A TERRE
Les lueurs du premier matin commençaient à rendre transparentes les ombres ; l'horizon oriental se lavait de cette teinte blanchâtre qui précède de quelques instans les couleurs de l'aurore.
Ce fut à travers les demi-ténèbres de cette espèce de crépuscule, que Havas s'efforça de reconnaître, à l'aide des relèvemens qu'il avait faits lors de sa descente à terre, l'endroit de la plage où ils avaient abordé.
Sa mémoire ne lui rappela d'abord aucun des points que pouvaient distinguer ses regards. Ce ne fut qu'après avoir remarqué un moulin qu'un rideau de saules et de peupliers, et surtout son silence, avaient d'abord dérobé à son attention,
Îue l'ensemble de ce site revint tout d'un coup ans ses souvenirs. Ils étaient sur la partie du rivage voisine de la colonne de Nelson ; heureuse circonstance qui plaçait les deux déserteurs dans des parages dont les voies détournées étaient déjà connues de l'un d'eux.
Ils n'avaient aucun instant à perdre, avec chaque minute une chance de liberté se fût évanouie pour eux; ils s'empressèrent donc de faire disparaître la vase dont la dernière partie de leur trajet avait couvert tout leur corps. Une haie vive, près de laquelle ils étaient alors, fut franchie; Us se trouvèrent dans une prairie qu'arrosait un fort ruisseau.
Après s'être roulés dans l'herbe haute et épaisse que l'orage de la veille avait abondam-
FRANCE MARraME.
ment mouillée, ils s*âpprochèrent des bords du courant pour y laver leurs pieds et achever leur toilette.
Les bottes dans lesquelles leurs vètemens avaient été renfermés avec soin furent aussitôt ouvertes; un instant après, les deux pauvres captifs se trouvaient transformés en deux élégans dandys.
Il se mirent aussitôt en route.
Le désir de faire perdre leur trace à la police anglaise leur fit préférer d*abord les sentiers écartés aux grands chemins. L'exactitude avec laquelle des poteaux portant l'indication des routes se trouvent placés dans tous les carrefours, favorisa singulièrement la rapidité et la sûreté de leur fuite.
Quatre heures de marche à travers un pays dont la fécondité que concourait à développer la force de son terroir, et dont surtout son admirable culture fait un vaste jardin, leur suffirent pour atteindre la grande route de Portsmouth à Londres. Ils la suivirent durant une heure avant de rencontrer une auberge dans laquelle ils pussent déjeûner. Une hôtellerie d'une assez belle apparence s'étant enfin offerte à eux, ils se hasardèrent à y entrer.