I^RANCE
pussent leur reprocher les Anglais : celui de s^étre laissé reprendre ; car s*il n'était point un seul de leurs guichetiers qui ne rendit hommage à l'adresse et à la patience qu ils avaient déployées dans leur tentative d'évasion, aucun également, parmi ces hommes corrompus par l'influence dégradante de la geôle, ne pouvait s'empêcher de respecter le sentiment de patriotisme qui leur en avait inspiré la résolution courageuse; — mais il fallait effrayer par le châtiment ceux qui n'eussent pas manqué de suivre leur exemple.
L'on ne peut guère se faire une idée des cachots qui servaient de moyens de répression contre les détenus, qu'en se reportant à l'esquisse que nous avons tracée de la prison commune. L'imagination se représenterait difficilement ce qu'étaient ces trous infects, où l'homme dépérissait faute d'air vital, si l'esprit n'avait d'abord pour terme de comparaison la peinture des entreponts mortels, auprès desquels le cachot était encore une peine.
Si Havas et Souville sortirent brisés et défaits de la nouvelle épreuve où se trouvait mise leur force d'âme, ces rigueurs ne firent que donner plus d'énergie à leurs résolutions. L'horreur qu'ils avaient toujours ressentie pour le séjour des pontons s'augmenta de la haine et des dégoûts que leur inspirèrent ces exactions disciplinaires.
Leur détermination de tout braver pour se soustraire à cet atroce despotisme fut donc plus ferme que jamais. S'ils saluèrent avec bonheur le jour qui les fit sortir du fond de cale, où ils avaient langui dans les fers, ce fut surtout parce qu'ils crurent retrouver, dans la condition générale des prisonniers, les moyens de désertion que le hasard seul leur avait fait faillir.,
Leur espoir fut trompé. La continuité de la surveillance dont ils furent l'objet ne leur permit point de se remettre à l'œuvre. Leurs cellules ne furent plus pour eux des asiles secrets. Les gardiens y vinrent à toute heure du jour pour s'assurer de leur présence et de leurs actions. Les deux amis jugèrent prudent de s'abstenir de tous actes qui eussent pu, en excitant les soupçons, confirmer et maintenir cette surveillance ; ils attendirent, d'un air d'insouciance, que le temps fit tomber cette recrudescence de zèle ; — mais le temps s'écouias ans que cette ardeur semblât s'attiédir.
Les deux amis, toujours sous le regard irritant des geôliers, commençaient à sentir s'évanouir leurs espérances de liberté, lorsqu'une circonstance imprévue vint les arracher à l'abattement dans lequel les plongeait chaque jour davantage la perspective désolante que leur offrait l'avenir.
Vers le mois de mai 1809, le cabinet anglais, voulant répondre aux cartels d'échange que la France avait expédiés dans ses ports, sans pQijXtut raviver lUHre m^iAe expirante» donna
MARltlBlË.
des ordres pour que les militaires pris à la Gua-> deloupe fussent rendus à la liberté. De son palais de Saint -James, le torisme anglais avait bien pressenti que les destinées européennes dépendaient de sa souveraineté maritime ; que si le principe français n'avait point , malgré ses victoires sur tous les rois et empereurs du continent, c6nsolidersadomination,c*ctaitque l'Angleterre, maîtresse des mers, avait toujours pu, et pourrait toujours, avec les trésors de son CQmmerce, profiter de la moindre étincelle pour faire naître des conflagrations ; il savait que si nos armées avaient brisé deux coalitions, elles devaient succomber sous une troisième. L'Angleterre se garda bien, dans ses échanges, de fournir des élémens à nos flottes par la libération de nos marins, persuadée qu'un changement d'équilibre naval eût entraîné un brusque revirement dans les destinées du monde.
Le bruit des ordres donnés par le gouvernement anglais n'eut pas plus tôt circulé dans le ponton, que MM. Havas et Souville eurent arrêté un nouveau plan d'évasion sur l'exécution de ces mesures.
La tentative était hasardeuse.
On pouvait trouver, difficilement sans doute, mais enfin on pouvait trouver à acheter le tour de mise en liberté de deux soldats : le point embarrassant n'était donc pas là; mais cette substitution, il fallait la dérober aux soupçons des surveillans, et c'était là que mille difficultés faisaient osciller les chances, et que mille accidens pouvaient déjouer les plans les mieux calculés et les précautions les mieux prises.