‹ La France maritimeChapitre 47 sur 105 · CONSIDÉRÉE DANS SES RAPPORTS AVEC LA FRANCIS · texte numérisé non relu

CONSIDÉRÉE DANS SES RAPPORTS AVEC LA FRANCIS

Ce serait un grand et précieux ouvrage que celui qui traiterait de l'histoire générale des élablissemens qui se sont succédé dans l'Inde, et des peuples qui, tour à tour, se sont disputé la possession de ces comptoirs, considérés depuis des siècles comme les plus imporians du commerce maritime.

Certes, nous voudrions bien pouvoir nous étendre sur cette matière, si féconde en détails pour la plupart inconnus. Mais, d'une part, l'étendue de nos colonnes ne pourrait suffire a ces publications, et de l'autre, notre litre ne nous permettant de traiter que ce qui appartient à la France, ou a des rapports avec elle, nous nous bornerons à exposer la part d'action qu'elle a eue dans cette importante partie du monde commercial.

Nous ne pourrons cependant nous dispenser de tracer l'historique des diverses compagnies des Indes, avant l'époque à laquelle les Français commencèrent à prétendre s'y établir; mais nous le ferons le plus succinctement possible, et seulement autant que cela sera nécessaire à l'intelligence de notre histoire. Cette narration simple et rapide, que nous considérons comme indispensable, fera le sujet de notre premier article.

Les Anglais, à leur premier début, eurent à lutter contre les efforts des Portugais, qui fondaient sur une longue possession la prétention d'un établissement exclusif. L'on ignore quel aurait été le résultat de cette prétention, sans les deux victoires successives que les Anglais remportèrent sur eux en 1612. L'empereur du Mogol, qui attendait l'issue de cette guerre pour se ranger du côié du vainqueur, accorda a Jacques I" la permission d'établir dans ses Etats les différentes factoreries dont la compagnie anglaise avait besoin.

Ses premières expéditions obtinrent un trèsgrand succès; mais au moment où il eût fallu qu'elle employât toute sa force pour lutter contre les efforts réunis des Portugais et des Hollandais qui s'étaient alliés contre elle, les troubles civils qui désolèrent l'Angleterre en 1640 la mirent dans l'impossibilité de pouvoir se soutenir, et la ruinèrent presque entièrement.

Il serait bien difficile d'expliquer pourquoi

Tore 1er.

Cromwel ne soutint pas cette compagnie de son autorité. Rien cependant ne lui eût été plus aisé, puisque toutes les conditions du traité qu'il conclut avec les Hollandais, en 1657, furent rédigées, ou pour mieux dire imposées par lui. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il ne fut nullement question de la compagnie des Indes dans ca traité.

Ainsi privée d'appui, et réduite à ses propres forces, elle fut encore une fois sur le point de s'éteindre. Toute relation directe entre l'Inde et l'Angleterre paraissait même devoir cesser, quand Charles II remonta sur le trône de ses ancêtres.

La première année de son règne, en 1661, il accorda a cette compagnie une nouvelle charte, reconnut et augmenta tous ses privilèges, et lui conféra, entre autres droits, celui de faire la guerre ou la paix avec les puissances de l'Inde. Une circonstance imprévue vint encore ajouter à tous ces avantages. L'infante de Portugal, qui épousa Charles 11, lui apporta en dot Vile de Bombay, et Charles la donna en fief à la compagnie. Quelque temps après il y ajouta Sainte- Hélène. Sa prospérité à celte époque fut telle, que les actions de 100 livres sterling, qui n'avaient presque aucune valeur à l'avènement de Charles II, montèrent en quelques années à 360 livres.

Cette fortune, si rapide et si brillante, appartenait tout entière à la protection du roi d Angleterre. Mais bientôt il abandonna, pour ses intérêts particuliers, ceux pour lesquels il s'était déclaré si ouvertement et avec tant de bienveillance; pour de l'argent, que ses déprédations lui rendaient nécessaire, il consentit, à sa honte, a se joindre aux Hollandais, pour entraver les opérations de la compagnie qu'il avait relevée et qui lui devait ses succès. Heureusement pour elle, la fin de son règne arriva. Jacques II, qui lui succéda, répara autant qu'il le put toutes les perles que l'extravagante dissipation de son frère lui avait causées.

Ce fui lui qui lui accorda le droit de frapper monnaie, de lever des troupes et de bâtir des forteresses.

Le but de Jacques était de placer la compagnie anglaise au niveau de celle de la Hollande, qui avait repris la supériorité; mais malgré ses efforts, il ne put jamais y réussir. Les Hollandais avaient étendu leur commerce particulièrement dans le continent, où leur crédit était considérable. Les Anglais, au contraire, n'avaient conservé de prépondérance quedans l'empire mogol. Bientôt cependant l'adresse des agens de la compagnie anglaise fit plus que* n'avait pu faire la politique de Jacques ; ils se présentèrent comme des négocians humbles et soumis, et qui n'avaient d'autre désir que de lier les intérêts de leur commerce avec ceux de la Hollande. Trompés par

celte bonne foi apparente, tes Hollandais consentirent à négocier arec eux. Pour faciliter ces opérations, quelques comploirs lurent d'abord établis; et enlin les Anglais plièrent avec tant d'adresse sous les caprices des gouverneurs des districts dont les Hollandais avaient le privilpge, que bientôt ils obtinrent tous les avantages qu'ils avaient pu espérer.

Ces nouveaux succès ne furent pas de longue durée : des directeurs infidèles détournèrent à leur profit les deniers de la compagnie. Dans la crainte d'être découverts, et pour masquer leur fraude autant qu'il leur était possible de le faire» Us ordonnèrent à leurs employés d'emprunter en son nom autant d'argent qu'ils poun aient s'en procurer. Ces emprunts eurent lieu à Surate, ville alors considérable de ITndoustan, et située dans la province de Goudjerale, à huit lieues de l'embouchure du Tapty.

Ces employés obéirent si bien, qu'ils emportèrent avec eux plus de sept millions.

Arrives à Bombay, ils s'emparèrent de trpize vaisseaux marchands qui appartenaient aux Hollandais établis à Surate, évalués à environ vingtquatre millions.

Une conduite si odieuse ne pouvait demeurer impunie. L'empereur Azungzibe envoya, en 1688. une armée assiéger Bombay. Le gouverneur lui adressa trois députés, qui se présentèrent devant lui les mains liées, et se prosternèrent à ses pieds pour implorer sa clémence. Azungzibe leur pardonna, à condilionqu'iUdédommageraienl les Hollandais des pertes que leur brigandage leur avait fait éprouver, et sur leur promesse, il renouvela leurs privilèges.

Pendant qu'il en était ainsi dans l'Inde, le régime de la compagnie en Angleterre n'offrait qu'un tissu de fraudes et de malversations, qui enfin fixèrent l'attention du Parlement, et la plupart des ministres du roi se trouvèrent compromis par les recherches ordonnées par la Chambre des communes.

Pour sauver les coupables, et peut-être pour se mettre lui-même p l'abri, Guillaume 111 lut obligé de dissoudre le Parlement qui avait provoqué la mise en accusation des membres responsables de la compagnie.

Ceci se passait en 1G95. Trois ans après, Guillaume créa une nouvelle société, sans cependant abolir l'ancienne. Celte société prêta au roi quaranle huitmillionsfsommeénormepour l'époque), à la condition que les intérêts de cette somme lui seraient payes à raison de huit pour cent : ainsi Guillaume se trouva obligé de faire à la compagnie un revenu annuel de trois cent quaire-vmgiquaire mille livres.

Ccsdeux sociétés se tyrannisèrent «l'abord avec un acharnement qui menaçait de les ruiner l'une et l'autre; mais enlin, comprenant mieux leurs intérêts réciproques, elles re réunirent en 1702,

quatre ans après la création de la dernière.

Eu 1708, la teine Anne ncconla Une nouvelle Ourle à ces deux compagnies réunies, moyennant un nouveau prêt de \ingt-hrnl millions huit cent mille livres, à cinq pour cent, et lu réduction de l'intérêt des quarante-huit premiers millions, de huit auSM à cinq pour cent. Enfin, le traité d'Uli Pi'hi, en donnant la paix à l'Europe, lui permit d'étendre ses opéialious. et la mit à même d'obtenir des succès moins éphémères que les premiers.

En 1750, le gouvernement renouvela pour trente-irois ans les privilèges de la compagnie ; cette fois, ce ne fui plus un prêt que l'on exigea d'elle, mais bien un don graioii de quatre millions et la réduction de cinq à trois pour cent de l'intérêt des soixante-seize millions, qu'elle avait précédemment prêtés.

Malgré le prix exorbitant qu'elle fut obligée d'acheter chaipie reuoutclleuirut de privilège, ou toute autre faveur dont elle avait besoin, les bénéfices qu'elle fil jusqu'en 1714, en continuant tranquillement son >y.>tème d'opérations mercantiles, sont incalculables.

La guerre qui éclata alors entre la France et l'Angleterre, et qui s'étendit jusque dans l'Inde, vint encore une fois interrompre le cours des opérations commerciales de ces compagnies; nous verrons bientôt quelle part eurent les Français à cesévénemens qui interrompirent toutes lescommunicalions, et bouleversèrent les spéculations les plus importantes comme les ptus sagement combinées

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