DANS LES PRISONS D'ANGLETERRE
Les souverains de la menue littérature de notre époque sont quelquefois, à mon avis, de bien étranges petits princes. Naguère encore ils so sont irrités, je ne sais plus à quel propos, de ce qu'ils appelaient la témérité de mon langage et là nudité de mes tableaux, parce qu'il m'avait plu de parler la langue qu'entend tout le monde, et de raconter franchement les choses que j'avais voes. Pour me faire agréer des chefs de la camas, U m'aurait fallu ne dire que tout juste ce
qui avait été dit cent fois avant moi, et me contenter de suivre péniblement l'ornière des charrettes qui portaient le lourd bagage de mes prédécesseurs. Grand merci ! ai-je dit à ces donneurs de bons conseils. Les suffrages des écrivains qui me connaissent et du public qui me lit me suffisent. Je ne snis pas plus difficile que cela, et avec votre permission, ou même sans votre permission, vous voudrez bien souffrir que je poursuive mon chemin.
C'est encore un petit bout de chemin que je vais faire aujourd'hui sur la route bizarre que je me suis frayée tout seul, au risque de scandaliser les chastes et d'irriter la susceptibilité nerveuse des chercheurs de feuilletons. Avançons. C'est au fond des prisons d'Angleterre que je vais vous faire pénétrer encore une fois, le cœur sur les lèvres et l'affliction dans le cœur.
Il existait dans ces sombres abîmes, creusés par la cruauté de nos ennemis, une foule de malheureux captifs qui cherchaient à exercer leur industrie aux dépens de la crédulité ou de la sottise d'une foule de gens encore plus malheureux qu'eux. La société, dont les prisonniers étaient séparés au milieu de la société même, revivait parmi eux, avec tous ses vices, toutes ses faiblesses, toute son avidité et toutes ses misères enfin.
C'est assez pour dire qu'on faisait en prison ce qu'on appelle de l'art, de la banque, du commerce et de la spéculation.
Au nombre des faiseurs d'art il existait des hommes qui, non contents de peindre des portraits sur ivoire, sur bots ou sur papier, s'étaient imaginé de dessiner d'après nature sur peau humaine. C'étaient là les termes mêmes de leurs prospectus. Le moi barbare de tatouage, dérobé aux langues des Nègres de la cote d'Afrique, aurait paru trop sauvage & la délicatesse des peintres sur peau vivante. La recherche et le choix des expressions usitées dans le beau monde avaient déjà fait, comme vous le voyez, des progrès notables dans la classe des gens comme il faut des prisons d'Angleterre. Ce n'est que plus tard que la société de Paris y a songé.
Pourdessinerd'après nature sur peau humaine, les artistes vous prenaient le premier imbécile qui se trouvait avoir quelques pences en poche pour payer à ses bourreaux le prix de ses tortures. Un jeu d'aiguilles servait de crayon au dessinateur, et la peau du patient lui tenait lieu de papier à dessin. Que veux-tu que je te fasse sur U gras du bras, sur le mou de l'estomac? demandait l'exécuteur à sa docile victime. Deux cœurs enflammés sur un autel, un navire avec le pavillon tricolore en poupe, ou deux fleurets en crotxl
L'homme à dessiner choisissait ; on réglait le prix du travail, et alors, à petits coups de pointe d'aiguille, l'impitoyable Raphaël commençait, en chantant ou co sifflotant, son chef-d'œuvre et le
supplice de sa pratique, jusqu'à ce que la douleur du supplicié devint trop forte pour lui permettre de continuer ce qu'il nommait son tableau lardé sur maroquin blanc.
Le lendemain, lorsque l'inflammation allumée, sur la partie piquée, par la ponction des aiguilles, s'était un peu calmée, on reprenait l'ouvrage, sans égard pour la bouffissure cutanée encore incandescente, ou pour la douleur encore vivement excitée du martyr.
Le dessin une fois terminé, il fallait songer à lui donner la couleur et a revêtir les contours des lignes de la forme et des reliefs, d'où la vie devait sortir comme par magie. De la poudre à canon pulvérisée faisait le noir, le bleu ou le gris; du vermillon frotté sur les piqûres destinées à faire opposition aux nuances son>bres formait la couleur rouge. La palette du coloriste n'était pas plus riclie que cela. Le tatoué, ou le blessé, après celle friction, allait se coucher avec la Gèvre ; et quelques jours plus tard on le voyait reparaître, tout lier de ses cicatrices pittoresques, au milieu de ses camarades curieux, à qui il se montrait comme un tableau nouvellement achevé, et dont il recevait avec joie les félicitations empressées.
Et ces signes ineffaçables, ces stigmates stupides, qui restent sur le corps de l'homme après que la vie même, moins cruelle qu'eux, en a disparu pour toujours, devenaient un sujet d'orgueil pour les misérables qui s'étaient fait ainsi mutiler, au risque d'offrir un signalement certain à l'œil des ennemis auxquels ils cherchaient à tout moment à se soustraire par la fuite.
Un jeune mousse, entraîné par l'imprévoyance de son Age à se faire dessiner une bague sur chacun des doigts de sa main gauche, porte encore aujourd'hui, sans pouvoir les cacher, ces marques hideuses de la brutalité des tatoueurs. Ce jeune mousse est devenu un officier supérieur fort distingué. Une balle, dans un combat, lui a cassé les doigts de la main droite, et a épargné, comme pour le punir bien injustement de son innocente imprudence, les doigts de la main sur laquelle on voit encore les bagues tatouées. Aussi répète-t-il souvent : < Pourquoi la bulle ue s'estelle pas adressée à mon autre main ! à peine m'aurait-elle mutilé. » Mais le fait de tatouage le plus célèbre et le plus malheureux que l'on puisse citer, est celui qui se passa à la connaissance de tous les prisonniers de Oartmoor. '
Un jeune matelot blessé, qu'on avait surnommé Trafalgar, pour perpétuer sans doute le souvenir de la conduite courageuse qu'il avait tenue dans ce combat mémorable, eut le malheur de céder aux obsessions du premier tatoueur de l:i prison, qui le tourmentait depuis longtemps pour lui dessiner sur le corps toute la bataille à laquelle il avait emprunte son glorieux surnom. L<plan du tableau était arrêté déjà dans la tète malade de l'artiste, dont il demandait à sortir tout
Tou
armé, comme Minerve autrefois, du cerveau de Jupiter. Le jour, le jour fatal où la merveilleuse conception devait passer de l'imagination du peintre sur la peau du souffre-douleurs, est convenu entre eux. La vanité du jeune matelot, se trouve bientôt aussi intéressée que la gloire de l'artiste, à l'enfantement du chef-d'œuvre promis. Pour affermir encore sa victime dans la résolution passive qu'il a besoin de trouver en elle, le dessinateur dit à Trafalgar : t Ta fortune est désormais assurée. A ton retour en France, tu n'auras qu'à te montrer comme un phénomène vivant, et il n'est pas une personne qui se refuse, pour une pièce de vingt sous, le plaisir d'admirer mon ouvrage sur ton corps. Toute la bataille y sera, et il n'y manquera pas un vaisseau, pas même ceux de Dumanoir ! »
Trafalgar, le confiant Trafalgar tombe sous les mains du tatoueur. La toile du tableau est large et belle. Mille aiguilles la piquent, la percent» la martyrisent tant que dure le jour; et le jour suivant le supplice recommence pour le pauvre jeune matelot, qui oppose le courage le plus patient, le plus héroïque, à l'ardeur infatigable de son bourreau. La ligne des vaisseaux français et espagnols se dessine déjà autour de ses reins endoloris et saignants. Le vaisseau à trois-ponts de Villeneuve y est; celui de l'amiral Gravina y sera bientôt. Rien n'y manquera, comme l'a dit le tatoueur, qui s'admire dans son travail, et qui se repuit avec amour des souffrances qu'endure pour sa gloire l'infortuné qu'il immole à la cruauté de son ambition. L'armée de Nelson apparaît, sous la pointe de son aiguille créatrice, dans les flou diaphanes de la fumée qu'il prodigue à la scène terrible qu'il retrace.... Le vaisseau le Victory s'avance aussi ; il va accoster le Redoutable, des flancs duquel sortira la mort de Nelson.... Mais, ô malheur! ô contre-temps funeste! au moment où le génie du peintre vient d'atteindre le dernier degré d'exaltation, les forces de Trafalgar se trouvent épuisées, anéanties; la Gèvre s'est emparée de ce corps robuste avec une violence proportionnée aux efforts qu'il a faits jusque • la
pour résister au mal Oo emporte le malade à
l'hôpital, à moitié tatoué du mémorable combat, et à moitié mort de ses tortures, des mille coups d'aiguille qui l'ont déchiqueté; et l'artiste, en voyant les infirmiers lui enlever son chef-d'œuvre iuachevé avec le corps périssable auquel il a confié les trésors de son art, reste consterné et presque aussi mort que le moribond qu'on vient d'arracher de ses mains.
Et tous les malins, à la porte da l'hôpital, un prisonnier, réveillé avant l'aurore, demandait avec effroi aux médecins qui revenaient de la visite des malades : C omment va Trafalgar? Trafalgar sortira-t-il bientôt? Ce prisonnier, c'était le tatoueur de l'agonisant.
« Mais, lui répondit un jour une voix sinistre;
il no sortira pas-,, il vient de mourir, et c'est vous qui l'avez lue.
— Moi ! s' écria à ce coup «le foudre le tatoueur désespère, dites plutôt que c'est lui qui vient île motionner le coup «le la mort ! Mourir justement, but luit-il, an moment où j'allais Taire tuer Nelson par le vaisseau le Redoutable! Kl si encore je pouvais obtenir des Anglais le cadavre de Trafalgar! Mais, non. mon clief-d'œuvre leur ferait honte, et ce sont eux qui ont empoisonné ce malheureux pour être plus sûr de me faire périr de douleur I •
Edouard Corbière.
BIOGRAPHIE
ftccvèù.
Decrès est né le 18 juin 1761, à Chavmont (ÏI;iulc-Marne), d'une famille noble qui tenait un rang distingué dans la province, il manifesta de bonne heure son goût pour la carrière des armes. Son éducation cl les exemples que lui offraient ses parents le portèrent à choisir de prélercnce le service de la marine Dès l'âge de dix-sept ans, il entra dans cette arme. En 1780, il fut nommé garde de la marine et embarqué sur la frégate le Richemont, qui faisait partie de l'armée navale aux ordres du comte de Grasse. Le jeune Decrès participa à tous les combats que soutint cette division, et notamment a la malheureuse affaire du 12 avril 1782, dans la mer des Antilles. C'est là qu'il eut l'occasion de signaler, pour la première fois, son intrépidité et son courage. Il s'élança dans un canot, et, bravant le feu de toute la flotte ennemie, alla porter une remorque an vaisseau le Glorieux, privé de tous ses mâts, et parvint ainsi à le tirer du dauger. Cette belle action valut pour récompense au jeune Decrès le grade d'enseigne.
Il embarqua en cette qualité snr la frégate la Nymphe, qui, dans le combat du 18 février 1783, concourut avec la Cybile et l'Amphitrite à la prise du viisseau anglais l'Argo.
En 1786, Decrès pas>a comme lieutenant de vaisseau sur la frégate l'Alouette, et fut détaché sur la goélette la Nymphe, pour remplir plusieurs missions. La plus importante, cl celle dont il s'acquitta 4 la satisfaction du comte de Caslries, alors ministre de la marine, avait pour objet de constater l'existence des lacs de bitume de la Trinité espagnole.
En février 1791, il fut embarqué sur la frégate la Cybile, avec le titre de major général île la division commandée par l'amiral de Saint-Félix,
et destinée pour les mers des Indes orientales.
Dans le cours de cette campagne, il eut encore l'occasion de signaler son audace. Un bâtiment français, dont les Marattes s'étaient emparés, se trouvait mouillé sous la protection du fort Coula bo. Decrès, après avoir sollicité et obtenu l'autorisation de l'amiral, arme trois embarcations de la frégate et se rend à la nuit près du navire capturé; il saute à bord avec ses marins, tue et jette à la mer cent et quelques Marattes, et ramène au milieu de la division française le bâtiment reconquis.
Au mois d'octobre 1795, l'amiral chargea Decrès d'aller rendre compte à son gouvernement de la situation de l'Ile-de-France, et de solliciter des secours qu'il devait y ramener. Il s'embarqua sur la frégate l'Atalante, et arriva à Lorient le 10 février 1794.
C'est dans ce port que Decrès apprit a la fols qu'il avait été nommé capitaine de vaisseau eo janvier 1793 et destitué quelque temps après par mesure de sûreté générale, vu sa qualité de noble. Il fut arrêté et conduit à Paris par la gendarmerie. Cependant il fut assen heureux poor échapper à la proscription, et se retira dans sa famille, où il vécut ignoré.
En juin 1793. il fut réintégré dans son grade, et nommé ensuite au commandement du vaUw«'i le Formidable. En 1796, on le promut au grande chef de division, et, deux ans après, à ce!;ii de contre-amiral. Il commanda en cette qualité l'es» cadre d'observation de l'armée navale aux ordres de l'amiral Brueys. Son pavillon était arboré sur la frégate la Diane.
A l'attaque de Malte, Decrès soutint nn engage* ment très-vif avec les galères de l'Ile, lorsqu'il ! voulut favoriser le débarquement des troupe». ! Placé à l'arrière-garde au combat d' Aboutir, I Decrès essuya, pendant plus de deux heures, le l'eu des vaisseaux ennemis. Sa frégate perdit ses antres et eut son gréemeat criblé. Dans l'action, il porta successivement son pavillon sur les vaisseaux le Mercure et f Heureux, qui se trouvèrent l tellement avariés et hors d'état de combattre, | que Decrès fut obligé de revenir à bord de sa bvj.'ate.
Après la journée fatale d'Aboukir, il se réfugia ; à Malte avec les débris de son escadre. Bientôt I les Anglais se réunirent devant ce port et es j liront le blocus.
Dtcrès fut chargé, pendant dix-sept mois, do commandement des avant-postes, et contrihW la défense do la place. Nos forces se trouvèrent resserrées dans les murs de la cité de LavaHie, parce que l'ennemi s'était emparé des autres points de l'île. Pour diminuer autant que posaW* la détresse de la ville, Decrès résolut de sortir avec le Guillaume-Tell, à bord duquel il avait embarqué mille hommes et deux cents et quclq«»c* malades. Quoique observé de près par cinq »**•
seaux, deux frégates et plusieurs corvettes ennemies, Decrès appareilla dans la nuit du 29 mars, une heure après le coucher de la lune. A peine étail-il sous voiles, que les postes de terre occupés par les Anglais tirent feu sur lui de toutes parts. Dès le lendemain malin la frégate la Pi' ntflope donna la chasse au Gwllaume-Tetl, qui lui riposta avec ses canons do retraite et l'atteignit plusieurs fois. Le vaisseau ne voulait pas engager un combat qui aurait retardé sa marche, en l'exposant a un ennemi supérieur en forces. Quatre heures après, il était à portée de canon du vaisseau le Lion, et un combat s'engagea. Deux fois l'amiral français ordonna l'abordage ; mais cette manoeuvre difficile ne réussit pas. Le Lion se trouva tellement maltraité qu'il fut oblige de fuir vent arrière. Le Foudroyant vint aussitôt le remplacer. Le Guillaume-Tell prêta le côté à ce nouvel adversaire, et le combat fut acharné. Decrès ordonna encore l'abordage; mais le Foudroyant manœuvra de manière à l'éviter. Pendant l'action, le Lion réparait ses plus grosses avaries, et il revint de nouveau à la charge; en sorte que le Guillaume-Tell avait ii combattre deux vaisseaux et une frégate. Le feu prit plusieurs fois dans ses hauts, et il fut dcmfllé du ses trois mâts, ce qui rendait sa portion et la manœuvre de l'artillerie extrêmement difficiles. Au môme moment, une explosion de gargousscs. qui eut lieu sur la dunette, renversa l'amiral Decrès de son banc de quart. Enfin, après huit heures et demie d'un combat contre trois lûlimeuls, le Guillaume-Tell amena son pavillon. Decrès, prisonnier des Anglais, était couvert de blessures. Plusieurs de ses oilleiers étaient dans le môme état, et la moitié de son équipage avait été tué ou blessé. Les bâtiments anglais n'avaient pus moins souffert : le Lion et le Foudroyant eurent de la peine ù atteindre Minorque, où ils n-làcheient coulant bas d'eau. Lu bégaie la l'cnclupe était seule en étal d'à mari lier le Guillaume-Tell, et le remorqua jusqu'à Syracuse. Celte glorieuse résistance valut à l'amiral Decrès un sabre d'honneur, qu'il reçut des mains du piemier consul.
Dés qu'il fui échangé et revenu d'Angleterre, on le nomma préfet du quatrième an ondissemeut maritime à Loticnt, puis commandant de l' escadre de Hoclieforl.
Là 1801, il fut chargé du ministère do la marine. C était une lâche difficile a remplir. En 1804, Napoléon le créa vice-amiral et grand-officier de la Légion d'Iloiiueur, et l'année suivante inspecteur général des côtes de la Méditerranée. Enliu, en 1813, il fut élevé au rang de duc.
Jusqu'à cette époque, le ministre Decrès eut bien des obstacles ù vaincre; mais il était doué d'une grande activité, d'une grand:- force il'i >pt il, d'une volonté éuergique, qui le lireiit trioiii|»hi-r •oiiveal <lw çirçQnstWes et des fautes qu'il n'a-
vait pu prévenir. Ministre d'un homme dont la volonté despotique faisait tout plier, il sut lui obéir comme tous ceux qu'il élevait. Il eut à exécuter de grandes choses conçues par le génie de Napoléon : les travaux gigantesques de Cherbourg.et de Flessingues, la création de l'arsenal d'Anvers, l'amélioration des établissements maritimes depuis l'Adriatique jusqu'à l'Océan, l'expédition de Saint-Domingue, la construction et la réunion de la flottille de Boulogne
Toutefois le duc Decrès ne fut point favorisé par les circonstances pendant les treize années de son administration. Chaque jour de nouveaux désastre», chaque jour de grandes batailles navales perdues, quelques-unes de nos colonies prises, îles expéditions sans succès. Ses détracteurs ne manquèrent pas de saisir ces occasions de blâme ou de censure.
Cependant, sous le ministère de Decrès, h marine a reçu un accroissement de forces. En effet, à l'avènement de ce ministre, en 1801, elle se composait de cinquante et un vaisseaux et quarante et une fi égates. Dans l'espace de treite années, quatre-vingt-trois vaisseaux et soixantecinq frégates furent lancés dans nos ports; et, malgré les désastres que subit la marine, elle ' présentait, en 1814, un matériel de cent trois vaisseaux. Une partie de ces vaisseaux passa, ù cette époque né faste, entre les mains des étrangers qui faisaient expier ù la France la gloire dont elle s'était couverte...
Dans les cent jours, Decrès fgt rappelé au ministère de la marine, et Gl partie de la Chambre des pairs, où il prit plusieurs fois la parole.
A la seconde restauration, il quitta définitivement le ministère et rentra dans la vie privée. Un affreux attentat vint terminer ses jours. Le j 22 novembre 1820, le duc Decrès, revenant du Théâtre-Français, s'était couché à onze heures et demie. Environ une heure après, le duc se réveille en sursaut, en sentant une forte odeur de linge brûlé et de poudre à tirer; il entend ensuite un giésiltement semblable à celui d'une amorce qui prend feu, et il s'élance aussitôt du lit ; mais une explosion éclate loul à coup entre ses matelas; elle est suivie au même instant d'une autre explosion. Lu chambre était toute en feu. Le duc appelle son valet de chambre à son secours; mais celu.-ci venait de se jeter par la fenêtre. Bien toi des secours arrivèrent, ou éteignit le feu, cl l'on trouva dans les matelas du duc trois paquets de poudre. Ces paquets avaient fait explosion par la communication d'une mèche qui s'étendait de leur foyer à une pnrte latérale. Plusieurs circonstances prouvèrent évidemment que le valet de chambre du duc était l'auteur de l'ai tentât, et qu'il avait voulu couvrir un vol p-ir un assassinat. On avait conduit ce misérable ,i î.i Charité, où il mourut le lendemain. Cepeudanl, le duc avait reçu plusieurs blessures qui
HiANCE MARITIME.
ne parurent pas dangereuses au premier abord ; mais une fièvre ataxique se développa subitement, et il y succomba le 7 décembre 1820, à l'âge de cinquante-huit ans.
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