‹ La France maritime (volume 2)Chapitre 63 sur 70 · CONTINUATION DU VOYAGE · texte numérisé non relu

CONTINUATION DU VOYAGE

Le lendemain, à cinq heures du matin, les deux voyageurs, se dirigeant vers le nord, suivaient à pied leî^ sinuosités du rivage, dont une brume épaisse ne leur permettait point de s'éloigner. Forcés de traverser la baie de Rice, ils purent remarquer le vaste système de fortification que la crainte d'une descente de l'armée impériale sur ce point y avait fait développer sur un front de plus de six lieues. Une vaste digue, protégée par des écluses d'inondation, régnait dans toute cette longueur; de distance en distance étaient établie» des batteries à fleur d'eau, et dans leurs intervalles s'élevaient des citadelles, construites et armées de manière à croiser leurs feux.

Ce voyage leur fut d'autant plus fatigant, qu'après avoir quitté Rice, où ils cotichèrent le soir du premier jour, ils furent forcés, ne trouvant point d'auberge sur cette plage peu fréquentée, de passer sous l'abri peu hospitalier des haies une nuit qu'un brusque changement de température avait rendue d'un froid glacial.

Ils approchaient de leur destination, lorsqu'apercevant une misérable hutte, sur le setrtl de laquelle se trouvait un homme d'une taille peu élevée, Souville s'en approcha, pour s'informer quel était le plus court chemin qui conduisit à la ville.

€ Il en existe deux également courts, répmidft' il avec un malin sourire, auquel un clignotement d'œil contribua à donner une expression ironique. Mais je vous conseille de suivre le séatier qui s'offre à votre droite, car, en prenant l'antre, vous seriez obligés de traverser le camp.

— Gela nous serait bien égal, répondit Scmville d'un air d'indifférence, s'il pouvait abréger un peu notre route, i

Ils prirent pourtant le chemin qui leur avait été indiqué.

La première pensée que la singulière remarque de cet inconnu excita dans l'esprit des deux déserteurs, fut de se rendre mahres du secret qu'avait pénétré l'œil vif de cet homme. La crainte des recherches qu'eût nécessairement mo* tivées sa disparition, et la répugnance que Ton éprouve toujours à répandre du sang dans des intérêts personnels, lors même qu'à ces intérAls se rattachent des questions de liberté et de TÎe, les empêchèrent de s'assurer de sa discrétion par une mesure violente.

Ils poursuivirent leur route d'un pas plus rapide. Se trouvant vers six heures du soir devant une auberge écartée, distante d'une demi-lieiie de la ville, ils y entrèrent, moins pour réparer l'épuisement de leurs forces que le désordre de leurs habits.

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