‹ La France maritime (volume 2)Chapitre 16 sur 70 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

voya Vauban avec la mission de proposer ce qui conviendrait pour remédier au mal. Yauban s'occupa d'un plan général dont l'exécution eût épargné des sommes immenses, si les projets de cet homme de génie n'eussent pas été entravés par la pénurie des finances. On se borna, malgré ses pressantes sollicitations, à creuser le canal d'Harfleur, qui devait fournir aux barres destinées à renvoyer le gallet en mer une plus grande quan- ' tité d'eau.

Ce canal, qui dans l'origine était navigable d'Harfleur au Havre, fut pendant quelque temps couvert de bateaux ; mais un peu au-delà de Graville, il se combla par l'éboulement des terres et par la négligence des personnes chargées de veiller à sa conservation. Colbert, qui vint au Havre par ordre de Louis XIV, parcourut ce canal, dans toute sa longueur, porté dans un bateau décoré avec magnificence.

On aura quelqu'idée du commerce qui se faisait alors au Havre, lorsqu'on saura qu'on fut obligé de porter à quarante-huit le nombre des bateaux lesteurs. C'était pour lui imprimer une nouvelle vigueur que Louis XiV avait envoyé Colbert au Havre ; il était sans doute un peu tard, car l'acte de navigation des Anglais avait paru en 1660. Le Havre dut à ce ministre la construction de l'arsenal de la marine et de ses vastes dépendances.

La compagnie des Indes orientales s'était, comme nous l'avons dit, établie au Havre : elle y faisait ses armemens, recevait ses retours. Cette double opération exigeait le concours d'un grand nombre d'employés et d'ouvriers, et devenait avantageuse pour la ville. Cette compagnie reçut de Perse et de Chine deux navires, de quatre cents tonneaux chacun, chargés de riches marchandises. La nouvelle de cet arrivage ne tarda pas à se répandre. La rareté des articles qu'apportaient ces bâtimens attira au Havre un grand nombre de curieux. Les marchands et les gens de la cour même accoururent pour acheter ces précieux produits. L'afHuence fut si grande, que de hauts et puissans seigneurs, ne trouvant pas à se loger en ville, couchèrent dans leurs carrosses. L'immense essor qu'a pris l'industrie française pendant la période qui nous sépare de cette époque, nous a rendus insensibles aux marchandises chinoises ou persanes.

C'était réellement le temps des merveilles.

Jusqu'alors on n'avait trafiqué légalement que sur les produits indigènes ou exotiques : on voulut commercer sur les hommes, et ce négoce infâme fut sanctionné par le gouvernement, cpii accorda, le 11 novembre 1673, le premier privilège pour la traite des Nègres, spéculation ciui ne fut productive qu'après la paix d'Utrecht ^

J. MORLENT.

' La suitede c6t article h une prochaine H^Tobon.

iW FRANCE MARITIME.

Les catastrophes dont lesmaréeséquinoxiales et les tempêtes de Thiver rendent incessamment notre littoral le tbéâtre, l'impuissance dans laquelle l'isolement des ressources créées par la science jette rhéroïsme de nos populations riveraines, appellent d une voix trop puissante la fondation des Sociétés humaines, pour que nous négligions une occasion de présenter à nos lecteurs quelques-uns des renseignemens qui peuvent démontrer leur nécessité. C'est à ce titre que nous insérons dans nos colonnes la lettre que nous adresse un philantrope, M. Castéra, dont nous avons précédemment invoqué le témoignage'.

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