‹ La France maritime (volume 2)Chapitre 64 sur 70 · LE SMOGLEUR · texte numérisé non relu

LE SMOGLEUR

Ce fut en prenant le thé dans cet endroit, que Souville se rappela avoir, dans une relâche i Gravelines, rendu un service signalé à un capitaine smogleur de Folstown, qu'y avait jeté une tempête.

L'autorité locale avait, en attendant les ordres du gouvernement, arrêté l'équipage, dont le capitaine avait, sur sa parole, reçu l'enceinte de la ville pour prison.

Cet officier, dont la destination était Flessin^ gue, craignait d'être considéré comme prisonnier de guerre.

Souville, voyant l'abattement où le jetait cette crainte, voulut lui donner quelque espérance.

c Le gouvernement français, lui disait-il, se rappellera le bel antécédent que lui a donné la Convention nationale lorsque cette assemblée ne voulut point voir des ennemis, mais seulement des naufragés, dans les émigrés qu'en 93 un coup de vent jeta sur ce riva^çe alors qu'ils alhiient joindre l'armée de Condé. S'il en était autrement, ajouta-t-il, soyez encore sans crainte; Je vous prendrais à bord de mon corsaire, et je vous déposerais sur la terre anglaise. »

Cette assurance dissipa les inquiétudes du jeune smcj^leur. Trois Jours après, une décision ministérielle ordonnait de raflouer le navire saisi, et de laisser le capitaine continuer sa route.

La proposition de Souville resta donc sans résultat ; rofficier en fut pourtant si profondément reconnaissant, qu'il lui assura en le quittant que le plus grand bonheur qui put lui advenir serait celui de pouvoir lui être utile.

Cette circonstance parut d autant plus favorable aux deux amis, que Tépuisement de leurs ressources commençait a leur faire redouter que leur espoir de liberté ne s'éteignît dans l'impuissance où ce dénùment pouvait les plonger. 11 ne leur restait plus qu'une douzaine de schellings.

£n entrant dans Flostown, ils s informèrent de la demeure de M. J. P... La personne à laquelle Us s'adressèrent s'empressa de la leur indiquer.

Ils se trouvaient dans la rue même où elle était sise.

Ce ne fut pas sans un vif sentiment d'anxiété qu'ils s'acheminèrent vers elle.

C'était une de ces jolies maisonnettes anglaises simples, propres, élégantes, dont l'aspect annonce le calme, l'ordre et l'aisance.

Les murs devaient à un lait de chaux leur blancheur éblouissante. Les fenêtres étaient petites mais nombreuses , et bien closes par de doubles châssis de vitrages; un perron de granit conduisait à la porte d'entrée. Ils en montèrent lentement les marches.

Ils n'eurent pas plus tôt laissé tomber le heurtoir, qu'une servante vint ouvrir.

€ N'est-ce point ici qu'habite M. J. P?...

— C'est ici même.

— Peut-on le voir?

— II est sorti pour l'instant. >

Cette nouvelle contraria vivement les deux amis. Ils se disposaient à s'éloigner, lorsque M. J. P..., qui se trouvait dans une maison du voisinage, averti que deux étrangers le demandaient, accourut vers eux.

c En quoi puis^je vous être utile, mes gentils^ hommes? leur dit-il en les abordant.

— Yons remettez-vous de moi? » lui répondit Souville.

Celui-ci l'ayant regardé un instant :

« Je ne me trompe pas> vous êtes le capitaine Souville !

— (M, qui vient vous demander un serviee.

Nous nous sommes évadés des pontons de Portsmonth ! Pouvez-vous faire quelque chose pour nous? »

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