‹ La France maritimeChapitre 46 sur 105 · Tome I · texte numérisé non relu

Tome I

des gargousses. Ensuite un second plan de pièces à eau et de vin E, consolidées et maintenues par du bois d'arrimage, occupe cette partie encore resserrée de l'avant du navire. Une cloison sépare cet espace de la grande cale à l'eau. Celle-ci a'elend jusqu'à la cloison de la grande soute aux poudres de derrière. L'arrimeur y a placé, avec un ordre facilité par l'espace plus élargi de celle partie élevée de la cale, les carnet à eau H. Ces caisses, nouvelle et précieuse invention, simplifient beaucoupl'arrimage des vaisseaux; elles suppléent à un très-grand nombre de pièces à eau qu'on employait autrefois. Elles sont faites en fer, de forme cubique pour la plupart; elles peuvent contenir de 8 à 40 barriques d'eau, ne soin point susceptibles de coulage, et conservent à l'eau sa qualité potable et sa fraîcheur. Elles sont rangées dans un ordre régulier, et préservées de leur contact mutuel par des rondins de bois ou des coins d'arrimage interposés. Les façons de la cale rétrécissant les espaces dans les ailes, oo ne peut placer dans ces espaces, ou forains, que des pièces d'un moindre volume.

Derrière, dans la soute aux poudres, les petit* barils de poudre, contenant 100 livres chaque, sont superposés et arrimés par plans réguliers permis par l'espace.

Le bois du corde, ou d'an image, n'est point épargné, et est placé partout où il se trouve des vides, tant pour faire poids que pour caler chaque objet en son lieu.

Dans la figure 5 du troisième plan d'arrimage, l'espace Q représente un tillac qui recouvre la sottie aux poudres de devant. Cet espace, recouvert par le tillac du faux pont, a 5 pieds de hauteur ; il est divisé en plusieurs comparlimens par des cloisons qui se croisent. Ces divisions comprennent la prison toul-à-fait devantet des soutes pour les objets de rechange du maître d'équipage et du maître charpentier. Ces soutes sont séparées de la cale par une cloison. En arrière de cette cloison vient un troisième plan d'arrimage de la cale, qui se compose des boissons de provision, vin, eau-de-vie, vinaigre, etc., en barriques ou pipes arrimées avec soin. Uu espace, qui coupe en deux transversalement ce plan de tonnelage, est occupé par du bois à brûler, ainsi placé à portée des nrsimjs qui sont au-dessus.

Au milieu du navire, un grand espace, au centre duquel répond le grand panneau, ou grande écoulille, est destiné à recevoir les cables marqués S, grands rdldesde23ù 24 pouces de circonférence, et de 120 brasses (environ 200 mètres) de longueur chacun. Ces câbles, arlislement lovés ou cueuVù, afin d'occuper le moins d'espace possible, reposent sur un plancher volant, posé sur les caisses à eau du deuxième plan. Les intervalles laissés par les câbles sont occupés par d'autres amarres d'une moindre dimension et le vieux cordage.

Le dessous de ta grande écoutjlle est un espace assez grand entre les câbles, qui doit demeurer libre pour ia circulation. et offrir un logement aux hommes préposés à ce service.

En arrière des cables, et de chaque côté de l'archipotnpc, viennent encore deux ou plusieurs antennes de barriques de vin de provision, terminant le troisième plan d'arrimage de h cale, A partir de là, un (iMac à demeure recouvre une partie du second plan de la cale et la soute à poudre de derrière , jusqu'à I étambotdu vaisseau. Le vaste espace que comprend ce lillac, et qui est à peu près le tiers de la longueur du vaisseau, est recouvert par |c lillac du faux pont, et a 5 ou 6 pieds de hauteur; il est divisé par plusieurs cloisons en compartimeps.ou soutes destinées à recevoir le biscuit de campagne, des objets de rechange des maîtres, et des provisions du corn» mandant et des officiers. Les sorties à biscuit sont intérieurement enduites d'une couche de brai sec. pour les préserver de toute humidité; le biscuit y est arrimé galette par galette, avec une symétrie qui réclame de la patience et du temps.

Ici se borne l'arrimage de la cale, objet de cet article.au moins poHr ce qui est représenté dans la gravure qui l'accompagne. Le marin arrimeur a satisfait, en le terminant, à l'une des plus précieuses conditions de l'assiette d'un vaisseau naviguant, sa stabilité. P. Luco.

Noire collaioraienr le capitaine Loco, mort ti malheureutement deppia, « dit dan* c«i article tout ce qu'il y avait • dire eer le mode d'arrimage employé ju*q«'è no» jour* Pour un» noua devoo» mentionner lot ativél.oratb.ui qui ac aont introduite* depui» peu de len.pi, et dool le» plut iraporlantretont data à un officier d'un rare mérite. M. LoCrol, capitaine de corvoite <<>rn mandant en tecond de la frégate la Btllt-Poult. Cet offîcirr vient d'appliquer à cette belle frégate son nouveau ayttéme d'arrimage, qui, par la aimplicilé et aa combinaiion ingénirute, eai appelé a rendre é la marine dea *ervice» inappréciable*, pendant le* «anipagnet de lonC cour» anrtout. Un grand nombre .le capitaine* ae aont rendu, , bord de « IW/e-fW*. et, en admirant la belle iu»ull»Uon de U frégate, ont loua payé au commandant Lugeot le tribut d'éloge» que l'on doit an mérite Un turcé» ai général fait eapérer que ce mode d'arrimage tera bienlst adopte à bord de tout le< bâtiment» de guerre.

En vitit.nl la cale de la frégate, en e.t étonné de ion In.talbtioo intérieure. 1,4, en effet, rien ne re.aenil.le à c, qu'on trouve partout; l'emploi de toute* le* partie» en Irrcprnrl.aLIr. lia grand nombre de panneaux ont été enlevé»; tel ouverture* induite», mai» mieux. di»po*ée«,»erveoi admirablement au trantbordement de» munition». Il cat à remarquer que, quoique lea approvisionnement entrent avec plu» de facilité dan» la cale et qu'il» y loieut en pt... graudo quantiié, la circulation v r,,t ménagée avec plu d'art que panout ail'eors. De va»te» corridor» parmetient de la parcourir en Ion» .en., «m qu'on ail à ro-

navire», PI" ,ou*

Le. tonte* è biacuit io.,. placée. (i,r l'arriére, te cerc le qu'elle, rormeoi d-coiitcri, le .orridor. G. «.«,, diviaëc. en compar- Umene. ont lacune une porte extérieure; la imitation l'opère donc tant que rie.. poète être dérange dana lea toute» voi.ine». Ton» le» comparUmena tout indéneodan» l'un de l'autre, de ma-

niere qu'en ca» de détérioration daml'un.la perle ett bornée an* provitlont qu'il enulimt.

Ainti, on trouve, en empiétant ce me bien marqué* »ur tout autre mode :

!• Une plu. large plaee faite aux approvme 2* Le» munition», échappant à l'aciion du > de chance» de te comerver ;

3° Lïieure..»e dUpotninn de» corridor* et de» panneaux facilite le» opération» à faire dan» la cale, le pattajje dea homme», r| en attainir l'atmosphère.

Ce» hénétVe», déjà contidérable», ne «ont pat le» »*ul> qui rélulteot de l'application du tyiléme Inventé par M. Lngml. Il non* »ufnt de .ifloaler «on »y»téme.qui demanderait un trop long développement, ma', qae nou» .omtnet heureux de centL gner «mm* un imineotn progré» fait dan» U «eien.e de la

Un

orage, eu mer.

Lorsque le vent s'est élevé avec trop de violence, et que la mer a grossi de manière à .-mpécher le navire de eontiou-r sa route un n.iliru des lames dont le choc pourrait l'en.lomma^ r, on met à la cape, sous une vt ile que l'on |nesenie obliquement au vent. Dans celte position. !.• I.Atiment conservant très-peu de vitesse, dérive, en cédant plutôt à l'impulsion de chaque vague qu'en y résistant. Son avant, s'offrani à chaque coup de tangage à la lame qui déferle, reçoit quelquefois, des chocs très-forts; mais le na>ire culnui alors dans le sens de ta force de la lame, éviie au moins le danger qu'il y aurait à la rencontrer avec une vitesse opposée à sa direction. Une foi» à la ea|.e, l'équipage n'a plus rien à faire , et pendant tout le temps que dure la tempête, il faut attendre dans cette position passive que le mauvais temps s'ap aise et permette de manœuvrer. C'est pendant ces longues heures de coup de vent et de dangers que l'on peut remarquer plus particulièrement celte heureuse indifférence que l'habitude du péiil donne aux matelots. Assis à l'abri des pavois ou de la chaloupe, pendant qu'une mer furieuse mugit autour d'eux et menace quelquefois d'engloutir le navire, on les voit se réunir et s'approcher le plus possible les uns des aunes, pour raconter de ces conles dont la tradition perpétue le souvenir parmi les marins. Souvent ils chantent ensemble, d'une voix rattque, ces complaintes monotones comme les bruits des vagues qui les environnent, et mélancoliques comme la plupart des airs qu'aiment les gens de mer. C'est en vain que le vent gronde sur leur tête et siffle dans les cordages, que des torrens de pluie les inondent et que la mer menace de lesenlever , ils chantent comme l'ouvrier le plus paisible au fond d'une b«miii|ueou d'un atelier. Mais souvent leurs narrations ou leurs chants sont interrompus de la manière la plus terrible. Quand le navire, fatigué par I : ' me qu'il |ivre à la tempête, craque dans.

foutes If s pari les; que la mâture, dans les mou\emens effroyables du rouli». plie et menace de tout écraser par sa chute, une lame vient quelquefois tomber sur le pont avec un fracas effi oyuble : tout ce qu'elle rencontre est brisé, enlevé; et le naître, caché pendant un instant sous cette montagne d'eau, ne se dégage de la lame qui l'a affaissé qu'après avoir perdu tout ce qu'il avait sur le pont avec les hommes de quart qup la vague furieuse a enlevés. Kien, peut-être, n'est plus terrible, quand un événement de celle sorte u lieu, que le sentiment qu'éprouvent, en montant sur le pont, les hommes qui étaient couchés. Tout a disparu ; ils cherchent avec effroi leurs camarades: on appelle les gens de quart pour connaître ceux qui ont été assez heureux pour n'avoir pas été emportés. Dans les débris que le coup de mer a laissé», on examine si quelque infortuné n'a pas été écrasé un milieu de ce désordre affreux. On sonde autant qu'il est possible les pompes, pour savoir si le choc terrible dans lequel le navire a paru devoir sombrer n'a pas déterminé une voie d'eau. El encore si, dans la violence de la bourrasque, la voile sur laquelle on avait mis en cape a clé enlevée par l'impétuosité du vent, il faut, dans l'impossibilité où l'on est de déferler une autre voile, attendre, écrasé par lu mer qui tourmente le navire qui a'esl plus appuyé, que la tempête se soil calmée, et que le temps permette de réprendre la route, et de réparer autant que l'on peut les avaries qu'a causées le coup de mer.

Ed. Corbière.

Station* maritime*.

Partout où peuvent être méconnues et enfreintes les garanties dont l'inviolabilité d'un pavillon couvre les propriétés particulières du pays qu'il représente ; partout où des intérêts divers se trouvent, par la concurrence, placés dans une position rivale, quelquefois hostile ; où l'appêt du gain peut pousser la cupidité à la déprédation et au brigandage; partout, cuûu, où l'intervention du pouvoir social doit se montrer pour donner la sanction de la force à l'autorité desarmée de la loi. les principes constitutifs et conservateur des sociétés exigent que les gouverneuiens se trouvent représentes par îles forces sufuNames pour maintenir l'urdte et faire respecter leur honneur.

C e.-l dans ces quatre causes, auxquelles viennent se joindre des considérations subsi liaires. que les stations militaires de la marine prennent leur origine et nouunt leur nécessite. Nous examinerons tour à tour leur nature, leur gravité, et ce que le pouvoir a lait et doit faire pour répondre à leur* exigence*, jkeii que tout l»nii»

ment en croisière doive, lorsque les circonstances le lui permettent, protéger également tous les droits établis et garantis par les traités et par les lois, nous examinerons, par suite de ce classement, à la répression de quelles contraventions spéciales se rattache chaconé de nos stations, par la nature même des délits dont sont le plus fréquemment le ihéfttre les parages maritimes qu'elle sillonne. Ce mode d'examen nous mettra à même de constater, d'une manière plus positive et plus méthodique, les avantages que le pays, et surtout lè commerce, relire de ces expéditions, les développemens qu'elles exigent, lesabes qui paralysent ou du moins limitent souvent l'importance de leurs résultats*

Jttyrestion de$ ontragen fa\t$ dit bavtlloH d'unpdyt.

Un des points principaux de h mission confiée aux croisières est de faire respecter (es droits de leurs concitoyens par les gouvernement étrangers. C'est une question d'ekistencé pdurle commerce et d'honneur pour le pays. Quels qne soient les lieux où l'appellent les spéculations de l'industrie, source de toute richesse et de toute prospérité sociale, un navigateur resté toujours sous la protection delà loi; lesgouverneinénsne peuvent, sans manquer à leurs devoirs, détruire ou annuler cette protection en la privant de toute efiicacité.Si le négociant et le marin ne pouvaient compter sûrement sur l'appui des stations maritimes, toutes réunions commerciales cesseraient avec les pays où les iotérêis étrangers se trouveraient exposés aux exactions des gouvernethens despotiques, ou aux avanies du peuple. Toute relation serait impossible avec cet contrées américaines qui se débattent dans les erises anarebiques d'une transformation, sans pouvoir en faire sortir une organisation sociale. Privée du concours des forces maritimes, la voix des ambassadeurs perdrait sa puissance dans ces questions dont la solution dépend de la présence de forces sur lesquelles puissent s'appuyer les menaces d'une immédiate intervention. Parmi lès faits nombreux qui appuient Cette vérité par l'autorité des autécédeus, nous rappellerons la mission guerrière et diplomatique d'une escadre française devant Rto-Janetr».

Le gouvernement brésilien avait déclaré, en 1825. une grande partie de la rive orientale de l'Améiique du &ud en état de blocus.

Le droit maritime de tout temps professé par la France ne reconnaît de blocus que le blocus matériel, et non cette lie lion diplomatique qui tente de rompre, par une note on un protocole, toutes les relations commerciales d'un pays.

Plusieurs armateurs français ne tinrènl point compte de cette siguifiunUMHit quw repawnaient

les précédais de notre législation extérieure. Les expéditions se continuèrent dans ceux de nos ports qui étaient en relation avec les pays déclarés en état de blocus. L'escadre brésilienne, en station devant Buenos-Ayres, voulut maintenir la teneur de la déclaration diplomatique ; sept de nos navires furent capturés.

La France ne pouvait oublier sa dignité au point de se soumettre à des prétentions qui eussent eu pour résultat de détruire toute neutralité dès qu'une nation prépondérante aurait déclaré la guerre à un pays maritime. Notre ambassadeur à Rio-Janeiro reçut ordre d'obtenir des réparations pour les pertes que ces diverses prises avaient causées au commerce français. Ces demandes repoussées, notre gouvernementsedutde faire appuyer par nne flotte les notes de son représentant.

L'amiral Roussin, qu'une longue croisière dans ces eaux, dont il avait relevé les côtes, désignait autant pour cette mission que sa double capacité de diplomate et de marin, reçut le commandement de cette expédition.

Ce fut le 40 mai 1828 qu'il quitta Brest.

L'escadre se composait de neuf bàtimens de guerre. Le Jean- Bar t, vaisseau de 74 canons, sur lequel le contre-amiral Roussin avait arboré son pavillon ; la Tcrpeychore, frégate de 60 ; trois frégates de 44, la Nymphe, tAréthuse et ta Magicienne; les corvettes l'Irit et la Railleuse, et les deux avisos le Cygne et l'Iris.

La Railleuse, qui avait pris les devans pour se procurer des renseignemens sur la situation morale du Brésil, rallia la flotte le 4 juillet, veille de ton arrivée devant Rio-Janeiro.

Il n'y avait plus d'espérance d'obtenir justice par la voie de la diplomatie ; les prises avaient été vendues d'après l'arrêt des tribunaux. L'exaltation contre les Français était extrême ; le ministre chargé d'affaires conseillait de ne point taire entrer la division dans la rade, de peur de la compromettre par suite des inquiétudes que. dans l'état des esprits, sa présence ne pouvait manquer d'exciter.

Les négociant eux-mêmes étaient divisés sur l'opportunité de cette démonstration, que crut devoir adopter le contre-amiral.

Il voulut essayer une nouvelle tentative de conciliation. Il avait eu des rapports fréquens avec Don Pedro dans son expédition précédente; lil conservait quelque espoir d'arrangement : il «eût craint, en outre, de blesser l'empereur en procédant d'abord contre lui par la menace.

D'ailleurs, lors même que son entrée sur la rade eûtdétraill'indépendance de ses manœuvres, en cas d'hostilité du rivage, il lui restait toujours deux partis : sortir sous la protection du droit des gens et des traités, ou prendre position devant la ville et l'écraser sous ses boulets.

Il entra donc, mais en ligne de bataille, et le

branle-bas de combat fait à bord de tous les bfttimens. L'escadre, après avoir, selon l'usage, salué le pavillon brésilien, vint s'établir en ligue d'embossage à trois cents toises des quais.

L'effet qui devait suivre celte démonstration armée fut produit. Tant que la justice et le droit ne s'étaient étayés qne de réclamations, on avait opposé, parole à parole, aux notes de la diplomatie, l'arrêt des tribunaux ; quand une flotte vint appuyer la demande avec des canons, cet ultimatum parut plus sérieux. Toutes les clameurs s'effacèrent, les Chambres elles-mêmes sentirent se refroidir leur irritation ; à peine s'il se trouva deux orateurs pour sommer le gouvernement de donner des explications sur l'entrée d'un si grand nombre de bàtimens de guerre , et protester contre celte prétendue violation du territoire brésilien.

D'un autre côté, le gouvernement se trouvait poussé dans une position critique; il était humiliant, après la longue résistance qui avait sanctionné les arrêts de l'opinion publique et des tribunaux, de céder à la force en réparant une injustice. L'amour-propre national pouvait lui demander compte tfe toute transaction où se fût trouvée méconnue l'autorité de la chose jugée, légalisée définitivement par lui-même dans le décret impérial du 4 mai. D'une autre part, le délabrement des finances ne permettait guère de les grever de la dette considérable que devait constituer la reconnaissance de l'illégalité de ces prises.

L'impossibilité d'une solution diplomatique semblait donc une conséquence forcée de l'état de choses où s'étaient aventurés la nation et sou empereur.

On ne pouvait d'ailleurs espérer tourner la question. Bien que les instructions dont le chef d'escadre était porteur pussent l'autoriser à quelques concessions ; bien qu'une circulaire du ministre du commerce, sous la date du 31 mars, portât :

« Qu'à l'avenir la signification préalable d'un blocus suffirait pour le faire admettre comme effectif, et que tout navire qui se dirigerait sur le port déclaré bloqué s'exposerait à être légalement arrêté et capturé par l'escadre bloquante.

» ( Moniteur du 6 avril 1858.) • le contre-amiral Roussin était trop pénétré de ce qu'exigeait l'honneur de la France pour se contenter d'une demi-justice.

Voici en quels termes il présenta les demandes de la France.

« Le gouvernement brésilien doit reconnaître, » d'après le droit public frauçais :

» l°Qu'en matière de blocus les navires neutres t ne doivent pas se regarder comme suffisamment » avertis par la signification faite à leur gouver- » nement pour qu'ils doivent s'abstenir de se di- » riger sur le port bloqué, et qu'ainsi ils ont le » droit de venir s'assurer eux-mêmes de la réalité

> effective do blocus, et s'il y a empêchement ma-

• tériel à entrer dans ce port.

» 2° L'escadre brésilienne devant la Plata » ayant méconuu ce principe en saisissant nos

• bâtimens à la première apparition, la France » exigeait la restitution de ces navires avec dé- » dommagemenl des perles causées aux capturés » par le fait de leur arrestation. •

Ce fut sur ces bases qu'il posa les nouvelles négociations qu'il ouvrit, non plus avec le ministère, mais directement avec l'empereur. L'audience dont il lui adressa la demande fut accordée sur-le-champ ; il fut reçu le 12 juillet au palais de Saint-Christophe.

L'accueil de Don Pedro fut plein de bienveillance. Après un échange d'éloges, de rcmercimens, le contre-amiral Roussin lui demanda la permission de lui exposer l'objet de sa mission :

« Le motif, Sire, de l'expédition qui m'est con- » fiée est la mésintelligence survenue entre la » France et le gouvernement de Votre Majesté,

> mésintelligence malheureuse entre deux pays

> intéressés à se favoriser l'un l'autre : le Brésil, » unique monarchie d'Amérique, pour obtenir l'a- » initié de la première monarchie d'Europe, et » la France, pour obtenir au Brésil un débouché

> pour la population et pour les produits de son

> sol et de son industrie.

» Cette mésintelligence n'a point été provof quée par la France : elle afflige le roi, dont les i intentions, exprimées en même temps que les » ordres, sont toutes bienveillantes pour le Brésil

• et son souverain, dont il estime le caractère et » apprécie la position; mais en même temps elles

• ne peuvent pas être douteuses relativement aux

> réclamations de la France. Des Français ont » été blessés dans leurs intérêts, le Brésil doit » les dédommager, et la France doit le pré- » tendre.

» L'empereur verra cependant que, décidé à

> l'obtenir, le roi emploie d'abord tous les moyens » possibles de conciliation. C'est dans celte vue

• qu'il a charge de ses ordres un officier connu de » Votre Majesté, honoré de ses bontés, et qui est

> autorisé à lui manifester la profonde douleur

> qu'il éprouverait si sa mission devait se termi- » ner par une rupture aussi fâcheuse pour le » Brésil qu'elle serait affligeante pour le cœur » du roi. »

L'empereur avait écoulé ces paroles en silence, sans laisser percer dans ses traits l'impression qu'elles faisaieut sur son esprit; elle» déterminèrent la décision dont la présence de la flotte, prête à foudroyer la ville, lui avait fait envisager la nécessité.

• Oui, monsieur Roussio, dit-il, c'est vrai. De » ffleheux différends se sont élevés entre la France

• et nous, et ils ont duré trop longtemps ; mais » je veux les terminer, j'en sens l à-propos. Cela

• ne peut plus se faire que par un traité, une

» convention ; nous ferons donc un traité qui ter- » minera ces débats. »

Sur ces assurances, le contre-amiral Roussio, heureux de la solution de ces désaccords, prit congé de Sa Majesté.

Dès le soir, le ministre brésilien reçut des ordres de l'empereur, et huit jours après un traité était conclu, qui, en faisant justice aux demandes de la France, rétablissait les relations amicales qui avaient auparavant régné entre les deux pays.

Ainsi, par la présence d'une division française, (mirent, au prix d'une humiliation pour le Brésil et d'une expédition coûteuse pour la France, ces longues négociations, qui n'eussent jamais pris naissance si notre chargé d'affaires eût pu, dans le principe, appuyer ses réclamations par la présence d'une station imposante.

L'insuffisance de nos croisières sur les côtes de l'Amérique méridionale est une question placée maintenant hors de toute discussion par les faits: ou il faut renoncer à entretenir des consuls dan* les divers ports de ces contrées, ou il faut leur donner les moyens de faire respecter en eux la dignité de leur pays. La confiance que doivent avoir dans les garanties d'inviolabilité qu'offrent nos consulats les armateurs qui aventurent leurs capitaux dans ces contrées lointaines, ne tarderail point à s'évanouir si le commerce était exposé au brigandage armé dont ont été victimes plusieurs de nos bâtimens. Une répression tout hypothétique, que plusd'uneannée peut séparer de l'offense, est une appréhension bien légère pour des gouveroemens dont l'existence éventuelle est une question de chaque jour. Une corvette ne suffit pas plus pour protéger notre marine marchande sur l'immense étendue des côtes que l'Amérique méridionale offre à l'océan Pacifique, que la faible croisière que nous entretenons sur sa côte orientale ne peut assurer les franchises de notre commerce. Aussi apprenons-nous chaque jour quelques nouvelles avanies subies par nos bâtiments; et, pour ne nous arrêter que sur un fait, nous rappellerons la violation dont le drapeau tricolore n'a pu protéger la Jeune Nelly.

Exécution des fois et règlement maritimes.

Les besoins particuliers de la navigation, l'avenir, l'existence même de quelques-unes de se» branches d'industrie, ayant nécessité l'intervention particulière de la loi, il a fallu songer aux moyens d'appliquer ses dispositions.

Sans navires préposés à veiller à l'exécution des réglemens , l'impossibilité de constater les infractions eût entraîné l'impunité des délits et frappé ces lois d'impuissance.

Des stations qui assurassent l'efficacité de ces mesures régulatrices ont donc été la conséquence forcée de leur nécessité.

L'Ile de Terre \>'u>e fm Inn^-i- nqw I ce J de CPl'e in ri*-. Tairli» que le. aimilii">s I destinés à harponner b-s baleines parconr.iienl j tome la p:nïie - ti«.i • .il<' de l'Atlantique, depuis le nord des Etnts-Un-a au Spitiberg*, hs aulnes abordaient à Miifuclon et a Tutr-Scuve, nu restaient sur le grand banc voisin de celle ile, pour s'y livrer aux opérations de la pêche de la morue.

Celle dernière pèche «*st inainicnatit la seule pratiquée par u<» baiiincns dans les un is du Nord; mie s'aiion «l*t*t» ' force suffisante y parcourt cliaipie année tous les pn.nl» lre.|uemes par m» navires.

Sa mission est, en outre, la surveillance disciplinaire des équipages: elle doit aussi empêcher qu'aucun bâtiment ne soit troublé dans la jouissance des droits et lieux de pêche que lui a départis le sort.

Terre-Neuve appartient à l'Angleterre. La France ne s'est réservé, par le traité de 1811, que la f.iculié d'envoyer les navires sur une partie du littoral dura m la saison od ces parages sont fréquentés par la morue.

Quelques-uns des b ivres se trouvant plus favorisé» les u-is que les atities par l'abondant e avec laquelle s'y porte le poisson, le gouvernement a dù prévenir les contestations et les luttes qu'eût pu eXciter la possession des lieux favorisés; aussi une ordonnance royale a-t elle été rendue pour résoudre ces diflicultés.

Tous les cinq ans. les différons points de la côte où la pêche est possible sont tirés au son entre les armateurs qui prennent l'engagement d'y envoyer des b&timens. Ces décisions aléatoires sont généralement respectées par les pêcltr tirs ; on cite peu d'exemples oit la marine de l'Etat ait été obligée d'interposer son autorité pour en prévenir ou en réprimer la violation.

Une antre partie dé la mission de cette croisière est de procurer, en cas de besoin, dessecours à nos marins, et en cas de guerre, duraul la campagne, de servir d'escorte a nos navires.

Depuis que les Américains ont prouvé, par le succès de leurs baleiniers dans le Sud, les avantages que cette pêche offrait dans les mers méridionales, les armateurs français y ont dirigé tomes leurs expéditions ; ces biit'im ns se sont ainsi trouvés soustraits a l'action protectrice d no> navire» garde-péches.

Comme la fatalité .tans tonte administration est de marcher sur b-s wneeedens sans faire attention aux déplacent!* ns que les fans doivent tin p. i nier à la gestion, des croisières n'ont poini été expé. lices sur les nouveaux points où nos baleiniers ont transporte leurs pmhe>; noue marine l'y est donc trouvée isolée de toute surveillance. De graves désordres signalent continuellement

» Lr» cètM du Canada et du t.abratlnr, I» tuir de Baffîa, W 'i<*lroit <lr Ù.IMJ. lr» mer» du vieux et BllUVcau Grvê- MiU,to*«t.1* VUlawt* «M

I al>. .mu ,» d'une station dans ces mers. Les actes d'iiiMibordinaiinu deviennent chaque année plus mnnlreux parmi les équipai: es; la certitude qu'ont les matelots de ne remontrer aucun Intiment militaire à bord duquel puissent être déposes les men-tlrs et les mutins, pour être livrés ensuite à des conseils de guerre, les enha«dii au point que non-seulement les travaux de la pêche sont souvent suspendus ou entravés, mais encore que le Tristan , lu tlavre. s'est vitcontrainl une année

i à Uve s,, in r» tour ilans le port i l'arme -

tn> ol ■ aoi-i. 1 1 = • r Tn|Minaiiotnlequ< lquesinsubind<mnes, ont < |e v.cnlies les iulci èts île l'équipage «•t des armateurs.

I>e pareils faits dont le renouvellement ne le mli ail rien moins qu'à détruire celle brandit) d'industrie, source de richesses chaque jour plus féconde pour la Fiancé, doivent fixer tonte l'attention du gouvernement. L'administration ne peut plus ré>ister à la voix du commerce; une station est devenue urgent!1 sur ces mers, mais il fait' une station conforme à la nature de ces lieux; l'envoi d'une It égale serait insuffisant dans un espace île mille bettes sillonné en mus sens par soixante I àtuii' ns qu'ex|.édicm annuellement nos ports; ses dimensions lui pei ineu raient -elb & , /ailleurs de vis i i er les baies nombreuses de la rôle occidentale d' A Trique que parcourent et oh slalinrineni nos navires? Non. Ce qu'exige cette mis-ion, ce sont de légers bricks de guerre à qui leur faillie tirant d'erni rende les cotes accessibles, et qui, répartis, durant la saison de pèche, sur tous lès points on se montrent le plus abondamment les baleines, y exercent une surveillance continuelle.

Un autre avantage que les sciences géographiques retireront de cette croisière sera le relèvement exaci île la côte d'Ab ique. De bons officiers, en parcourant celle plage pour l'exécution de leur expédition, pourront rectifier les erreurs dont les cartes de ce littoral sont remplies. Que de malheurs seraient prévenus par un semblable travail! S'écoule-t-il une seule année où plusieurs île nos navires ne fassent naufrage dans ces baies dangereuses, par les renseignemens faux qu'ils tirent des caries.

Il est ries points dans le* environs du enp d> lionne- l'frfn nii rc «tout non-seulement le gisi tic, t tblTeic, en longitude, de plusieurs degrés de n lui que leur aitnluic la science, mais il t xisto • m ■ i >• beaucoup d'endroits, d'une importance il in '<e.ilion rigoureuse . tels que baies. îles, caps, dont la lati ude est loin dèlre piécise.

C'est pourtant avec. ce> connaissances t< po. graphique:, erronées- que nos bat. m- ne doivent naviguer p< iiri-herchei n pr. nibe un mntii!|ag<*dan& des localités < ù les brume*, l.i force des cmn-nns et la direct on alisée îles brises vi-nnent joindre leurs dangers aux dangers qui sortent d'une géo-

Surveillance et répretsion de la traite.

L'appât d'immenses bénéfices ne pouvait manquer d'exposer les spéculations maritimes :iîix déprédations de quelques aventuriers. Les passions qui avaient amé l'homme contre l'li<>mme. dans nos sociétés, dont les codes oui pour san< lion «les chaînes cl «les couperets, devaient nécessairement donner naissance à des arméniens de piraterie qui, auprès de chances de gain certaines, ne présentèrent d'abord que peu de dangers.

Cescourses immoralesremontcnt aux premiers temps de la navigation. L'antiquité avait consacré les noms de plusieurs forbans célèbres avant celui du corsaire philosopha dont Quinte-Curce nous a transmis la présentation à Alexandre, Milliades avait lui-ntemu commandé une (Tulto alliéuienue destinée à purger les mers Kgée et ilcllcspoutaim- des pirates qui les iuf< sl;iit'iK ; la mar ine massaliolc. plus lard, fui obligée d'établir des sialions sur plusieurs points pour protéger ses lacloteries et ses navires.

Jamais pourtant ces ccumeurs de mer ne s'étaient constitues en société avant son siège, s-s lois, ses flottes et ses armées, avant l'association d'aventuriers qui, sous le nom de flibustiers, anéantit presque, par la teneur qu'inspirèrent :>cs croiseurs, le commerce des Inde» occidentales.

Ces impudens brigandages ne tardèrent pas à disparaître devant les développemens mu: prirent les marines militaires des divers Etats européens* ce ne fut plus qu'à la faveur des guerres et s«uts les pavillons belligérans que les forbans osèrent parcourir les mers. A peine si quelques-uns, de puis l81G.se hasardent de temps eu temps à se montrer dans les parages les plus tawuahlcs à leurs excursions; encore n'est-ce qu'avec dus lettres colombiennes et sous le pavillou de quelque Etat indépendant.

Cependant quelques faits prouvent jusqu'où va la férocité de ces équipages de bandits.

Dans le courant du mois de mai un navire américain, faisant rouie pour Boston, vidait les debouqueiuens des Antilles.

Bien que la brise soufflât fraîche et que la mer fût belle, ce navire n eu avait pas moiusmis dehors une voilure qui, par ce temps à intermittence, ne laissait pas d'offrir quelques dangers.

Le capitaine ayaul aperçu dès le malin un fort brick dont le pavillou colombien et la marche lui avaient semblé suspects, s'efforçait de sortir de ses eaux ; mais ce brick, sans forcer de voiles et sans mettre le cap sur lui, le gagnait cependant assez pour que les deux équipages dussent être bientôt à même de juger respectivement de leurs f<»rces.

Le capitaine bostonien étant parvenu, à l'aide de »:« longue-vue a distinguer la batterie de son ennemi» ne douta plus de sus intentions; aussi,

malgré l'évidence du péril auquel exposait son navire une. augmentation de voilure, redoutant moins ce danger que celui de tomber dans les mains du courtier, donnâ t il tout de suite des or? «1res pour que l'on mil dehors les calacois et que l'on gréât les bonnettes.

I).insnu instant le invite, couvert de toile, prit une marche si rapide, que son avant enfonçait dans IVaii.

Le corsaire colombien, dont l'ardeur que sa proie niellait à le fuir compléta la reconnaissance, ne balança plus à larguer ses perroquets et à laisser arriver sur lui.

La chasse ne fut pas longue ; après, une heure de course, le bouiet du coup de canon qu'il tira, à l'américain pour lui intimer l'ordre d'amener traveisa la briganline et fut ricocher bien audelà sur la mer.

Tout espoir d'échapper étant perdu, il fallut bien se «leicrminet à se rendre. Le dpiiaine marchand, cédant a la nécessité, iii « arguer ses bisses Voiles et mil « n pjune. Un moment après, une chaloupe partie du bâtiment ennemi déposait a sou bord une vingtaine de matelots chargé» d'armes, et dont la barbe sale et longue permettait a peine de distinguer U-„ traits.

« Monsieur, dit le capitaine à celui dans lequel il crut distinguer le chef, puis- je savoir «le <|uel droit vous vous présentez ainsi a mon bord? »

Cdui-ci le regarda avec un sourire «l'ironie et de dédain ; ei comme le capitaine semblait d'un air grave attendre sa réponse :

« Allons ! allons! dit -il en pr< nanl le ton de la menace, lais me ire ta chaloupe à IVati, si tu ne \«mix pas qu'on t y jette avec nue balle dans la léte ou un coup de poignard dans le ventre. •

Ces paroles ue comportaient m représentations ni piolestalion ; le capitaine fut donc oblige de transmettre à son équipage cet ordre dont le pirate et se» hommes précipitèrent l'exécution.

Dés que la chaloupe fui à la mer, il se retourna vers le capitaine.

« Tout ton monde est-il sur le pont?» — Et sans attendre de répouse : « Vous allez descendre dans celle barque ei pousser au large.

— Mais il n'y pas de vivres dedans.

— La terre est pioche, vous n'en avez pas besoin. •

Ces derniers mots furent prononcés avec une ironie sinistre.

Ils n'en avaient pas besoin, en effet. Lorsque la chaloupe passa sons la batterie du corsaire, elle essuya toute sa bordée, dont l'effet, a un quart de portée de canon, fut si terrible, que l'on n'aperçut plus à la place de l'embarcation que des débris de planches et quelques hommes luttant convulsivement dans une eau ensanglantée.

Le pirate, voulant continuer sa course, expédia sa prise, avec quinze hommes d'équipage, pour un des ports de l'Amérique méridionale. Ces for-

la fraisce maritime.

bans, ayant eu l'impudence d'attérir a New-York, furent arrêtés par t'auiorité, qui les envoya à Surinam pour y êire jugés. C'est à deux de ces misérables qui crurent se sauver par des aveux que l'on doit les deuils sur la manière cruelle dont ils s'étaient emparés du navire et défaits de l'équipage dans les environs de Saint- Eutlache.

Un autre corsaire fui également capturé, dans le mois d'avril de la même année, par la station française de la côte de Guinée.

Ces faits de piraterie sont les plus graves, sinon les seuls qui se soient passés durant ces dernières années. Malgré les circonstances favorables que la crainte d'une conflagration générale excitée par l'expédition d'Alger et la révolution de 1830 eût pu offrir à ces sortes d'armemens, le commerce n'a point cessé de naviguer avec sécurité, lors même que la prudence l'a fait se mettre sous lu protection de nos convoyeurs; espérons que la certitude et la promptitude du châtiment feront disparaître enûn ces déplorables excès que la surveillance de nos faibles croisières a déjà rendus si rares.

Les navires armés pour le commerce du boù tTébine, comme les traitons, dans leur langage barbare, nomment leur coupable industrie, sont également devenus beaucoup moins nombreux depuis les lois et les mesures d'application dont les peuples les plus civilisés ont frappé ce trafic inhumain. Nos possessions caraïbes sont celles avec lesquelles les relations de ce commerce barbare ont toujours été les moins fréquentes. Depuis la promulgation de la loi de mars 1831, toutes les traces de cette coupable industrie ont même complètement disparu sur les plages de nos Antilles. «Je saisis avec empressement, di- » sait, le 28 décembre 1832, à la tribune de la » Chambre des Pairs, M. le mioistre de la ma- • rine, je saisis avec empressement celte occa- » sion pour déclarer a la Chambre, de la manière

> la plus formelle, que la traite des noirs a cessé » absolument sur tous les points de notre ter-

> ritoire colonial et sous notre pavillon. Si la » juste sévérité de la dernière loi a concouru ■ puissamment à ce résultat, on doit aussi l'at-

> tribuer à l'influence de la civilisation et des » lumières, et c'est encore un progrès qu'il est » doux d'avoir à constater. >

Si dans cet article nous avons appuyé aussi fréquemment sur l'impossibilité où leur faiblesse met nos stations d'étendre leur action à tous les points dont la protection leur est confiée, c'est qu'outre les avantages que retirerait notre commerce de l'envoi d'un plus grand nombre de bâtimens de guerre, nous y voyons pour la marine militaire toute une question d'avenir.

Que l'on recherche pourquoi notre marine, 1 continuellement victorieuse dans les actions par- 1 tielles, a toujours succombé lorsque, dans ces ' derniers temps, elle s'est présentée en ligne de

bataille devant tes flottes anglaises, on en trouvera la cause dans la supériorité que donnait à ces dernières la longue pratique des manœuvres de division et d'escadre qu'elles avaient puisée dans leurs nombreuses stations. Eh bieu I c'est cette supériorité que, par l'établissement de fortes croisières, ferait disparaître la France; c'est avec elles qu'elle formerait ses matelots a l'exécution rapide et précise des grandes évolutions.

Il devrait donc être établi en principe, par chaque chef de station, que, deux fois par an, les bâtiments qui la composent eussent à se trouver réunis sous les ordres du commandant en chef pour se livrer à celles des évolutions navales que comporte l'effectif de la station. — Assez généralement, si l'on veut multiplier la présence de nos navires sur le plus de points possibles, il serait utile d'expédier les bâtiments de chaque division pour deux ou trois mois en croisière ; au retour de ces croisières, après force mouillages sur foule de points, le moment du ravitaillement serait celui choisi pour ces réunions momentanées d'escadrille.

Il est encore une autre nécessité qui se fait vivement sentir dans le service des stations actuelles: c'est celle des bateaux à vapeur.

On ne peut le nier, la vraie mer des pyroscaplies est celle comprise entre les deux tropiques; car c'est une mer de brises régulières, conséquemment de vent debout pour les retours, d'orages ou de calmes.

Aussi la station des Antilles, celle de la Guyane, celle du Sénégal, réclament-elles impérieusement chacune un bateau à vapeur d'une centaine de chevaux. Il est temps que la Méditerranée n'absorbe plus presque exclusivement notre flotte à vapeur; l'Océan en réclame une partie, vu l'extension que prend partout notre commerce extérieur : or, la vue d'un navire de guerre prévient bien des causes de mésintelligence, quelque faible qu'il soit. Que la surveillance de uotre Hotte devienne donc aussi incessante que possible, et, à cet égard, la marine à vapeur est un puissant auxiliaire pour les stations.

Le matériel de uotre marine se développe et se perfectionne chaque jour, mais ces amélioralious ne peuvent former les bases de notre puissance maritime qu'autant que les connaissances stratégiques de nos officiers et l'expérience de nos marins ne le céderont en rien à celles de nos ennemis. Et pour cela, nous ne saurions trop le répéter, il faut que nos escadres se répandent sur les mers et montrent notre pavillon dans tous les ports des cinq parties du monde, où nous aurons toujours quelques intérêts à faire prévaloir ou à protéger, ou les lumières de la civilisation européenne à faire briller aux yeux des nombreuses populations rebelles encore aux lois da l'humanité. Amédée Ghxban.

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