‹ La France maritime (volume 2)Chapitre 24 sur 70 · ÉTYMOLOGIES · texte numérisé non relu

ÉTYMOLOGIES

A pavillon d*abord. Et commençons par mettre hors de cause H. Du Pavilloji, à qui une erreur ai»

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«es répandue a fait gratuitement Thonneuf d'ayoir imposé son.nom aux drapeaux maritimes. Du Pavil* Ion servait dans la marine vers le milieu du dernier siècle » et j*ai rapporté une ordonnance de Louis XIV (celle de 1661) qui parle de Yaneien pavillon français, Le mot pamll(m est donc dans la langue maritime depuis Louis XIII au moins ; M. Du Pavillon n'a rien à y prétendre.

Faut-il voir dans/)aîJi7/on un diminutif de/iat'ot>, et aller chercher dans le mot latin pavire l'origine de ce terme? Bien que depuis assez longtemps les pavillons soient employés dans le pavoisement des navires aux jours de fêtes, je rejette cette filiation, parce que je ne vois point d'analogie ancieûBC entre l'étendard et la bande d'étoffe' (pavois) qui recouvrait la pavesade, c'est-à-dire la rangée de boucliers du pavois placés autour du vaisseau pour garantir les hommes pendant le oombat. J'aime mieux voir dans joamV/on le papillon, c4mme il est dans l'origine avouée de la tente appelée pavillon.

Pavillon n'est qu'une figure, une image. Quand on vit la tente faite de riches et éclatans tissus , retroussée de» deux côtés de son entrée principale, comme si elle ou\Tait ses ailes pour prendre son essor, on fut frappé du rapport que présentait cette forme avec celle du papillon. Ici je n'invente pas ; je retrouve partout dans une latinité res* pectable /wipt/to pour désigner la tente. Pline la employé plusieurs fois.

La langue maritime est imagée, poétique, riche de 'figures hardies ou gracieuses, ce que je crois avoir démontré par le travail étymologique placé à la fin de chaque chapitre, dans mes Scènes de la Vie Maritime^ publiées en 1852; cette langue ad^ met une foule de mots qui ne sont autre chose que des métonymies ou des métaphores. £h bien!

pavillon (bannière) est un4rope aussi; c'est ce que la rhétorique nomme une hypotypose. Le marin , dans le drapeau flottant avec ses couleurs vives et brillantes au soleil, a vu le papillon, et pour lui l'étendard du vaisseau est devenu le papillon. Qu'en suite le P se soit changé en V, ce n'est pas chose merveilleuse, bien que la transformation toit r&re. Voyez que de modifications a subies ffuitran pour devenir goudrm^ et étonnez-vous encore de quelque chose ! Les Italiens ont pavt^ flicne qui Veut dire papillon aussi bien quejpope/ione. Les Anglais disent ^o^, les Hollandais vlag; ces deux mots de commune origine m'ont tout Tair d'ttiue ûnomotopéc. N'est-ce pas le flac-flac ou claquement du pavillon fouettant l'air dans lequel il ft^agite ? Les Portugais et les Espagnols ont con- «er\'é brandeirûi^ la bannière, qui vient du vieut mot allemand banhery d'antres disent de l'arabe.

Flamme est une figure de comparaison, aussi bien que pavillon. Celte longue bande, affilée comme une langue quand elle ondule au vent, a tons les «louvemens de ta flamme ou langue de feu. Rien tt'f st plus juste que cette image, qui, m swpl«id>

est antique ; tënioin les flammée qui ont légué aux hulans et à nos anciens hussanls la flamme, ^ornement déployé de leurs sackos, et aux artilleurs la mèche de crins rouges qui flotte, et, parsa forme comme par sa couleur, rappelle la flamme ardente de la grenade embrasée. L'Italien a flamme et flammeùlo. Autrefois la flamme- était une langue fendue à son extrémité ; aussi les Flamands l'appelaienl-ils 8pli€»4ong {îenàvie langue). Les Anglais ont plusieurs mots pour exprimer ce que nous appelons flamme : streamer^ pendant et pennant. Le dernier, c'est notre ancien pennon, gardé aussi par les Italiens (pefinone ) ; le second est une figure cMume le premier. JFVnrfanf, c'est la banderole longue, et qui pend parce qu'elle est longue ; streamer, c'est la bande d étoffe qui ser» pente et a l'air de couler.

Pour corneête^ ai-je besoin d'aller en chercher l'étymologie dans cette espèce de coiffure de soie de couleur que les chevaliers mettaient autrefois sur leurs casques, et qui, selon plusieurs auteurs, fut portée ensuite par leurs écuyers comme les étendards particuliers de ces chevaliers? Cest bien là l'ongine des cornettes de cavalerie ; mais pour la marine n'allons pas si loin! La cornette est un pavillon qui a deux fom«j, et voilà tout. Les bàtimens marchands ne peuvent jamais porter la cornette, si quelquefois ils peuvent arborer la flamme.

Le guidùn est une variété de la cornette; il n'est pas en vergue sur un bAton comme elle, comme les anciennes bannières, comme leis grandes banderoles des galères. Q*ii sait la valeur du veAe guider, sait ce que veut dire guidon. Dans la marine de Louis XIV le guidon n'était pas en usage; il l'était seulement dans les troupes à cheval. Les navires du commerce ne la portent pas plus que la cornette. Ce sont des signes militaires, des marques de commandement. Le guidon appar* tient au capitaine de vaisseau, chef d'une divisioi} d'au moins trois bâtimens de guerre ; la cornette désigne le commandement d'une divisioii de trois, ou plus, bâtimens de l'Etat, exercé par un capitaine de frégate ou un officier de grade inférieur à celui de ce capitaine.

Me voilà parvenu à la fin d*un travail duquel j'aurais pu donner un plus grand intérêt si j'étais plus savant, mais auquel je n'aurais pu donner plus de soins. Je (fois peut-être m'excnser oavoîr été si long ; mais j'atteste que j'ai abrégé beaucoup. La matière était ample, le sujet curieux, et au bon temps où l'on avait le courage de lire les grands traités, dans oe temps où écrivaient Fauchet, le père Daniel, Allard, Morange de Per^ rins, Guignard et Auguste Galland , on en aurait fait un volume. Que les lecteurs me pardonnent dotoc et s estinvent heureux d'en être quittes pour quelques pages !

A. Jal.

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