‹ La France maritime (volume 2)Chapitre 47 sur 70 · UNE PROMENADE · texte numérisé non relu

UNE PROMENADE

Havas avait souri tristement sans répondre, tant il avait trouvé cette promesse irréalisable;

aussi ne fut-îl point légèrement surpris lorsque Maria (c'était le nom de cette dame) lui dit le lendemain en présence de son mari :

€ Si vous voulez bien m'accompagner, monsieur Havas, nous assisterons ce soir à une comédie française?

— Je serai trop heureux, madame f

Maria s'apercevant de son étonnement et de son trouble :

«Vous vous trouverez avec M. R... (c'était l'officier écossais, dé venu leur confident), dont nous irons prendre auparavaut l'épouse à terre. Croiriez-vous bien que M. le commandant n'a jamais voulu consentir à m'accompagner; 'qu'il faut que j'aie recours à l'obligeance d'étrangers? Soyez

donc mariée Les maris ne sont-ils pas plus

compiaisans en France? »

Mistriss B... n'avait point trouvé de plus sûr moyen d'obtenir une peripission pour Havas, que de supplier son mari de la conduire au spectacle, persuadé que le vieux marsouin, avec ses habitudes casanières, se trouverait trop favorisé de pouvoir se décharger de celte corvée sur un autre. Elle avait calculé juste ; cet autre fut Havas.

Dès une heure le canot du commandant fut mis à la mer. R. . . y passa d'abord ; Havas descendit ensuite pour offrir sa main à mistriss B..., qui, s'élançant légèrement du fauteuil sur les bancs de la barque, prit place à côté du jeune prisonnier sur la peau de tigre à dents et ongles d'or dont était couvert l'arrière de la yole.

L'embarcation, poussée au large, se dirigea sur le ponton le Vétéran, pour y prendre l'heure du spectacle et le titre de la pièce.

Rien ue manquait, comme vous voyez, au petit monde que nos compatriotes s'étaient créé dans leurs prisons, ni institutions utiles, ni établissemens de luxe; et ce n'était point un des traits les moins bizarres de cette civilisation au petit pied, que ces théâtres dont les prisonniers étaient à la fois les machinistes et les poètes, les costumiers et les acteurs.

Ceux-là même qui par hasard ont assisté aux représentations que quelques cabotins nomades donnent parfois dans un village perdu de la Normandie et de la Bretagne, se feraient difficilement encore une idée de ces spectacles où un matelot, se drapant de quelques lambeaux, venait d'un ton déclamatoire broder sur des souvenirs d'intrigues empruntées à nos grands poètes, avec un style de cabaret et de gaillard.

L'on jouait Phèdre ce jour-là. Un vieux calfat faisait Thésée, Phèdi'e était représentée par un novice, Hippolyte par un gabier. Le spectacle devait commencer à quatre heures.

Cette formalité remplie, pour écarter tous les soupçons, le canot mit le cap sur la plage, où il toucha à Pereschester.

là débarquèrent les trois promeneurs, R...,

PRANCP MiKITIlIï;.

aprè3 avidir visité ^yec Hiva« et mi^triss B... le monument de NeUop, éleyé sur une de» émi- Bences qui dominent U b^ie, se dirigea vers la ville, tandis que les deux amans portaient lours pas yers la campagne.

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