‹ La France maritime (volume 2)Chapitre 42 sur 70 · SOS · texte numérisé non relu

SOS

terminée, les matelots reprirent leur travail avec activité, persuadés que Faction qu'ils venaient de faire les mettrait hors de tout danger. L*orage s'apaisa presque aussitôt; le calme commença à régner sur la surface des eaux, et une jolie brise vint enfler les voiles, que les matelots larguaient à f envi et avec courage.

Cette brise continua pendant plusieurs jours. Les matelots se félicitaient et ne cessaient de . dire aux officiers qu'ils eussent infailliblement péri s'ils n'avaient apaisé le ciel en courroux. Ils arrivèrent avec beau temps jusque devant la rade en vue du port ; mais quand ils croyaient y entrer, les vents devinrent contraires, et une forte brise les poussa au large. Le mécontentement se manifesta de nouveau parmi l'équipage.

Le second. — Eh bien I garçons, vous voyez que votre prédiction n'est pas accomplie ; voilà le temps qui se fâche i il ventera la peau du diable cette nuit.

John. — C'est qu'il y a encore à bord quelque chose des effets de Joseph.

L'Ecossais. — Je vais aller voir s'il reste des hardes du suicidé. Après avoir cherché avec le soin le plus scrupuleux, il découvrit un vieux soulier, que les matelots s'empressèrent d'offrir en sacrifice au Dieu des tempêtes.

La mer changea pendant la nuit, et une belle brise du matin les conduisit au port. Cette circonstance a sans doute confirmé ces homme;s, ^l la fois intrépides et crédules, dans l'opinion que «'est à cet holocauste que la navire a dû la faveur d'arriver à sa destination.

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Ph\]e IfU Ijar^ttjj.

Cl^ea harengus de Linné; — Harreng en Hollande ; — Herring en Angleterre ; — Sild en Danemark ; — Straald-Sild en Norwége; -^ Sill en Suède ; — Heering en Allemagne ; — Strimmalas en Livonie ; — Beetschutschen en Kamtschatka ; — KopiskUhan en Groenland.

Envisagé en dehors des immenses ressources qu'il offre aux populations septentrionales des deux continens , le hareng est un des poissons qui se font le phis remarquer par leur beauté ; on s'en ferait une idée bien inexacte ou du moins bien incomplète en l'examinant tel que le commerce le livre à le consommation intérieure.

11 faudrait l'avoir vu évoluer dans son élément avec sa tête petite et comprimée dont les grands yeux à l'iris noir baigné d'un fluide lumineux, semblent deux pierres précieuses; son dos épais, dont la couleur sombre se dégrade en teinte j)leuûtre

pour aller se perdre dans les écailles- argçntées de ses flancs ; avec ses opercules enfin taébés derouge et de violet; il faudrait l'avoir vu, disionsnous, évoluant ainsi à l'aidé de sa puissante caudale à dix-huit rayons et ses petites nagepires grises, pour bien apprécier l'élégance de ses formes et la richesse de ses couleurs. '

Quant à sa structure analomique, nous nous bornerons à en constater ici les détails principaux : la longueur ordinaire de cet osseux est de huit à neuf pouces sur deux oti trois de largeur; l'ouverture de sa bouche est très-petite ; sa langue pointue est garnie de dents déliées, la: ligne latérale à peine visible ; une pellicule fine tapisse son estomac ; il porte la laite ou l'ovaire double ; sa vessie natatoire est simple et pointue aux deux extrémités. Douze appendices entourent son pylore ; ses côtes sont au nombre de soixante-six, ses vertèbres de dix moins nombreuses.

La grandeur de son ouverture branchiale expli* que la difficulté qu'il éprQUve à la fermer lorsqu'il se trouve hors de l'eau; aussi le dessèchement de ses branchies est-il alors pour lui une cause rapide de mort. •

Lés migrations des harengs ont été pour beaucoup de naturalistes le texte de merveilleuses descriptions. L'imagination de quelques savans a préféré s'abandonner à la poésie qui résultait de l'apparition annuelle et régulière de ces pèlerins mystérieux, que d'étudier mûrement l'ensemble et les détails des faits et d'en calculer les possibilités et les vraisemblances. Andersen a été jusqu'à tracer leur itinéraire, l'ordre de leur marche, ainsi que le lieu et l'époque du démembrement de leurs légions.

D'après lui, les harengs, à leur sortie de la mer Glaciale, forment un banc qui se sépare en deux bandes : la droite se dirige sur les côtes d'Islande, où elle arrive dans le courant du mois de mars; puis, tournant sur le sud-ouest, elle gagne le banc de Terre-Neuve, où Ton perd sa trace ; la gauche s'avance vers le sud, et se subdivise en deux colonnes, dont l'une longe le littoral de la Norwége, pour gagner la Baltique, tandis que l'autre continue sa route vers les Orcades. C'est de ce point que, se partageant de nouveau, elle suit les rives orientales et occidentales des deux îles britanniques, pour venir se rejoindre et disparaître sur les côtes de la Hollande.

Les savantes et judicieuses observations de MM. Block, Noël et Lacépède ont fait crouler, par un examen et des inductions sérieuses, l'édifice que leurs prédécesseurs avaient élevé sur des bases moins spécieuses encore que fragiles.

Comment, en effet, ces osseux, avec les obstacles de leur nombre, l'agitation de la mer et les attaques perpétuelles de leurs ennemis, pourraient-ils parcourir de si vastes espaces, lorscpi'îl est prouvé par l'expérience que je poisson d'çau

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PRANiiÈ MAWTISIÈ.

doace, qui est tomdaïis^tiâgê d*^prouver (f aussi nombreuses difficultés, ne parcourt qu'un demimille par jour? Gomment expliquer ensuite la présence des harengs dans les mers du !lVord pendant toute Tannée, et surtout comment démontrer leur retour?

Il reste à peu près hors de toute contestation que les harengs habitent les profondeurs de toutes les mers du Nord, depuis les 4S<> jusqu'au pôle, et qu'ils les quittent par troupes nombreuses, une partie au printemps, une partie en été, une troisième enfin en automne, pour aller frayer sur les c6tes, et surtout vers l'embouchure des fleuves ; aussi la pèche n^esf-elle jamais aussi nombreuse que lorsque leurs laites sont liquides ou leur frai jprès de leur échapper.

Ces poissons vivent en général de petits crustacés, de vers marins, de mollusques, et principalement de petites écrevisses que Fabricius a décrites sous la dénomination de Astacus har^gum, et qui sont si nombreuses dans presque toutes les mers durant l'été, que l'on ne saurait remplir un baquet d'eau sans prendre plusieurs milliers de ces animaux.

On peut réduire à trois genres principaux les nombreuses catégories où les pécheurs classlfiént les diverses espèces de harengs*

Ce sont :

l^ Les harengs pecs, dont la dénomination dérive du mot hollandais peckle {salé), <|ui désigne la manière dont ces poissons sont préparés. On les pèche dans le Nord, à une époque où leur rogue est à peine formée. Us sont très-gras et aussi forts que les plus gros harengs qui fréquentent nos côtes. Leur chair est délic^He et de bon ^oùt; on en fait d'excellentes salaisons dont la vente est toujours avantageuse et rapide.

â^ Les harengs pleins sont ceux que Ton pèche avant qu'ils aient jeté leur frai; de ce nombre sont presque tous ceux que l'on prend dans la Manche depuis le commencement de la pèche jusqu'aux derniers jours d'octobre. Ces harengs sont toiqours les meilleurs, soit qu'on les mange frais, ou qu'on les conserve jpar la salaison et la Aimigation;

S® Les harengs gais, ou harengs vides; ces derniers sont généralement les moins estinorés. Leur nom vient, d'après quelques auteurs, de la ressemblance que leur forme alongée leur donne avec une gaine ; d'après d'autres, de la vivacité et de la continuité de leurs mouvemens.

Cet osseux parait n'avoir été que très -peu connu des Grecs et des Romains ; il fut au contraire une des principales sources d'alnaientation et de rldiesses des anciens peuples du Mord. Dès le neuvième siècle sa pèche florissait sur les côtes de la Norwége', que ses produits sauvèrent d'une famine terrible en l'an 960.

• Noël, Hisiotre générale des Pèches.

Les Danois et les viHes Ansèatiques tae tàrâè* rent point à partager les avantages que les Worwégiens puisaient dans cette navigation. Ptusie^àrs guerres ensanglantèrent même ces mers, dont ces peuples ^xmlurent, à plusieurs reprises, s'âisurer respectivement Texploitation exclusive.

Les Suédois furent les derniers à prendre pdtt à ces entreprises industrielles. Ce ne fut ^ère que vers le treizième siècle qu'une escadre tte cette nation se montra dans le Sund, pour y protéger les balcaut de ses concitoyens. Ils avaiemt été précédés dans la pratique de cette pêche par les Hollandais et les Anglais même.

La situation de la Hollande nous montre dans ses expéditions l'oricinc de son commerce et de sa marine, comme la cause de Tactivitë et de l'aptitude que la nation Batave déploya toujours dahs les entreprises de mer. t L'agriculture, en

> effet, n'a Jamais pu être dans ce pays un objet

> considérable, quoique la terre y soit cultivée

> aussi parfaitement qu'elle puisse fêlfe; maïs la » pêche du hareng lui tient lieu d'agriculture : » elle y trouve un nouveau moyen de subsistance t et une école de matelots. > Ajoutons à ces mots de l'abbé Ravnal, qu'ellefut toujours pour ce peuple un mobue de puissance, et, comme la qualifient plusieurs de ses (n*donnaiices et réglemens, nne mine d'or.

Duhamel porte & mille bithnens et & Vingt mille marins tes armemens-que les HoUancbis envoyaient en 4t72 à cette pêche.

Il serait difficile d'assigner Tépoque précise 4 laquelle les Français commencèrent à ^y livrer. Le monument le plus ancien de notre histoire dont on puisse tirer des renseignemens pour la fixation de cette date, est la charte constitutive de l'abbaye de Sainte - Catherine , près de Rouen, qui stipulait une redevance de cinq mille harengs que les saKnes d« la vallée âe Dieppe devaielit payer annuellement à ta communauté. En i070, une dotation de ces poissons fut également faite à Tabbaye de Saint-Amand. Un autre titre, de 1088, fixe au temps de la harengaison l'époque et la durée de la foire que Robert, duc de Normandie, accorda à l'abbaye de Fécamp.

Le hareng ne fut pas seulement un objet de consommation pour les habitans du littoral compris entre la Seine et la Brêle ; il devint, par le commerce et l'importation, la richesse du pays.

S'il était dans notre intention de faire ici une statistique des progrès de cette pêche, constatés par l'histoire, nous pourrions invoquer, à côté de plusieurs ordonnances et chartes de concessions faites par Philippe-Auguste, un acte de Henri II, roi d'Angleterre et duc de Normandie ; plusieurs bulles du pape Alexandre ill ; un règlement de police maritime sous la date de 4266; les ordonnances de 4250, 1254, 1258, 1328, etc. Mais nous nous bornerons à constater que, malgré tous les obstacles apportés, moins par nos guerres

aveo rAogleterre que par Toppressioa des $ei« gaeurs et des évéques» aux développemens de cette importante partie de notre industrie, les ports Cran^^y anglais et flamands alimentèrent de poissons salés le midi de TEurope, dont la Scanie^ par l'Oder, TEbre et le Rhin, approvisionnait les contrées intérieures^

Aujourd'hui, la plus grande partie des nations commerciales, les Anglais, les Français, ks Da^ nois^ les Suédois, les Prussiens, enfin les Américains des Etats-Unis, se disputent rbonneor d'en faire la pèche la plus considérable : trois mille bâtimens, cent mille matelots y sont employés annuellement par ces différens peuples. Nous ne comprenons pas dans ce nombre les diverses pe^ tites barques qui draguent sur les attéroges iré^ quentés par les colonnes de ces poissons.

Bien que presque toutes les c6tes septentrion nales puissent servir de champs aux expéditions 4.es piôcheurs, nous n'indiquerons que les psgrages OÙ la plus grande abondance de tmrengs appelle spécialement les armen^ns des ports européens^ Ce sont : les parages des îles d'Billand et Teyrhiil, l«s eaux qui baignent les côtes d'Ecosse elj d'Irlande, celles qui s'étendent s^u nord de l'Angleterre, et le nord*esl du bassin de la Manche.

C'est si^F ces deux dernières localités que se portent les^ armeraens de nos ports.

La flèche française dan^ la Manche se fait depuis 1^ Pa Aie-Cal^is jusqu'à l'emboucliure de laSeiae, par le$ bateaux de tous les ports qui se trouvent sur ce littoral. Les navires qui servent à ces ex-» ]>éditiong sont ceux qui y sont habituellement einployés pour les autres branches d^ co^KQ^rce ; des chasse -marées, des besquines, des caravelles, etc. Ces embarcations, bien que se ressemblant sous beaucoup de rapports, ont pourtant des formes qui varient selon le havre où elles ont été construites et les usages auxquels ellesétaient destinées. Les gondoles et les grands drageurs, bâtimens qui ont pour la plupart 45 pieds cte quiUe sur 15 de base, ne sont employés^que par les uiarins qui font la pèche d'Yarmou^th, c'est-à* dire du nord de l'Angleterre.

Le$ mois de septembre, et d'octobre forment répoque où l'affluence du hareng donne toute leur activité à nos expéditions.

Des volées de mouettes et ^'autres oiseaux de q>er annoncent aux pécheurs l'arrivée des Hk ou bouillons de hareng, que le^p révéleraient su£(^ samment d'ailleurs l'agit^tk)!» de l'eai^ et l'odetu^ répandue dans l'air.

Durant la nuit, une tratqée lumine«sp, prove* lUint autant de la phosphorescence du hareng luimême que de celle dift gnfissin ou laite du m&le, qu*il laisse toujoiirs dans son sillage» vi^t supfpléer pour le pécheur à quelque^uAS des signes que^ BOUS avons cités, et que l'obseurhé ne lui

Krmet pl4|^ do 9aisîr^ Cette eircenatance, avec abitude qu'a le hareng, de ae foçhst wca l6&

UARITIMB. ^

points où se ttoui^ de la bunière. fait regarder la nuit comme le temps le plus favorable pour pécher.

Les filets dont on se sert sont de longues tis^ sures ou rets, dont la partie supérieure est sou-» tenue à la surface de Tea^ par des lièges ou de^ barils vi<ks, tandis que des plooobs ou des pierres font couler le Lis inférieur. Presque tous les harengs, qui rencontrent ce filet, voukmt forcer l'obstacle qu'il oppose à leur passage, engagent leurs têtes dan& les mailles» où elles, se trouvent prises par les ouïes. Cette opération se fait d'autai^t plu^ aisément (^ le filet est moins tendu; aussi les matelots ont-iU le -soin de froncer sur la corde supérieure.

Le filet, ainsi tendu, reste dans l'eau jusqu'à ce que les pécheurs jugent, que ses réseaux contienneut autant de poifisons maillés qu'ils ei^ peuvent porter san3 ro|opr^ ; alors on le retire j^ force de bras lorsqu'il est de moyenne dimension^ ^t à l'aide d'un cabestan lorsque sa grandeur rendrait son poid$ trop lourd.

Deux 01^ trois heures de mer suffisent, dans le9 années communes,, pour garnir un filet d^ harengs; ms^ cet^Q durée diffère selon fabendance ou la r^eté du pcHs^on : quekpiefpi^ H ne faMi €|ue peu d'instant, dans^ d'autres ten^s, une mprée Wfit à peine.

Comme la cmalité du hareng dépend besMeoup de sa frs^heur, les bateau:]^ appareillent peur gagner 1^ port aussUét que les filetu sont rel^é«. Les petiiiee l^que^ (ffù draguent sur les côteft ont en cela un gra^d avantage sur les autres bft«*. timens. Com«^ eltes. peuvent livrer le poiason W malin n^éme de la nuit où elje^ l'ont péché, ellea sont toujours as^uréea d'usé ve»te plus a^(atttan geuse et phfts facile^

Ce poisson enire alors dans le eonfMnerce, soie qu;'on le transporte (rais dans les'villee veisi&es>. ou qu'on le sale ou le fume pour qu'il puisse ae conâeryer. Dans ces derniers cas» on le range et o^ le presse dans des cayueti de ebéoe ou de hé* tre» pour te livrer à b consommation sous lesnoMS de ùrengs ^^r$ et de hmengs Hanc$.

DiiiASHie.

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(t^ article.)

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