PAVILLON NATIONAL
Ce n'est que depuis 1765 que les navires marchands ont le droit de porter les couleurs de la France. Pendant les cent années qui précédèrent cette époque, des pavillons particuliers leur furent assignés, pour des raisons qui tenaient à l'honneur même du pavillon national. Quand l'enseigne française devint blanche, les vaisseaux du roi eurent seuls le privilège de la déployer sur leurs poupes; alors on laissa aux navires des particuliers le pavillon bleu à croix blanche, que les troupes de l'armée de terre et les vaisseaux de l'Etat ne devaient plus défendre. Cette distinction parut flétrissante aux navigateurs du commerce, quoique le vieux pavillon de la nation fût honorable a porter. Ils y trouvèrent d'ailleurs, un désavantage assez grand. Le pavillon blanc, était celui des bàlimens du roi, était partout l'objet des respects , et nul n'aurait osé manquer aux égards que Louis X1Y avait su obtenir pour lo|: les transactions faites à l'abri de ce pavillon, pouvaient donc dire plus faciles, parce qu'il supposait une provision royale, et de promptes répirations obtenues pour les avanies faites au navire qu'il couvrait. Les armateurs et les capitaines s'avisèrent, pour celle raison, dans leurs voyages lointains, d'arborer le pavillon blanc. Plusieurs furent molestés ; quelques-uns firent sous cette bannière un trafic honteux oui la compromettait; il y en avait fort peu qui tussent eu état dç se
faire rendre les taluts que les vaisseaux du roi obtenaient toujours, au moins par la force, pour l'enseigne militaire qu'ils montraient aux alliés et aux ennemis de la France. On fut instruit de ces circonstances à la cour, et, le 9 octobre 1661 , Lomé nie fit signer à Louis XIV une ordonnance dont voici la teneur, en abrégé :
« Sa Majesté ayant été informée que plusieurs
> particuliers, capitaines, maîtres et patrons de » vaisseaux étant à la mer, et allant en voyage de
> long cours, au lieu de porter seulement l'ancien » pavillon de la nation française, prennent la li- » berté d'arborer le pavillon blanc, pour en tirer » avantage dans leur commerce et navigation, au » préjudice souvent de l'honneur qui y est dù,
• qu'ils sacrifient dans les rencontres à leur inté-
> rét particulier, n'étant pas en état de pouvoir » obliger ceux qui le doivent à le rendre, ou ne
> sachant pas la manière dont il faut en user dans
» de pareilles rencontres Fait très-expresses
» inhibitions et défenses à tous capitaines, etc.... » de porter le pavillon blanc, qui est réservé à » ses seuls vaisseaux; et veut et ordonne qu'ils
• arborent seulement C ancien pavillon de la na- » tion française, quietl la croix blanche dans un » étendard d'étoffe bleue, avec I ecu des armes de
> Sa Majesté sur le tout. > Cette défense expresse du roi fut assez mal observée par les capitaines; car la cour se vit obligée d'envoyer des bâtiments de guerre en croisère, et notamment sur la côte d'Afrique, les vaisseaux de MM. de Beatilieu et de Pallas, pour contraindre ces marchands à exécuter l'ordonnance. — Le 12 juillet 1G70, Colbert, donnant une nouvelle ordonnance sur le service de la marine, rappela, art. 12, la disposition de celle de 1661 sut- le pavillon. En 1689, quand le grand ministre fit l'ordonnance célèbre dont, pur parenthèse, plusieurs dispositions furent empruntées aux usages de la marine hollandaise et de la marine anglaise, et qui encore aujourd'hui sert de base à notre code maritime et à l'ordonnance du service à la mer, il conserva le texte qui prescrivait le port du pavillon bleu à croix blanche. Seulement il ajouta : « Ou telle autre distinction
• qu'ils jugeront a propos, pourvu que leur en- » teigne de poupe ne soit pas entièrement blanche. » Ce fut alors qu'on vit ces pavillons ou le blanc et le bleu se combinaient dans des dispositions sans nombre, au caprice des armateurs, mais toujours avec l'intention manifeste de diminuer le bleu et de faire prédominer le blanc. Pourquoi cette tendance? Etait-ce vanité, ou bien intérêt? Je l'ignore. Les documens positifs me manquent pour arriver à la solution de celte question : toujours est-il qne chaque marchand se Gt son pavillon, et que bien peu de navires portèrent la croix blanche sur le fond bleu.
Soit désir de donner satisfaction à des armateurs qui avaient rendu de grands services, soit
volonté de faire revenir tes bâtimens du commerce à une unité de pavillon : comme on s'éloignait beaucoup du temps où la croix d'argent snr fond d'azur était le pavillon de la nation, on permit aux marchands de déployer l'enseigne blantbë sur la poupe de leurs navires. C'était, comme jé l'ai dit plus haut, en 1765. Le pavillon blanc flotta dans les ports, sur les rades et à la mer jusqu'à la fin de 1790; alors il reçut dans son quartier supérieur le nouveau pavillon de beaupré qu'on venait de composer.
Hais ceci est toute une histoire. Je la crois assez curieuse pour être racontée en détail; je demande donc la permission de l'écrire ici. Jé dirai les transformations du pavillon et les circonstances auxquelles il les doit; l'origine des troi6 couleurs ; je finirai par l'étymologie des mots povilhn, flamme, corneUeetguidon,qu\représenteni les quatre variétés maritimes da 6igne national.