‹ La France maritimeChapitre 62 sur 105 · LA FRANGE · texte numérisé non relu

LA FRANGE

quinze à dix-sept pieds en ligne horizontale, se trouve, dans sa position naturelle, i dix-huit ou ? ingt pieds au-dessus de la mer; mais la furie des vogues et du tangage le relevait jusqu'à la hauteur de trente a quarante pieds. Il fallait donc atteindre la corde suspendue a l'extrémité du gui, et cette manœuvre exigeait autant de vigueur que d'adresse. La moitié des retardataires succomba dans la tentative.

Enfin, lorsque le dernier bateau portant le capitaine Cobb eut touché la Cambria, tous les sentimens demeurèrent comme suspendus au dénoumeol de la catastrophe. Ce spectacle ne se (it pas attendre. Les flammes, qui avaient gagné le pont supérieur et la dunette, montèrent avec rapidité au sommet de la mature. Tout le bâtiment ne forma plus alors qu'une seule masse de feu dont le ciel semblait embrasé, et qui se réfléchissait sur les visages consternés de la foule, à bord du brig. Les pavillons de détresse, hissés le malin, flottèrent au milieu des flammes jusqu'au moment où les mâts qui les retenaient s'écroulèrent comme des clochers majestueux. Dans la nuit, le feu ayant gagné le magasin aux poudres, le Kent sauta, et les débris brûlansde l'un des plus beaux vaisseaux de l'Angleterre furent lancés dans l'espace. L'obscurité qui succéda à cet éclat funèbre sembla fermer sur les deux équipages réunis les portes d'un immense tombeau.

Il y avait un tel entassement à bord de la Cambria, que la vapeur des haleines fit craindre un instant que le vaisseau ne fût en feu, tandis que l'impureté de l'air y était si forte, que la flamme d'une bougie s'y éteignait à l'instant. Sur le pont, les naufragés étaient obligés de rester nuit et tour dans l'eau jusqu'à la cheville du pied, à moitié nus et transis de froid. Des femmes et des enfans tombèrent en convulsions. Un retard de quelques jours en meraurail infaillîblemcntamené sur le brig la famine et des maladies pestilentielles. Heureusement la violence du vent continua ; au risque de rompre ses mats, le brave capitaine Cook pressa si noblement sa marche, que la Cambria fila bientôt neuf à dix nœuds à l'heure. Dans l'après-midi du jeudi 3 mars, on entendit partir du haut de la hune le cri joyeux de : Terre 4 l'avant! Dans la soirée, on prit connaissance des Sorlingues, et, longeant rapidement la côte de Cornouailles, à minuit le capitaine Cook jetait l'ancre dans le port de Falraouth.

A. Delried.

MAR1TIMK.

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