L. Lertvite
LE
Hloiit-Satnt-illtrlje!.
Il est des noms qni soulèvent tant de souvenirs terribles, qu'ils ne s'oflVcnl jamai.oà l'imagination qu'entourés d'une serte de terreur sU|>erMilieose. La fatalité semble avoir combiné leur destinée de manière à combler, pur des catasiioph'-s naturelles, les villes qu'eussent pu laisser, dans leur action dramatique, les crimes et les vices des hommes.
Le Mont-Saint-Michel est un de ces noms-là.
Etrange nature que ce pilastre de rochers rougeaires et nus. nsseiucnt •l'un monde delitrl, ileboul dans ivs grèves coiiiui:' un xtuveuir dr malheur qui survit sol a utf existence oubliée!
Etrange édifice qua celle sombre masse de ba-
« Voir U tuile, tome II, page 8.
timens. que chaque siècle, en passant, a scellés de
sa lytannit. a noireis de son ombre; oh iliaque phase de civilisai ion résume pur son empreinte tout ce i|iie notre histoire offre de plus sinistre ei île plus odieux.
Roche druidique aui jours anciens, les mythes de tiélénus ouvrent, pur un baptême de sang, cette néfaste destinée.
Plus tard, les nombres passions du cloître remplacent la férocité religieuse.
Plus tard, le haubert et le froc y unissent leur double despotisme*
(Mus tard, la tyrannie trouvant ses grèves assez infranchissables, ses mursussez élevés, ses tn pare assez profonds, pour y ensevelir ses haines et ses vengeances, le Moul-Sainl-Michel devint pour elle un juste milieu entre les cachots et la tombe.
* Plus tard, les prisons d'élat détruites, sur les ruine» de cette Bastille on intronise B.cétte.
Il ne manquait plus, pour clore dignement son histoire, que de lui faire cumuler ces deux titres.
Son histoire est complète.
C'est dans la petite baie, crique oui eaux basses et pâles, formée par la réunion des côtes de la Normandie et de la Bretagne, que s'élève le Mont- Sai ut- Michel. — Le roc qui lui sert de première assise est un ilot d'une nature granitique, dont une vaste plaine de subies mouvons rend l'abord toujours dangereux. La pointe de Sloindrey, partie du rivage la plus voisine, en est encore séparée par une demi-lieue de grèves, où il serait imprudent de se hasarder sa us guide.
Deux fois chaque jour le flot, envahissant cette plane étendue de marne, y roule sa barre avec line rapi tiié c<>nlre laquelle on lutterait difficilement dans les jours de grandes eaux. Le roc se trouve alo< s isole dans une nappe de mer dont les lames, en roulant sur la vase, ont changé la Couleur verte ronne une teinte grU&lre.
La vioh nee avec laquelle ces gièves se trouvent envatdcs a fixé l'attention des naturalises et des géographes. Le gisement de ces cotes plates, et les canaux ouvei Ls qu'offrent aux flots les lits du Question et de la Scée, ont résolu, par des considérations I .cales, cette apparente anomalie.
Il est d'ailleurs pou de cotes où la marée s'élève aussi haut que sur cette partie de notre littoral. Ce phénomène trouve sou explication dans la conformation du has>in de lu Manche.
Le flux, poussé par l'action planétaire dans ce pas, se trouvant répercute par les falaises du rivage anglais, don nécessairement se porter sur l'antre bord de tout le poi ls de ses eaux.
De la peut être encore les envahissemens que fait constamment la mer sur les rives de cette baie.
L'aspect de tout ce pays est, an premier coup d'oeil, morne et sauvage. Peu d'arbres croissent sur les côies que bordent, dans beaucoup d'endroits, des dunes arides.
L'air vif et les émanations salines que soufflent les brises de mer brûlent et appauvrissent la végétation. Des champs de blé et des pâturages de luzerne y décèlent seuls la vigueur du terroir; mais c'est surtout la vue des grèves qui attriste par sa monotone nudité.
La (anyuedont est formé le sol étend partout sa couleur blafarde. Aucun récif, aucun roc, aucune plante ne viennent rompre cette uniformité de tons, où l'œil cherche vainement quelque objet sur lequel puisse se reposer le regard.
Ce n'est que dans les parties les plus voisines du littoral que l'on trouve ces champs de cAtendent nain où paissent deslroupaux d'oies domestiques, et ces herbiers de chmle-marme au milieu desquels viennent souvent se reposer ou s'ébattre des volées d'oiseaux de mer
Cependant, que les regards se détachent de celte espèce de steppe, pour embrasser tous les mouvemens de terrain, tous tes accidens de paysage dont cette rive abonde, ce site prend, dans sa sauvagerie, une fermeté, une hardiesse, un caractère de grandeur qui rappelle les plus admirables conceptions de Saltator-Rosa.
Au sud, les côtes basses et vaporeuses de l'Ille* et-Vtlaine rampent a l'horizon comme un petit ourlet de nuages.
A l'ouest, ce sont Pontorson, la bretonne et la coquette Avranches, dont les vettes collines descendent en pente douce vers la mer.
Au nord, Carolles et Champeaux, avec leurs falaises abruptes et leurs miellés arides1.
Puis, pour dernier plan, au couchant, la mer sans ces-e sillonnée par les bateaux huhriers de Cancale et de Granvdle.
Pour centre enfin à ce tableau, Tombelaine, pauvre Ilot couvert de débris, étendu dans ces grèves comme uu dromadaire fatigué, couché les
1 Lasoisesnx marias tea pin* communs d»n» celle haie «ont • le» konriquet, letetuii lieux, le* pluvier* gris ou dores, le» mauve» au plumage Itlanc comme l'éiumr de» !»• mes les ct>nii>r(ts dont 1rs couriri petl>« * Ifcrgn palmes révèlent le* h»hnu<lr» et les goût*, tr* krrous et tri cormorans y iMint >>>n r-rr»; on v en ».dl cependant d'isolée. Durant le» hiver», el surtout Ira hiver» riguureut, 1 air y en coo»t»niuieni ailloi»»» de eoiirrs dr canarda et d'oie* ■auvae-ra, au milieu desqurl* un dittne>e <|u<-l<|ucr<>i» dea r»i»ne» égare*. T»u» ce» oUraiii aflcctionnrni le t>ai de l'eau ; s'il.» viennent dan» Irt partie» de la «rêve voisine du ri»aite. ce n ul presque toujours qu'i»olem<-nr, à moins pourtant qu'ils u'y «oient rcloulé* par les tempêtes.
* On deWgne »««« le nnm de miellé les terrains sablenneut et stériles qui »« trouvent «r ns rotr*, entre la grève ei 1rs champ» cultivé» j elles sont généralement couverte» d'uni- hnbe irèt-ra»*. et mêlée de «erpolet rampant. Les aeroeaui qu'elles nourrissent sont préférés par les gourmet» 4 tous autres prés-salé», et a F agneau marne dea Ardrones.
naseaux dans le sable; et auprès le Moni-Saint- Cette confusion de toitures et de murailles se Michel, dont la pyramide se détache en silhouette divise pourtant, dès le premier aspect, en deux sur le fond éblouissant des flots ei du ciel. parties bien distinctes : la ville d'abord, et au-
dessus le château.
Assis sur une base de 9,000 mètres de circonférence, cette espèce d'Ilot s'élève de 50 mètres au-dessus du niveau des grèves. La couleur rongeât re et livide de ses rochers lui donne un aspect lugubre, que complète bien la masse irrégulière et noire de ses b&timens.
Le côté le plus désolé est celui du couchant. Le mont et le moutier ne semblent y former qu'une ruine.
C'est un amas de rochers où volent, de pointes en pointes, des cWf-Wancsetdesa/eyoïw.Dansles anfraciuositéset les fissures brous&aillent de grandes herbes, des fenouils, de la ciguë au tronc maculé, et par endroits, quelques touffes de ces armelù rouges, jolis petits œillets, si communs sur tous les autres points du roc et des murs.
Au-dessus semblent chanceler les remparts lézardés de la vieille abbaye.
Vu du nord, tout change : c'est bien encore le sombre édifice, mais la nature et le monument reprennent de la grandeur et de la vie sous leur aspect sévère.
Il y a quelque chose qui étonne dans ce socle de granit, qu'une foule de plantes et d'arbustes revêtent de leur verdure foncée, et d'où s'élance hardiment le château, dont la hauteur semble s'appuyer sur ses piliers et ses jambages pour résister à la longue action des vents du nord.
Que l'on s'avance alors de quelque distance dans la grève, pour que l'œil puisse saisir l'ensemble du monument, son faite, avec ses frêles aiguilles et ses tourelles déchiquetées, se profile si léger dans l'air, qu'il rappelle, par son style excellent, les plus belles silhouettes de nos édifices gothiques : le sommet seul en rompt l'harmonie ; les bras maigres et tordus d'un télégraphe remplacent mal, sur cette tour découronnée, le poétique campanille à jour où planait autrefois la statue dorée de saint Michel.
Vers l'est, le grandiose disparaît pour laisser toute place au pittoresque.
L'abbaye, dominant de ce côté une foule de maisonnettes qui s'épaulent et se superposent, semble le couronnement de cet amas de bû tisses, dont les jardinets, frais de la verdure seule de leurs figuiers célèbres', étendent leur terrain stérile vers le sud.
« Il n'est aucun endroit en France où la figue acquière une saveur plut exquiae que dîna les petit» jardins cultivé sur le verftaot «ad du Munt-Samt-Michel; tes sels de l'air maritime, et la réverbération du soleil par les rochers et les murailles do château, leur donnent, sur cet légères couches d'humus, un goût que leur communiquent rarement les climats roéridionaui; mais ces fruits et les oiguuDiaont lu seuls végétaux que l'on puisse cultiver dans ce terrain.
Deux rangées de maisons ebélives, nues, ac croupies des deux côtés d'une rue étroite qui se tord aux flancs du rocher depuis les deux cours, entrée du rempart, jusqu'à la porte de l'abbaye, forment la ville, car c'est ainsi qne les habitans nomment cette pauvre bourgade.
L'aspect de ces masures est misérable. Bien que la pierre abonde sur les lieux, le prix élevé de la chaux fait entrer pour beaucoup le bois dans leur construction. La plupart sont couvertes d'essence de hêtre qui, en se noircissant à la pluie, étendent snr Fensemble des toitures une teinte sinistre.
La rue est sombre et malpropre ; le ruisseau noir, et défoncé par endroits, exhale une odeur fétide, aux heures surtout où les rayons du soleil tombent lourds et chauds sur les pavés.
La chemise de muraille qui enveloppe la ville jette seule sur son ensemble quelque poésie, — poésie désolée comme celle des ruines.
Ces murs, d'un granit jaunâtre, flanqués de distance en distance de fortes tours, sont couronnés d'une frise de mâchicoulis dans toute leur longueur. Bien que l'architecture, celle des donjons surtout, ne soit pas sans lourdeur, le style général est d'une Apre et noble simplicité ; ces restes, bien conservés, révèlent la force et l'importance que son mantellement et sa position donnaient jadis à cette place.
Les habitans se divisent, par leur caractère comme par leur profession, en deux classes, que distinguent dès l'abord leur costume et leur physionomie.
Les pêcheurs, population indigente, dont les journées s'écoulent au milieu de ces grèves dans un travail dur et stérile, forment un type complètement en dehors de notre civilisation et de nos mœurs. Comme leurs costumes, leurs physionomies ont celte originalité qui caractérise ceux de tous les habitans primitifs des côtes.
Ce n'est point, comme la mise du bas Breton, la jaquette et les couleurs tranchées du klepte et des lazzaroni; c'est quelque chose de propre à eux, de plus national, quelque chose qui va bien avec notre mer houleuse, nos côtes âpres, notre ciel de brume.
A les voir la figure hàlée par les vents salins et la réverbération du soleil sur le sable; — les hommes, la tète couverte d'un méchant feutre
usé ou d'un gros bonnet de laine, le pantalon relevé jusqu'aux genoux, une devancière d'étoffe couleur sombre attachée sur leurs épaules, comme le manteau blanc sur celle» des Bédouins ; — les femmes, la tète couverte de ces devancières, comme le front d'une Espagnoled'une mantille de dentelle noire, et leurs courts jupons de droiUet, laissant voir nues leurs jambes roupies par l'eau de mer; — l'homme, enfin, le dos chargé d'une boite d'osier ; la femme ayant pour ceinture quelques petits filets qu'ils doivent l'un et l'autre rapporter pleins de poissons ou de coquillages ', on dirait presque une tribu de pécheurs celtiques.
Habitués à celte vie de privations et de fatigues, luttant sans cesse avec la mer à laquelle ils disputent continuellement leur nourriture, la vie morale de ces malheureux ne semble pas s'élancer au-delà de leurs besoins de chaque jour.
Il y a cependant sous cette enveloppe brute une sève puissante, il y a une forte éoergie de sentiment dans ces Ames que notre civilisation semble avoir oubliées dans* leur barbarie, et que paraît avoir usées le frottement continuel de la misère. Qu'un malheureux en danger crie : Âstittanec! quel que soit le péril, ils n'écoutent que leur dévouaient et volent à son secours.
Il en est différemment de la partie commerçante des Montois. Vivant pour la plupart de leurs relations avec les voyageurs que la curiosité ou de politiques sympathies appellent sur les lieux, ils les hébergent et leur vendent, le plus chèrement possible, les objets travaillés qu'ils achètent à vil prix aux détenus. L'avidité et la ruse formen*. les traits distinctifs de leur caractère.
C'est du côté où le château regarde la ville que s'ouvre son entrée.
Il est peu de morceaux d'architecture dont l'aspect excite un plus profond sentiment de terreur que celte embrasure de voûte protégée par deux tours à créneaux qui la dominent de leur culasse en saillie.
En suivant de l'oeil cet escalier de granit, dont les marches montant, fuient et se perdent dans l'ombre, on sent un effroi involontaire vous saisir. Comme les souvenirs vous assiègent en foule ! Que d'inoocenies victimes, chargées de fers, pour qui ce seuil fatal fut celui de la tombe! — Et libres, vous ne le franchissez qu'avec terreur.
Le feu du ciel et les ravages de la guerre ont ruiné plusieurs fois cet édifice. Les plus anciens
• La pèche la plna abondante et à laquelle ae livrent uniqurmeat lei femme» rat crlle d** eo^uet,tw\\i\\\w bivalve, d une consistance aqurute, maiad un goût savouretii lorsqu ..n i la fait ouvrir a l'action du feu. Sa forme mi roorte, « de la Kro«»eur A peu près de la moule. Le* pli,,, \t, ,otri «lea mulets abondent également d.ins reite baie, où l'on
bAlimens que l'on voit aujourd'hui remontent a peine au dixième siècle; les autres ont été bâtis à des époques différentes, selon le goût et les facultés pécuniaires des moines.
De là les irrégularités dont le temps n'a pu effacer les incohérences dans la teinte sombre dont il a noirci l'édifice. Toutes ces parties diverses ont, malgré les dégradations naturelles et le vandalisme du badigeonnage, conservé assez fidèlement le caractère de leur époque et le cachet de leur destination, pour que l'antiquaire pot, rien qu'à leur aspect, retracer les chroniques de ce vieux monument.
Etudié sous son aspect arebitectonique, cet édifice offre des parties d'une perfection admirable.
La basilique, c'est ainsi que nomme la chapelle un de nos chroniqueurs, est un monument dont le caractère chronologique se perd au premier abord dans le mélange des styles.
Sa nef lient évidemment au roman du onzième siècle, par le caractère presque cintrique de sa voûte et un peu massif de ses piliers; ces faisceaux de colonnettes, qui, empruntant leur hardiesse à la ténuité de chacune d'elles, leur prêtent la grâce de l'ensemble , supportent avec grandeur et majesté , sur leur quatre rangées d arceaux, cette triple voûte a nervures.
A la grâce svelte du chœur on reconnaît l'art d'une époque moins reculée ; c'est celui du quinzième siècle dans loute sa magnificence et sa légèreté ; la religion et la poésie débordent partout de cet hymne de pierre. Sous ces colonnes s'élançaui avec tant de souplesse en voussures ogiviques, devant ces galeries si élégamment osées, ces hautes fenêtres, dool les dentelles de granit sont restées veuves de leurs flamboyans vitraux, on ne peut qu'admirer et prier.
Les galeries souterraines sur lesquelles s'élève cette église renferment une pièce dont les piliers épais et la voûte en plein cintre ont un caractère de force que peu de monumens du onzième siècle offrent avec autant de grandeur.
La salle des chevaliers est d'une architecture plus unitaire : c'est celle du douzième siècle, architecture transiioriale du roman au gothique, ou, par les croisades, l'art commença à s'orientaliser. La colonne s'élance, l'ogive s'élève, les détails s'épurent; si l'ensemble conserve quelque lourdeur, il a la noblesse, lu force et la simplicité qui matérialisent bien le caractère de cette époque de chevalerie guerrière.
Au-dessus de cette pièce s'élève le cloître.
Rien de gracieux et d'élégant comme cette galerie quadrilatérale, dont le centre est une aire de plomb de 5,400 pieds carrés.
Un triple rang de colonnettes, frêles, élancées, toutes du style le plus parfait, supporte les quatre belles voûtes, dont les ogives empruntent une partie de leurgrâccà la finesse des nervures. Leurs fûts, hauts de 4 pieds sur 6 pouces de dia-
mètre | «ont formé» d'un stuc de coquillage»
broyés et en marbrr-graiiitrlle; de» feuilles de chêne ei d'acan lie se combinent, avec une mer- V« ill«>use variété, pour en former les « hupiteuux.
Ce monument appartient un gothique «lu treizième siècle ; le quinzième siècle n'est point venu grêler lu colonne, pour lui donner pins d'elancement. L'art a toute sa hardiesse sans éliolemenl et san» maigreur; ses lignes s'elt-ndeni avec aisance, ses arcs su courbent avec flexibilité. L'architecture s'e>t épanouie dans toute la t ichesse du génie chrétien.
Bien que dans ce morceau le peu d'élév:ition des mceait* nuise a iVflVi gênerai, l'ensemble en est encore si harmonieux, «l'une verve si puissante.si lyrique, les détails d'une telle excellence dç goui et d'exécution, qu'il transporte le poète et étonne l'aiiiste.
On ilirail, au nombre et à la légèreté de tous ces jets de grand, de marbre et de tuf, à tous ces prodiges d'h.diilete, <le patience et d'art, que ritoninie a voulu suppléer, j»ar une l'orèl de pierres.il la végétation imcImi ique de ce rocher.
Sous l'impression profonde qu'imprime ce ravissant édifice, on aime, pour compléter l'orientalisme de celte architecture aérienne, à couviir ces plombs de» arbustes et de» fleurs dont les couleur» cl les parfums repauduo-nl jadis sur ces galeries monacales l'aspect voluptueux d'un kiosque.
vin.
Telles étaient le» grandes parties féodales et monastique» de cette abbaye, dont la chaux et le mortier ont voilé les poétiques merveilles.
Les aménagemens d'une destination plu» triste Ont profané dans ces lieux la sainteté «te l'art et la consécration de l'histoire. Le bruit des ateliers de détenus releniil dans ces galeries, dont les échos jadis ne répétaient que île» psalmodies religieuses et des chaiiis bachiques.
La douleur a débordé, de» innaceeldcsculs de basse-fosse où gémissaient autrefois les victimes de la tyrannie, jusqueduns le séjour qu'habilairiil les religieux oppresseurs et les pieux geôliers.
Sous les dortoirs où dormaient l s religieux, sous les léfectoires où ils prenaient leur frugal repa<, s'étendaient cl s'eleudent encore d'autres édifices, asiles d'angoisses: cachots, souterrains, oubliettes; lieux Icii'bles, dont pour chaque captif la poite ne s'ouvmil qu'une lois; — tombeaux où le désespoir rongeait un cœur avant que les vers dévorassent un cadavre.
Chaque voyageur se fait montrer, lotsqu'il lui est peimis de pénétrer dans le château ablutial, le caveau où se trouvait cette cage de bois dans laquelle furent enfermes plusieurs piisonuiets d'oui. Tous parcourent avec curiosité et avec horreur «e labyrinthe de galeries suintantes et
•ombre», dont les conduits n'aboutissent qu'a du
cachots: le* cace» des doubles grille», dont les bar« reaux de 1er sont i litige* par le temps et l'humidite ; la foite de la h uppe, où l'on ne descend que par une échelle de cordes, et tant d'autres, san» nom. sortes de puits infects où pourrissaient les ch irs et se rouillaient les os.
Tous es souterrains » uni «l'un aspect qui «erre le cœur. L'eau saumaiieque pleurent ces granits, extraits des rochers de la côie, nourrit sur tes parois une mousse verdàlt e, ou y développe des cri»-* tallisalions de salpêtre qui semblent longer ce» pierres a moitié ox idées par l'union du temps.
Il faut avoir lris>onoe dans leur atmosphère froide et humilie pour s'imaginer l'iujoi'e*»iou que l'on ressent dans ces caveaux.
Les premiers temps de notre histoire sont enveloppes d'une obscurité »i épaisse, que les inductions, fruits de longues et l^boi îeuses études, peuvent à peine y jeter quelques lueurs.
Sur tous nos faits doiutsitqucs, dans ces époques, la chronique est silencieuse. Les druides, ainsi que les mages et les ph.l isophes île la Grèce, Lycurgue, l'ylhagore, Sociale, Talés, confiaient leurs enseiguemen» à la mémoire de leurs adeptes
Ces traditions se sont évanouies à travers les temps comme les chants de nos bai des, ces autres mouuu.ens de ces âges inconnus. De cette ère de civilisation il ne nous est resté «pie la page muette des dolmen».
C'est a la conquête romaine que se nouant les premières données de l'hisioiie, encore n'e>t-ce qu'en se heurtant contre des géuerahle» que les précomptions et les analogie» peuvent eu faire jaillir quelque lumière sur les ddT-reus point* de cette pet iode. La fiante division ici riim iule a laquelle nous devous t attacher le roc dont nous résumons les ch- uniques a eié elle-même et reste encore un sujet de discussion pour les historiens et les savaus.
Cependant, pour peu que l'on veuille éiudiei comparativement les divers docuuieos qui nous, restent sur ces régions, on voit celle question se dénouer d'elle-même.
La Gaule celtique comprenait, d'aprè* Jule» César, toute la couueu qu eiiseiicnl la Garonne, la Seine et la Marne.
Auguste en démembra plus tard le» pays compris entre la Garonne et la Loire; l'autre partie,
1 Strshon. lib. iv, c. 4.
DiimIihu fit- Sli'ilr, i V, 0. 9.
Aui.iurn llar. t lit., /. Ç, 8.
|'u> ilxiilu., i*. i.
AH. Cuir, /. VI, C. I».
fuuiuuuiu) Mkui,/. m, e. 1}.
Lut.*. / iv.
l eluniicr, UUi&t <<« Ç^ltu,
de l'ancienne Celtique prit le nom de Gnule lyonnaise.
Celle nouvelle province s'étendait ainsi de l'ouest à l'est: ses limites. |>ai l;inl di- 10c««un, suivaient :iu niiili les sinuosités de la Loire, pour aller joindre le lllmne au-dessous de Lyon ; de là, remontant à la source de ce fleuve, elle» descendaient avec le Ithin qu'elles quittaient a Haie, pour suivie la partie méridionale de* Vosges, le cours de la Marne ei «le la Seine, et aller s'appuyer à la hvt, embrassant ainsi les Aieldt, les Vetiot'iiset, lis Caleti, eic, peuples de la Brie, du Vexiu, do pays de Cuux. etc.
Le motil Détenus Taisait donc partie de celle contrée.
Les Romains, maîtres de ce point, substituérent au nom du dieu vaim u celui du souverain de leurs dieux; ils consacrèrent ce mont à Jupiter, sous l'appellation de montJoviê, qui, en se vul-arisani.se changea en monl Jou, dans le langage du pays.
Tonles les éludes archéologiques portent à penser que Helmut n'elail, comme h: lia al des Israélites, le //c/mj des Assyiicns, que la deifi alion du soleil'.
Les rappotls fondamentaux de la philosophie religieuse des druides avec les doctrines de» prêtres et des sages d'Orient nedounent point seuls de la gravité à celte thèse, que viennent élayer (le nombreuses similitudes dans leurs rites; mais l'étude des moem s germaniques et se. vt lies révèle les traces qu'y a laissées cite théogonie, en passant de 1 Orient dans les Gaules.
Le monl Belenus s'élevait anciennement au mi* lieu d'une épaisse forêt '.dont lesliallj. rs. s étendant sur tome cette plaine envahie par la mer, allaient loucher Couluuces4, après avoir longe la chaîne de montagnes dont la crête a, depuis, forme des îlots \
L isolement ei l'élévation de ce lien durent, des les temp» les plus recules, l'offrir aux druides comme un d s lieux les plus favorables à leurs rites; aussi fut-il occupe par un collège de six prêtresses jusqu'après la conquête roniaiae.
* UdrserlptMttqne Stranon donne de cette contrée n>«t p»* exacte ; le Irrntuirr qu'il ailr.bue ]Ui Kr g*, rsi beaucoup plu* T«»tr que celui qu'il» uci upau iil. l a cau»c de soq erreur est raede à reconnaître. Apiès avoir place la OUI.) u* dan» ta Cavité narboni.an>e. Il «( bien force d'etendic la Ke^ique juiqu'aul pats anuoricai»*.
' Encvclopcdir, et surtout Mus Scbrdiu», de MU Gtrmnnis, et J. O.VoMfua, de Origine et Prièrent bu* U~
' ' -yn f.sbbr. N iimtV l.ib mil ,^ ,ne des lll*nilTnU;
Ch oimo ., ,-/'' mu. h 42i „il Kijf, :i,,k ; „,i..,l rl.ro I, t"i fin nu Sun ad >l.»i; UulU V.« do i>a'<,t l*a r
Qiiel'iues écrivains modernes ont contesté le caractère auihemique d'une tradition que l'autorité de Strahon cl de l'otnpomus Mêla, sur les druidesses des Ilots ai moricaiiis, etll dû soustraire u la cocii adii lion d'opinions individuelles.
D'après Denc et Saim-Foix, les marins des cùies celtiques ne commençaient jamais nue expédition importante sans faire acheter aux diuidesS' S du mont Z»«/evtu«des flèches merveilleuses, qui, jetées dans les flots par le plus jeune des matelots de l'équipage, avaient le pouvoir de calmer la tempête.
Des que lu navire était de retour, le jeune marin retournait, au nom de l equipage, offrir des preseiisaux werge» prêtresses. qui le renvoyaient ses vèiemens parés de coquillages, et, selon les suppositions de. quelques naïves thi Ouiqucs, couiulr de plus douces faveurs.
Tout le temps où cette province, soumise par César, lit partie du grand empire, nul événement ne juta d'importance historique sur cette montagne.
Vers la fin du quatrième siècle seulement le christianisme Gl de celte rontrée un lieu de retraite pour ses solitaires et ses néophytes; les apôtres chrétieus venaient s'y préparer, par la méditation et le recueillement, a evangebser les populations voisines ; au»si d'anciens livres de pieté uoiomeut-ils ce pays une pépinière de saillis.
Pair, évéque d'Avranches, réunit dans la suite, sous une seule règle, les ermites qui s'étaient construit de petites cases sur le mont Jou et le morue voisin. Cnte communauté, que saint Aubert régulai ! a en 70i), prit le nom de âlonatltrium ad duat lumbat.
Ici les miracles eiles mystères, dont toute religion entoure sou origine, viennent jeter sur la sévérité des laits la poésie de leur» traditions.
D alioid c'est un loup qui porte les aliments précaires «pie le cure de Beauvou 6 envoie aux ermites; ei, plus lard, comme si ce n était pas uu assez imposant prodige que les bases de cet immense eddice jetées sur la cime d'un rocher, il faut qu'un archange descende du ciel pour ordonner a l'évcque Auberl de lui La tir uu monument sur ce roc.
Nous, à q»i notre caractère d'historien fait de la recherche de la vérité un devoir, abandonnant au poêle les merveilles des chroniques, nous nous efforcerons de dépouiller les faits de leur vode religieux.
. ^ u.!) ycU.i, J.AuB.Ue lUou,
Cl -lier. île nuque. JJjh, R.iuul, vie.
* Once, Dtcionnatre hitlorKjUt «f four.
• Les Itou de CLauitjr.
« Clbot et alimenta m Mat i.ïr» mtttere paroehut. Eo
t-i rn.ie J--rri.ilir tn imrrtt: „.ui,„s qui tua, Un, /,rtr>ltt I'. •»••'• ; K't'il rl.rn ii,.n, ' f.nu» . »i lu, <■ • b, i.unt ; ilnind /m» nient ia id '/JftCii exdm I ,l,n,i ; ,\i ut<r. n /nu ; hib n tmitm f.ilt. — .Sri. sir a pl.l.
Lu tur* a<al . «./lun-e de leur envoyer leur nourriture. L'âi.e qu >l a«a.l babiloc a ieni|.tlr t. lie mission ajaul Clé •i. vorc pjr uu h.up, la divine tfiuiideace lor{« laluup A rcujpUr cet oJlice.
Ce fat dan» la troisième année du -règne de Childebert, qu'Aubert, douzième évéque d' Avranches, long-temps retenu par les difficultés, résolut enfin de fonder un monastère régulier suite mont Jou.
L'aplanissement du rocher offrit un travail dont la longueur et la durée décourageaient les paysans et les moines, lorsqu'un certain Barrion, arrivant avec ses douze fils, triompha des difficultés qui avaient arrêté les autres travailleurs.
Cette esplanade reçut les fondemens d'une église et des cellules qui remplacèrent les misérables cabanes qu'habitaient auparavant les solitaires. Douze chanoines de la cathédrale d'Avranches y furent placés par Aubert.
Fendant que les travaux s'exécutaient avec ardeur, l'évêque envoya trois clercs pour chercher les reliques 1 que conservaient les religieux du mont Gargan. Ces envoyés furent fort étonnés, lorsqu'au retour de ce long voyage, ayant atteint les hauteurs de Beauvoir, ils aperçurent le mont qu'ils avaient laissé à leur départ entouré d'une campagne boisée, élevant au-dessus de la mer son plateau couronné d'édifices.
Bien que la date de cette submersion puisse être ronlestée, l'unanimité des témoignages sur laquelle en repose le fait lui donnerait encore un caractère d'authenticité qui écraserait toute discussion historique, lors même que le renouvellement d'accidens analogues ne viendrait pas continuellement sur celte plage appuyer ce récit traditionnel par sa grave argumentation.
Pour les causes de ces déluges partiels, la science est encore réduite a les chercher. Sans cesse interrogée sur les secrets de ses mystères, la nature n'en laisse que rarement tomber les mots, et le mot de celui-ci, elle ne l'a pus donné encore.
* Cependant l'histoire naturelle est parvenue, par l'étude des faits isoles, à former un faisceau de doc u mens sur lequel pourra reposer un jour la solution de ce problème.
Ces relais, dont la Méditerranée ensable les rivages méridionaux de l'Europe ; les sédimens que l'Atlantique assole continuellement aux rives orientales de l'Amérique du sud, ne se lieraientils pas, dans un vaste système d'actions et de réactions, aux conquêtes que la mer fait sur d'autres bords?
Me pourrait-on pas expliquer un jour par cette théorie la destruction de celte grande lie de l'O-
1 dilata est pars rubti pnllioli quod archangrltu super rsltarr reliquerat, eu m parte mar morts suptr quod sttterat. — Gallia Ctariatiina.
IU apportèrent une partie du manteau rouge que l'archange avait laissé aur l'autel et une partie du inarbre sur equclil s'était tenu debout.
céan occidental dont parle Platon, d'après l'assurance des prêtres égyptiens?
Quoi qu'il en soit, la science, jusqu'ici impuissante ù combiner et harmoniser tous ces accidens, s'est efforcée de les expliquer en les isolant les uns des autres. Nous ne pensons point qu'aucune des solutions données soit complète.
Nous ne pouvons admettre, comme M. Maximilien Raoul s'efforce de l'établir dans ses belles études historiques sur le Mont-Saint-Michel, que celte invasion de la mer soit uniquement le résultat d'une marée équinoxiale favorisée par une tempête.
Si telle eût été sa cause, la submersion n'eût été que momentanée ; le vent tombant, la mer fut rentrée dans son lit : cenanU causd, ctttat effectus; et la rive lui eût de nouveau opposé sa digue naturelle. Des faits identiques confirment chaque jour cette remarque.
Les systèmes cosmogoniques sur lesquels Délite, Saussure, Dolmius, et le philosophe allemand Silberschlag basent leurs suppositions antédiluviennes, ne peuvent offrir une explication plus satisfaisante.
L'élude géologique des lieux établit, d'une manière plus naturelle que par des affaissemens de sol, quelles ont dû être les causes de cette catastrophe.
L'action lente mais continuelle de la mer contre ces rivesde sables ayant insensiblement rongé cette barrière, une marée ou une tempête lui aura suffi pour en briser et en emporter les restes; le flot aura alors envahi les bas terrains qu'elles protégeaient, et qui, par leur renversement, lui sont depuis restés ouverts '.
FCLGENCE- GllUKD.
Calai*
Calais, ville maritime, située sur l'angle le plus saillant du détroit qui porte son nom, a dû longtemps sa seule importance à sa proximité de l'Angleterre, qui en fait le lieu de passage presque continuel des Anglais et autres étrangers, avant que de vastes travaux entrepris dans le but d'agrandir son port et d'en augmenter la sécurité soient venus lui donner une importance commerciale, bien supérieure à celle des autres petits ports de la Manche.
Plusieurs historiens ont écrit sur l'origine de Calais, qui est néanmoins restée jusqu'ici fort obscure. On s'accorde cependant à reconnaître qu'elle remonte à la plus haute antiquité.
Ce fut sous le règne de Philippe-Auguste que la ville de Calais commença à acquérir quelque célébrité ; devenue plus tard le lieu principal
■ La suite an V volume, page* 88 et 213.
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d'embarquement pour l'Angleterre, elle prit chaque jour de nouveaux accroissemens, et ses expéditions maritimes, son commerce y attirèrent, au moyen fige, une nombreuse population. On la réunit alors au comté de Boulogne. En 1303, Philippe le Bel en augmenta les fortifications et y équipa un nombre assez considérable de vaisseaux. En 1346, Edouard III, vainqueur à Créer, fit le siège de Calais, si célèbre dans nos annales par le dévoûment patriotique d'Eustache de Saint-Pierre et de six de ses compagnons, et s'en rendit maître. Rendue à la France en 1558, Calais tomba au pouvoir des Espagnols pendant les guerres de la Ligue, et rentra enfin sons la domination française en 1598 par le traité de Vervins ; depuis lors elle n'a cessé d'appartenir à la France.
C'est entre Gaines, située a une faible distance de Calais et le village d'Andres, qu'a eu lieu, au xvi° siècle, la fameuse entrevue de François 1er et de Henri VIII d'Angleterre, au champ du Drap d'or, ainsi nommé à cause de la magnificence qu'on déploya dans cette journée.
La paix de 1814 a rendu à Calais tous ses avantages, et cette ville a pris l'aspect le plus animé. Il est en effet peu de villes sur tout le littoral de la Manche qui puissent lui être comparées pour la régularité des rues, l'élégance des constructions et les nombreux établissemens d'utilité publique qu'elle renferme. Quelques-uns de ses monuments anciens lui donnent nn caractère artistique qui fixe l'attention de tous les voyageurs, tandis que ses fortifications et sa forte citadelle en font une place de guerre importante. Ses remparts plantés de beaux arbres offrent une promenade fort agréable, surtout en été. Sur la place d'Armes, de forme oblongue et située au centre de la ville, s'élève la tour du Guet, objet de longues études et le texte de dissertations archéologiques les plus hypothétiques et les plus obscures. Au sommet de cette tour est placé un phare dont la portée est de 18 milles marins. On remarque aussi l'hôtel de ville, dont la tour carrée, construite au xm* siècle, est surmontée d'une flèche à jour, en charpente, terminée par une couronne royale, qui rappelle, par l'élégance et la légèreté de son style, les productions les plus délicates de l'art gothique. L'église paroissiale Noire-Dame-de-Bon-Secoors, élevée par les Anglais lorsqu'ils occupaient encore Calais, est un assex beau monument du moyen âge ; le retable du maiire autel est particulièrement remarquable; il est entièrement construit en marbre de Gènes provenant d'un navire génois échoué sur la côte. La beauté de ce magnifique ouvrage est encore relevée par les colonnes de jaspe et les basreliefs en albâtre qui ornent le tabernacle. Les amateurs de peinture trouveront dans le tableau placé au-dessus de l'autel un sujet digne de toute leur admiration; il est dù au pin-
TOUE Ier.
cean de Gérard Séghers, né à Anvers en 1593.
Un musée d'histoire naturelle, où se trouvent déposés plusieurs tableaux originaux parmi lesquels on peut citer la Féte de ta Confédération, par Thévenard; l'Apothéose de Du Belloy, par Fragonard ; le portrait d'un des apôtres qu'on attribue àOominiquin; une société philharmonique, une société d'agriculture, des sciences et arts, aux membres de laquelle on doit des morceaux pleins d'érudition sur l'histoire locale ; un établissement de bains de mer, un spectable sédentaire, une école de navigation, une bibliothèque publique, des hôtels magnifiques et qui jouissent d'une renommée presque européenne ; un air sain qui y règne constamment, telles sont les causes qui font de Calais une ville d'un séjour agréable, fréquentée chaque année par de nombreux étrangers.
Calais se divise aujourd'hui en deux parties bien distinctes ; la ville proprement dite dont on vient de donner une idée, et Courgain qui, comme le Pollet de Dieppe, est uniquement habité par les matelots et les pécheurs; car il se fait a Calais, comme à Dieppe, de nombreux armements de pêche.
La ville basse, ancien faubourg de Calais, est aujourd'hui une ville d'une grande importance dont la population est des deux tiers de celle de Calais; elle a dù son accroissement rapide à l'industrie des tulles, dont l'extension est telle, qu'on évalue à 90,01)0 fr. le montant des salaires que reçoivent chaque semaine les ouvriers qui l'exercent.
Mais de toutes les parties de Calais, celle qui a éprouvé le plus de changemens et d'améliorations depuis dix à douze années, est sans contredit le port : son entrée est devenue d'une grande sécurité par le prolongement nouvellement exécuté des deux jetées qui se dirigent du sud-est au nord-ouest. Un vaste bassin à flot, construit vers l'extrémité ouest du port, en face du front nord de la citadelle, et qui en occupe toute la largeur, vient d'être terminé et sera livré au commerce au mois de juillet 1842. Une écluse de chasse, en pleine voie de construction, destinée à nettoyer et à creuser le chenal, est située a l'origine de la jetée de l'ouest, et complétera l'ensemble des travaux jugés nécessaires pour faire acquérir au port de Calais une sécurité proportionnée à l'importance que lui donne sa position avancée sur le détroit ; aussi ce port est-il devenu un point de relâche d'une trèsgrande importance, et par les temps les plus mauvais, le service important des dépèches par les paquebots à vapeur français et anglais n est jamais arrêté.
Lea mouvemens d'importation et d'exportation du port sont considérables : une grande quantité des produits du sol et de l'industrie française est expédiée chaque année pour l'Angleterre, qui nous envoie en retour de nombreuses cargaisons de houille tirées de ses mines. Calais est aussi