DE LA CANONNIÈRE LA CHIFFONNE
La canonnière française la Chiffonne, en station au Groucn, petit havre voisin d'isigny, était commandée par l'enseigne de vaisseau Lesage, et servait à protéger les convois du Havre à
les Iles Saint-Marcouf, ayant appris par leurs émissaires que cette canonnière avait envoyé seize matelots de son bord pour compléter l'équipage de la frégate la Guerrière, mouillée sur la rade de Cherbourg, crurent le moment opportun pour attaquer la Chiffonne et la prendre par surprise avec des chaloupes armées. Il est à observer que ce moyen leur réussissait à souhait depuis quelque temps, puisqu'on moins d'une année ils s'étaient emparés de cette manière d'une frégate dans la rade de Dunkcrque, (Tune canonnière placée sous le canon de la citadelle de Port-Louis, et d'un fort bâtiment corsaire mouillé dans les eaux dn Passage.
Le 17 janvier 1801 (27 nivflsc an 0 ), à neuf boni es du soir, huit grandes péniches, montées
tique le fer suppléait au feu.
Déjà les péniches paraissaient se dégarnir des hommes qui les emplissaient au commencement de l'action, lorsque plusieurs pièces d'artillerie, habilement pointées, les foudroyèrent successivement : un obusier de 24, chargé à balles, ne laissa que deux hommes debout dans une chaloupe, et abattit le courage des assaillants. Cette vigoureuse attaque, cette défense plus vigoureuse encore, le combat, enfin, durait depuis une heure et demie : une telle résistance rebuta les Anglais, qui, désespérant de s'emparer de la Chiffonne, cessèrent leur feu et s'éloignèrent do la terrible canonnière, après avoir essayé d'y mettre Je feu avec des chemises soufrées. II était alors minuit. Ils avaient perdu cinquante-sept
de vingt-cinq à trente hommes chacune, partirent | hommes. Le sang coulait dans leurs péniche
remplies de morts et de blessés; et plusieurs de leurs embarcations étaient tellement désemparées, qu'il fallut que les plus agiles revinssent les prendre à la remorque.
Pendant cet engagement, court, mais des plus chauds, la Chiffonne, qui avait l'avantage de sa position, n'eut que huit hommes mis hors de combat, deux morts et six blessés. Les pavois du navire et son filet d'abordage furent taillés de coups de sabre, et ses bastingages criblés de
Ainsi vingt-six Français, mal armés, pris à {'improviste et comme au dépourvu, résistèrent pendant deux heures à plus de deux cents Anglais, les contraignirent à la retraite, et leur firent éprouver un échec sanglant. Les soldats de la République, qu'on les prit en masse ou en deuil , sur terre ou sur mer, étaient partout des iiéros.
Le bruit retentissant de la canonnade avait mis sur pied la population des environs : une centaine de gardes nationaux arrivèrent de Grand-Camp et d'isigny, à une heure du malin, alors que l'affaire était terminée et que les péniches anglaises ramaient lentement vers les îles Saint-Marcouf.
La Chiffonne ne se sentant plus capable de repousser une seconde attaque, vu la faiblesse numérique de son équipage, et l'état de la canonnière nécessitant des réparations, elle appareilla, remonta la Vire et se rendit à Isigny, où elle mit à terre ses morts et ses blessés. Ce fut alors qu'un trouva sur le pont du navire huit pièces d'artifice et des fagots soufrés, que les Anglais, en se retirant, avaient lancés à bord et n'avaient pu incendier.
Vércsuor.
BIOGRAPHIE
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