un corps déjà organisé, f Pour surmonter les obsta- » des qui naissent de la nature des choses, dit » l'auteur du Mémoire déjà cité, en s'adressant à » la Société d'encouragement ; pour abréger la » lenteur avec laquelle les innovations majeures
> triomphent dans le vulgaire des hésitationé, de
* l'apathie et des résistances de la prévention, il
> faut que le signal parte d'un centre unique et
* M. Carlîer, qui a ca la généreuse idée de fonder à Dunkerque une êovÀéié tiMiiiaioe à Tiriftar decelic de Buulogne, a admis les dames dans le sein de ceito société : c'est un bon exemple à buivri*. Espérons que ces deux villes détiTmiuernnt, par les réMiltats de leurs travaux, les autres ports du littoral h créer de semldables institutions.
MARITÏMC.
S d'un point élevé ; qu'il soit appuyé d'une vo- » ionte forte, qu'il soit aidé d'une intervention I peisévérante; et il n'y a qu'iroe société savante, 9 libre et accréditée par l'étendue de ses rela- I tions et hi popularité de ses travaux, en état
* d'accomplir cette noble mission. Aussi ne vous 9 est-elle point étrangère» et je me félicite en
* considérant qu'elle ne rentre pas moins dans f vos attributions qu'elle ne s'accoixle avec vos 9 sentimens. •
Nous reviendrons sur l'organisation de cette société centrale, à laquelle s'intéressent beaucoup d'hommes capables» par leur caractère et leur position, de lui donner tout d'abord l'impulsion nécessaire pour arriver à de grands résultats.
JuiBS*LBC03fn.
£e )^nvYe'lf('(&vàce.
Christophe Colomb» et, sur set traces,» une foule de navigateurs, venaient de doter TEspagne et le Portugal de riches colonies, au partage desc|uelies François l** voulut faire admettre la France.
Ce fut a ce sentiment d'orgueil national que le Havre dut sa fondation. Un autre motif y concourut. Ce prince, ayant pris les intérêts de Jacques V, voulut opposer aux Anglais, dont il craignait le ressentiment, une place forte qui couvrit la province de Normandie. La mer commençait à s'éloigner d'Uai fleur ; il fallait choisir un port plus convenable. L'amiral Bonnivet fut envoyé au Havre de Grâce en 1540. On appelait alors de ce nom une crique servant à quel<|ues bateaux pécheurs de refuge contre les tempêtes. Une chapelle couverte en chaume et dediee a la Vierge pi*otectrice des marins, un cabaret et une demi-douzaine de cabanes, c'était le Havre, suivant le rapport de l'amiral.
Une volonté ferme fit surgir en quelques années une ville et un port de l'ancien lit fangeux de la Seine. Trois quartiers principaux furent traces et bâtis ; une tour fut élevée a l'occident pour servir à la défense de la cité naissante. Fier de son ouvrage, le vainqueur de Marignan voulut qu'il portât son nom ; il appela le Havre /rcnciêcopolis, puis Fraaçois-ville : mais l'ingrate obstination populaire lui conserva celui de Hanm^ de^Gréce, dont il a perdu depuis trente ans plus de la moitié ; on dit aujourd'hui le Havre; pendant la première révolution^ on a écrit le HawW' Marai.
A. peine le port et la ville commencaient-ils à surgir des sables, qu'une tempête affreuse dé-
lit
FRANCE
tnlisit eti quelcfues heures le fruit de tarit de sollicitude. Le 15 janviei' 1525, lu mer franchit ses limites; en peu d'instuns la ville fut inondée, et une partie de sa population engloutie dans les flots; les navires qui se trouvaient dans le port allèrent s'échouer à un quart de lieue daAs les tek'res. Ge désastre fut promptement réparé.
Le roi voulut faire de iFrancois-ville le rendezvous de %Q^ flottes et le lieu de leur construction : il accorda des exemptions et des privilèges, et les marchands viArent en foule s'établir dans la ville; les capitalistes délièrent les cordons de leur bourse et firent bâtir des magasins et de^ maisons pour les fournisseurs, directeurs et autres pei*sounes cjue nécessîteqt les grandes entreprises.
- Le Havre fut un des ports desigriés pour la construction des vaisseaux qui devaient servir à nne expédition depuis long-temps méditée c(intre l'Angleterre. On y arma des galions d'une espèce nouvelle, plus forts que les galères oitlinaires. Pour la première fols, on y fit usage de sabords (Jui n'ctùieht pas connus auparavant : les canons s'attachaient primitivement et se fixaient sur le. pont et à la proue des gîilères.
11 était de mode alors qu'on ornât hn pdrt de Éîer d'uii navire qui eil fut comme le souverain : ou décida au Conseil du roi qu'il serait bâti au Havre un vaisseau de cette espèce, et rien ne fut épargné pour donner à ce monarque aquati;|ue toute la magnificence qu'il devait avoir. Ce vaisseau devait être ultérieurement employé contré les Turcs, quii dit Uh chroniqueur, envahissaient dans . le Levant le domaine des Chrétiens.
Lîi construction de ce >^îsseau-monstre se Bt en cinq ans: il avait là forme descaraquesgénoises et ne ressemblait en rien aux vaisseaux modernes. Qu'on Se figure une masse de bois surmontée de deux grands mûts formés de plu$ieui*s piècî^s unies ensemble, dont l'une avait sept mètres de éit'conférence et quarante d'élé^atiort. Chacun de ces mâts était coiipé dans sa hauteur par quatre htineS.
Cette iiftrtcnse machine, du port dé 2,000 tonneaux, fut bîiptisée eii grande pompe : on lui donna le nom dé Gi^ande-Françoise. Elle contenait un grand nortibre de chambres, un ]?\x dQ paume et une chapelle ; une de ses extrémités portait uii moliliu a vent. Ce bâtiment avait trois rangs dé sabords, et sur sa poupe, ornée d'un {rtkénix, on lisait ce qttûtrain :
,0 Phénh ! qui tant tiohie suis,
Fais ressembler GrantVfrançoise à moi-cy,
Et <|0'en soi toute force abonde,
Car mon pareil ti*y a au monde.
Sttr h proué était sculptée une salamandre avec la devise de François l®*" : Nutriscoet extinpto; l* tout était suitifionté d\me grande figure dé sirîai Fraheoiè.
MARITIME, m
Le commandement de ce vaisseau fut donné au chevalier de Villars.
Si ce bâtiment sans proportions prouve l'erifance de l'art des constructions navales, il atteste aussi les efforts que l'on faisait pour porter la marine française à un degré de splendeur qu'on n'atteignit qu'après de longues années.
C'est à peu près à cette époque c(ue l'évêque de Murray écrivait à François l®"": t Sire, pour l'amour de Dieu et pour votre honneur, faites tant que vous soyez maître de la mer. >
Les efforts ^éunis de deux cents hommes et la science du capitaine Yillars ne purent faire sortir du port la Gratide-Françoièe : elle alla échouer près de la Tour^ puis une tempête la mit en pièces, et couvrit au loin b mer de ses débris;
En 1550, ôti vit entrer dans le port du Hivrë quatre beaux navires qui ameniient eh Frarice Jacques V, roi d'Ecosse, qui montait le Lion, le plus beau vaisseau de la flottille.
Henri Vill, irritéde la protection dont la France couvrait bë prince, s'emp:ira de Boulogne : il fallait venger cette insolente occupation. François i»*" résolut de porter la guerre au sein môme de l'Angleterre : l'ordre est donné, sur tous leff points maritimes dd royaume, de conduire au Havre les vaisseahx disponibles. Quarante caraques fet galères arrivent de la Méditerranée à l'embouchure de la Seine ; tous les ports de l'Océan se dégarnissent, et bientôt cent cihquante gro» ndvires i-onds et soixarite Aouins présentent sur la rade du Havre un spectacle nouveau et AagiliRqUé.
Cet aHUemertt, qui avait coûté (Jéssonirtinséhora rtés, fut prêt û mettre étt mfer eu 1543. Le rôl voulut assister au départ de la flotte et connaître enGn la ville qu'il avait fondée. 11 vint au Havre, ' et fut accueilli comme uti père par uns population . qui devait tout ù ses bienfaits; en s'on déclarant le seigneur, François l^r l'avait soustraite à une taflnité de petites tyrannies, sous lesquelles la plupan des villes rie Fhince étaient courbées alors.
il ue put dissimidet' le secret plaisir qu'il éprouvait à contempler cette flotte, et il voulut le manifester eh donnant à sd cour, dont les femmes les plus séduisantes faikHentl'orn riment, uhe fête brill irtte qui eut tout l'attrait de la nouveauté. On . choisit, pour eh fttre le théâtre, le vaisseau Le Philippe, de cent canons, présent offert auroi par l'amirai Chabot, qui l'avait fait construire à ^es frais. Un défaut de prévoyance compromît les jours du inonarque et de sa suite. Le feu prît au navire : tes cent pièces de canon, imprudemment chargées, firent une explosion épouvantable. Lé vaisseau fut consumé jusqu'à la quille : un grand ttombfe de personnes périrent dans cette catastrophe.
Enfin cette flotte si dispendieuse et si formidable, qu'on appelait la grande iHittééél qui portail de la cavalerie et 25,000 fantassins, appareilla
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sous le commandement de l'amiral d'AnnelxiuIt. Elle fit aux Anglais plus de peur que de mal : le mauvais temps la foi ca de relâcher à Tile de Wigih ; elle ravagea ensuite les côtes de la Grande-Bretagne, sous les yeux ménie de Henri Ylli, qui tenait alors sa cour à Porismouth. Cette expédition navale marqua les dernières années du règne de François l®'. Henri li, son successeur, se crut aussi obligea visiter le Havre. Ce \oyage, qui semblait <le pur agrémrnt, exerça sur les destinées de cette ville une salataire influence : les ingénieurs qui avaient accompagné le roi examiné, eut avec attention tout ctx qui pouvait contribuer a embellir et à l'ortilier un port qui occupait dans le royaume tm point si important. Des travaux furent ordonnes, et l'exécution en fut confiée à la cbiourme des galères qui était à Rouen.
Le port du Havre contenait alors pour la défense des côtes douze grands vaisseaux commandes par des capitaines de la marine roy.Je, ce qui prouve que le successeur de François l^^ avait compris combien il importait à la France de ne pas rester sous ce rapport dans un état d'mfériorité, dont la jalousie de nos voisins d'outremer pouvait tirer un parti si avantageux.
Le baron de La Garde, soutenu par ces douze vaisseaux, en deux voyages qu'il fit sur mqr, prit aux Flamands et conduisit' au port du Havre trente-six navires chargés de marchandises précieiises dont la vente dura trois mois.
L'amiral de Coligny avait obtenu de François II trois vaisseaux, sous prétexte d'aller former uu établissement de commerce en Amérique, et particulièrement à la Floride; ils furent armés au Havre sous le commandement de Yillegagnon ; mais le succès ne répondit pas à leurs espérances.
En 1562, le Havre fut livré aux Anglais par les protestans ; il resta une année entière au pouvoir de l'ennemi, et fut repris par Charles iX. La ville se rendit à discrétion. On n'accorda aux Anglais que le nombre de navires nécessaire pour les transporter dans leur pays; ils perdirent à ce siège trois mille soldats et vingt officiers supérieurs ; ils laissèrent la ville dans un état déplorable, désolée par la peste, ruinée par des contributions exorbitantes. Cette plaie saigna long-temps, mais quelques années de calme la cicatrisèrent.
En 1620, le roi s'appropria, dit Dupleix, la charge d'amiral de France, qu'il retira au duc de Montmorency; Louis XII annonça l'année suivante, par sa déclaration du 20 février, € que son » intention était de rétablir le commeix^e, de re- » nouveler et d'amplifier ses privilèges, de faire » en sorte que la condition de trafic fut tenue en » l'honneur qu'ilappartient et renom considérable t entre ses sujets, afin que chacun y demeure » volontiers sans porter envie aux autres condi- » tions. »
. Par édit du mois d'octobre, le cardinal de Richelieu fut déclaré chef et* surintendant général de la navigation et du commerce. Revêtu de cette nouvelle dignité et nommé gouverneur du Havre, il fit ti*availler avec activité à la restauration du port et commença par établir une fonderie royale de canons de bronze : les pièces qui en sortirent portèrent ime ancre et le monogramme du car- * dinal. La position du Havre ayant semblé au tout-puissant ministre assez avantageuse pour lui servir de retraite en cas de disgrâce, il y bûtît une citadelle qu'il avait dessein d'avancer assez loin dans la mer pour qu'il put recevoir des secours par cette voie.
Le commerce à cette époque n'était rien moins que florissant ; nous avions* tous les élémens possibles de prospérité, mais le génje actif et industrieux des Français sommeillait encore. Lesguerrescivilesavaientfausse la direction de l'esprit national; les Anglais et les Hollandais mettaient le prix ù nos denrées et nous obligeaient à prendre les leurs au prix qu'ils fixaient: ' alors l'Angleterre et la Hollande faisaient presque seules le commerce avec les deux mondes.
Les premiers essais de l'industrie havraîse se dirigèrent vers la pèche de la morue et la pèche de la baleine. En 1(332, des armateurs du Havre, associés avec des pécheurs basques, équipèrent à frais commtms une escadre qui fit voile pour le Spitzberg, et prit dans ces parages possession d'une station de pèche; mais les Danois et les Hollandaisattaquèrentcetétablissementj qui n'eut pas de résultat. Trente ans après cette expédition, une nouvelle compagnie arma en guerre vingt-cinq navires pour la pèche de la baleine, mais elle ne fut pas plus heureuse. La jilousie des Hollandais anéantit bientôt les espérances et les capitaux des spécidateurs. Cette pèche entretenait de trois à quatre mille .matelots. Pour Faciliter les armemens de la marine royale, Richelieu fit bâtir le bassin du Roi ; on y arma en 1628 deux frégates , la Lionne et la Levrette, destinées an siège de la Rochelle. En 1637, on y construisit le vaisseau la Madeleine, et sur la fin de la même année, un navire de quatre cents tonneaux , nommé le Dauphin, On institua vers la même époque quatorze pilotes lamaneurs.
Cinq ans plus tard, Ricard, capitaine de vaisseau, auteur de la première compagnie des indes, obtint une concession exclusive de dix années. Le Havre fut choisi pour centre de ce commerce ; cette compagnie se renouvela en 1664, puis en
Les guerres de la Fronde terminées, Louis XIV voulut donner une organisation régulière à toutes les parties de l'administration ; il créa un conseH de commerce qu'il présida souvent, une école de marine, qui devait avoir une grande influence sur l'art de la navigation et des constructions navales. Des ordonnances furent publiées, qui exeroptè-
rent les bâtimens nationaux du droit de fret. Un arrêt du conseil, rendu sur la proposition de Colbert , porte f que S. M. ayant dessein de faire
> fleurir le commerce de ses Etats, vu qu'il est la 1 principale source de la félicité d'un royaume,
> y apportant Taboudance et la richesse, le roi • > promettait de récompenser ceux qui seconde-
» raient ses intentions paternelles. >
11 était accordé à ceux qui feraient bâtir des navires de cent tonneaux e( au-dessus, jusqu'à cent sous par chaque tonneau des deniers du trésor, et six livres pour chaque tonneau qui excéderait le nombre de deux cents. On accordait en outre 50 francs par tonneau d'exportation, et 40 francs pour les importations.
Bientôt le port du Havre se couvre de navires : cent l)àtimens pêcheurs bordent les quais: les pavillons d*Espagne et des puissances du Nord flottent au sommet des mats des vaisseaux de ces nations.
La pêche de la morue sèche, celle de la morue verte et préparée au sel, occupaient alors un grand nombre de bras. Trois cents bâtimens étaient armés pour ces pêches dans les divers ports de France, et le Havre y concourait; mais insensiblement ses marins virent s'échapper de leurs mains cette mine féconde, long-tempsexploitée avec succès. Cet anéantissement fut la punition de Taveugle abandon de l'île de Terre-Neuve à l'Angleterre, et du défaut de protection des faibles établissemens de Miquelon, qui auraient pu y suppléer.
Le Havre tourna ses vues d'un autre côté. Le commerce extérieur offrait une carrière plus vaste à de nouvelles entreprises : les armateurs n'hésitèrent pas. Quelques expéditions heureuses au Canada et sur les côtes occidentales d'Afrique préludèrent à des expéditions plus heureuses encore. Les fourrures de l'Arcadie, les riches et précieuses pelleteries du Canada et de tout le nord de l'Amérique abondèrent dans son port.
La gomme, le morphil, [a poudre d'or provenant de la traite sur les côtes de Guinée, entraient pour une quantité considérable dans les matières d'échange et de commerce. Les compagnies des Indes orientales et occidentales, celle du Sénégal et de Guinée choisirent le Havre pour leur principal port d'armement, ce qui dura jusqu'en 1720.
Mais un obstacle sérieux menaçait d'entraver la navigation de cette ville, devenue en peu de temps si florissante. Le galet, nom qu'on donne aux cailloux qui se détachent du cap de la Hève, et que la mer roule avec violence sur le rivage, le galet envahissait l'entrée du port, et, dans les gros temps, six cents personnes étaient continuellement employées à dégager le chenal pour laisser passage aux navires. Cet état de choses compromettait les intérêts du commerce et appelait toute la sollicitude du gouvernement. Golbert en-