‹ La France maritime (volume 2)Chapitre 30 sur 70 · L. LsriVKfi · texte numérisé non relu

L. LsriVKfi

LE

JH0nt-^aint-Mic\)eL

Infandum !

VirgUius Maro,

II est des noms qui soulèyent tant de souvenirs terribles, ([u'ils ne s'offrent jamais à Timagination qu'entourés d*une sorte de terreur superstitieuse. La fatalité semble avoir combiné leur destinée de manière à combler, par dés catastrophes naturelles, les vides qu'eussent pu laisser, dans leur action dramatique, les crimes et les vices des hoDunes. •

Le Mont-Saint-Michel est un de ces noms-là.

Etrange nature que ce pilastre de rochers rougeàtres et nus, ossement d'un monde détruit, debout dans ces grèves comme un souvenir de malheur qui survit seul à une existence oubliée !

Etrange édifice que cette sombre masse de bàtimens, que chaque siècle, en passant, a scellés de sa tyrannie , a noircis de son ombre ; où chaque phase de civilisation résume par son empreinte tout ce que notre histoire offre de plus sinistre et de plus odieux.

Roche druidique aux jours anciens, les mythes de Bélénus ouvrent, par un baptême de sang , cette néfaste destinée.

Plus tard^ l'orgie claustrale remplace la férocité religieuse.

Plus tard, le haubert et le froc y unissent leur double despotisme.

Plus tard, la tyrannie trouvant ses grèves assez infranchissables, ses murs assez élevés, ses inpace assez profonds, pour y ensevelir ses haines et ses vengeances» le Mont-Saint-Michel devint pour elle un juste milieu entre les cachots et la tombe.

Plus tard, les prisons d'état détruites, sur les ruines de cette Bastille on intronise Bicétre.

Il ne manquait plus, pour clore dignement son histoire, que de lui faire cumuler ces deux titres.

Son histoire est complète.

Mer conyiilsive !

Le cap. N. Girard.

C'est dans ta petite baie, crique aux eaux basses et pâles, formée par la réunion des côtes de la Normandie et de la Bretagne, que s'élève le Mont- Saint-Michel. — Le roc qui lui sert de première assise est un îlot d'une nature granitique , dont une vaste plaine de sables mouvans rend l'abord toujours dangereux. La pointe de Moindrey, partie du rivage la plus voisine, en est encore séparée par une demi-lieue de grèves, oit il serait imprudent de se hasarder sans guide.

Deux fois chaque jour le flot, envahissant eette plane étendue de marne , y roule sa barre avec une rapidité contre laquelle on lutterait difficilement dans les jours de grandes eaux. Le roc se trouve alors isolé dans une nappe de mer dont les lames, en roulant sur la vase, ont changé la couleur verte contre une teinte grisâtre.

La violence avec laquelle ces grèves se trouvent envahies a fixé l'attention des naturalistes et des géographes. Le gisement de ces côtes plates» et les canaux ouverts qu'offrent aux flots les lits du Quemon et de la Scée, ont résolu, par des considérations locales, cette apparente anomalie.

11 est d'ailleurs peu de côtes où la marée s'élève aussi haut que sur cette partie de notre littoral. Ce phénomène trouve son explication dans la conformation du bassin de la Manche.

Le flux, poussé par l'action planétaire dans ce pas, se trouvant répercuté par les falaises du rivage anglais, doit nécessairement se porter sur l'autre bord de tout le poids de ses eaux.

De là peut-être encore les envahissemens que fait constamment la mer sur les rives de cette baie.

Quelle nature Âpre !

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