SUR LA COTE D'AFRIQUE
(roi'r le commencement à la pagell .)
La submersion ou le bris d'un navire n'est pas toujours la péripétie où se dénoue ce terrible incident de la vie maritime que l'on nomme un naufrage ; le malheureux qui échappe aux flots n'en a pas toujours fini avec la souffrance en louchant le sable du bord. Jeté par les lames sur des plages désertes, rivages brûlés ou côtes de glace, le naufrage peuteommencer pour lui une longue chaîne de privations et de fatigues, dont chaque aoneau est une douleur ou un danger; heureux quand, après s'être trainée longtemps au milieude l'épuisement et de l'angoisse, à travers des bêtes féro-
* Hous n'irons voulu rappeler ici que pour mémoire ce fait d'armes remarquible du célèbre corsaire Malouiu, cop.i^^l plus • q long. *»ec tous tes détails, dans le premier voU»^ de la |
ces ou des tribus sauvages, elle ne se trouve point violemment rompue par une nouvelle catastrophe!
Le premier sentiment qu'éprouvèrent ceux des marins du Woodrop-Sims qui atteignirent le rivage, fut le bonheur instinctif d'avoir échappé aux dangers où tant de leurs compagnons avaient trouvé la mort ; mais l'abattement moral suivit de près la prostration physique où les avaient jetés les fatigues de cette nuit de désastre. Presque tous tombèrent dans une indifférence apathique, dans un affaissement brute d'où le cri impérieux des besoins animaux put seul les faire sortir pour les rendre à la perception de la souffrance.
C'était contre la pretquiledetTigret que s'était brisé le tyoodrop-Sims, ce fut sur cette presqu'île que s'établirent les naufragés. Langue de terre sans falaises, elle forme d'un côté une digue de rochers contre laquelle viennent se rompre les lames, tandis que de l'autre elle couvre et protège une anse où la mer s'étend unie et paisible comme l'eau d'un lac.
Cependant des considérations de prudence et de commodité déterminèrent les naufragés à établir un camp qui, en leur procurant les moyens de se soustraire aux inUvipéries de ce climat changeant, rendit, en cas d'attaque, leurdéfense plus aisée. Il se composa d'un cercle de barriques défoncées par un bout, *i que l'on avait trouvées sur le sable; ces barriques formèrent une série de cellules, dont la partie ouverte recevait, durant la nuit, la chaleur d'un grand feu, allumé au centre. Deux hommes trouvaient alors un abri commode dans chacune d'elles.
On régla aussi des quarts pour veiller à l'entretien du feu nécessaire pour écarter les bêtes sauvages, et surtout pour prévenir de l'arrivée des naturels.
Le caractère de ces Hottentots nomades est encore peu connu, malgré les relations que nouent avec eux chaque année davantage les baleiniers français qui fréquentent ces côtes. Quoiqu'ils paraissent généralement timides et craintifs, ils passent pour cruels et féroces dans plusieurs comptoirs européens.
Ces peuples sont originaires de la pointe méridionale de l'Afrique ; c'était laseule race qui l'habitat à l'époque où les Hollandais y commencèrent leur établissement; douce et paisible de caractère, elle ne lit aucune résistance aux nouveaux habitants qu'elle vil prendre possession de son pays. Ses différentes tribus vivaient dans des relations de mutuelle bienveillance, dont aucun froissement ne troublait la paix; leurs mœurs avaient beaucoup d'analogie avec celles des anciens Scythes. Leurs richesses étaient quelques troupeaux en petit nombre, et les instrumens de fer dont ils se servaient pour tuer le poisson et le gibier qui formaient en grande partie leur nourriture. Us n'avaient aucun autre besoin.
L'arrivée des Européenssur cescôtes vint chan-
ger l'aspect de ce pays. La politique constante des administrations coloniales a été de tenir les peuples indigènes dans l'ignorance et la pauvreté par la plus abjecte servitude. Aussi, à mesure que les Hollandais développèrent leurs établissemens, les Hottentots se retirèrent-ils dans l'intérieur des terre*.
A peine si l'on trouve aujourd'hui quelques krach, villages hottentots, dans les vastes possessions dont a hérité l'Angleterre.
Celait donc l'approche de ces malheureux que Ion craignait en quelque sorte au camp des naufragés; et ils ne tardèrent pas à se présenter. Avec quelques débris de la seine qu'on avait sauvés on avait réussi à prendre plusieurs poissons, et les hommes étaient à en faire un repas lorsqu'on aperçut trois naturels qui débusquaient d'un morne. Ils étaient armés de flèches et de sagaies, et paraissaient, à mesure qu'ils approchaient, de plus en plus craintifs et indécis. Lès naufragés, de leur côté, craignaient avec raison qu'ils ne fussent suivis d'un plus grand nombre, et disposés à profiter de l'état de dénûment où ils étaient, pour s'emparer des provisions.
Le peu de lances et de harpons que l'on avait sauvés n'étaient pas des armes à opposer à leurs flèches; on s'empressa de leur faire des signes d'intelligence et d'amilié; ils y répondirent et s'approchèrent jusqu'au camp; alors on leur donna de l'eau et du biscuit, dont ils sont très-friands.
La confiance s'établit au point qu'ils déposèrent leurs armes, que chacun put librement visiter. Le soir ils s'en retournèrent joyeux et chargés de biscuit mouillé qu'ils avaient rama«sé sur la plage. Un des naufragés les accompagna pour s'assurer de leur nombre et de leurs dispositions.
Les tribus hottentotes qui parcourent cette plage déserte sont d'une constitution pauvre et rachilique, les hommes soni grêles et mal bâtis ; rarement on en remarque un qui puisse supporter un examen peu sévère. Leurs petites jambes maigres et frêles, leurs genoux, leurs rotules trop saillantes pour des cuisses dont la chair recouvre à peine le fémur, leur corps où l'on compte les côtes, sont hideux à voir; leurs bras sont d'une longueur disproportionnée ; leur visage plat est défiguré parla séparation des cartilages du nez, opération qu'on leur fait subir dès la naissance : cela passe chez eux pour une beauté : et c'est un trait de ressemblance avec les Chinois et les Malais, chez qui la même opération est en usage. Je crois que la couleur naturelle des Hottentots est une teinte jaunâtre; mais dès l'enfance ils s'oignent tout le corps de graisse de mouton, mêlée de suif, de cendres et d'autres ingrédiens, qui lenrdonnent une couleur brune très-désagréable. Cette pratique leur est utile contre les moustiques ou d'autres insectes dont le pays abonde. Ils ont le front grand et fort arrondi : leurs yeux sont
tellement couverts par le front, qu'ils y semblent cachés. Us ont les os des joues fort élevés, la bouche et le menton petits, ce qui donne â leur rtte l'air de finir en pointe par le bas. Leurs dents sont blanches comme l'ivoire; leurs cheveux ne sont que des boucles de laine courte et clairsemée, beaucoup moins noire et moins épaisse que celle des nègres. Ils n'ont point de barbe. Leurs membres sont grèleset n'annoncent point la force.
En général, les femmes sont mieux ; il en est même sur lesquelles l'oeil se repose avec moins de dégoût; elles ont plus d'embonpoint que les hommes ; leurs formes sont pourtant exagérées, flasques et sans vigueur, le visage est presque tonjours fort laid, la gorge abondante, les mains petites et potelées; les pieds surtout sont fort jolis.
Ce qui est fort remarquable chez les Hottentotes, c'est la grosseur disproportionnée de leurs hanches et de leurs fesses. La démarche renversée qui leur est naturelle faitde la colonne vertébrale un arc très-prononcé, qui contraste avec la grosseur de l'abdomen. C'est une hideuse nature que celle de ces populations, une hidense nature sur un sol plus hideux encore I
Huit jours s'écoulèrent lentement entre les relations continuelles, mais pacifiques, des naturels et des voyages d'exploration que, grâce aux réparations faites â deux pirogues, on put faire dans les baies voisines pour s'assurer qu'aucun navire n'était venu y mouiller.
Cet état d'attente, sans espoir fondé autrement que sur des probabilités fort incertaines, ne pouvait durer. On parla de suivre le rivage pour lâcher d'arriver a Sa tnt- Philippe de Benguela, comptoir portugais situé par 12» 30 latitude sud, à plus de cent lieues de l'endroit du naufrage du Woodrop~Sim$. Cette distance de cent lieues devait encore être doublée par rapport aux énormescircuitsqu'onauraità faire pour suivre le rivage ; et comme pour un pareil voyage il était difficile de pouvoir transporter assez de vivres, on convint d'en charger les embarcations qui navigueraient de concert avec la petite caravane.
Ainsi déterminés à partir aussitôt qne la clarté de la lune pourrait protéger leur marche, les naufragés s'occupèrentde bien consolider les embarcations pour les rendre capables d'aider au voyage. On décida qu'on n'y mettrait que de l'eau et du biscuit, chaque homme devant se charger de six galettes, et plusieurs étant désignés poar porter les barils d'eau. Avant de partir on résolut de faire encore un voyage â la pointe de la baie, pour ne négliger aucune chance de saint avant d'entreprendre un aussi pénible voyage. La pirogue étant revenue sans avoir rien découvert d'intéressant, on fixa le jour du départ : on convint que sur les vingt-quatre hommes épargnés par la tempête, moitié irait dans les deux pirogues avec les vivres, et les autres par terre en