‹ La France maritime (volume 2)Chapitre 57 sur 70 · BANCS DE VASE · texte numérisé non relu

BANCS DE VASE

Ce premier obstacle se trouvait à une portée de pistolet de leur ponton ; cette considération détermina Havas à prier son compagnon de lui enduire les épaules de cette espèce de limon, pour que la blancheur de leur corps, mise en saillie parla couleur sombre de ce sol l>ouri>eux, n'attirât point sur eux les regards des soldats anglais. Il lui rendit après le même service. Ainsi couverts de vase, tls se hasardèrent à se traîner sur le banc; mais comme cette marche devenait très -fatigante, ils songèrent à mettre leurs patins, ce qu ils exécutèrent d'autant plus rapidement, que les feux de la rade leur en facilitèrent l'opération. Leur marche devint alors plus dtsée ; il s'écoula cependant près d'une demi-heure avant qu'ils eussent atteint le bras de mer qui les séparait du second banc.

Ils ôtèrent leurs patins, et se remirent de nouveau à la nage. L'eau, dans cet endroit, était beaucoup moins agitée, et par conséquent beaucoup moins fatigante ; ils n'étaient pourtant pas encore arrivés aumilieu de cette espèce de chenal, lorsque Havas se détourna, effraye du bruit qu'il entendait derrière lui : c'était Souville, qui se débattait bruyamment en se dirigeant vers le point d'où ils étaient partis. Il nagea aussitôt avec force vers lui, et l'ayant saisi sous le bras :

€ Qu'as-tu donc ? lui dit-il; est-ce une crampe? Qu'as-tu?

— Sauvons-nous! sauvons-nous! lui réponditil d'une voix épouvantée ; n'entcnds-tu pas? ils nous poursuivent,

— Ne t'effraie point, Souville; tu te trompes. Rappelle bien tous tes esprits, il y va de notre liberté, il y va de notre vie; le temps est précieux; si nous ne gagnons la terre sous une demiheure, nous serons engloutis par la mer montante dont le flot nous emportera au fond de la baie de Southampton. i

Ce fut en le soutenant et en lui parlant ainsi que Havas parvint à lui faire gagner le second banc de vase. Un instant de repos et quelques gorgées de rhum ayant dissipé le vertige qu'avait laissé dans la tète de Souville cette hallucination funeste, les deux amis remirent de nouveau leurs patins et continuèrent leur traite périlleuse.

Les deux bras de mer qu'ils rencontrèrent fu-

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