‹ La France maritime (volume 2)Chapitre 41 sur 70 · DE L'AMIRAL LINOIS · texte numérisé non relu

DE L'AMIRAL LINOIS

De tous les ports que l'Océan-Âtlantique et la Méditerranée baignent depuis l'embouchure du Texel à celle du Tibre, ceux de TEspagne étaient les points maritimes où Napoléon devait à cette époque trouver le plus de ressources pour réali^ I ser ses projet d^ domination universelle*

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Habile et pi^udente» la politique de la cour de Madrid avait preàqne constaBiment tenu ses escadres en dehors de la lutte où les marines (Vançkiie et bata\^ avaient succombé sous les flottes anglaises. Aussi tes pertes s'ëlevaieut-elles à peine à huit ^lEiisseaux et quatorze frégates» tandis que la Fi*anoe et la Hollande comptaient, la première, soixante vaisseank de ligne, cent trente-sept frë* gâtes et cent (garante autres Mtimens; la se^ conde, vingt-cinq vaisseaux de ligue et vingl-deux frégates dans les ports anglais.

Toutes les préoccupations du premier consul durent tendi*e à faire entrer dans Uos lignes les fortes navÀles de cette nation. Le concours des circdnstances vint naturellement appuyer ses des-^

seins.

Les menaeed et le$ armées dé là coalition monarchique venant uue seconde fols d'être mises à néant par nos légions républicaines, leur jeune chef, au retour de cette campagne ouverte si glorieusement par la victoire de Marengo» close avec tant d'avantage pour la France par le traité de Lunëville, avait acquisasseï de puissance pour que le roi d'Espagne s'empressAt d'acbeteb son amitié par quelques sacrifices. La eampagne dé Portugal donna encore un caraetAre plus positif et plus instaUt à notre influence, dont G^l, j>mce dt ht Paix, èe fit rinstrument et l'orgaue dan^ le consetl de FerdinaUd.

Quatre vaisseaux fttrent offerts par le cabiitiet àb Madrid à la France, dès qUe NapéléoU en eut témoigné le désir< Ces bfttlmens, dont Bonaparte confia le commandement au contre-aïUiral DutUanoir, durent former, à Cadil, avec quelques autreA vaisfteaÉt armés pair l'Èâpagne, le noyau d'une flotte %m^ les ordt^ de l'amiral etofi Juàn

La ttbiVelle qu'usé èséadré ibéro-françdlsé èé coflibinaft dau^ lu rade de Cadix répandit l'alarme dans le gouvernement attglaîs. Tout le système sur lequel Bonaparte de proposait ^e relever notre puissance maritime se Hyélh i\V6ti ù rAtUirauté par l'activité qui , depuis le retour d'Egypte, se développait sur toute l'étendue de nos côtes; les travaux immenses exécutés dcms le lit de la Lianne et sur le littoral de Boulogne, les canonnières construites dans toutes fiés baiei, tu flottille que commençaient à former parieur r(kinioh les escadrilles de la Manche, se rattachaient trop naturellement aux armeïhenS de haut-bord, pour qu*ils ne fussent pas, les uns et les autres, la révélation d'une pensée unique.

Cependant, au milieu de tous ces préparatifs alarmans, les inquiétudes du cabinet de Saint- Jahies s'arrêtèrent spécialement sur les arm^mens de Cadix ; lu station de la flbtte française sUr ce point avancé ne loi permit pas d'ajourner les mesures que réclamait le maiÉlieu de ses relations avec les trois escadres de la Méditerranée. L'ambrai sk* lamei SatWMAry reçut ordre de

' se porter Immëdiatemeftt sur le détroit avec ttne division de six vaisseaux. Conformément à ces injonctions, le César, le PompA et le Superbe, portant chacun 84 pièces en batterie; trois vaisseaux de 74 : VAimiM, VAuAacieUâp et le Vénêrùhte, une frégate et nn lougre quittèrent Plymouih le 1 S juin sous les ordres de cet officier supérieur, et firent voile pour la côte d'Espagne.

Le 43 juin également, et presque û la mèihe heure, le contre-amiral Liuois prenait la même direction, sortant des bassins de Toulon avec les trois vaisseaux que Ganteaume avait renvoyés de Livourne; les a>Tiries que leur avaient fait éprouver la dureté du temps et une navigation fatigante sur l'Adriatique s'étant trouvées réparées en quelques jours, leForintdnble, V Indomptable et le DeBaiœ reprenaient intrépidement la mer. La Mkiron, embarcation vénitienne, remplaçait dans cette division la frégate la Créàte.

Ainsi ^'ouvrait le même jour, pour les deux divisions enrteniies, cette mémorable campagne qUl^ dans un mois de mer, devait doUttcr à Tnistoirc de notre marine deux de ses pages les plus glorieuses.

COMBAt D^AtGÈZIlVAlS.

Favorisée par une brise dé prhttemps qUl soufflait des côtes de France et d'Italie sur ta Méditerranée, l'escadre du contre^mîral Linois, aprèà avoir appuyé légèrement la chaise à quelques créî^eurs détachés en observation par sîr Warren, rtit le cap à l'ouest et laissa arriver dans la direction dû détroit. Deux jours après les vîgîes sigualèrent les terres d'Espagne; le temps et le vent étant favorables, l'ordre fut transmis de serrer lu rive pour eU prendre Une connaissance plus exacte. Ce fut dans cette manœuvre que l'amiral Linois apprit, par un bateau pêcheur catalaU, l'arrivée d'Une escadk'e anglaise dans les parages de Cadix.

Cette Nouvelle chartgcaîi complètement sa position : la division de Wurren, si la rentrée de GanteaUme ^'enait de la laisser libre, ne pouvait manquer de s'attacher à son sillage, et, par cette manœuvre, le serrer entre deux lignes de vaisseaux ennemis; se reployer sur le port d*arme* meut était d'un autre côté uU parti qui, sans beaucoup plus de sûreté, n'était pas sans honte; il se décida donc, malgré les daUgers qui menaçaient son expédition, à se porter toujours en avant.

Le 4 juillet, son escadre, filant sous une jolie brise de nord-est, vint prendre positioU sous les remparts d'AIgcziras.

Cette résolution prudente et hardie mettait le

contre-amiral français à môme de se procurer les

renseigncmens qui pouvaient éclairer sôs déier-

( minations ultérieures, et de profiter des fautes do

âOl

rennemi pour donûer à son expédition une fin heureuse.

L'arrivée de cette division ayant été signalée à sir James Saumarez, cet amiral s'empressa de rallier ses vaisseaux et de se porter au-devant des Français.

Bien qu'un vent de bout s'opposât à la marche de la flotte anglaise, secondée par la force du courant, que ne pouvait neutraliser la faiblesse de la brise, elle parvint à passer le détroit dans la nuit du 5 au 6. L'amiral croyait, par cette marche rapide, tomber à l'improviste sur nos vaisseaux ; mais lorsqu'au lever du jour son escadre doubla la pointe Del CarnerOy dont une tour couronne la crête comme pour servir de sentinelle avancée à Algéziras, il put se convaincre, au mouvement de notre division, que son arrivée était prévue. Nos vaisseaux, dont les reflets de l'orient rougissaient les voiles, manœuvraient pour prendre leur position de combat.

Le Formidable, au màt de misaine duquel le contre -amiral avait hissé son pavillon de commandant, jeta l'ancre par un mouillage de douze brasses d'eau au nord du Desaix, de l'Indomptable et de la Murion; le front développé par les vaisseaux formait ainsi une ligne d'embossage dont la droite s'appuyait, au sud, sur Vîle Verte, espèce de récif servant de base à une batterie de sept pièces de 18, tandis que la gauche allait au nord toucher les fortifications délabrées de la batterie de Saint-Jacques.

L'escadre anglaise, couverte de toile, continua de s'avancer sur une seule ligne en longeant toujours le littoral; le Vénérable, dont le capitaine connaissait tous les cailloux de cette baie, ouvrait la marche.

Arrivée à hauteur de la tour Sania-Garcia^ bâtie sur un des caps les plus avancés de la côte, l'escadre anglaise fit quelques changemens dans sa voilure ; les toiles élevées furent serrées sous leurs cargues, et les vaisseaux continuèrent leur marche sans beaucoup perdre de leur air.

A peine la tète de la colonne ennemie eut-elle atteint le travers de Yile Verte, que les canonniers de ce fort engagèrent le combat ; le Vénérable y répondit le premier par une volée de toutes ses batteries; l'escadre anglaise continua de filer devant nos vaisseaux, et dans un instant la ligne fut toute en feu.

Pendant ce mouvement, sir James Saumarez avait été frappé de la distance qui séparait la division française du rivage. Cette position avancée, et surtout la faiblesse des deux points armés qui la flanquaient, le détermina à tenter la manœuvre dont la conséquence avait été pour Nelson la victoire d'Abôukir.

Le signal fut fait aux vaisseaux d'avant-garde d'essayer de doubler la gauche de l'ennemi ; le Vénérable, tenant le vent, laissa arriver entre le Formidable et le fort Saint-Jacques. Cette ma*

nœuvre eût eu pour résultat de placer les Français entre deux feux.

Le changement de direction de l'ennemi révéla à Linois ses intentions. Sa détermination fut aussitôt prise : au signal du contre-amiral, nos vaisseaux, coupant leurs câbles, se laissèrent dériver sur le plein.

Un changement de vent contraria cette mesure énergique; la brise ayant faibli en tirant vers l'est, l'échouage manqua de régularité et surtout de précision et de vitesse dans le mouvement d'abattée ; le feu de nos batteries ne s'éteignit pourtant pas un seul instant.

La ligne française ainsi reformée, le combat redevint plus terrible ; le Formidable, dont le silence de la batterie espagnole ne tarda point à découvrir la gauche, se trouva assailli par trois vaisseaux ennemis; mais le nombre de ses adversaires ne jeta pas un seul instant d'hésitation dans sa défense ; telle fut la vigueur et la justesse des bordées de nos quatre bàtimens, qu'après un combat de deux heures, livré à portée de mousquet, l'amiral anglais crut ne pouvoir réduire notre ligne sans se rendre maître de Vile Verte.

Le feu de ce fort avait cessé. La faiblesse de son mantelet de terrassement et de murailles n'ayant pu résister long-temps aux boulets anglais, les canonniers espagnols, privés d'ailleurs de munitions, l'avaient abandonné.

Plusieurs chaloupes pleines d'hommes se détachèrent de l'escadre ennemie. Le commandant de la Murion, échouée derrière l'Indomptable, les voyant nager sur l'ile, s'empressa d'y détacher une compagnie d'infanterie en garnison à son bord.

Le capitaine de ligne qui dirigea ce mouvement le fit avec tant de promptitude et d'audace que les Anglais, prévenus dans le fort par nos soldats, furent accueillis à leur débarquement par une grêle de mitraille qui les força de pousser tout de suite au large; une de leurs chaloupes fut prise, une autre fut coulée.

Cette batterie, servie par nos soldats, ouvrit aussitôt un feu vif et nourri sur les vaisseaux que foudroyait déjà l'Indomptable. L'issue du combat ne sembla plus, dès-lors, douteuse sur ce point. Le Pompée, ayant touché sur les récifs dont est formée la ceinture de l'ile, ne put opposer une longue résistance : tout troué de boulets et privé de mâture, il se vit contraint d'amener son pavillon, aux cris de triomphe des Français ; plusieurs chaloupes venues de Gibraltar parvinrent cependant a l'arracher à une capture qui semblait certaine.

Pendant qu'au milieu des chances d'un combat acharné, VIndomptable, dont le capitaine venait d'être tué glorieusement sur son banc de quart, fixait, de concert avec la batterie de Vile Verte, la victoire sur notre droite, la gauche n'achetait pas 1q succès par uae moins énergique resta* tance.

Le coQit^t» sur ce poiiit comme sur Fj^utre eih trémité de la ligne, avait été long-(eiiy>8 indécis. A,u mourut ok, nos vaisseaux eoupaieut la manœuvre de Teiuxemi par Içur échouage, sept chaloupes Ganonnières» s'étaut détachées du fort d*Âlgéiçira^y étaient yeaues ratts^^ber potPf^ l^ue au fort Saint-Jacques, en occupant Fespi^c^ que ce 9H>HyemeRt ^vs|it laissa ouvert.

}ia pari qu'elles prirent dans Vengage^p^ent fut ^ vive, que 4e«p; seu^neiit ne furent p^int mises Lqvs de c^ombat

l,e fort S^iut^^çquet^ dont kt th/mm de dé*

fense, faible et lézardée» pre^tégeait mairartUlevie, a*sivs|it point tardé à se taire sous le feu qu'a- -v^ent dirigé €<NUre lui ^s. Angkis. L'officier iiupérieur Devaw s'étant aperçu que cette batieria avait otesé de tirer, s'y porta vivement à la tète d'un détaobemant de troupes qu'il prit à bord

Le feu, nourri pav nos soldats, fut dirigé de nottv^tt sur l'escîMke ennemie. Le combat prit des deux côtés un c£u*actère d'acharnement qu'il n'aywà pas ou suiparaYam; les deux djviûon&, enveloppées de touvbiUotti de année que pareouraient aans cesse de lon^^ies traînées de feu, formatent, |iar leura volée» snccessives et précipitées, un grondement sans intermittence. Les équipages français faisaîei|t des prodiges; les vides qu'oo^ casionaient les boniels dans le service des ptèces étaient imasUôt remplis par de nouveaux com- Imttans : matelots et soldats rivalisaient d'activité m de courage^

Ce fot au milieu de cet entraînement général que Fintrépide Lalonde, qui, malgré une blessure reçue au cemmençement de Faction, veiUak sur lottt, activait et dirigeait tout, fut renversé mort snv son bcmc de quart.

L'engagement dunMt depuis sept heures; la flotte anglaise, presque désemparée, laissait lan^ gnir son attaque sou^ les bordées continuelles de nos vaisseaux, lorsque l'amiral Saumarez donna le signal de la retraite.

11 était temps. Déjà trois de ses navires avaient perdu leurs mâts de hune et leur beaupré. Ce fut à peine si, lorsqu'ils eurent coupé leurs câbles, Fétat de leurs voiles et de teurs cordages leur peratit de prendre le vent. L'Ânnibal, éehou/é par le travers du Redoutable, resta au pouvoir de la division française, oonsme trophée de oette mémorable journée.

Ainsi se termina, pfir une victohre, eette action oè notre eseadk>e semblait devoir succomber sous la supériorité des forces qui venaient l'attaquer à son mouillage; eelte action, où tous les avantages que les circonstances du combat, le vent, les eourans, le chcMx des moyens d'attaque, la position de Fennemi, la protection dont le canon de Gibraltar couvrak leur retraite, réunissaient en faveur de la flotte angknse, ne firent que tourner à la gloire de nos vaisseaux.

|IAiaT{M^

Ce fut un beau spectacle pour nosr marins que la fuite désordonnée dont la marche de Fenpeoû offrit le ta|>leau!

Bien que favorisée par la t^rise qin souflEksiit de la terre et par les eourans cgiù portaient au large, les bàtimens anglais, tout pantelans, les voUesi trouées et le^ manoeuvre^ çn lambea^» n'sijrwt, pour la plupart, que le$ tronçon» de leur mi&uire, se tr^li^ient pénib^eoieM vers Gibraltar, ou û femgée, irasé par nos bouW^s, était reinorqué par

des chîj^upes.

Le c<^re-amir^ fraja^i^ ne se reposa pa§ des dangers dont venait de triompher sa division sur la sécurité de la victoire ; il comprii, ta différence qui existait encore entre sa position et ceUe de son ennemi.

Indépendamment de Fabri sûr qu^ kt ra4e et le port de Gobraltar offraient à Fescadre anglaise, sir Jfames y trouvait encore toutes les ressources de matériel et de travail qui pouvaient assiurer là prompte réparation de ses navires et la remise de ses eadres au complet.

L'escadre française, au eentravre, mouillée dans une baie ouverte et sur un ancrage peu sAr, se trouvait près d'un rivage d'où elle ne pouvait tirer aucun secours pour réparer le délabraient» suite rigoureuse de son long combat*

Il s'empressa donc de prendre les meuves d'urgence. Pendant que lea équipages se livraient avec Fenthousiasme de ta victoire à Fexéeution de ces premiers travaux, Linoîs taisait parvenir à Famiral espagnol et à FoC&eter supérieur fren-. çais, alors sur la n^ de Cadix, la nouvelle de son engagement, l'état criâicpie où se trouvait sa division, et une demande preasaitte de secours^

L'amiral Sauttres, avide d'effacer dnn^ we prochaine rencontre bt honte qu'avait jetée sur spn eseadre une défaite aussi ÛHftrévue» ne né« gligea rien penr profiter des ressources que lui assurait le voisinage d'un port anglais. Tout ce que Gibraltar renfermait d'ouvriers fut.emplayé aux réparations de carène et de gréemenl deôt avaient besoin ses vaisseaux ; ^ pendant que ces travaux s'exécutaient avec une merveilleuse acti* vite, il s'occupait lui-même à suppléer, par des matelots de choix, aux pertes cpi'avaimit essuyées ses équipages.

Une ardeur égale régna d'abord sur l'antre rive. Les vaisseaux français, et VÀMMlMd, dent la capture avait grossi la division, furent rel^ vés et amarrés en ligne ; les avaries de coque occasiottées par Féchouage et le combat fiirent promptement réparées; les trous de boulets di&* parurent, les bastingages &urent presque complètement refaits; et les cinq bàtimens se trouvaient en état d'accueillir une seconde Cob dignement Fennemi.

Cependant Famiràl Linois était étonné de no recevoir aucun sçcours; en vain sa longne^rue ia%

FRANCE 1«m^^it-elle UH cesse les bautenrs de rivsge où l'on avait posté des Tt^es, le temps s'éooalaît sans qu'aucun bltiment tit siguté. Il ne pouvait «omprendre nue senblabla «égHgeweei quelle «onsiidératioa poBvaH reteair don louan Moreso sur la rade de Cadix, dont le départ de sir itmm 'fiaoïnarez M avait ouren la floitie?

Il expédiait message sur metsi^ a« contreamiral DniMDoir, pour IhI eiipri*n«r l'nrf ence des secotan &ans tMquels il ae pouvait quitter la baie d'Algétiras. Il fit les mêmes instdaces auprès de doa Menared», oommaedabi en cfoef de la dm»

rine i Cadit t il lai «Kposait I«b 'dangers auxquels toat retard etposatt le division fhwçaise, et l'impnidence «[se l'oit conmettatt en dôanant k l'es- VffHH le temps de réparer «s vaIsMaax. Lesvents te «natetènaienl toujoéfs danft M air favorable, «t l'horiKoA restait tonjonra vfdie : la flotte espagnole ne ptkraissait pas.

LîBOift, perdant enfin toote patietite, se plai- 0iit avet kigrettr d« cette mollesse on de cette inaclMa; malgrt ce qu'un mireil soopçoo pewt avoir ifliitmiitant poar an offleier d« courage, il tennîiHi sa 4ép6c6e «n demandant à l'aonral espagnol ce que pouvait redenter son escadre tfBtte eitpé(fition que le ilélalirement des bâtfmens ennemis affranchissait de tont ^nger.

Des travanx i)e carésage n'en retenaient-ils pas deux dans te port de Gibraltar? les trois antres, embossé^ sur la fade, étaient-ils bien k craindre, privés de mJLts pfinctpaul? et fes quatre vaisseaux h«nçars,t-élevfc^tmisà flot, n'attendaient que les secours de la flotte pour *tre remorqués dans lé bassin de Cadix 1

Ces remontrances atoétT^ et les Sollicitations énergiqnes dn contfë-atniral Dumanoir détennintrcAl enfin l'amiral espagnol k mettre & la voile. L'escadre, composée de nenf b&tiÉtëns, cinq vaisseaux, trois n'égaies et nn brick, qnitu la rade le 8 juillet sur le soir.

Le •Real-'Carloi, de 130 canons; le San-Bfer- }nenegilde, de nà; îe San-Feritando, de 94; l'Argonaute, de 74, et la Sahine, de 44, naviguaient sons le pavillon espagnol : le Saint-Anloine, percé de 74 sabords; la Libre et l'Indienne, portant chacune 44 pièces, et l'aviso ie Vautour, avaient arboré les trois conlenrs françaises.

Cette escadre arma te d juittet sur la rade d'Algéziras.

Les lenteurs de dota Moreno avaient en les %nHes que Ltnois avait prévues et ^gnâlées : la Botte anglaise avait replis son poste ■d\Aser\'attcrn «t île croisière.

Jcles-Lecohte.

UAAmNE.

Matelot fanatique.

Si l'esprit humain, égaré par la superstitioD, porte souvent à des actes de désespoir et de fa» oatisme, le fait suivant, qui vient de se pa&ser A bord du navire américain Prudent, dau son voyage de New-York k Cbarleston, prouve l'eoipire de ces idées sur des hommes qui passent leur vie sur un élément qui les isole poarainu dire du commerce des autres bonnes.

Ce navire étant en armement» U capUaioe s'occupa de faire son équipage, qui devait se composer ainsi : un second, nn lieutenant, douce matelots, deux novices, un mousse et un cook (cuisiBter). Le dernier homme qui s'offrit pour eu faira partie était un matelot étrai^er, présenta par un embaucheur '.

Le capitaine lui demanda combien il veulaic gagner, t Je ne ti^s pas aux gages, répondit le matelot, je n'embarquerai pour le prix qae vona me doanerei. — Je vous offre doue gourdes par mois. — Je m'en rii, pourvu que je parte, f

Le eapitaÏBe, trouvant djos la figure et les m aaààr o de eet bMune qu^qne cbese d'ëtrange et de mystérieux, lui demanda son nom et «b quel pnyk U était f*leme «emme Joseph ; ^ suis né -en Bretagne : e'est tovt ce que je ptis voas direi » Le capitaine envoya le matelot mt l'a- Tant du navire, et interrogea l'emlMacheir sar ce marin, qui lui paraissait saspect. Celui-ci ré{X6HUt qn'U ne cbnnaissait Joseph qse depuis quinze j4ura;^'il avait teujoors l'air triate. mëlancoliqne, inquiet mène ; qu'il Mrtait pca et ab mettait aeuvent en prière ; qu'il évitait pendant le jtmr lès plaisirs teujuBi de seè SHDÉradefc, fujaat avee le phis igrand soin lei étimn^êre tjÊÏ ed présentaient. L'embaKhew afouta qn'ilaeiÉi connaissait pas d'autre nom que celni de Josc|»h, et qu'il n'avait pas de papiers. Le capitaine cou-* gédia l'aubergiste en l'invitant à revenir le leiidemain liaeevoir le prix de la pension de Joeepfa snr les avances qn'en devait loi faire. < Il m'importe peu du reste de savoir ce qu'il peat être, pourvu que ce soit un bon matelot, i dit le cajHtaine en quittant Tembaucbeur.

Le navire appareilla pour sa dustination; mais, deux jours après le départ, le temps devint afn-enx ; la mer était trèa-grosse, et nn vent violent menaçait de rompre la mitut-e et de Cure sombrer le bâtiment.

L'équipage ne pouvait plQS maitanivrer, tant la tourmente était fwte. Le second et le Itentenant étaient snr le poAt lorsque le tnatekl Joseph les accosta et lear fit cette confessim :

la cause de la tempête qui vient de nous assaillir, et j'en suis tellement persuadé que pareille chose arrive toujours à bord des navires sur lesquels je m'embarque ; d'ailleurs ce n'est qu'à la vie pécheresse que j'ai menée pendant quelques années, et aux crimes que j'ai commis, que je dois attribuer tous ces malheurs. L'Être suprême ne s'apaisera qu'après que je me serai précipité dans les flots : c'est la seule voie^qui me soit ouverte pour désarmer sa vengeance qui me poursuit partout ; je vais donc détourner le péril dont vous êtes menacés, et vous sauver, vous et votre navire, en me donnant la mort,- (A peine eut-il achevé les derniers mots, qu'il se dirigea vers la lisse du navire, et fit un mouvement dont un des interlocuteurs arrêta l'effet.)

Le second, — Joseph, tu es fou; va travailler, et ne te mets pas de pareilles sottises en tête. Si la raison n'est pas assez puissante pour t'empêcher de commettre une telle action, je prierai les gens de l'équipage de veiller sur toi.

Joseph. — Vous me retenez, cela suffit (d'un ton mécontent). Vous ne me connaissez pas! un pécheur tel que moi met en courroux la majesté divine ; je suis maudit de Dieu.

Le second. — Allons, serrons ce hunier, et ne nous amusons pas à de telles billevesées; voyons, tout le monde en haut.

John (matelot sur la vergue). — Mais Joseph, tu as l'air triste, est-ce que tu as peur?

Joseph. — Oh ! non, mais quand je pense à ce que j'ai fait, il m'est impossible de supporter la vie.

Un matelot écossais. — Qu'as-tu donc fait?

Joseph. — Je vous conterai cela en bas, c'est beaucoup trop long.

Quelques jours se passèrent sans événement.

Joseph paraissait tranquille ; il semblait avoir renoncé à son projet : cependant il mangeait peu. La conversation commencée sur la vergue fut reprise de la manière suivante :

John. — Allons, Joseph , conte-nous ce qui t'afflige. Ës-tu amoureux? As-tu fait quelques vœux que tu n'aies pas remplis? Ah! ça, c'est mal, tu es coupable, vois-tu; chose promise, chose due, et nous autres matelots nous tenons à cela, tu sais.

Joseph. — Non, non, ce n'est pas cela; et il laissa tomber sa tête sur sa poitrine sans dire un mot de plus.

L'Ecossais. — Mais, que diable as -tu donc fait? des bamboches? Parbleu ! nous en avons fait aussi nous autres; eh bien! le bon Dieu nous pardonnera; n'expions-nous pas assez nos péchés par le mal que nous avons tous les jours?

Joseph. — C'est... c'est vrai, mais...

L'Ecossais. — Est-ce que par hasard tu aurais fait le pirate... (à ces mots Joseph pâlit, balbu-

une manœuvre, et la conversation fut encore interrompue). Dieu me damne, je crois que tu es coupable de quelque grand crime?

Le second. — Voici la nuit, ta brise va fraîchir ; allez en haut prendre un ris dans les huniers.

Joseph et cinq autres matelots montèrent aussitôt ; ceux-ci descendirent après avoir fait ce travail, mais Joseph resta dans la hune. 11 ôta une partie de ses vêtemens, et, pour éviter toute explication ultérieure, il se précipita dans la mer. Tous les efforts qu'on fit pour le sauver furent inutiles, il disparut au milieu des flots.

Le navire arriva à Gharleston, prit sa cargaison, et repartit pour New-York, Dans la traversée il s'éleva un violent orage qui mit le bâtiment en péril. A chaque instant la tourmente augmentait ; le tonnerre grondait avec un fracas épouvantable. Ce spectacle effraya tellement les matelots, et excita leur superstition à un si haut degré, qu'ils s'écrièrent d'une voix unanime que le navire allait couler si l'on ne s'empressait de jeter à la mer le coffre et les effets de Joseph.

L'Ecossais (c'était le plus dévot des gens de l'équipage). — Capitaine, il faut nous débarrasser de la dépouille ïnaudite du Breton; autrement nous allons périr.

Le capitaine. — Vous êtes des insensés et des superstitieux. Je vous le défends; travaillons plutôt. Je vois dans le lointain des signes qui m'annoncent que l'orage se dissipe.

Le second. — Voilà un grain qui se prépare ; amenez tout bas.

Le lieutenant (poussant fortement les matelots qui étaient restés debout en prière et comme pétrifiés). — Ce ne sont pas vos jérémiades qui nous tireront d'ici (prenant un anspect ^ dont il menace de les frapper) * obéissez au commandement, ou je vous assomme. Force fut donc de se résigner. Ce que le second avait prévu arriva : un grain ' terrible survint tout-à-coup, et le navire, quoi- (|u'à sec de voiles, faillit être submergé ; les matelots, épouvantés, se réfugièrent sur l'avant, et TEcossais, qui craignait moins la colère de son capitaine que la fureur des élémens, descendit dans le logement de l'équipage, chercha les bardes de Joseph, qu'il finit par trouver, se fit aider pour les monter sur le pont, et pendant que les officiers étaient occupés sur le gaillard d'arrière, on précipita dans les flots le coffre du pauvre Joseph, en disant : c Va dans le même tombeau > que ton maître. » L'Ecossais, levant les yeux vers le ciel, adressa une courte prière à l'Eternel pour implorer le pardon du pécheur, et le supplier d'apaiser la tempête, puisque le sacrifice qu'il exigeait était consommé. Cette oraison

* Espèce de levier en l:oi5, dont le gros bout, taillé en sifflet, est ferré.

tiaquelquesmotssanssuite, comme s'il edt voulu ^ r>u ^ » !!-«♦«♦ . xj „ ..^

^ ' 1* • I 1 « * Cbantement violent et momentané dans 1 atmosphère,

commencer une histoire : le second commanda produit par la dilatation d*un nuage.

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