‹ La France maritimeChapitre 15 sur 105 · FRANÇAIS · texte numérisé non relu

FRANÇAIS

Ce qui manque dans les monuments nombreux que les mémoires el les chroniques nous ont laissés sur les siècles reculés de notre histoire et sur les premiers temps de noire navigation, ce sont ces détails minutieux, ces descriptions scrupuleuses où peut seule revivre la physionomie d'une époque. Les hommes d'étude qui se sont voués à l'exploration du moyen âge et de la renaissance, ceux qui ont éié< obligés de demander patiemment à la science les couleurs dont leur imagination devait animer leurs compositions, ceux enfin qui, comme Walter Scoit et le bibliophile Jacob se sont faits antiquaires avant de devenir romanciers, peuvent dire tout ce que de longues recherches leur a nécessité la reproduction fidèle d'un costume, d'un édifice détruit, d'une construction navale oubliée. Aussi regardons-nous comme une bonne fortune de pouvoir offrir à nos lecteurs ces notes aussi précises qu'exactes que nous devons à de vieilles annales sur le nord de notre littoral.

Le premier vaisseau de ligne construit en France a été exécuté par un simple constructeur de Dieppe nommé Morin. Cet immense travail était le résultat d'un marché, et l'entrepreneur s'en tira, dit la chronique, à la satisfaction du roi. C'est sur la rive gauche de la Vilain, au-dessous de la roche Rernard, que ce vaisseau fut rois en chantier, en 1637 : il portait 76 canons en batterie.

Les dimensions quo le constructeur donna à cette énorme machine de guerre, l'un des chefsd'œuvre de l'esprit humain, se rapprochent tellement de celles d'un vaisseau de 74 de nos jours, qu'on est étonné de la précision des proportions el des calculs d'après lesquels ce grand travail fut établi. Ce vaisseau se nommait la Couronna ; toute son artillerie était en bronze. Voici quelles étaient ses dimensions.

Sa quille 120 pieds.

De tète en tète (la plus grande longueur). . . . 153

Sa largeur 46

Son creux

Son grand mil jusqu'à la girouette 117

Le jeu des voiles contenait en toile petite laize 36,000 p.

Le gros câble avait 24 pouces de circonfé»

rence, COO pieds de long, et pesait. 14,000 1.

La grande ancre 5,0001.

L'équipage était ainsi composé : M. de Launay-Rosilly , capitaine de vaisseau , ayant par mois 500 fr.

M. Coquet, lieutenant de vaisseau. -100 fr.

M. Prévost (d'Orléans), enseigne. . 50 fr.

Ces trois officiers étaient nommés par ie roi, et le commandant choisissait le complément de l'équipage, qu'il nourrissait moyennant une somme qu'il recevait de l'état.

Cet équipage était ainsi composé : l'aumônier, 4 prévôt, 5 capitaines d'armes, 2ser« gens, 6 caporaux, 6 anspessades (soldats avec une haute paie), 1 maître d'équipage, 4 contremaîtres, 16 quartiers-maîtres, 1 maître charpentier, 14 charpentiers calfats, 2 tonneliers, 8 maîtres valets, 5 maîtres coqs. 88 canonniers, •I t boute-feux, 5 armuriers, 500 matelots ayant tous certificat de long cours : total 630.

Le vaisseau la Couronne coûta 500,000 livres, monnaie d'alors.

La poudre à canon se payait à cette époque 14 sols la livre.

Le plomb 2 sols.

Cordage. - . . . 4 sols 6 deniers.

Toile de Bretagne. . . 14 sols l'aune.

Biscuit 5 liards la livre.

Lard salé 2 sols 6 deniers.

Morue. ..... 1 sol 6 deniers.

Pois 1 sol.

Beurre 4 sols.

Comme la monnaie n'est qu'un signe représentatif des valeurs, on peut se convaincre aisément des analogies qui existent entre ces divers prix et les dépenses nécessitées par nos

Nota. Ce n'est qu'avec une extrême défiance que nous reproduisons, dans cette nouvelle édition de ta France Maritime, les documents qui précèdent. Il y a sans doute du vrai dan» les évaluations du prix des denrées qui, en 1637, entraient dans la composition de la ration du marin, puisque à cet égard on a pu consulter les mercuriales du temps. Mais nous croyons que c'est faire trop bon marche du prix du vaisseau ta Couronne, que de ne le faire ressortir qu'à 600,000 litres tout armé.

[Note du Directeur de la France Maritime.)

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