‹ La France maritime (volume 2)Chapitre 31 sur 70 · MAX.-RAOUL · texte numérisé non relu

MAX.-RAOUL

L'aspect de tout ce pays est, au premier coupd'œil, morne et sauvage. Peu d'arbres croissent sur les côtes que bordent, dans beaucoup d'endroits, des dunes arides.

L'air vif et les émanations salines que soufflent les brises de mer brûlent et appauvrissent la végétation. Des champs de blé et des pâturages de luzerne y décèleni seuls la vigueur du terroir ; mais c'est surtout la vue des grèves qui attriste par sa monotone nudité.

La tangue dont est formé le sol étend partout sa couleur blafarde. Aucun récif, aucun roc, aucune plante ne viennent rompre cette uniformité de tons, où l'œil cherche vainement quelque objet sur lequel puisse se reposer le regard.

Ce n'est que dans les parties les plus voisines du littoral que l'on trouve ces champs de chien^ dent nain où paissent des troupeaux d'oies domestiques, et ces herbiers de chrtste-marine au milieu desquelles viennent souvent se reposer ou s'ébattre des volées d'oiseaux de mer'.

' Lea oiseaux marins les plus communs dans cette baie sont : les hovriques, les courlîeux, les pluviers gris ou dO" rést les mauves au plumage blanc comme Técume des lames, les caniards, dont les courtes pattes à larges palmes rérèlent les habitudes et les goûts. Les hérons et les cor^ morans j sont assez rares; on y en voit cependant d'isolés. Durant les hivers, et surtout les hivers rigoureux , l'air y est constamment sillonné de 'voliers de canards et d'oies sauvages, au milieu desquels on distingue quelquefois des cygnes égarés. Tous ces oiseaux affectionnent le bas de l'eau ; s'ils viennent dans les parties de la grève voisine du rivage , ce n'est presqnue toujours qu'isolément , à moioi pourtant qu'ils n y soient refoulés par les tempêtes.

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Cependant , que les regards se détachent de cette espèce de steppe, pour embrasser tous les mouvemens de terrain, tous les accidens de paysage dont cette rive abonde, ce site prend, dans sa sauvagerie, une fermeté, une hardiesse, \m caractère de grandeur qui rappelle les plus admirables conceptions de Salvator-Rosa.

Au sud, les côtes basses et vaporeuses de l'illeet-Yilaine rampent à l'horizon comme un petit ourlet de nuages.

A Touest, ce sont Pontorson, la bretonne et la coquette Avranches, dont les vertes collines descendent en pente douce vers la mer.

Au nord, GaroUes et Champeaux , avec leurs falaises abruptes et leurs miellés arides'.

Puis, pour dernier plan, au couchant, la npier sans cesse sillonnée par les bateaux hultriers de Cancale et de Granville.

Pour centre enfin à ce tableau, Tombelaine, pauvre ilôt couvert de débris, étendu dans ces grèves comme un dromadaire fatigué, couché les naseaux dans le sable; et auprès le Mont-Saint- Michel, dont la pyramide se détache en silhouette sur le fond éblouissant des flots et du ciel.

lY.

Digne couple !

Ugo Foscolo.

Assis sur une base de 9,000 mètres de circonférence, cette espèce d'îlot s'élève de 50 mètres au-dessus du niveau des grèves. La couleur rouge&tre et livide de ses rochers lui donne un aspect lugubre, que complète bien la masse irrégulière et noire de ses bàtimens.

Le côté le plus désolé est celui du couchant. Le mont et le moutier ne semblent y former qu'une ruine.

C'est un amas de rochers où volent, de pointes en pointes, des culs-blancs et des aidons. Dans les anfractuosités et les fissures broussaillent de grandes herbes, des fenouils, de la ciguë au tronc maculé, et par endroits, quelques touffes de ces armelis rouges, jolis petits œillets, si communs sur tous les autres points du roc et des murs.

Au-dessus semblent chanceler les remparts lézardés de la vieille abbaye.

Vu du nord, tout change : c'est bien encore le sombre édifice, mais la nature et le monument reprennent de la grandeur et de la vie sous leur aspect sévère.

Il y a quelque chose qui étonne dans ce socle de granit, qu'une foule de plantes et d'arbustes revêtent de leur verdure foncée, et d'où s'élance hardiment le ch&teau, dont la hauteur semble

* On désigne sons le nom de Welle les terrains sablonneux et stériles qui se trouvent sur ces côtes, entre la grève et les champs cultivés; elles sont généralement couvertes d'une herbe très-rase et mêlée de serpolet rampante h^ agneaux qu'elles nourrissent aont préférés par les gourmets il tous autres pré-salés et à l'agneau même dea Ardeimcsi

s'appuyer sur ses piliers et ses jambages pour résister à la longue action des vents du nord.

Que l'on savance alors de quelque distance dans la grève, pour que l'œil puisse saisir l'ensemble du monument, sou faite, avec ses frêles aiguilles et ses tourelles déchiquetées, se profile si léger dans l'air, qu'il rappelle, par son style excellent, les plus belles silhouettes de nos édifices gothic[ues : le sommet seul en rompt l'harmonie ; ks bras maigres et tordus d'un télégraphe remplacent mal, sur cette tour découronnée, le poétique campanille à jour, où planait autrefois la statue doré^ de saint Michel.

Vers l'est, le grandiose disparait pour laisser toute place au pittoresque.

L*abbaye, dominant de ce côté une foule de maisonnettes qui s'épaulent et se superposent, semble le couronnement de cet amas de bâtisses, dontles jardinets, frais de la verdure seule de leurs figuiers célèbres', étendent leur terrain stérile vers le sud.

Cette confusion de toitures et de murailles se divise pourtant, dès le premier aspect, en deux parties bien distinctes : la ville d*abord, et au-< dessus le château.

Misère et poésie ! M"** Rose DesghampS.

Deux rangées de maisons cbétives, nues, accroupies des deux côtés d*une me étroite qui se tord aux flancs du rocher depuis les deux cours, entrée du rempart, jusqu'à la porte de l'abbaye, forment la ville, car c'est ainsi que les habitans nomment cette pauvre bourgade.

L'aspect de ces masures est misérable. Bien que la pierre abonde sur les lieux, le prix élevé de la chaux fait entrer pour beaucoup le bois dans leur CQnstmction. La plapurt sont couvertes d'essences de hêtre qui, en se noircissant à la ploie, étendent sur l'ensemble des toitures une teinte sinistre.

' La rue est sombre et malpropre ; le ruisseau noir, et défoncé par endroits, exhale une odeur fétide, aux heures surtout où les rayons du soleil tombent lourds et chauds sur les pavés.

La chemise de murailles qui enveloppe la ville jette seule sur son ensemble quelque poésie, — • poésie désolée comme celle des ruines.

Ces murs, d'un granit jaunâtre, flanqués de dîs« tance en distance de fortes tours, sont couronBés d'une frise de mâchicoulis dans toute leur lon-

* Il n'est aucun endroit en France où la figue acquièiie une saveur plus exquise que dans les petits jardins cultivés sur le versant sud du Mont-Siint- Michel; les sels de l'air maritime, et la réverbération du soleil par les rochers et les muraiUes du château, leur donnent, sur ces légères con« ches d*hamus, un goût que leur communiquent rarement les climats méridionaux ; mais ces fruits et les ognons sont . , les seiils végétaux que Ton puisse cultiver dans ce terrain^

FRANCE MABITIME.

gaeur. Bien que Tarchitecture, celle des donjons MPtoiit, ne 9ôii paysans lonrdenr, le style général est d'une âpre et ncble simplicité ; ces restes, bien eottservés, révèlent la force et l'importance que son mentellemeiit et sa position donnaient jadis à eette ptaee.

C'est la natura auprès de la civUîsatioa.

J.-J. Rousseau.

Les babltansT se dtrîsent, par lem* caractère comme par leiu* profession, en deux classes, que

distinguent dès l'abord leur costume et leur phy-

• - -- * fltottomie*

Les pécheurs, population indigéme, dont tes jonmées s'éconlent au milieu de ces grèves dans m travail dhir et stérile, forment on type complètement en dehors de notre civiRsation et de nos mœnrs. Comme leurs costumes, leurs physionomies ont cette originalité qui caractérise ceux de tous les habitans primitifs des côtes.

Ce n'est point, comme la mise du Bas-Breton, fa jaquette et les couleurs tranchées du Klepte et des'Lazraroni; c^est* cpielque chose de propre à eux , de plus national , quehpte chose qui va bien avec notre mer houleuse, nos côtes âpres, tre ciel de brume.

A les voir la figure hâtée par les vents salins et la réverbération du soleil sur le sable ; — les hommes, la tète couverte d'un méchant feutre usé CM d'un gvo» beonet d^ laii^, k pftatalon rel^véinsqWwx gejftettX»ui)edeTarteière d'étoffe con^ leur aambpe attachée sur leur» éj^ules> comme le ipMHam bkmo %m celles d^ Béd#iiîas; •*-* les fe»m^9, b tèie conveet^ de ee^ AevaBcières, oMine le front d'une Espigpoled'uiMmiuitiUededeHteMa DeirQ, et tmr^ courts j«po«S( de droUleê, laissant voir Bues lenis j»mbe»r0(«|;iespar Peati de mer;-*rhoflane, en&i, le^dosichargédune hotte d'osier ; h fesime «yaBl pour ceinture quelques petits filais qit'ite doivent Tuai et Tautre rapporter {^ehis de pois^tis ou de eoquiliages',. on dir;iâ presque une tribu de pécheurs celtÂques.

Habitués ^ cette >iet de prîmiiens et de Catiguesu lutdmit BSi»» cesse âxeo Isi mer à laquelle ils di^^em owtinueltemefiâ ieiir nourriture, la vie morale de ce^ malheMveux ne aeioble pas s'élaiwer ai^delà de leiim t^soins de chj^pie jour.

11 y i^eepeodMt sous oetteeQv^oppebrute une sève puissante, \\ya uue forte énergie de sentU mfiêl û»jm:cm ^e^ qoe iioti»e civiliaatio«k aesible aireÂr eitUîéeft dai»ft leur bttdrbsaîe^ et cflte parait avM mMs le ftY)iMSÉent eoRtiiuiel de h misât e.

* La> péctwlm phis «lionëfiite et 1 lAifodle se livrent uni > queiMQt ka feainM<9 eet otite dm co^uêS, coqoMbçie bi^ YalyovfViuM GMBibtinDt «qatuee, mais^un goût sanonreux l0M(|a'b»t»ftiit ourrkp à l^ctto» d»f0ti. Sa n>riii« tt^tvmdm, el de U geeweoD à peu prô«^ la «loote. li»BffHes, UÂ^tsetlee.jmi/i>A»aëpwtesté^atMMBtdaiie cetie bwe, oaron pMM ém har$ etde^MWMOn^wagiiiiqiMs,

Qu'un malheureux en danger crie : Assistance! qnét que soit le péril, ils n'écoutent que leur dévoûment et volent à son secours.

H en est différemment de lu partie commerçante des Bfontois. Vivant pour la plupart de leurs relations avec les voyageurs que ta curiosité ou de politiques sympathies appellent sur les lieux. Os les hébergent et leur vendent, le plus chèrement possible, les objets travaillés quTls achètent & vil prix aux détenus. L'avidité et la rase forment les traits distinctifs de leur caractère.

Cet odieux brocantage les a réduits au degré d'égoïsme où notre système social a fait généralement descendre le commerce.

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