‹ La France maritime (volume 2)Chapitre 61 sur 70 · DANGERS · texte numérisé non relu

DANGERS

Le maitre d'hôtel et le postillon furent exacts. Le lendemain il n'était pas (|uatre heures et demie que la voiture où se trouvaient Havas et Souville roulait sur la route que n'éclairaient point encore les premiers rayons du jour.

Le voyage se prolongea trois jours sans aucun accident, mais non pas sans que les fréquens cbangemens de voitures exposassent les deux déserteurs aux malveillantes remarques et critiques que ne manquait pas de provoquer la légèreté de leurs bagages, car quelques effets noués dans un mouchoir constituaient toute la garde-robe de nos voyageurs. Ils n'en furent cependant que pour la peur que cette remarque devait faire naître.

Ce fut un dimanche, vers dix heures du matin, qu'ils arrivèrent à Brigtown.

Le duc dTork s'y trouvait alors. Ce prince y était venu pour passer en revue les troupes que la crainte des projets de Napoléon avait fait camper le long de cette côte.

Le concours de curieux qu'avait attirés cette circonstance permit aux deux Français d'examiner le port, et d'étudier le littoral sans attirer l'attention sur eux. N'ayant pas trouvé sur ce point les ressources qu'ils en attendaient pour leur évasion, ils résolurent de suivre à pied la côte pour gagner Hastingue.

Ce nouveau mode de voyager ne laissait point d'offrir beaucoup de dangers; forcés de passer près des corps-de-garde, et de traverser Jes campa dont était couvert ce littoral, ib pou-

vaient appeler sur eux une défiance qui les eût infailliblement perdus.

Le premier jour fut pourtant assez heureux ; la seule contrariété qu'ils essuyèrent, fut celle de coucher, faute d'auberge, à la clarté des étoiles. La beauté de la nuit, et surtout la température de cette chaude saison, adoucit ce qu'eût eu de rigoureux cette nuit inclémente.

Le lendemain, ils avaient repris leur route avant le jour. Les fatigues et la stérile lenteur de ce mode de voyage les déterminèrent à s'arrêter dans une petite ville qui s'offrit à eux vek*s le milieu du jour, pour y attendre et y prendre la voiture de Hastingue.

Le temps que passèrent les deux amis dans l'auberge la plus apparente qu'ils eussent trouvée dans cette ville ne s'écoula point pour eux sans de vives inquiétudes. Cet endroit était encombré de soldats, au milieu desquels le gouvernement, pour exciter sans doute une plus grande vigilance, avait fait circuler le bruit que des espions français se trouvaient dans ces parages.

Souville et Havas redoutant d'exciter trop vivement la défiance qui devait s'attacher à tout étranger, ayant appris que la voiture qu'ils devaient prendre ne passait que le lendemain, ils firent monter quelqucfs plats et deux bouteilles de vin de Porto dans leur chambre, où ils se re- 'tirèrent, après avoir recommandé de leur préparer le lendemain leur déjeûner pour onze heures.

Une des conditions de sûreté pour les deux amis était, sinon la fraîcheur et l'élégance, du moins l'ordre et la propreté de leur toilette. Or, leur voyage si divers n'avait point laissé de fatiguer et de salir la leur; ils durent donc songer, à l'aide de l'aiguille et de la brosse, à réparer autant que possible les irréparables outrages de la route, et c'est à ces soins que fut consacré le reste du jour.

Le lendemain , ils terminaient par quelques verres de Porto un excellent déjeûner, lorsqu'on leur annonça la voiture dans laquelle étaient retenues leurs places. La carte payée, ils s'empressèrent de quitter une auberge où semblait s'être donné rendez-vous tout le corps des officiers. «

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