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s'accroche à tout ce qui triéne de bouts de cordages; on se prend au corps, à la jambe, au pied de celui qui est déjà en haut, et, avec son aide , on gravit le rempart pour entrer par l'embrasure qu'on appelle sabord: Bientôt on sera essuyé , habillé et à table, où des légumes, accommodés à l'huile ou au beurre, seront apportés^ par les matelots de gamelle.
La journée s'avance. On a bien travaillé ; à moins d'un événement imprévu , d'un coup de vent subit, d'un naufrage sur quelque écueil qui n'est point indiqué au Neptune, on ne travaillera plus jusqu'à l'heure du coucher. Aux jeux! Liberté entière, mais liberté réglée par la sagesse de la discipline. Chacun va se livrer à son goût, à son instinct, à son caprice; une seule chose est défendue : les jeux de cartes avec leurs hasards provocateurs, avec leurs dangereuses chances sur lesquelles on peut exposer sa paie ou la boisson que le cambusier verse à chaque repas. Sî quelqu'un est surpris par un officier ou par le capitaine d'armes»
transgressant l'ordre de prohibition relatif aux jeux de hasard , il sera puni. Quelques couplés aventureux s'iront cacher dans un coin du faux pont ou derrière les canons , pour jouer à la brisque ou à la mouche; ils feront semblant de lire, s'ils voientvenir l'agent de la police du bord, et ils cacheront promptement les cartes. Sauvés trois fois, ils seront pris une quatrième, et malheur à eux!
Sur le gaillard d'avant , voyez les bâtonistes s'exerçant au maniement d'une arme qui n'est pas innocente entre lès mains du matelot.
Quelle adresse, quelle agilité, quelle application ! Ces gens-là ont de la grâce , et beaucoup plus que les danseurs que Yoilà sur un des passavans. Ceux-ci ont une prétention ravissante; ils se dessinent, se posent, s'évertuent à faire de hauts et lourds entrechats; compliquent leurs pas de mille petits agrémens, inconnus de qui n'a point vu les beaux danseurs de régimens vers la fin de l'Empire, — cette période glorieuse de la danse de société qui illustra à Paris Treniz,Chatillon ,Dupaty, — et, dans toutes les casernes de l'Europe, dans tous les bals champêtres où nous assistions en vainqueurs, Jes tambours-maîtres et les, sous-olficiers de voltigeurs. Dans la batterie basse, les maîtres d'aK mes donnent leurs leçons au milieu d'un cercle d'amateurs quî jugent des coups portés, parés ou reçus. Ici le précepteur primaire enseigne à lire ou à écrire. Là, on travaille à de petits modèles de navires que le matelot de l'intérieur rapportera à sa famille, pour lui expliquer la maison flottante qu'il aura habitée pendant quelques années; merveilleuse machine, qui ne sera pas plus comprise au village que ne le seraient les modèles des précieuses «nécaniqties à tisser là soie, à fondre le drap,
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OU à naviguer par la vapeur. Un orateur a pris la parole , dans ce coin où il captive de nombreux auditeurs. Un escamoteur étonne, plus Ipin, par la rare habileté de sa prcstidigitaiIqu qui laisse loin derrière cHq la science de plus d'un opérateur de carrefour. Voilà un Jeune homme qui déclame quelque tirade de tragédie ou de ipélodr^me , pour laquelle it s'est passionné, après Tayoïr entei^du débiter sur un théâtre de province, en allant de son pays au port où ilu été incorporé; des auditeurs délicats lui prodiguent leurs bravos flatteurs. A Tautre extrémité de la batterie, un novice, qui a pris la marine par un engagement volontaire , après avoir mené la vie oisive de tant de pauvres jeunes gens que le séjour de Paris a flétris de bonne heure, chante , tout ce uil a appris autrefois de couplets et d'airs 'opéras comicîues; on Vécoute avec, intérêt, «car sa voix est timbrée, juste et assez facile; îl fait des (iorilures qu il a retenues des chanievirs méridionaux que Tété ramène devant les cafés de la capitale pour lé bonheur des bourf;eois dilrttanti. Un violon se fait entendre là-bas, et làhaut un flageolet qui, pour n'être pas de la famille de celui de Collinct, n'en est pas moins écouté avec plaisir par des oreilles que le sifflet aigu du maître d'équipage n'a jamais révoltées, et qui ne sont pas à cela près de quelques sons douteux ou résolument faux! Les chants, dans tous les patois de l'est et dé l'ouest, du nord et du midi, se croisent, se confondent, et font de l'intérieur du- vaisseau une effrovable Babel musicale!...
Les jeux se prolongeront jusqu'à sept heures. Alors où rétablira les branles; en d'autres termes , on pendra les hamacs qu'on avait détendus le matin au branle-bas. Au lit dono à présent, et bon quart à qui veille !
Vous savez quelle est lu vie du matelot; je vous l'ai montrée pendant toutes les heure^ d'une journée dont, celles qui la suivront ne différeront guère que par certaines modifications relatives aux temps, aux saisons^aux latitudes, ou aux . événemens graves de la mer. il est bien entendu que les ferles du dimanche et de quelques autres jours. consacrés sont observées, et que l'on ne fait à bord, ce jour-là, rien que le nécessaire.
,, Je ne dois point oublier de dire que l'inspection du médecin se passe une fois par semaine , qu'une fois par semaine aussi le chirurgienmâjpr visite la bouche de tous les hommes ^ poprquila faculté a, sur les vaisseaux, des soins plus éclairés et plus empressés peut-être qu'elle n'en aurait dans les villes et surtout dans les campagnes.. Aussi, il est des maladies dont le nom jetait de Teffroi jadis dans toutes les imajginalions, et qui sont maintenant presque inconnues à bord; de ce nombre est le scorbut, tant
redouté autrefois. A moins de navlgatîorts bien fatigantes, bien longues, et qui, contrariées par des circonstances malheureuses , ne mènent pas aux relâches où Ton peut se procurer des vivres frais, les équipages ne sont plus attaqués de ce mal qui, il y a trente ans encore, sévissait avec rigueur dans les bàtimens les mieux
(chus.
C'est qu'alors les bâtimehs les mieux tenus l'étaient assez mal ; on ne saurait les comparera ceux Jà-présent. Aujourd'hui, tout ce qui, dans Fancien système, ajoutait aux incohvéniens du métier de la mer,a disparu ou à-peu-près; les marins sont soignés très-paternellement, et vous avez pu voir, par la peinture, que j'ai tâché de rendre fidèle, de leurs travaux, de leurs repas et de leursplaisirs, qu'ils sont fort heureux; beaucoup plus heureux assurément que les cultivateurs , très-mal nourris pour la plupart, et que bien des gens de métiers, chez qui le vêtir, le manger, le loger et le dormir sont des questions inquiétantes de tousles jours. Le matelot a quelquefois dé grandes fatigues; mais quand il a fini son quart, s'il est niouillé,ilpeut mettredes vêtemens secs; s'il a besoin de repos , il a un bon hamac où il trouvera chaleur et sommeil. Contre la pluie, il a, des abris : le cagnard en toile peinte et goudronnée , le gaillard d'avant , et même les batteries; contre la faim, il a trois repas assurés, à moins d'accident; contre la soif, il a de l'eau qui ne se corrompt plus , grâce aux caisses de fer où elle est contenue. Ainsi, pas d'inquiétude, une vie active et fortifiante, et 99 centimes de solde par jour, s'il est matelot de première classe; 89, s'il est matelot de deuxième; 79, s'il est matelot de troisième, et S9, s'il n'est qu apprenti marin.
A. Jal.
LA
Si l'humanité et le dévouement que les navigateurs français et anglais ont toujours déployés dans leurs rapports avecles populations sauvages sont une des gloires les plus incontestables et les plus pures que la marine ait tirées des voyages d'exploration et de découverte, l'on ne peut nier également que cette bienveillance, qui n'exclut nullement la fermeté, n'ait été le mode d'action le plus puissant et le plus certain pour nouer des rapports pacifiques avec ces nations, qu'irritent et effarouchent les sévices. Une expérience terrible viendrait, au besoin, démontrer par des faits la vérité de cette assertion.
Le marin doit toujours se rappeler, dans ces expéditions lointaines, que sa mission est avant tout une œuvre de çcience et de civilisation , et non
pas une. cî^mpagne noilitaîre: qu'il dpit apparaître sur ces plages éloignées corame ces nautonniers égyptiens, tyriens et grecs, qui ont tour à tour implanté sur la rive méridionale de FEurope les rameaux de la civilisation orientale, et fondé des républiques florissantes si|r des rivages où régnait la bàrl>arie avant eux, et non pas s'y précipiter comme ces avides vice -rois espagnols et portugais, qui se ruèrent sur le Nouveau-Monde pour en exterminer les populatio^S) et rapporter de Tor ensi^nglanté du milieu de ses ruines. C'est par rindustrie, et non point p£|r le sabre, qu'il doit faire ses conquêtes. C'est en les éclairant et en les fécondant, et non ppint en massacrant les populations indigènes, qu'il doit exploiter Iqs pays qu'il ajoute au monde connu, les peuples qu'il fait entrer dans la grande famille hi^mainq. ;
Si quelquefois un crime appelle une répression prompte, la gravité de cette répression doit tou- : Jours être en rapport avec la gravité du crime lui-même. Ces peuples en reconnaissent alors la justice, et leurs passions ^lê me fléchissent sous ce châtiment, qui s'offre à. leur raison avec la modération, mais aussi l'inflexibilité du droit.
Si, au contraire, TEuropéen, usant contre ces populations de la supériorité de la poudre et de rpmnipotence du canon, s'abandonne à ses emportemens, le sauvage, dont les instincts ne,voient dans ces exécutions que vengeance et férocité, répond à la guerre parla guerre, et le sang finit toujours par être payé par le sang. Nous n'en voulons ,citer qu'un récent exemple.
ï)ans le courant <Ju mois de février 4826, rEyonore, joli navire de dix pièces de canon et de cinquante-cinq hommes d'équipage, jeta l'ancre dans une baie 4^ Mooni , une des Ues de cet archipel Saadwich, ;iuquel la mort de Cook a donné une si funeste célébrité *.
Mouillé sous la protection d'une côte élevée, .qui, s'avançant de cliaque côté de la baie en un promontoire hardi, offrait l'apparence d'un nageur dont les bras se reploient pour prendre un élan, VEléonore attendit que la goélette l'indus" trie vînt la rejoindre.
Ces deux navires, apparjtenant à l'un des ports des États-Unis d'Amérique, faisaient le commerce de la pelleterie dans ces mers, et devaient opérer leur retour de conserve. L'un était commandé par le capitaine Metcalf, l'autre par son fils.
VEléonore, ayant passé quelque temps sur cet ancrage sans qu'aucun indice hostile justifiât les mesures de prudence qu'elle avait fait d'abord présider à se^ relations avec les naturels, laissa tomber ses précaution^. Elle ne tarda point à s'en repentir. Un des canots qui faisaient le service régulier entre le navire et la plage disparut un jour avec les deux marins qui le montaient.
* La gravure de cette livraison représente le vaisseau que montait alors cet iUustre navigateur. Les ÂD{^lais le conservent comme xin monument national.
M. Metcaif descendit lu^môme à terre pour s'entendre avec le souverain de Hle, et diriger en personne les recherches. Tout fut inutile; on n'obtint aucun indice sur le sort dos deux matelots. Dans cette position, le capitaine de VEléo^ nore promit une récompense à celui qui pourrait lui donner des renseignemens. Ce ne fut qu'après plusieurs jours qMC quelques insulaires vinrent lui rapporter les débris de l'embarcation, avep quelques détails qui ne lui permirent point d& douter que ses deux hommes n'eussent été massacrés à la suite d'une contestation avec les habîtans.
Il sembla déplorer ce malheur, mais renoncer à venger un meurtre dont 1a cause et la justification échappaient à l'appréciation comme au châtiment.
Les relations des naturels avec ^VElëonore^ que la crainte avait quelques jours, sinon rompues, du moins beaucoup ralentie^, s'étant re- Bouées insensiblement, les insulaires qui avaient apporté les débris du canot crurent pouvoir sans danger réclamer la récompense qui leur avait été promise. Cette demande ne parut point surprendre M. Metcalf.
t C'est juste, dit-il, vous allez la recevoir dan^ un instant. »
Et, appelant l'officier de quart :
t Olivier!
T— Plaît-il, capitaine?
— Faites ranger toutes ces pirogues à un quart de portée de pistolet sous notre bajtterie de bâbord.
— A l'instant, capitaine. >
Le jeune homme s'empressa de faire exécuter ce commandement, ce en quoi il fut vivement secondé jpar les trois Maoniois, qui jugeaient la récompense promise d'autant plus considérable, que le capitaine voulait mettre plus de solennité à la leur donner. Quelques minutes suffireiit à dé-
{>loyer en demi-cercle la ligne de pirogues dans a position indiquée.
Pendant ce mouvement extérieur, le capitaine donnait de nouveaux ordres dans la batterie»
L'officier de quart était à peine de retour à bord^ que les sabords furent tout d'un coup ouverts, et qu'une volée des canons chargés à balles et a nûtji*aille écrasa cette flottille de barques, et couvrit la mer ensanglantée de cadavres et de débris.
Près de deux cents insulaires furent victimeip de cette répression atroce, qu'une nouvelle atro* cité ne dey ait point tarder à venger.
La première pensée des insulaires fut de s'em-^ parer de VEléonore et d'en massacrer les matelots^
Le projet fut conçu avec une audace et un^ prudence qui en eussent assuré le succès, si 1^ chef de l'île ne se fût opposé à son exécution •
Les naturels devaient continuer à commercer avec le navire, et profiter du n^omeat oii uns partie de l'équipage, montée daa$ les mâts, eût
été occupée à déployer les voiles, — opération que la saison des pluies régnante alors nécessitait fréquemment, -^ pour jeter à la mer le peu d*bommes qui, durant ce travail, restaient sur le pont, certains de triompher aisément après de ceux qui seraient montés sur les vergues.
L'intervention du roi de Tile, effrayé du châtiment que pouvait attirer sur lui cette tentative, en empêcha seule la réalisation. Mais ce prince ne pouvait se trouver sur tous les points du rivage à la fois; aussi, au moment même où son influence écartait de l'Eléonore les projets de mort tramés contre elle, la haine "excitée par M. Metcalf éclatait-elle dans une anse voisine sur la goélette commandée par son fils.
Le temps était d'une sérénité et d'un calme que n'altérait aucun nuage dans le ciel, aucun souffle dans i'air, aucuhe lame sur la surface de la mer, unie comme une glace.
L'Industrie, qui avait long-temps essayé d'aider l'impuissance de ses voilés par la force des avirons, avait fini par serrer ses brigandines, et, s'étant avancée dans une crique étroite et verte où venait se décharger une rivière, y attendait que la fin du jour donnât quelque force à la brise pour recommencer son sillage.
Les pirogues des insulaires, doublant les deux pointes de la baie, ou se détachant du rivage même, eurent d^ns un instant entouré le bâtiment américain. Les chefs s'en approchèrent pour offrir des présens, les autres pour vendre des fruits et des porcs vivans, qu'ils donnèrent à vil prix.
Ces démonstrations ne tardèrent point à capter la bienveillance du jeune capitaine, qui, ne soupçonnant point que ces signes d'amitié pussent cacher des projets sinistres, permit à ces indigènes de monter à son bord. Dans un instant le pont de la goélette en fut couvert.
La bonne intelligence régna d'abord entre eux et les cinq matelots. Fernell, qui remplissait sur rindustrie l'emploi de contre-maître, avait pourtant déjà remarqué quelques symptômes alarmans dans les dispositions de cette foule, lorsqu'il aperçut un de ces sauvages, qu'à sa hauteur, sa force musculaire et ses omemens, on pouvait regarder comme leur chef, saisissant dans ses bras le capitaine et le précipitant par-dessus le bord.
Famell avait uil pistolet à la ceinture. Une balle siffla aussitôt aux oreilles de l'insulaire; mais, saisi lui-même, ainsi que ses autres compagnons, il fut comme eux jeté à la mer, où les naturels, qui étaient restés sur les pirogues, s'efforcèrent de les tuer à coups de pagaies. Quatre en effet finirent, après une lutte qui ne fit que prolonger leur agonie, par disparaître dans une mer rouge de leur sang. Famell seul, étant parvenu, après (}e(s efforts inouis, à se réfugier dans
une barque où se trouvait un vieillard, fut arraché par l'influence de cet homme à la rage de ses meurtriers. Delasizë.
jTa (8>auk illaritim^.
POPULATIONS RIVERAINES DE l'oCÉAN.— ARMORICAINES. — LES VÉNÈTES. — DESSES DES ILES.