‹ La France maritime (volume 2)Chapitre 17 sur 70 · SOCIÉTÉ CENTRALE DES NAUFRAGES · texte numérisé non relu

SOCIÉTÉ CENTRALE DES NAUFRAGES

Paris, a6 juillet i834*

A Monsieur le Rédacteur de la France Maritime,

Monsieur,

Ce n'est jamais qu'au moyen de réunions bienveillantes et philantropiques que s'obtiennent les grandes améliorations scientifiques et morales; aussi est-ce toujours à cette source durable et féconde qu'il faut les puiser. Ame de la nature, Tesprit d'association vit dans tous les êtres ; plus fortement empreint dans notre espèce, il y enfante plus de prodiges, et lui seul, tour à tour, réunit les hommes, crée les peuples et prépare la civilisation. C'est à ce nombre considérable de sociétés religieuses et savantes,* agricoles et industrielles, qu'elle nourrit dans son sein, que l'Angleterre a du son émancipation prématurée, et tout ce qu'elle lui a valu de prospérité et dé grandeur.

L'Amérique leur doit d'avoir franchi plusieurs siècles en quatre lustres; la France, la plupart des richesses qu'elle trouve dans son territoire, son commerce et son industrie. Elles s'y étaient multipliées; mais l'une des plus belles de ces institutions manquait encore à nos besoins et à nos mœurs. Nous avions répandu dans tous les départemens des sociétés diverses d'enseignement et

• Comme la conscience seule préside aux crîtiqucs que Ifeêas iidressons au ponroîr, nous devons à la vérilé de rectifier uBe erreur que nous avons commiaC) sur la foi d'un mémoire à nous adressé par M. Castéra. C'est à tort gue nous avons reproché à l'administration de n'aroirrien fait pour diminuer le nombre des désastres qui chaque année désolent nos côtes. Bien que son intervention soit faible et presque insufflsante en face de ces calamités, nous devons lui tenir compte de quelques pas faits dans unecarrtère où, loin dç la poursuivre, nous serons toujours heureux de Fappuyer.

\ffo(e du Rédacteur)

de charité : nous avions plusieurs sociétés poar . tes prisons, et nous n'en avions pas une seule pour les naufrages !

C'est à l'expérience à prononcer sur mes appareils de sûreté, mais c'est à la sensibilité à intéresser en faveur des marins.

Aujourd'hui, l'essentiel est pour nous de savoir si réellement on peut faire cesser ces maux , ou du moins les réduire, et il me suffit que tous les corps sa vans aient partagé mes opinions sur la part que les associations philantropiques pouvaient y prendre; qu'il leur ait été prouvé, par une quantité de traits héroïques, de dévoûmens sublimes, et surtout par l'exemple de ces habitans de l'île de S«i, si courageux, si hospitaliers, dont le zèle, l'émulation, l'intrépidité avaient, dans tous les temps, su arracher des milliers d'infortunés à la fureur des flots, pour pouvoir affirmer que l'intervention d'une société destinée exclusivement à multiplier de pareils actes, à récompenser de telles vertus, deviendrait des plus salutaires, et que, ne fût-ce que par l'influence nH)rale qu'elle exercerait sur les populations riveraines, sa création serait encore un immense bienfait assuré aux marins, au pays et à l'humanité.

Pour émouvoir une capitale qui vient de manifester ses sentimens d'une manière si solennelfe ' , je n'emploierai pa^ l'artifice d'Antoine étalant la robe de César; je ne retracerai point les épouvantables désastres de cet hiver, le tableau de la rade de Boulogne , du naufrage de VÀmpkytrite; le lugubre appareil de cette file de tombeaux renfermant les débris de tant d'individus que cette fois les flots avaient restitués à la terre; cette procession de morts que, jusqu'au lieu de leur sépulture, suivait religieusement l'habitant de nos rivages. Je ferai seulement observer que ces catastrophes si terribles se renouvellent toujours avec les équlnoxes, et (ju'il y périt annuellement de dix à vingt mille individus. Vingt mille individus t qitell# perte pour la navigation ! quelle plaie pour l'humanité !

Je dirai au citoyen qui s'enorgueillit de la gloire de notre pavillon : Songez au péril de ceux qui l'ont illustré en cent combats !

Au négociant qu'enrichît le commerce des deux mondes : Songez aux souffrances de ceux qui vous ouvrent les chemins de l'Océan !

Au sexe, dont la parure est empruntée aux

* Nous croyons devoir Axer un instant l'attention de nos lecteurs sur Tune des particularités de la séance générale de VJcadémie des Trofs-Industries, parce qu'elle est satisfaisante pour les gens de mer, et honorable pour les habitans de la capitale. Au moïKcnt où le çré^ident, appelaot M. Castéra pour recevoir la médaille qui lui avait été décernée par l'Académie , citait ses entreprises philantropl» ques, les applaadisscinevs, qui avaient accompagné toutes les promotions de ce genre, devinrent universels à ce titre de Fondateur de la Société centrale des Naufrages, et attestèrent la vive sollicitude que le public parisien porter^ constamment à une classe nombreuse de citovcos précieux,

{Xote du Hédacteur,)

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FRANCE HARITIME.

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quatre continens : Songez aux veuves, aux orphelins de ceux qui périssent pour satisfaire votre yanité, et contribuez tous, au moins de vos vœux particuliers et de votre prépondérance sociale, à prévenir des dangers, à adoucir des infortunes que vous causez et qui vous profitent. L'intérêt le conseille, Téquité lordonne et la reconnaissance le sollicite. Sauvez les marins 1 Ce ne sont plus des larmes stériles qu il faut verser sur leur sort, mais des mesures efficaces qu'il faut prendre pour leur salut.

Oui, les temps sont venus de les mettre à exé^ cution. La science le peut et lopinion le veut : partout j*y vois les esprits disposés. Boulogne a vu sa Société humaine se convertir, pendant les ouragans qui ont désolé ses bords, en société des naufrages, et en remplit tous les devoirs. A Dunkerque, il se ci^e une association qui a pour objet de secourir les malheureux jetés sur ses côtes, et d'étendre aussi loin son égide marine que le permettront ses facultés, en sorte qu'il ne faut peut- être qu'accélérer l'établissement de la sch ciété centrale pour généraliser l'impulsion et former spontanément ceUe grande eonfédération d'amis de l'humanité qui doit embrasêer nos rivages, divisée par groupes stationnés dans les ports, et liés par un comité siégeant dans la capitale. (Discours lu à l'Académie des sciences, le â5 février i833, et inséré dans les Annales maritimes, cahier de juin dernier.)

Veuillez recevœr. Monsieur, mes sincères remerciméns pour le concours que vous lui avez prêté d'un zèle actif et d'un journal estimé, et en publier le programme. C'est principalement au rédacteur de la France maritime, dont la sollicitude pour les gens de mer s'est déjà fait connaître honorablement, qu'il appartient de faire entendre ce cri : Sauvons les marins! qui retentira un jour dans l'Europe entière. En attendant, ce cri est devenu le signe de ralliement, le mot d'ordre des fondateurs de la future société, de ceux qui, dès lorigine, ont approuvé mes vues et encouragé mes efforts. Qu'ils reçoivent en commun le témoignage de ma reconnaissance, flattés qu'ils seront d'un hommage que confirmera le pays, et qae la postérité ne démentira point, caries peuples finiront enfin par comprendre que ce qui est le plus digne de rester dans leur mémoire et d'obtenir leurs suffrages, ce sont les travaux consacrés à la patrie, ce sont les services rendus à l'humanité !

Agréez, etc. C aster a,

Anciea magistrat.

N. B. Les personnes qui désireraient faire partie de la Société centrale des Naufrages pourront s'adresser, pour lai reBseiffnemens , à M. Jules-Lecomte , rédacteur oc la France Maritime^ ou à M. Castéra, ancien magistrat, rue Waric-Stuart, n° 6.

Uaufrajje

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