‹ La France maritime (volume 2)Chapitre 35 sur 70 · COURSE · texte numérisé non relu

COURSE

Nous avons offert Tosquisse de ces cachots flottans où la politique du cabinet de Saint-James entassait les prisonniers qoe lieraient à sa discrétion les chances de la guerre» mais que le droit sacré des nations plaçait sous la sauve-garde de son honneur; et nous avons laissé Thumanité pro^ tester contre ces espèces de tombeaux ou la captivité se changeait en un supplice cJuronique pour des malheureux dont tout le crime était d*avoir été vaincus.

C'est par le récit des dangers et des fat^joes au milieu desquels ils ne balançaient point à s'é* lancer pour échapper de ces prisons» que nous ferons connaitre aujourd'hui l'excès des tortures oil les plongeait cette détention homicide*

Il fallait connaître d'abord la vie de privations» de dénùment et de souffrance que Ton vivait dans ces pcmtons, — vie toute factice » vie tout en dehors des nécessités de l'organisation humaine» oil le prisonnier ne foulait que des planches» ne respirait que des miasmes, ne mangeait que des alimens corrompus, n'existait» comme l'impiir phalène^ que dans l'obscurité d'une sorte de crépuscule;— -il fallait, disions-nous» oonnattre d'abord cette vie anosuile pour pouvoir comprendre l'impatience avec laquelle ces malheureux se je-* talent i travers mille morts à la lueur la plus fit* gitive de salut; pour croire k cette obstinoûoB avec laquelle ils concevaient» fécondaient» pour*' suivaient une idée de liberté ; a ces drames doBt» à force de courage et de patience» ils domptaient les péripéties; k ces Odyssées hasardeuses» où» sur une chance de salut, ils aventuraient vingt chances de perte et vingt fois leurs vies«

Car ces prisons n'étaient point pour les Fran^ çais ce qu'est aux damnés l'enfer du Dante, lit ne laissaient jamais l'espérance aux panneaux ; elle descendait avec eux dans ces entreponts obscurs et dai^ ces cales fétides, où ils avaient 4it adieu à l'air libre» i la terre» à la lumière» à Unai ^ excepté à elle ; elle y descendait pour y ^idouctr leurs douleurs physiques» coaune elle y caUnait leurs C4»urs où saignaient toutes les affections.

]^ récit des diverses tentatives dont MM « Ha vas etSûuville ' bravèrent» avec une constance si hé« roique» les hasards^ les fatigues» prouve tout ce

* Ce» 4iU(t iMeRfS vlfeiit encore : M. Qavas réside actuellenient à la Martini ^ n o^ Mv -S^wiUe commande le pa-

Îuebot chargé de porter la correspondance de Calais à «oufret.

que le malheur fait trouver â ilidmtttô de Ressources dans une inflexible volonté.

On était en novembre. — 1808 allait finir.

La flottille de Boulogne, sur laquelle la France et l'Angleterre avaient long-temps fixé l'une ses espérances, l'autre ses craintes, toutes deux leurs regards et leurs préoccupations, était tombée dans l'impuissance, sinon dans l'oubli. La grande armée avait emporté avec elle toutes les sollicitudes vers d'autres frontières. La flottille» démembrée et inactîvée, voyait continuellement se détacher d'elle quelques-unes de ses divisions; les unes» longeant le littoral, gagnaient les rives du Texel; les antres, mettant le cap au sud, voguaient vers les côtes méridionales de la Manche. Veuves de leurs soldats, chaque jour les* canonnières perdaient jusqu'à leurs meilleurs matelots.

La petite course avait repris son activité première ; toutes nos baies, tous nos ports, tous nos havres avaient leur goélette, leur lougre ou leur brick. A chaque marée, ces vautours de la côte s'élançaient du creux de leurs rochers pour fondre sur les caboteurs anglais, et regagnaient bientôt avec leur proie la crique qui leur servait d'asîle.

C'était la lutte de partisans après la guerre en champs ouverts.

Ces combats audacieux venaient consoler par leurs succès nos marins, que la vue des escadres anglaises, toujours ou mouillées ou cinglant dans nos eaux , froissait dans leur sentiment le plus susceptible, à eux, leur patriotisme, leur fierté nationale. Aussi était-ce sur les corsaires que se réfugiait tout ce qui restait d'énergie dans nos populations riveraines.

Ce fut au milieu de ces circonstances que M. Havas reçut son congé ; il servait alors dans le Ai^ bataillon de la flottille» commandé par le capitaine de vaisseau Edmond Richer.

Ce jeune homme ne fut pas plus tôt libre, qu'il $e rendit & Calais pour prendre du service sur un des intrépides croiseurs que fournissaient à la course les armateurs de ce petit port.

Le Furety joli lougre bien fin, bien effilé des bossoirs, bien coquet, était alors amarré contre les quais, prêt à prendre là mer.

Havas, ayant offert ses services, fut porté sur le rôle d'équipage en la double qualité de chirurgien et de lieutenant, chirurgien de nom, lieutenant de fait, comme bien on l'entend, et comme cela se pratiquait en effet à bord de tout corsaire*

Le capitaine Altasin, bon officier, brave comme le fer et marin comme les cordes, n'attendait qu'une bourrasque pour sortir, car les coursiers^ comme les corbeaux, quittaient toujours de préférence leur retraite après une tempête. Impatienté d'attendre la fin d'une nuaison où chaque jour le temps s'affinait davantage» le commandant du Furet fit border ses voiles sous une jolie brise de N.-E. » et poussa hardiment S9 bordée dans la Manche*

FRANCE MARlliatË.

Les premières courses de cette campagne furent stériles. Le Furet, ayant parcouru tous les parages de France sans rencontrer un seul navire qu'il put attaquer, résolut de transporter sa croisière sur un point plus chanceux.

Il quitta donc la rade de la Hougue, où la poursuite d'une frégate anglaise l'avait forcé de se réfugier, et mit le cap sur le littoral britannique. Altasin, pensant que la sécurité où l'exignité de nos ressources maritimes et l'état de leurs forces navales dans la Manche avaient plongé les Anglais, devait laisser leurs attérages sans surveillance, avait résolu d'aller, en vue même de leurs côtes, enlever leurs bâtimens.

Son appareillage eut lieu par une nuit sombre de décembre. La brise était fraîche, la mer légèrement houleuse: —-un joli temps.

Quand le jour se répandit sur les vagues à travers los nuages qui voilaient le ciel, l'horizon autour du Fure^était vide : les côtes de France avaient disparu au sud, aucune voile ne s'élevait dans les autres directions ; le longre, naviguant sons ses voiles majeures, continua sa route.

Vers dix heures du matin, un bâtiment fut signalé.

c Dans quelle aire? cria l'officier de quart au matelot de vigie.

— Dans le pied du vent, lieutenant. »

Tous les yeux et toutes les longues-vues interrogèrent aussitôt cette partie de la mer et du cieL

' Les dimensions de ce b&timent étaient telles, qu'il fut impossible de douter que ce ne fût un navire de guerre, — unmarchand de boulets, conune disent les matelots.

Altasin, après avoir consulté ses officiers, ordonna de virer sur la terre, et le Furet prit chasse devant l'ennemi.

Légèrement penché sur la mer, le Furet, qui s'était couvert de toile, filait avec une rapidité qui l'eût sauvé sans nul doute, s'il eût pu gouverner sur le rivage; mais il eut beau serrer le lit du vent, il ne lui fut possible que de le longer. Il n'était plus cependant qu'à une lieue de la pointe de Barfleur, lorsque la frégate anglaise, lui coupant la côte, lâcha sur lui sa bordée et le força d'amener.

. Quelques jours après, la frégate, dans l'entrepont de laquelle Havas et ses compagnons étaient prisonniers, donnait dans la rade de Portsmouth, où une flotte anglaise, espagnole et portugaise, chargée de troupes de débarquement, était en partance pour Cadix; et le lendemain une embarcation transportait les prisonniers français à bord du ponton la Craum.

. Ce fut ainsi que M. Havas, après cinquante-six jours de mer, se réveilla de ses beaux rêves de combats et de prises, de butin et de gloire» dans le faux-pont d'une dQ. ces \iQilles carènes que no^

TOMB l«'.

marins regardaient presque comme des tombeaux'.

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