GÉNÉREUX ACCUEIL
H s'empressa de faire entrer les deux Français dans sa maison, où -il les présenta à sa famille, dont ils reçurent l'accueil le plus gracieux et les attentions les plus affectueuses.
Lorsqu'un repas improvisé, et cependant abondant et délicat, leur eut été servi, on voulut connaitre l'histoire de leur désertion.
€ Ma foi, leur dit leur hôte, j'avais reconnu votre pairie à votre démarche. En vous voyant frapper à cette porte, je vous ùvais pris pour de^ officiers de la Licence, actuellement mouillée à Dunscump, qui s'enquéraient d'une auberge dont la cour touche nos jardins. Si j'ai un reproche à vous faire, c'est de ne m'avoir point écrit de votre ponton, d'où, Dieu me damne! j'eusse bien trouvé moyen de vous faire sortir. Mais vous devez être fatigués; j'ai fait préparer des lits, allez donc vous reposer, et soyez certains que vous êtes sous ce toit aussi en sûreté que si vous dormiez chez vous. »
Il était deux heures de la relevée lorsque le lendemain ils se réveillèrent. Ils crurent, en se dégageant de ce sommeil, sortir d'une douce léthargie : leur sang coulait plus calme et plus frais, leur tète leur semblait plus légère. L'ac"> tion d'un bain préparé d'avance vint encore corn* pléter cette impression de bien-être.
Tout avait été prévu pour eux, leurs désira aussi bien que leurs besoins.
Du linge et des vêtemens avaient été substi* tués à leurs effets qu'avait souillés et déchirés leur pénible voyage. Un déjeûner les attendait dans le salon, où leur hôte les présenta à quai'» ques capitaines, amis dévoués de la maison. On leur lut à l'article P&rtsnumth, dans la gazette du jour, un article sur leur évasion, où le journaliste annonçait que, bien que toutes les probabilités fissent penser qu'ils avaient été engloutis par la mer montante, une récompense de dix guinées était promise à ceux qui parviendraient à les arrêter^ en cas toutefois qu'ils eussent gagné k teri^e.
Les cinq jours que les deux officiers français passèrent dans cette famille, s'écoulèrent pour eux au milieu des attentions et des prévenances les plus délicates dont ils ne cessèrent pas un instant d'être l'objet, c Je ne puis décrire, nous
> dit le docteur Ilavas, les soins que cette esti-
> mable famille et ses amis nous prodiguèrent; » le souvenir en est si profondément gravé dans y mon cœur, qne le temps n'a pu et ne pourra ja-
> maisTaHiaiblirl > Le capitaine J. P... leur annonça enfin que l'embarcation sur laquelle ils devaient essayer de gagner la côte de France était préparée, et que la vigie qu'il avait postée sur une hauteur du rivage pour signaler la position des bâtimens de guerre, n'avait, depuis le matin, aperçu aucun croiseur. Le temps était beau, le vent favorable^ tout, excepté la lune, conconrait donc à favoriser leur départ. Ils résolurent de le tenter le soir même.
Leur hôte, prévoyant jusqu'au cas où ils auraient été repris, voulut leur faire accepter vingtcinq guinées; mais son obligeante insistance ne put triompher de leur refus.
c Si nous atteignons notre pays, lui répondirent-ils, votre argent nous est inutile; si le mal-
henr veut que notre entreprise échoue, nous vous promettons d'accepter l'offre généreuse que vous nous faites. >
Après un dîner où Havas et Souville se trouvèrent réunis pour la dernière fois avec cette famille et ces hommes généreux auxquels les attachait tant de reconnaissance, ils quittèrent cette maison hospitalière pour descendre vers le port. Souville donnait le bras à la dame, Havas avait offert le sien à la sœur, M. J. P... et trois amis marchaient à côté d'eux.