LES SEPT ILM
En approchant des atterrages du Finistère, vous bissez un peu sur votre gauche lea Sept- Iles (2), et puis après les — Triagons, — effroyable chaîne de rochers, où la mer, quelque belle qu'elle soit, vient toujours se briser avec fureur, et à votre droite se montre alors le phare de l'île de Batz, blanche colonne qui semble se dresser louie nue au-dessus des Ilots, tant la langue de sable qui la supporte se cache humblement sous la vaste houle que l'on rencontre éternellement dans ces parages. Depuis quelque temps déjà vous devez avoir aperçu, sous la forme nuageuse de trois voilures pyramidales, les tours
(l) L'heureuse position géographique de Jersey et Guernesey i l'ouvert du petit golfe formé par lea cote* dont nous Tenons de citer les points principaux, rendait, pendant la guerre, ces deux Iles fort incommodes pour le* mouvements de nos convois et très-redoutables surtout pour les prises que les corsaires de Saint-Malo et de Grauville cherchaient à atterrir dans les ports de cette petit* baie. Les armateurs anglais, pour tieber de rattraper le* captures que non* faisions sur eux, équipaient de leur côté, à Guernesey et A Jersey, des corsaires destinés i jouer la contre- partie des nôtres; et l'on se rappelle sans doute encore dans toute la baie de Saint-Malo et de Saint- Brieuc, la réputation de rapacité et d'activité dont Jouissaient à cette époque les lougres jersiens et guernesiens qui passaient généralement pour les types artistiques du beau idéal de Ta course bien conçue et savamment conduite. Depuis la paix, l'ardeur que ces Insulaires portaient dan* une profession qu'il n'est permis d'exercer qu'en temps de «urrre, s'est modestement réfugiée dans la contrebande qu'il est encore permis de tenter ; et l'on prétend que dans cette nouvelle carrière, les smogleurs des Iles anglaises font admirer une habileté et une adresse qui retracent assez brillamment les succès qu'il* obtenaient autrefois dans le* croisières de la Hanche.
(!) La rade— du Perros — se trouve daus le renfoncement nue forme la cote placée en faee des Sept-lle*. Le dernier de ce* sept Ilots, qui couvre une partie delà rade de Perros, se nomme— Thoroé. — On ignore par quelle singularité on rencontre ces deux lieux si rapprochés, revêtu* *ur la côte de Basse-Bretagne de deux nom* tout i fait espagnol», de— Perros— «t de— l home.
de Samt-Pol-de-Léon, riant fantômes de granit, que les marins venant du large ont si souvent pris pour trois cutters naviguant de compagnie, alors que la terre au-dessus de laquelle plane ce groupe de sveltes clochers n'apparaissait pas encore à leurs yeux attentifs; mais maintenant que le steamer qui vous entraîne commence à pénétrer dans le dédale d'écueils qui environnent la rade de Morlaix, vous pouvez distinguer les unes des autres ces trois flèches de Saint-Pol, si différentes dans leurs proportions et si bien assorties dans leur diversité. Vous n'oublierez pas que l'une d'elles, — leCreisker, — est peutêtre le plus élégant et le plus beau des monuments que le génie du moyen âge ail légués à la Basse-Bretagne, à travers cinq i six siècles d'oubli et de demi-barbarie (i).
LES BAS BRETOHS.
La singularité pittoresque des costumes bas bretons a toujours frappé l'attention des voyageurs, et a séduit bien souvent inôiièe le goiit des artistes; et nous ne craignons pas de nous tromper en disant que la diversité de ces costumes surpasse de beaucoup encore leur originalité. Chaque petite localité, en effet, a sa manière particulière de s'habiller, et le nombre des vêtemens typiques du Finistère est au moins égal an nombre déjà assez considérable des paroisses du diocèse. Nos derniers siècles de civilisation qui ont nivelé les mœurs sur toute la surface du royaume, en substituant une seule manière d'être et de vivre, aux diffère ni es coutumes qui faisaient autrefois mille petits peuples divers de notre grande nation ; nos derniers siècles de civilisation,disons-nous, paraissaient a voir effleuré, sans les changer ni même les entamer, les habitudes enracinées des habitants de l'ancienne Celtiqoe.
Aussi retrooverez-vous encore aox mêmes lieux, avec la même physionomie et presque sous les mêmes toits, les mêmes hommes que ceux qui ont apparu à votre imagination dans l'histoire du due Arthus et de la duchesse Anne. Partout ailleurs la conquête ou l'invasion ont pu effacer une race ou détruire une nationalité; mais en basse Bretagne, la conquête, c'est-à-dire ce qu'il y a de plus fort et de plus tyraunique an monde, s'est arrêtée, vaincue, devant la plus faible barrière du moindre village. Mais c'est qu'aussi, sachez-le bien, il n'est aucun pays sur le globe qui puisse se vanter d'avoir en lui une puissance d'inertie comparable à celle qui réside dans le cœur des bas Bretons. Ces êtres, en apparence si timides
> fit Nous renvoyons le lecteur i l'article publié sur Murla.i. rite de , mu ei Saint P0LdcLév>u,p« la franc* Maruumwi f. U7 «a r —
et si gauches pour tout ce qui exige de l'élan ai de la dextérité, deviennent des géants de patience et des héros d'obstination dans la mauvaise fortune ou contre les obstacles de toutes les minutes. Leur entêtement originaire est devenu, et a mérité an reste de devenir proverbial ; mais une vertu innée chez eux, et dont on ne leur a pas tenu assez compte, c'est la persistance de l'attachement qu'ils gardent au malheur et l'espèce de culte dont ils entourent l'adversité, quand leurs affeotions anciennes tombent du côté de l'infortune.
Nous n'invoquerons pas ici, pour justifier cet éloge par un exemple mémorable, l'autorité historique des fatales époques de lu Vendée et de la chouannerie. Le Finistère fut toujours à l'abri de ces luttes et de ces passions pour lesquelles il n'y avait que deux partis, et plus de famille, de frères, de parents ni d'épouses. Un seul drapeau réunissait alors 1rs enfants de<ce département, et ce drapeau était celui de la liberté et de la nation.
C'est surtout dans les jours de marché que l'on peut observer avec plus d'intérêt la bigarrure îles costumes finisiérieos, alors que le même besoin entasse et confond dans le même espace, les campagnards des montagnes d'Arrey, sous l'étroit vêtement de toile qui recouvre la courte épaisseur de leur taille ; les Léonards, avec leurs habits de drap noir presque coupés à la française, et les Guissiny, ces palycores de la busse Bretagne, avec leurs vestes grecques, leur profil rectangulaire et leur attitude Spartiate, derniers rejetons qu'ils sont peut-être, sans trop s'en douter, de quelque colonie phénicienne ou phocéenne jetée par une tempête homérique sur l'âpre rivage où la molle lonie ne s'attendait guère à avoir un jour des descendants (I).
LES ILIBNS.
Les — Iliens — passent pour les mer les plus patients, les plus
et
de les
(I) La mise des paysans d« Plouguernaq et de Plooeseat offrr unr rc*»c mblauce si surprenante avec celle dc« Gnxs de l'Archipel, que quelques voyageurs prétendent avoir reconnu jusque diin.n U manière, du renie aaseï peu recherchée, dont les bas Bretons brodent tes cols de leurs chemises et de leurs ventes, les dessins dont quelques insulaires «rec* font usage pour orner celle partie de leur habillement. En mentionnant ici ce fait sans nous hasarder i en garantir l'esartilude, noua noua contenterons de dire que le vélemeat des campagnard* de IMouetcat se rapproche ,j coniplcicnicnt.daiistouase* détails, de celui «oui lequel an nou* rr|.rfsrn(e les tîrcc», qu'il serait peut-être asaes difllcite dViahlir une différence un peu marquée entre te costume d.>« una et celui des autres. Il n'est même pas Juaqu'i la manière dont 1rs riverains de celle partie du Fipisière relèvent et nouent leur longue chevelure sous leur petit bonnet phrvgien, qui ne rappelle ta mate et simple coiffure des Hellène*. Ajoutez une paire de pMolet* et un poignard S la mol urc d'un deres Flnisténeus et vous aurrs un Argien ou un Crélois, au lieu du-brage-n-braa— endimanché nue voua vous atteodies S rmeuntrer la.
Cette illusion dure peu au reste dans te petit espse* où
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plus dura que produise toat Ce littoral, déjà si | fertile en (excellents marins ; et l'on concevra aisément que des jeunes gens, formés dès le beroeau à une si terrible école m ru le, poissent devenir sans beaucoup d'efforts, à bord de nos navires, les matelots d'élite de toute la France» Les commandants des vaisseaux armés à Brest et i Lorient tiennent particulièrement à posséder dans leurs équipages le plus grand nombre possible de marins recrutés dans les quartiers de l'Ile de Seins, d'Ouessant, de l'Ile et de Bats et de Bréhat, et désignés sous le nom générique — d'Ilient, — que nous leur avons conservé pour nous conformer à l'usage du pays.
La pèche du vareck, cette pénible culture des abîmes de la mer, est beaucoup moins active vers les abords de la rade de Morlaix, que dans les autres parties du voisinage ; et la raison du dédain que cette laborieuse exploitation semble inspirer aux riverains s'explique tout entière par l'avantage qu'ils trouvent il chercher leur engrais sur le fond ds la rude, qu'une centaine de leurs petites barques sont journellement occupées à draguer, à gratter et à fouiller dans tous le» sens. Le — Merle, — ou, pour mieux dire, les amas de coquillages et de concrétions de corail friable qu'ils enlèvent au fond privilégié de cette rade composent un engrais tellement précieux pour les cultivateurs, que ceuxci viennent à de très-grandes distances chercher à Morlnix, duns des charrettes attelées de trois ou quatre chevaux, ce produit naturel que les dragueurs leur vendent à un prix, dit-on, fort élevé. La pêche si abondante de ces homards, de ces langoustes, dont Morlaix, Roscoff et l'Ile de Buiz, ont Uni depuis deux ans par rassassier le Havre, Rouen et Paris, est bien loin de valoir, pour les côtes où elle se fait, le quart des avantages plus réels que l'extraction du — Merle — proenre aux pêcheurs de Morlaix. Quelques parlie* de la rade de Brest fournissent aussi à l'agriculture cette riche substance qu'ignore peut-être encore l'agronomie , qui s'épuise a composer scientifiquement tant d'engrais artificiels. Mais les connaisseurs assurent que le — Merle — de l' humble rade de Morlaix possède une supériorité incontestable sur celui que l'on recueille sur les brassiuges de Brest, la première rade de l'Europe. Nous laisserons à de plus orthodoxes que uous le soin et l'honneur de résoudre cette
elle m produit, car k quelque* p«* du pays, fort circonscrit, où vous aves laissé votre peuplade greoque, vous retrouves les autres costumes bas bretons dans toute leur nationalité, sans que personne puisse vous expliquer l'étrangeté d'un tel contracte et la cause présumée «i'unu aussi btwrre opposition.
Il n'est peut-être pas sans intérêt de faire remarquer qae J« habitants de Pluuescat et de Plooénour, c<-ui la même dont nous venons de parler, ne sont désignes par leurs voisins que sous^le nom de— Pagan, — c'est-à-dire — les
question que nous né nous donnerons paft te ridicule de discuter, malgré In maligne exhortation du proverbe : — lndocti discaoi» —
£. CoaBiftjtéu
Un l)0mme à la mer.
Le navire file silencieusement, poussé par un petit frais... Ses voiles hautes arrondissent avec grâce lenr léger tissu, tandis que la pesante misaine, affaissée sons le poids de ses bouquets de poulies, présente son trapèee de mélis double aux efforts de la brise qui Vient s'y jouer Comme
sur un rideau de fer L'allure est le grnnd
largue Les bonnettes, puissantes auxiliaires,
se gonflent le long des ralingues du vent..... La grand'voile, carguée à Irihor I, semble se mutiner contre son écoute, et envier aux voiles de l avant la brise que l'officier de quart leur ménuge a son détriment,.... C'est nn jour de repns pour l'équipage..... Les gens de quart, en partie étendus sur le pont, ou fouillent leurs vieux souvenirs, ou fument leurs pipes culottées, ou s'endorment enfin A demi accablés par la chaleur... < Un homme à la mer / • crie-t-on de la hune de misaine... * La bouée de éauvetage à la mer ! — La barré dénoué ! — Amène lé canot toué lé tent t — Filé léé écoutés de» basées voiles, lté amures de bùnnetlti hauîts, lés drltées de bonnettes baééts /.... » Et ces cofinnnndemens, foriement accentués par lî voix gutturale de l'officier de quart, ont fait régner la plus grande activité sur ce pont où un instant auparavant on n'entendait que le léger bruissement de l'étrave fendant l'onde..... Et le timounier de jeter à la mer la bouée de liège, surmontée
d'un petit pavillon rouge ; et les hommes de
se précipiter dans le canot, de l'amemr en double, et un élève de s'y affaler par les palans, et le canot de nager avec rapidité vers la bouée préservatrice à laquelle s'est déjà cramponné l'homme. La barre, mise dessous, a lancé le navire dans le vent, afin qu'il puisse prend r<< la panne et attendre son canot ; toutes les longues-vues, braquées sur ce dernier, le voient bientôt se diriger vers le bord, ramenant le gabier un peu étourdi de sa chute, mais disposé cependant à se réchauffer lé fanal avec uo grand coup d'eau-devie de cambuse.
Le navire, fatigué par ta mér, tangué pesamment en donnant de fortes saccades a la mâture,,.
La brise est carabinée, et fraîchit de pluaenplus... Les lames, d'abord courtes et dures, s'alongent peu a peu, et leurs crêtes brisées sont enlevées en tourbillons blanchâtres par les sifflantes rafales L'horiron se noircit Tout présage
une bourrasque violente L'officier de quart
Tient de faire prendre le troisième ris aux huniers et celui des basses voiles..... On tient le
plus prés Un homme à la mer ! » crie-t-oo
d'en haut * La bouée dehort I » répond l'officier Puis, un moment terrible un moment d'hésitation, de calcul de vie ou de mort pour le pauvre matelot tombé, succède à ce premier commandement Faut-il risquerdix hommes pour un I Et la pitié est là qui crie au
Jeune marin : « Il y a des chances de succès >
La pitié l'emporte c La barre dettout ! —
Cargue let basset voilet! — Le grand hunier tur le mât ! — Amène le canot tout le vent !... »El malgré cette mer déjà affreuse, menaçante, d'intrépides hommes s'élancent dans le canot... Des élèves(l), des maîtres, des quartiers-maîtres les devancent, et amènent lestement eux-mêmes l'embarcation, qui, frêle et ebétive qu'elle est, ose défier la fureur des vagues pour sauver un malheureux
La fortune semble couronner leur audace
Porté de lame en lame, le canot atteint l'homme,
le sauve, et nage vers le bord Mais il est
un instant critique pour la fragile embarcation, c'est ce! ji où, cessant de présenter l'avant à la vague, elle arrondit sa route et lui offre son faible travers Violemment choquée dans ce moment par une épouvantable lame, elle est chavirée, roulée deux ou trois fois sur elle-même avec
les malheureux qui la montent Et le navire
est là qui les voit se débattre, lutter avec courage contre la mort, lever les mains au ciel pour lui
faire signe Il est là, et ne peut rien faire
Il est là, et le capitaine peut à peine contenir l'ardeur des officiers et matelots qui veulent encore voler au secours de leurs compagnons
Dix hommes pour uni Leçon terrible que comprend si bien le cœur navré de l'officier responsable, même lorsqu'il a pour excuses des chances
de réussite ! Dix hommes pour un I c'est
assez..... Et le navire a fait route en les voyant •'abîmer sous les flots....
Le navire, battu par une mer monstrueuse,
eapeye sous sa misaine et son foc d'artimon
Eau, ciel, terre, tout cela confondu ne présente à l'œil qu'un vaste crêpe noir où brille de temps en temps l'écume phosphorescente des lames
(I) Dans une circonstance a peu près semblable, trois élèfea du vaisseau CAltfsirat périrent, en 1831, victimes de leur déroament. Ces Jeune* Rtns, dont l'iiérolioie n'a été ni asseï connu, ni asseï apprécié en France sont MX. Laurent, Dupcloux et Bol«c- '
Les coups de roulis sont affreux Les canots
placés snr le pont peuvent à peine être maintenus à force de saisines Les boulets échappés
de leurs parcs roulent d'un bord à l'autre
Les charges des canons ont pris du jeu dans leurs pièces et mêlent leur bruit sourd aux craquemens de l'accastillage, au sifflement du vent dans les cordages, aux battemensdu grand hunier que 1ns plus intrépides gabiers travaillent à mettre au bas ris.
« Un homme à la mer f » crie un matelot du haut de la vergue ; mais le vent est si violent, que l'élève placé dans la grande hune n'entend pas De bouche en bouche, d'oreille en
oreille, les hommes du grand hunier se font comprendre enfin.... Et l'élève de crier, tourné vers
l'officier de quart : < Un homme à la mer t »
Rien Et l'élève de hurler en se créant un
porte-voix de ses deux mains : » Un homme a la
mer ! > Un mouvement convulsif agite un
instant les traits de l'officier « Bien Si-
lence ! Et ces deux mots sont deux glas de
mort pour le malheureux qui vient de tomber 1...
Ed. Bouxt, Willaouez, Capitaii
ttojmjje au |îérou