‹ La France maritimeChapitre 78 sur 105 · DES MARINS · texte numérisé non relu

DES MARINS

Depuis plusieurs années que les marins ont commencé à fréquenter Paris, soit pour y faire leurs affaires, soit pour y goûter passagèrement les plaisirs d'une société d'élite, l'opinion que l'on s'était formée en France, de leur rudesse originaire, s'est singulièrement modifiée. Auparavant, il suffisait qu'un homme eut passé une partie de sa vie à la mer, pour qu'on crût, sur la foi d'une tradition aussi vulgaire qu'ignorante, qu'il devait être fait autrement que les autres habitants du globe. C'était presque de l'écaillé qu'on aurait été chercher sous ses habits, et une queue de triton qu'on aurait volontiers imaginée | sous la basque de son frac, tant on paraissait être { persuadé que l'espèce des marins devait compo- ' ser une classe à part dans les variétés de l'espèce j humaine. Mais du moment où l'on a pu voir de jeunes officiers de marine de près, et s'assurer qu'ils pouvaient agir, parler, écrire, converser aussi bien et quelquefois mieux que la plupart des individus qui naissent, vivent et meurent dans le sein de uos capitales, l'opinion qu'on avait d'abord conçue des hommes de mer a tellement réagi sur elle-même, qu'aujourd'hui il serait peutêtre fort difficile de prouver aux habitants de Paris que tous les olliciers de marine ne sont pas des petits-maîtres, et tous les matelots les hommes les plus doux et les moins sauvages des gens qui composent la classe inférieure des masses civilisées. Cette idée, du reste, si flatteuse pour les marins en général, est maintenant si profondément enracinée dans les esprits, qu'après avoir ajouté une foi trop aveugle à la sauvagerie proverbiale que l'on attribuait aux manières et au caractère des hommes de mer, on ue s'expose plus qu'à l'inconvénient, si toutefois c'en est on, de le prendre pour le type de la politesse la plus exquise et de la fathion la plus raffinée. Il montre, en un mot, que l'opinion qui s'est trop longtemps abusée sur leur compte en exagérant une brusquerie d'humeur et de forme qu'ils étaient loin de posséder, s'attache à les venger aujourd'hui en

exagérant la politesse qu'on a été étonné de trou, ver en eux, de l'injustice dont l'ignorance les avait rendus victimes. C'est ainsi, au surplus, que s'accomplissent toutes les réactions morales : avec elles, point de juste milieu ; elles sont toujours plus fortes que l'action qui les a produites, et c'est aux extrémités du levier qu'il faut toujours aller chercher le point sur lequel elles pèsent.

Le genre de réaction dont nous voulons parler ici s'explique rependant par un fait qui justifie en quelque sorte l'erreur que les observateurs peu attentifs ont pu commettre dans l'appréciation du caractère réel des marins. Et d'abord on ne pour» rail nier, sans contester l'évidence la pins palpable, que depuis quelques années le perfectionnement de civilisation quia pénétré, pour ainsi dire, tous les pores de la société, n'ait passingulièrement adouci les mœurs des hommes de mer. Les Jean- Bart d'auirffois ne ressembleraient pas plus au Jean-Bart d'aujourd'hui, si nous avions encore des Jean-Bai l, qu'un desvuisseanx de l'amiral Tromp ne ressemblerait à notre beau et élégant vaisseau le Suffren. Cette analogie établie entre des choses purement matérielles et des choses toutes morales, est peut-être plus vraie que spécieuse ; car ce qui s'est opéré au physique dans notre siècle, s'est aussi accompli au moral, et le perfection» nement matériel n'a fait que suivre le raffinement intellectuel dont il est un des indices et l'une des conséquences. Mais de ce que le moral des marins s'est beaucoup amélioré, on aurait tort de conclure que l'empreinte de leur caractère essentiel a totalement disparu sous l'influence de ces modifications. L'habit a pu changer, se façonner mieux et beaucoup s'embellir même ; mais rhomme originaire est bien resté l'homme primitif, sous un habit plus élégamment coupé ou plus finement tissu. En jugeant le marin à terre et en le transportant par la pensée au milieu du navire, avec les manièresqu'on lui avait vues dans le monde, vous aurez confondu deux situations et pour ainsi dire deux hommes qu'il fallait apprécier sous les deux influences de position les plus propres à modifier leur spécialité ou leur caractère. A terre, un marin qui sait un peu vivre s'attache à ne pas trop heurter les habitudes douces et faciles avec lesquelles il faut qu'il entre en contact; mais à bord, où il a sa volonté à imposer ou sa responsabilité à mettre à couvert en face d'un navire où tout est promptitude, exigence et devoir, ne croyez pas qu'il abdique, pour plaire a des gens dont il n'a pas besoin, te libre arbitra qui lui est utile et le caractère que tendent continuellement à aigrir les contrariétés du métier et le long séjour de la mer. A terre, à table, dans le monde, le capitaine le plus despote sait qu'il n'est que votre égal, votre inférieur quelquefois ; mais, à bord, il n'est pas nécessaire de lui apprendre qu'il est votre chef, que tout doit être soumis à ses ordres, et que sur lui roule la res»

ptnsahilité do navire, de votre fortune et de votre vie; et quand la sécurité générale dont il répond exige de sa part la promptitude de la volonté, et l'obéissance la plus vive et la plus passive de la part des autres, comment pourriez - vons vous étonner que l'homme que vous avez vu si calme et si patient an milieu des usages de la société, devienne tout à coup soucieux, allier et toujours exigeant au sein des dangers qu'il doit éviter et de tontes les circonstances difficiles qu'il doit prévoir? Avec une profession où le péril est de tous les instants, et qui impose aux sujets qui s'y vouent ta rudesse attachée à la plupart des travaux manuels sur un élément toujours capricieux et si sou* vent terrible, où les privations les plus dures sont le partage de ceux qui l'habitent, comment ne pas concevoir l'inQuence que des causes aussi puissantes doivent exercer sur l'esprit des marins? Autant vaudrait supposer que les hommes élevés dans les habitudes de la société lu plus raffinée doivent être brusques, emportés et violents, que d'admettre que les marins dussent toujours être doux, polis et patients dans les circonstances même les plus critiques de leur existence et de leur pénible profession.

Les idées que nous venons de chercher à développer nous semblent avoir été assez bien résumées avant nous, dans le dialogue suivant d'un capitaine de mes amis avec une passagère qni avait acquis le droit de J'interrogcr assez familièrement :

« Capitaine, lui dit d'abord la passagère, permettez* moi de vous demander pourquoi vous parlez toujours si brusquement a vos matelots, vous qui, avec nous autres simples passagers, vons êtes toujours montré si attentif et si bienveillant?

Le capitaine: Hais, madame, je parle brusquement à mes matelots par deux bonnes raisons: c'est que ce sont des matelots d'abord, et que je suis leur capitaine; et ma foi, pour être obéi vite, il me semble qu'il n'y a pas de meilleur moyen que de commander haut et ferme.

La passagère: Il est donc, à vous entendre, bien nécessaire que vous soyez obéi vite?

Le capitaine : Dans notre métier, on ne connaît >iue les choses promptes, et nous ne sommes entourés que de choses qui ne souffrent ni hésitation ni délais. C'est, en un mot, sous peine de la vie qu'il nous faut agir le plus souvent comme nous agissons.

La passagère : Dans les occasions difficiles, je conçois fort bien la nécessité d'être promptement obéi ; mais pourquoi, dans les circonstances même les plus ordinaires, seriez-vous forcé de parler toujours d'une voix si élevée et si dure a vos hommes?

Le capitaine: Eb ! mais, parbleu, je parle haut I mes hommes pour parler plus haut que le vent qui siffle dans le gréement^et que la mer qui

gronde le long du bord ! Quand on commande, il me semble que c'est pour être entendu, n'estce pas?

La passagère : Et croyez-vous, permettez-moi de vous le faire observer, que si vous mettiez plus de douceur et moins de brièveté dans vos commandements, ils seraient exécutes avec moins de soumission et de célérité?

Le capitaine : Plus de doncenr? Oui. j'entends; c'est plus de politesse que vous voulez dire. Je répondrai à cela d'abord, qne nous n'avons guère le temps d'être polis dans notre état : ce n'est pas l'intention qui nous m:tnque peut-cire, mais c'est le loisir et la possibilité. Qmmd un grain, par exemple, tape subitement à bord et menace de faire chavirer le navire ou de faire tomber la mâture, je crie tant que je peux : Amène iet hunier $1 parce qu'il serait trop lon^ «le trouver une phrase pour dire : Allant, me$ enfants, tâchons d'amener vite nos huniers! C'est moins, vous entendez bien, pour être brusque que pour être laconique que je commande ainsi. C'est, en un mot, de la brièveté que je cherche à donner à mon langage, et non de la dureté à ma voix ; et voilà tout le secret de cette rudesse involontaire que l'on nous reproche si injustement à uous autres marins. >

L'événement ne tarda pas à justifier l'opinion et le sentiment que le capitaine venait d'émettre et qu'il cherchait à faire comprendre à sa passagère. Au moment on l'entretien durait encore, un grain furieux, que l'officier de quart avait à peine prévu, tombe sur le navire. Le capitaine, dont le danger venait d'attirer l'attention sur lu manœuvre que l'on se hâte de faire à bord, crie à lue-tête : File l'écoute de grand'voite. lu barre au vent, artiste Ut huniers, file en douUe l'écoute duguy!... Le navire, assailli par l'effort du grain furieux, se couche la moitié du bord de dessus dans la lame, sur la mer qui bouillonne autour de lui, et il reste incliné ainsi jusqu'à eeque la manœuvre qui tarde à se faire lui ail permis d'arriver... Le capitaine a beau crier de tous ses poumons : lùle en double l'écoute de grand' voile, aminé en grand le grand hunier! la promptitude de ses gens ne répond qu'imparfaitement à l'énergie de son commandement, et c'est alors qu'il se met à lim ier : Améner as-tu, tas de gredint ! et, en prononçant ces mois, il saute sur les premiers hommes qui lui tombent sous la main : ceux-ci se précipitent sur les drisses de hune, les huniers s'arnsseni, l'ecouie de grànd'voile crie et donne du mou à la toile immense que le vent enlève en bannière au dehors du grand étai; le navire, soulagé, arrive enfin en se redressant et en fuyant plus paisiblement avec la rafale mugissante. Le grain venait d'être paré...

Une fois le péril passé, la passagère , revenue de la frayeur mortelle qu'elle venait d'éprouver, dit au capitaine : « Voua aviez raison, et je np

rend* ; un navire n'est pas un boudoir, et vos matelots sont bien loin d'être de petites maitm*es. t

Edouard Corbiêke.

UN

ttovaue à Canton.

Quelques jours avant notre départ de Canton, bous trouvâmes au logis une carte de visite laissée par Mowqua, marchand de thé hong, avec une invitation à dîner. Cette invitation était écrite sur une feuille de papier rouge extrêmement line, et beaucoup plus grande que celles employées ches nous au même usage. Mowqua est un des plus jeunes konguisles. Il a droit à une huppe blanche sur son bonnet ( elle est, à ce qu'il m'a semblé, taillée en ivoire), et par conséquent appartient à la cinquième classe des mandarins. Vers les six heures et demie du soir, nous nous acheminâmes vers ce banquet aldermanique, ainsi que dirait un cockney ( badaud de Londres). Des domestiques, portant d'énormes lanternes, nous précédaient, et, par précaution, on avait muni de coton nos oreilles, afin de les garantir des terribles effets de la musique chinoise.

Les alentours du bâtiment hospitalier étaient garnis d'une multitude de lanternes à feu, et un orchestre à l'harmonie infernale salua notre arrivée. L'hôte et son fils étaient là pour recevoir leurs convives, qu'au milieu des salutations cl des compliments ils conduisaient jusqu'aux sièges placés ponr eux dans la salle de réception. Le costume de ces riches Chinois était, dans celle aoirée d'apparat, d'une magnificence extraordinaire. Par-dessus ses vêtements tissus de la soie la plus belle, et rajustés par une écharpe éclatante do même étoffe, le jeune Mowqua portail nn manteau de fourrures précieuses. L'un et l'autre gardèrent sur la téte, sans jamais les quitter, leurs bonnets de velours ornés de la huppe honorifique. A tout regarder, leur apparence était imposante et digne.

Dés que les convives eurent pris possession de leurs sièges, rangés parallèlement sur deux lignes droites, le tbé fut servi dans de larges tasses qu'accompagnaient des espèces de soucoupes usiez basses. Le tout était posé sur un plateau d'or ou d'argent. C'est chose connue que les Chinois, comme les Japonais, prennent leur thé sans lait ni sacre. On jette quelques feuilles au fond de la tasse, où l'on verse ensuite de l'eau bouillante ; puis, aussitôt que l'infusion a eu lien, on transvase dans la soucoupe la liqueur, qu'on avale tandis qu'elle est encore toute chaude. Le thé dont on

se sert ainsi est en feuilles entières; aussi Tenu, quoique suffisamment colorée, reste à l'état limpide.

Dans une salle voisine se lénaient les musiciens : il y avait, dans le nombre, quelques chanteurs en renom. Ils jouèrent ou chantèrent, sans discontinuer, durant la fêle entière. C'était, à ce qu'on m'apprit, une espèce d'opéra. Le bruit n'avait certainement rien d'agréable, mais les Chinois n'y prêtaient aucune attention; seulement, dans les intervalles du repos, ils attrapaient quelques paroles du chant pour en faire l'ol'jet d'une plaisanterie ou d'une observation.

Le festin commença. Nous fumes conduits dans une autre pièce, où plusieurs tables carrées à six places étaient disposées de façon à former un demi-cercle. Du côté qui donnait sur le ivoire, elles restèrent inoccupées, mais garnies partout d'une tenture ccarlate que relevaient de superbes broderies en or ou en soie, représentant des fleurs du pays aux carnations variées. L'hôte s'assit à la table dit milieu, et députa un compatriote pour faire les honneurs «le chacune des autres. Toutes étaient recouvertes silr le devant de corbeilles pleines de fruits Cl (le fleurs, et, derrière ce rempart appétissant, d'une multitude de vases et d'assiettes Tort petites, et portant des confitures, de menues tartines au beurre, des oiseaux froids, des saucisses, des pyramides d'oranges et de prunes, mille friandises diverses eu un mot. Il y avait, dans l'étalage de ces richesses gastronomiques, un art infini dont pouvait se glorifier le maître de la maison.

Les Chinois ne font rien comme les Européens; aussi commença m es-no us par le dessert. En guise de couverts, trois petites coupes étaient pincées vis-à-vis de chaque siêyc. Celle de gauche contenait le soy, sauce aromatique dont les indigènes assaisonnent lous leurs mets; on se sert de celle du milieu durant le cours du repas, et sur la troisième se pose la cuillrr de porcelaine avec laquelle il est d'usage de manger les soupes. Deux petits bâtons arrondis par le bout (ils sont en ivoire chez les gens riches) étaient en outre affectés au service de chaque convive. Il est difficile aux étrangers de tirer partie de ces bâtonnets. C'était, pour les Chinois, matière à plaisanterie. « Voyez donc ces sages Européens, chucholaient-ils entre eux, ils ne savent pas même manger proprement. » Un de nous entendit et comprit parfaitement cette épigrumme. Au lieu de serviettes, il y a près de chaque couvert un monceau de feuilles de papier découpées triungulairement et ornées de bandelettes rouges; c'est avec cela qu'on s'essuie les mains.

Pour entrer en action, l'hôte nous invita à choisir les meilleurs plats. Tandis que nous mangions, il appelait notre ntlention sur la saveur de tel fruit ou la rareté de tel oiseau. Ainsi su passa le premier service.

L«s Chinois n'ont point de nappe ; mais on enleva l'espèce rie surtout qni surchargeait les tables, et qui fut remplacé par un autre, abondant en nouvelles gourmandises. I n môme temps, une petite tasse fut ajoutée à chaque couvert C était pour boire l« tamltehu, liqueur ohteuue par la fermentation du riz, et qui remplace le vin dans les festins chinois. Des serviteurs courent de l'un à l'autre, armés de larges pots d'argent où le $amtseku se conserve bouillant. Ce nectar, à mon avis, n'est pas excellent ; cependant il y en a de plusieurs espèces ou de plusieurs crûs, et, sur le nombre, j'en ai goûté qu'on pouvait comparer sans désavantage a de bonne eau-devie. Les Chinois sont, du reste, de fort polis convives. Lorsqu'ils veulent boire, ils se défient amicalement en se souhaitant bonheur et santé. Chacun prend sa coupe à deux mains et avale le contenu d'une gorgée. Quand il a fini, il en tourne la partie creuse vers son partner pour prouver qu'il n'y reste pas une goutte de liqueur. Force est de l'imiter sons peine de lèse-courtoisie.

Au second service, qui comprenait bien soixante mets environ, succédèrent les soupes. Celles-ci sont contenues dans de petits bowls qu'on place au milieu de la table, où chaque assistant va puiser sa part avec la cuiller de porcelaine déjà mentionnée. Nous eûmes, comme cela, cinq ou six soupes entremêlées d'autres ragoûts, de pâtisseries, de conserves, de hachis, etc.

Le thé servait d'intermède, ainsi que le tabac. De la sorte on reprenait des forces pour recommencer de plus belle et jusqu'au bout.

Enfin, après plusieurs services, plus abondants les uns que les autres, on dressa cinq nouvelles tables dans l'espace laissé vide en face de nous. Elles regorgeaient de rôtis; du porc surtout et des oiseaux. Dix cuisiniers, vêtus avec goût et uniformément, entrèrent alors dans la salle et se mirent à découper. 11 y en eut, pour chaque table, deux qui s'acquittèrent avec une adresse remarquable de leur tache. D'autres domestiques nous transmettaient, sur de petites assiettes, les menues tranches qu'ils recevaient des premiers. Il fallut encore manger.

A la fin du repas, les cuisiniers reparurent et firent à l'assemblée de très-humbles remerclments pour l'honneur qu'elle leur avait fait de savourer leurs ragoûts. On se leva de table. Il y avait six heures que nous y étions, et plusieurs centaines de plats avaient passé devant nous successivement.

Il y a la de quoi désespérer nos ménagères de province qui s'enorgueillissent avec tant d'ostentation des prodigalités gourmandes d'un diner manceau ou d'un repus flamand. Mais aux Chinois la palme. Cesl le peuple le plus raffiné, le plus glouton, le plus voracc qu'on connaisse encore.

Ils font aliment de tout, ajoute le docteur Meym. Dans les rues et sur les places de Canton, on voit

un étalage perpétuel de comestibles? ce sont partout des viandes qui chez nous sont loin d'être en réputation de haut goût : des faucons, des hiboux, des aigles, des cicognes. Rien n'égaie plus les Européens que de voir arriver un Chinois qui porte sur ses épaules une perche où se balancent dent cages contenant des chiens et des chats an lieu de pigeons et de poulets. 11 y a entre autres une sorte d'épagneul nain qui parait être fort recherchée. Les chiens reposent paisiblement dans cet prisons portatives; mais les chats y font un vacarme à croire qu'ils pressentent leur destination. La chair de ceux-ci, quand l'animal est engraissé à point, jouit de l'estime nationale : on la sert sur la table des riches. 11 n'en est pas de même des rats, qui sont abandonnés aux pauvres. Le marchand de rats arrive au marché avec sa perche où pendent, an moyen d'une pièce de bois passée dans leurs jambes de derrière, plusieurs douzaines de ces animaux embrochés en guise d'alouettes. Le spectacle doit paraître appétissant au voyageur dont le palais est encore sous l'influence des pruderies européennes!

Toutefois la gloutonnerie chinoise a ses châtiments. Outre les indigestions que le thé ne prévient pas toujours, on raconte quelque part que les chiens ont en horreur celte population car** vora. Ils reconnaissent à l'odorat les gourmands adonnés au chien, s'ameutent autour d'eux, les poursuivent de leurs aboiements et souvent de leurs morsures. Bizarre contradiction des coutumes humaines! le chien est pour certains peu» pies un ami, pour d'autres un Dieu, pour les 1 nois une friandise. Lesquels ont bien choisi?

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