A. J.IL
VARIETES
DU BLOCUS CONTIM NTAL.
Ceux qui visitent aujourd'hui nos villes maritimes, et qui s'étonnent à bon droit île la vis qui s'y déploie, peuvent s'imaginer, par comparaison, de quel lugubre silence ellr>s étaient frappées pendant nos guerres navales avec l'Angleterre.
On n'enlendail le matin ni les joies du départ, ni dans la journée les chants «lu retour, ni crier les poulies et les matelots. L'œil cherchait en vain ces cargaisons de café vidées en pyramide, ou ces pipes de rhum, qui grisaient rien qu'à les flairer eu passant. Quelques vieux marins, muliies comme leurs vaisseaux, remplissaient seuls cette scène de désolation. Nous devions cette si i nation au blocus continental.
Le blocus continental ! une de ces idées for» mutables que Napoléon coulait dans sa tète de bronze quand elle était en fusion, et lorsqu'il en sortait une colonae. anc armée, une proclamation.
Le blocus continental ! projet qu'on n'exécute qu'avec les bras d'un peuple entier.
Pour que Napoléon ne périt point, l'Angleterre devait périr. Invulnérable dans son Ile, il [allait l'attaquer ailleurs que chex elle ; et, comme elle était partout, partout on l'ai teindrait. Le génie de Napoléon avait deviné le moyen sur, infaillible s'il éiaii seconde, d'abattre l'Angleterre : c'était de lui ftler la vie, en empêchant qu'elle ne la renouvelât par ses points de contact avec les autres peuples. Il fallait que le continent tout entier repoussât, comme un vaisseau pestiféré, la flouante Angleterre; que contre elle chaque côte devint une taillerie, chaque rocher un Gibraltar, chaque ville une forteresse, chaque port un abiiuc, chaque homme un ennemi.
Qui donc a pu empêcher cette grande idée dcclore et .l'éclater, conçue par Napoléon?
Un seul humilie : Napoléon.
Il avait créé le blocus continental, il ûl la contrebande continentale.
Lisez l liisioire.
Poursuivons la nôtre.
Au indien de l'un «le nos ports de la Mnnrhc, frappe» comme les autres -le celle torpeur commerciale, s'élevait, sans a^rès, sans wâi«, ras connue après Mue al faire. — *a celait ui.e affaire qui l'avait rendu ainsi, — un vaisseau pris
sur les Anglais; si l'on pent appeler vaisseau une masse de bois absolument défigurée, immobile comme une maison, dans son eau verte et croupissante ; déshonorée par des pots de fleurs
3ui rejetaient leur tige verte au-dessus et auessous des plats - bords. On n'aurait jamais dit que c'était la le fameux vaisseau, ce terrible Alcyon qui avait tant fait de mal à notre commerce, et donné de si mauvaises nuits aux assureurs. On élevait jusqu'à trois cents le nombre de vaisseaux sortis du port dont il est ici question, pris ou brûlés pur ï Alcyon. Les marins n'osaient se dissimuler la terreur que sa rencontre inspirait. Il n'y ent qu'un vieux corsaire, nommé Scipion, qui eo purgea les parages. Dans un moment de colère contre tant d'audace et de bonheur, il avait juré que non-seulement il prendrait ce fougueux voilier qui paraissait a l'horiion et en disparaissait comme l'oiseau dont il avait le nom, mais qu'il le remorquerait au port, qu'il scierait ses mats, qu'il l'avilirait enfin par le plus honteux des châtiments dans l'idée d'un marin, c'est-à-dire qu'il en ferait une maison. Le mépris allait loin; son audace ne resta pus audessous de ton mépris. Il se battit avec C Alcyon, le prit, le traîna à la remorque, en abattit la mature, en élargit les croisées, le badigeonna, en équarrit si bien les formes, que, sans convenir absolument avec Scipion que sa conquête était une maison, il était difficile de dire ce qu'elle était. Par cette mutilation, V Alcyon avait acquis un tel caractère, qu'il y avait dans sa contexture du radeau, du navire, dn coche, de la maison et du jardin. Il ne l'appelait du reste que sa maison.
Jamais la haine contre l'Angleterre, cette bonne haine qui fait vivre, qui fait serrer les dents et comprimer le cœur, ne s'était rencontrée plus omère que dans l'àme de Scipion. Je l'ai oonnu. — Fils d'un père tué par les Anglais, lui-même longtemps prisonnier à Portsmouth. et blessé à la main gauche d'un éclat de bois, il était beau de colère lorsqu'il racontait les carnages que lui et les siens avaient exercés contre les ma ri us anglais; il avait alors du sang jusqu'aux lèvres. On l'écoutait avec d'autant plus d'attention, que ses calamités personnelles n'animaient pas son indignation; elle prenait sa source dans cet esprit de nationalité sublime qui conserve les peuples.
Scipion haïssait l'Anglais comme on bail une tache noire sur du blanc, par instinct : haine qu'on boit avec le lait et qu'on rend avec son Ame. Tout ce qui lui paraissait mauvais, il le qualifiait d'anglais.
Lui et une vingtaine de vieux invalides et damnés corsaires comme lui, s'étaient réfutés à bord de l'Alcyon; du quai et des deux rives, on les voyait tout le jour, se promenant, la pipe à la bouche, sur le pont de ce qu'ils appelaient leur t, ou braquant la lunette d'approche sur
tous les points de l'horizon, afin d'être les premiers à signaler quelque corsaire ramenant as port une bonne capture.
t Conçoit-on, disait le vieux Scipion à ses compagnons, que la ville soit pourvue en tabac, en sucre, en café, en toiles, en indiennes, absolument comme en pleine paix, quand il y a déjà Lien des semaines que pas une ancre amie n'a remué le fond du bassin? •
On lui répondait :
« C'est que nous sommes trahis, c'est que nous sommes vendus. Apprenes, maître Scipion, w vous ne le savez mieux que nous, que chaque ouit et à notre barbe, on débarque sur la grève tic* cargaisons entières, malgré les sabres de U douane, malgré les fusils des garde-côtes.
— Vrai 1 mes amis, le blocus n'est pas respecté, ajoutait un troisième ; il n'y a plus de patriotisme.—Ces gueux d'épiciers ne demaudent pas mieux que de remplir leurs tonneaux de sacre de In Jamaïque et de café de Bourbon, et nos marchands de toile livreraient les clefs de far* senal pour une aune de mousseline anglaise. La contrebande nous ronge ; tout cela fait que dois ne viendrons jamais à bout de l'Anglais.
— Eh bien ! dit Scipion, quoique nous ayons le malheur de ne manquer de rien, grâce aux Anglais, restons fidèles à notre serment. On nous vend 4 moitié prix du tabac anglais, excellent, contre du tabac français qui emporte la gueule et qui vaut le double.-— Fumons du tabac français.»
Et tous : t Point de tabac anglais !
— Le sucre vaut 10 francs la livre ; on l'offre à 3 francs de contrebande.
— Point de sucre !
— Et par conséquent point de café !
— Point de café ! vive le blocus! — L'Anglais périra par le blocus !
— Quant à nos femmes, elles se vêtiront comme elles l'entendront ; mais point de toile de Hollande apportée parles Anglais, point démons* seline anglaise, rien d'anglais! nos femmes se tisseront des chemises d'étoupe ; elles iront nues, sacrebleu ! plutôt que de favoriser le commerce anglais.
— C'est entendu I
— Si tous les Français prenaient aussi éoergiquement parti que nous pour le blocus, les Anglais seraient bientôt coulés. »
Et ces braves marins, qui partageaient avec l'aveuglement du fanatisme une idée très-fausse en économie politique, mais qui leur était venue de Napoléon, se privaient de tout plutôt que de devoir la moindre commodité de la vie à la contrebande anglaise. De fait, rien n'était original comme le contraste d'une place de commerce qui, manquant la veille de denrées coloniales ou de produits étrangers, s'en trouvait encombrée le lendemain, sans qu'un navire français fût entré dans le port. — Les lois avaient cependant
attaché une peine assez forte an délit de la contrebande : lu mort pour ceux qui la faisaient, la mort pour ceux qui y coopéraient.
c Mais que Tait donc notre commissaire de marîne, continua maître Scipion, qui n'envoie pas ions les bateaux armés de la douane contre cet infernal navire? Il parait le soir, débarque ses marchandises la nuit, lorsque le vent ou l'occasion est favorable, et au jour, il se déploie a l'horizon et hors de toute portée des forts ?
— Oui, c'est juste. Mais avez-vous remarqué, maître Scipion, qu'il ne descend précisément que lorsque les bateaux armés sont en course ailleurs?
— Je l'ai déjà remarqué. — Il reviendra donc toujours racler nos forts de son beaupré et remplir nos magasins de sa contrebande ? Il y a longtemps, trop longtemps que cela dure. Il file vite, j'en conviens ; mais les boulets vont vite aussi. L'Alcyon n'allait pas mal, qu'en dites-vous? C'est qu'il y a du mystère là-dessous. Que je voudrais savoir qui lui apprend si bien le moment favorable où il faut débarquer !... et celui dont les signaux... Mais ne voyez-vous rien là-bas, dans l'ouest, à l'horizon, dans cette ligne d'eau bleue, légèrement mousseuse?... Passez-moi la lunette. Si c'était ce damné de contrebandier ! »
Et maître Scipion, debout, le regard attaché sans préoccupation vers le point d'eau et de ciel qu'il avait désigné, allongeait avec précision, mais machinalement, les divisions de la lunette, tout en promenant la manche de sa veste sur le grand verre. Cette opération achevée, il plia la jambe droite avec précaution, en même temps qu'il laissait couler la gauche sous lui : il se rapetissa graduellement dans la génuflexion du chasseur qui va décharger son arme, et de cran en cran, étant arrivé à la prostration parallèle à l'horizon, la Innette tomba au point d'appui, son œil contre le verre ; on Fent dit en prière. Toute l'énergie du vieux Scipion était passée dans son œil qui se balançait à 5 lieues de là, à l'extrémité d'Un rayon.
« Que \ient chercher, s'écria-t-il tout en mesurant la hauteur de l'horizon, chaque jour, à cette heure, sur le rivage, cette jeune fille, en belle robe bleue, que je viens de voir passer dans le champ de ma lunette, à deux lieues de la ville et au bord de la mer ? 11 paraît qu'elle a pour amant quelque bel aspirant, qui lui apprend à rager, ou quelque olficier du fort. » Mattre Scipion n'insista pas davantage.
Ses camarades, qui connaissaient tonte la rectitude de son regard, lui dirent, après une pause ou'un homme de terre aurait certainement eu 1 indiscrétion de troubler plus tôt :
< Eh bien, Scipion!»
Il ne répondit pas.
i Eh bien, Scipion 1 >
Scipion w leva, ferma gravement sa lunette,
et, après avoir passé sa main sur l'œil droit pour l'éclaircir, il répondit sèchement : c C'est lui I c'est le contrebandier 1 Demain, le sacre vaudra 10 sous de moins la livre, le café aussi, et nos dames auront de la mousseline claire pour la Fête-Dieu. — Mort de mon âme 1 j'incendie la port si le commissaire me reruse une lettre de marque ! J'y vais de ce pas. Je sais qu'il n'y a qu'une mauvaise goélette dans le port, n'importe; j'y vais, je ne demande que cette barque. Suffit. — Et voyez si nous ne sommes pas trahis ; pré» cisément au moment où toutes les chaloupes canonnières sont dehors, le contrebandier anglais se présente, il arrive ! — Et dites encore après cela qu'il n'y a pas de connivence entre lui et les gens de la ville. Il y des signaux convenus. Allez les chercher ces signaux sur ces mille toits de maison 1.... >
Maître Scipion descendit le port et s'achemina vers l'hôtel du commissaire de la marine.
Pendant ce temps le vaisseau grandissait graduellement, mais toujours hors de portée des forts. A ses allures, tantôt vives comme la curiosité, tantôt subitement réprimées comme par la peur, on comprenait qu'il n'approchait que pour savoir avec certitude s'il devait décidément s'éloigner, ou hasarder plus tard une descente sur la côte. Il attendait an signal.
Les canonniers du fort étaient à leurs pièces ; mais l'éloignement du contrebandier rendait encore leur service inutile.
Scipion arriva chez le commissaire de la marine. Avant de parvenir à la pièce voisine de celle où ce grand fonctionnaire dînait ce jour-là en famille, il fut questionné, malmené, poussé, retenu par vingt domestiques.
Il étouffa autant de jurons que de pensées devant le luxe des appartements. Jamais les services administratifs n'ont été bien appréciés par les marins; Scipion n'était pas nne exception. Après avoir compté les carreaux de l'appartement et les clous des fauteuils, il agita la sonnette qui était sur la console.
Un domestique parut.
« Dites à M. le commissaire que je veux loi parler.
—On ne parle pas à M. le commissaire après cinq heures ; il est cinq heures un quart.
— Je dis que je veux lui parler ; sinon j'entrerai dans le salon, où je l'entends dîner, sans me faire annoncer.
— Qui étes-vous ?
— Marin. Annoncez un marin.
— Votre grade ?
— Aurons-nous bientôt fini ? — Corsaire, i Scipion poussa le domestique par les épaules
dans le salon, où l'on entendit, quelques minutes après, une légère rumeur.
< Monsienr, dit en revenant le domestique, M. le commissaire donne audience de dix à orna
heures, le mardi de chaque semaine, à ceux qui réclament des renseignements ; de onze heures a midi, le mercredi, à ceux qui demandent du service, et le jeudi, de deux heures a quatre, à ceux qui sollicitent leur retraite. Ainsi vous avez trois jour* «lans la semaine. Voyez dans quelle catégorie vous vous trouvez. — J'ai l'honneur de vous saluer.
— Tonnerre ! s'écria Scipion. c'est aujourd'hui vendredi ; j'attendrai donc quatre jours pour révH.t un commissaire la présence du contrebandier dans la rade ! •
11 reprit la sonnette, ci l'agita violemment.
Le domestique reparut.
« Voulez-vous bien retournera votre maître et lui dire, puisqu'il ne veut pas me donner une audience, que le contrebandier anglais est en vue, que dans une heure il sera nuit, et que dans quatre la cargaison sera débarquée, s'il n'y met empêchement. »
Le domestique obéit. U se rappelait te geste de Scipion. .
Il revint très-poliment dire que M. le commissaire le remerciait beaucoup de son avis, quoiqu'il ne l'eût pas attendu pour avoir connaissance de la présence du cuiitrch.imlicr. Apres le diucr, on dounerail des ordres en conséquence.
« Itctourticz encore, cria le vieil* Sc'pion, et dites que je ne suis pas venu donner un avis, mais chercher une letlie de marque ; que. je veux snrde •champ une lettre de marque, culcudez-vons? »
Scipion fut prié d'attendre.
i A la bonne heure ; • il s'a.vit.
Une demi-heure se passa ; le domestique ne venait pas le délivrer ; il rongeait le frein.
En ce moment, pensait-il, le contrebandier double la pointe du foil : avec le > ont qui régne, deux bordées suffiraient pour lui couper la retraite. Mais il faut se hâter !
On passa le rôti.
C'était le secoud service : il dura une demiheure.
« La nuit se fait, ajouta Scipion, le vent va tomber; il serait surpris par le calme, on le prendrait avec la main. Dans une heure il sera trop tard : il profitera de lobscuiilc pour jeter sa contrebande à terre ou pour s'évader. Veut et marée ! ils m'ont encloné ici comme une vieille pièce de rebut ! — Aurez- vous bientôt fini là- Las?.
Il vit circuler le dessert.
Alors il n'y tint plus de rage. Certainement, On aurait entendu ses exclamations de la pièce voisine, si on avait pu entendre quelque chose. Le bruit des verre», des rire* et de la conversatiou étouffait tout.
• Ai z votre pays ! jurait-il ; de beaux mes-
ftieuis sont a manger et a boire, tandis que l'Anglais viole le blocus. Mais la nuit vu se faire, et
ils boivent encore. — Je n'ai pM mangé, mot, pourtant, depuis que j'ai vu ce chien de contrebandier. Je n'ai qu'un cigare dans l'estomac. »
11 tournait déjà la clef dans lu serrure pour forcer le salon.
Les domestiques sur des plateaux.
D'autres suivaient avec des bougies.
Il entendit ou crut entendre un coup de canon dans le lointain.
« On se bat ! seerie-t-il. et il renverse deu* domestiques et tout le café et toute la liqueur.
— Sacredieu ! monsieur le commissaire, voila deux heures que je suis en panne dans votre antichambre, et, depuis deux heures, vous êtes averti que le contrebandier anglais croise devant U ville, et que je vous demande une lettre de marque. »
Tous les convives furent interdits.
Gravement et en filtrant nn verre de chant» pagne, le commissaire lui dit :
« Personne n'a besoin de me prescrire mon devoir. — Sortez!
-—Oui. je sortirai, mais je vous aurai dit voire fait. Est-ce en mangeant des poulets et en buvant du rhum que vous donnerez la chasse aux non* trehaudiers? — - Je «lirai à toute la ville, à toas les gens du |iorl, que vous m'avez refuse nn nusval» cliiffou de papier qui mu donnât droit de huître les ennemi» de mon pays. Il y a qurlfiita ici qui trahit le gouvernement, et ce n'e»t pu moi ! — 11 y a quelqu'un ici qui connaît le roeber où l'on descend à minuit la couirebaude!...
— Assez ! »
Le regard sauvage et accusateur du corsaire, qui I nippait au hasard et partout, tomba sur ta jeune fille du commissaire de la marine : il s'a* mol lit, il s'y fixa avec un étrange cionnement et qui suspendit sa colère : il se calma. On eut dit en tison qui tombe dans l'eau.
t A la santé de i saisissant an verre blocus continental ! •
(.a singulière diversion que la vue de cette jeune |»ersonue avait opérée sur Scipion permit a un jeune aspirant «lèse lever, et d'engager Scipion à se retirer avec décence.
« C'est vous, monsieur Auguste, lui dU-Hf c'est vous ?
— Oui, mon vieux Scipion.
— Ah ! monsieur Auguste, si vous n'ajet quelque reconnaissance pour vous avoir apuriià laire de la tresse et à prendre un ris, obienezmoi une barque, une chaloupe, un radeau, cl •(«• l'aille me patiner avec ces contrebandiers «pu viendront bientôt, si on les laisse faire, dormir lans nos hamacs.
— On ne s'y prend pas ainsi, Scipion, un jotf de liaucailles.
— Fiançailles 1
ic uaiis ■ eau.
mou empereur, s'écria-l-il e« ■e à portée, et a la gloire de
— Eh oni! h fille du commissaire de la marine i marie dans huit jours.
— Avec quelque contrebandier anglais , je
Zii
gag»*
— Non, Scipion, avec moi. Mon épouse sera celle que tu as si étrangement regardée.
— Vous épousez celle demoiselle ?
— Pourquoi cet air d'eloniicmenl, Scipion? ce ion qui semble douter d une chose pourtant si Du tu relie .
— En ce cas, vous ferez bien d'avoir une maison au bord de la mer. Votre femme aime beaucoup la mer. 1
— Je ne te comprends pas.
— Je vous répète que votre femme aimera Itram oup h mer, si vile conserve ses goiïl* de deuioisrlle.
. — Ali ça ! explique-loi.
— Tout esi impliqué. Depuis six mois, je vois votre (lancée venir se promener sur Ij jetée du fort et gravir les rocher» les plus élevés, qu'il y un du vent ou de l'orage. Peut-être est-ce là qu'ont lieu vos rcedez-vous ?
— Des reudez-vou» ! le bord de la mer I ma fiancée toute seule! Cécile! Tu me promets la preuve de ce que tu avances. Scipion !
— Vous la donner m'est aussi facile que de prendre ce chien de contrebandier. Venez demain a bord île ma maison ; et ma lunette vous montrera votre fiancée comme je vous vols là.
— Avec uu homme ? décria le fougueux aspirant.
f — Je ne dis pas cela. Vous chercherez l'homme; Ce»l voire aflaire ; moi j'ai vu la femme !
— A demain, Scipion !
— A demain, monsieur Auguste ! »
Il était nuit. Au matin on sut que le contrebandier avait effectué le débarquement de ses marchandises prohibées.
Evidemment Se pion se trompait sur la conduite du commissaire de la marine: jamais rien de suspect n'avait plané sur sa vaste administralion. Choisi dans les rangs des vieux capitaines de vaisseau qui avaient fait la campagne de 1 Inde sous le bailli de Suffren, sa vie passée rendait sa réputation inabordable au soupçon. Il est vrai que son département n'était pas le plus heureux à sévir contre la fraude ; mais le hasard explique ces malheurs : de grands généraux n'ont jamais gagné de batailles.
Cécile est née dans l'Inde, où son père avait été gouverneur. Fleur parfumée d'un autre climat, elle se décolore sons notre ciel ; elle a froid à notre soleil. Son teint bmn a pâli; sa taille flexible penche. Son énergie parfois soudaine, sa mollesse habituelle, sont un contre-sens perpétuel avec notre civilisation placide. Bien qu'elle ait caché l'ardeur de son âme sous nos manières, tous notre costume, sous notre éducation, cei e ! voluptueuse de créole brise :'i chaque iiMant Tojie
l'enveloppe qui I étouffe. Le voile européen sied mal à cette verte nature indienne pleine de sève et de vitalité.
Aussi cette contrainte In tue. Elle mourra peutêtre comme la fleur transplantée, en regardant le soleil. Il faut l'entendre parler avec sa voix do créole. La voix d'une créole est une musique que Dieu a mise dans la bouche de» femmes américaines, comme une compensation au silence dont il a frappé le gosier des oiseaux tic cetto partie du momie. Le chant des oiseaux est passé dans la voix des créoles : on dirait qu'il y a do l'amour dans leurs expressions les plus simples. Qu'elles sont plus meurnières avec celle voix que la fièvre el la chaleur! Aimer une créole et mourir, c'e»t le commencement et la fin d'une passion. Il n'y a pas d'infidélité possible sous l'é* quateur : on aime, on est aimé, l'on uicurl. La viO et les Heurs viennent si vile !
Il y avait erreur grossière de la part de Scipion. A deux lieues de distance, la lille d'un |»Cclu ur peut ressembler à la lille d'un commissaire de la marine. — Quel moyeu de croire qu'une enfant sortie à peine de la tutelle du pensionnât, élevée avec toute la soll cittide paternelle (sa mère était morte), aimée d'un jeune et brave ollicier de marine, entourée de I ■ surveillance délicate, mais attentive.de vingt domestiques (la supposition était trop insensée), compromit son nom, sa vie, son avenir, par un amour caché, par un amour écoute avec complaisance au bord de la mer. a deux lieues delà ville? Et d'ailleurs Cécile est nu eulanl d'imagination et de re|>os, qui aime son sopha de velours, son oiseau qui chaule pour l'amuser quand elle ne chante pas pour amuser son oiseau ; qui so penche sur sa harpe, comme pour regarder l'harmonie qui coule de ses doigts; qui lu. une cas>o(etle à la main, et de» fleurs dans les cheveux, la souffrante poésie de Millevoyc. et jouo avec lesaiguilletlcs d'or, avec le poignard de soa fiancé. Voila sa vie.
Scipion ! Scipion ! ta vue commence a faiblir ; tu n'as aperçu uu bord de la mer que l'écume qui couvre le rocher.
Auguste ne manqua pas de se rendre le lendemain, à l'heure convenue, à bord de l'A/cyon, y apportant l'irritation d'une nuit d'insomnie et la promesse de la vengeance la plus prompte.
Le ciel, si rarement d'accord avec nos projets, fut ce jour-là d'une sérénité admirable. On eût pu voir à dix lieues de disiance : le vieux corsaire cl l'aspirant ne virent rien. Il fallut l'obscurité de la nuit pour les convaincre que la demoiselle à la robe bleue ne viendrait pas au rendez-vous. 11» se quittèrent avec de» seutiments dilferents : l'un croyait compromis l'ainoiir-proprc «le son entêtement ; l'autre avait la joie du doute. Au lendemain fut remise la seconde épi cuve.
Auguste de Russy alla passer la soirée auprès de Cécile. Il déposa a ses pieds tout ce qu'il lui restait de vague jalousie. Après une infidélité apparente et qu'on a soi-même démentie, on trouve plus douce ta parole de celle qu'on aime, plus enivrante la pression de sa main. Vingt fois, sur le ton «le plaisanterie moqueuse dont il se sentait inspiré contre lui-même, il fut sur le point de raconter sa fatale croyance aux propos de Scipion, les propos de Scipion, la lunette d'approche, et de réclamer son pardon par un baiser.
Elle et lui parlaient encore de leur prochain mariage. On obtiendrait peut-être un grade, quoique cela fût assez difficile dans ces temps; et si Auguste, à sa première croisière, allait être pris par les Anglais, conduit dans les pontons : idée affreuse !
Et cela an irait facilement alors dans les ports de la Manche, où, une demi-heure après l'appareillage, le combat; et deux heures après le combat, les poutoos.
Ces deux enfants palissaient.
Tandis qu'ils riaient et pleuraient, parlaient de gloire et de mort, familiarités énergiques que l'Empire avait introduites dans nos cœurs, Auguste se prit à baiser le mouchoir de Cécile, où quelques pleurs avaient été répandus.
« Elégante ! s'écria Auguste, élégante ! que dirait l'empereur? que dirait le blocus? vous pleurez dans la batiste anglaise ?
— Oh ! Dieu, dit-elle, les monstres ! — Je n'en veux pas, — moi, — de la batiste anglaise !
— Comment ai-je pu ? Mais c'est mon père
qui m'a donné ce mouchoir. »
Elle pétrit ce mouchoir dans sa jolie main, et l'approcha de la flamme de la bougie.
* Que faites-vous la, Cécile? dit le père en entrant.
— Papa, je remplis ton office ; je te supplée : tn brûles sur la grande place les cargaisons anglaises ; moi je brûle mon mouchoir de batiste à la flamme de cette bougie. Je fais aussi respecter le blocus : ne suis-je pas ta fille? *
Auguste ne se possédait pas de joie.
Le commissaire embrassa froidement sa fille ; un nuage passa sur son front ; il se hau de dire : c Les nouvelles des croisières ue sont pas heureuses. »
Cécile chancela.
c Auguste ! vous partirez dans huit jours pour croiser dans la Manche. C'est au tour de votre frégate ; après, nous penserons à votre mariage. »
Auguste aurait cru injurieux pour sa fiancée de retourner huit jours de suite au rendez-vous deScipion.il lui écrivit, en lui envoyant dix livres de tabac de France, qu'il le remerciait beaucoup de son prudent avertissement, mais qu'il ne jugeait pas a propos d'en proûter davantage.
Rien ne détourna le vieux marin de ses in-
vestigations, et l'obstination s'en étant mêlée, il cherchait la jeune fille au bout de sa lunette avec autant do ténacité qu'il guettait auparavant le contrebandier.
Huit jours s'écoulèrent : ni contrebandier à l'horizon, ni jeune 12 Ile sur les rochers.
Auguste de Bussy partit en croisière.
Le soir du neuvième jour, Scipion vit passer, et un cri lui échappa, la jeune fille dans le grand verre de la lunette.
t Faut-il être damné ! — Précisément au moment où M. Auguste a quitté le pays, voilà que je revois celte jeune fille : — que n'est-il ici pour nier encore ! — Eh bien ! esl-il si fou le vieux corsaire ! C'est bien elle : la même robe bleue, le mouchoir à la main ; — c'est cela, — de rocher en rocher. — Obi M. Auguste, mon joli aspirant, mariez -vous! mariez-vous ! Y a-t-il possibilité de se tromper? Sa figure? je la vois comme si elle était à deux pas... ; sa bouche..., ses yeux... où, démon ! va-t-elle? — car il vente la peau du diable, et sa robe porte comme un perroquet de fougue.
— En voici bien d'un autre, à présent... le contrebandier sous ses basses voiles qui arrive ! Ah I le chien ; il sait donc déjà que la frégate est partie! »
* ht Scipion attacha son attention £'Jr le contrebandier, dont il épia la manœuvre avec toute l'exaltation d'intelligence d'un lévrier en arrêt.
t Toujours toi, vieux coquin? Que la mer te serve de tasse ! >
Il fit ensuite tourner le tube de la lunette sur son axe, voulant avoir aussi le cœur net de ses soupçons sur la jeune fille à la robe bleue. Ce manège d'aller du vaisseau à lu, femme, de la femme au vaisseau, lui révéla, ;ncc une soudaineté d'esprit que les gens enthousiastes qualifieraient d'inspiration, et que la raison explique très-bien, la pensée coupable que les deux apparitions n'étaient pas étrangères l'une à l'autre. Il trouvait un motif au retour du contrebandier dans le départ de la frégate; il expliqua naturellement la présence de la jeune fille sur le rivage par le retour du contrebandier. Une fois ce soupçon accueilli, l'Amérique était découverte. Ses doutes sur cette correspondance intime entro l'arrivée du vaisseau et la promenade de Cécile se raffermissaient en outre par les exemples du passé : chaque fois qu'il avait aperçu le contrebandier, il s'en souvint, il avait vu Cécile.
Ayant brusquement fermé sa lunette, Scipion descendit au port, se présenta chez le commissaire de la marine, et avec l'accent arrêté d'un homme qui est sûr d'être obéi, il lui dit :
< Vous allez, monsieur le commissaire, me délivrer sur-le-champ une lettre de marque : emen* dez-vous? »
Prévenant toute explication superflue, il §4 pencha à l oi cille du commissaire ;
« Le contrebandier rentrera cette nuit : la GHe a la l oin- bleue et blanche se promène en ce moment sur les rochers qui bordent le fort.
— Silence ! silence ! passez dans mon cabinet, Scipion. Asseyez-vous.
— Hàlons-nous, monsieur.
— Vous n'avez pas d'habits, Scipion? Dix pièces de drap, prises sur la cargaison du contrebandier, seront pour vous.
» Vous n'avez pas de pantalon : cinquante pièces de nankin pour vous.
» Vous n'avez pas de chemises : cinquante pièces de toile de Frise pour vous.
> Vous fumez : deux boucauts de tabac Virginie.
» Voire misère vous défend le café et le sucre : dix barriques de sucre, dix de café pour vous.
» Voire femme dort sur la paille, vos enfants à terre : de ledredon pour elle, pour vous, pour vos enfants.
» Votre cave sera pleine de rhum, de vins, de liqueurs, vos armoires de linge, entendez-vous, Scipiou? x
— Monsieur le commissaire, une lettre de marque ! une lettre de marque !
— Malheureux, lu n'as pas d'argent : tes par ches en seront gorgées.
— Une lettre de marque ! une lettre de marque, par Sainl-Elme ! car il se fait lard.
— Tes Gis seront exempts de tout service de terre et de mer, Scipion !
— Une lettre de marque !
— Scipion, je mettrai la croix d'honneur a la boutonnière.
— 11 est nuiff une lettre de marque, monsieur le commissaire, ou je ne me connais plus !
— Mats si je te la donne, Scipion... je te connai>, tu prends le contrebandier; le contrebandier pris, on brûle la cargaison. Dis, que t'en revienib a-t-il ? Rien, de la cendre.
— De la cendre ! Ainsi soit l'Angleterre ! De la e n. Ire, et (pie j'en frotte nies mains ! que j'en j'emplisse 111:1 bouclir ! IV la cendre, de la cendie ! voilà ce qui m'en reviendra. Vous appelez cela li.-u !
— I l si je ne te donne pas cette lettre de nu que. q:ie feras-tu ?
— Je vous dénoncerai.
— A qui ?
— A l'empereur et roi.
— i t de quoi m'ai cuset as-tu ?
— De n'eu e qu'un contrebandier, un ami des Allais, un iraltre au blocus continental.
— On ne te croira pas.
— Et votre enfant, yotre fille ?
«— Ku quoi ura fille me compromettrait-elle ?
— Je dirai ses signaux aux bords de la nier, sa robe bleue, lorsque le contrebandier peut cnlrer
FRANCE MARITIME. Stf
— Tu te trompes, Scipion. m fille ne sort jamais de son appartement : efle l'a gardé aujourd'hui.
— Et pourquoi me proposiez -vous de l'or?
— Insensé ! je ne t'ai offert de l'or que pour t'enguger à courir plus vile à ton but. Juge de* occasions où 11 est nécessaire de risquer le courage de mes marins : si une première fois je l'ai refusé une lettre de marque, maintenant je l'accorde ce que tu désires; tu vas avoir à l'insUnl même ta lettre de marque. »
Durant ce dialogue, la nuit était venue : nuit d'hiver couverte d épais brouillards.
< Je te disais, Scipion, que lu avais pris uno récompense pour une séduction, pour un piége. Mais ton erreur résulte de la vivacité de ion patriotisme : je l'exouse. *
Beaucoup d'antres belles paroles firent oublier à Scipion que la nuit était déjà si sombre et si avancée, que l'ange des ténèbres même ne trouverait jamais le contrebandier.
Ensuite le commissaire de la marine sonna. Cécile, en costume du soir, visiblement trop fraîche et trop parée pour supposer qu'elle revenait du bord de la mer, parut et apporta unê lettre de marque à son père.
Le vieux corsaire ne comprit rien à la métamorphose. La fille du commissaire devant lui, quand il la croyait au bord de la mer! Il se crut fou.
Il sortit; mais, pendant sa longue conversation, le contrebandier était rentré déjà dans un port d'Angleterre.
Scipion froissa avec rage dans ses mains la lettre de marque.
La frégate sur laquelle Auguste était pani depuis deux jours rentra dans la nuit au port avec une pri>e de quatre vaisseaux anglais de la Compagnie. Dans l'affaire on ces quatre vaisseaux étaient restés ta conquête des Français, Auguste avait montré beaucoup de courage, et, ce qui est plus rare, beaucoup de sang-froid. Le rapport de la journée le citait parmi les officiers dignes, par leur bravoure, d'être recommandés à la bienveillance des ministres de Sa Majesté.
Qu'elle fut heureuse, Cécile, lorsqu'Auguste, parlant près de sa joue, si près que ses boudes brunes en étaient agitées, lui raconia les boulets passant sur sa jeune tête, la mitraille se croisant avec le commandement des chefs, enfin cette émotion d'une première affaire vive comme l'amour. Elle séparait ses cheveux I londs pour voir s'il (Jisait vrai, s'il n'était pas blessé ; elle prenait ses mains dans ses mains : elle élaii si heureuse !
Tout a coup le canon de la frégate annonça aux gens de l'équipage qu'il fallait sur-le-champ se rendre à bord.
sans danger } sa robe blanche, lorsqu'il doit fuir. ! Comme Auguste retournait précipitamment a.
ton poste, il fnt Fort étonné de rencontrer Scipion sur le pont du vaisseau.
* Que voulez-vous, monsieur Auguste ? j'aime mieux servir comme mateJot ou canonnier à boni de votre frégate, que de voir chaque jour, les bras croisés, tics choses qui soulèvent le cœur. »
La conversation entre le corsaire cl raturant en reMa là. Chacuu regagna son poste : la f régale appareilla.
Chargé de pluie et de grêle, le temps était horrible : la frégate louvoya tout le reste de la nuit.
Au jour, les habitants, que quelques sourdes volées de canon avaient éveillés, furent témoins d'un beau spectacle.
Lu frégate serrait étroitement entre clic et la terre le contrebandier si connu, si redouté. Malgré sa marche supérieure, l'interlope était Obligé de raccourcir «haque fois ses bor«léc*, S<>us pi'ine de se renconlrer proue à proue avec la frégate, ou, en continuant sa maiiuMiire. île tomber sous le canon des forts ou du dériver sur les rochers. Pourtant il restait encore une ▼oie de salut au contrebandier? c'était de passer entre un gros rocher a deux longueurs «lu vaisseau du rivage, et Ut terre, passage infranchissable pour la (régate. Le contrebandier connaissait-il ci* passage désespère? l'ignorait-il? c'est ce qui faisait battre le cœur de tous les habitants rangés sur les hauteurs qui dominaient la rade. 11 lallail se hâter : il n'y avait plus qu'une bordée de salut pour le contrebandier.
Il virait de bord pour la courir, qoand la frégate, sans qmtter sa proie, détacha une embat> cation montée de douze soldats de marine, d'un timonier, et d'un aspirant pour les commander.
L'embarcation se dirigea vers la terre.
La mer était haute, fatiguée encore par l'orage. On entendait se heurter les carabines des suidais ; on voyait dcltoul l'oflicier, sans chapeau, le visage bleuie, la trompette marine à la main.
Ils s'approchaient dn rivage.
Sur le rivage, il n'y avait qu'une jeune fille en robe blanche, venue là, sans doute, pour suivre du regard son amant dans le combat qui se préparait, ou pour respirer l'air robuste et sain de l'Océan.
Le vent était fort, ses longs cheveux flottaient, sa robe blanche et pure s'attachait à ses jambes, comme un voile à une statue antique; ses beaux pieds évitaient avec soin l'écume blanche qui s'iitcnd;|itcn nappes autour d'elle.
La barque appiochait toujours.
Bientôt on distingua Scipiou qui était au gouvernail, et Auguste qui commatiiiait debout à J'arriére.
Ils étaient déjà sur les brisants.
Le contrebandier achevait sa dernière et fatale bordée j il n'avait plus que celle-là à fournir.
si un signal ne l'avertissait (ont a coup, rapide comme un cri, comme un geste, de se jeter dans la passe.
Ce signal allait être donné peut-être, La population entière ne respirait pins* • En joue ! » cria Auguste.
La trompette marine lui tomba des mains. « Feu ! • cria Scipion.
Une main blanche, comme celle d'nn ange qui écarte un rayon de soleil ou un nuage, s'était levée, enveloppée d'un mouchoir blanc.
La main tomba, et le corps au^i.
Douze coups de fusil niaient porté. Donzo balles avaient renveisé la jeune lillc à la robo blanche, qui était venue, par ordre de son père, lespircr l'air marin qui rend la santé.
Im contrebandier amena son pavillon sans ré» sisiance. Il fut remorqué au poil.
On cria : Vive l'empereur 1 à bord de la frégate.
On répondit : Vive l'empereur ! de la terre et de la ville.
Vive le blocus !
Le soir de cette journée, une harpe eut ses cordes lu isecs, un oiseau s'cnvula, uu livre resta ouvert qu'on ne ferma plus.
Entendez-vous ces cloches joyeuses, ce canon qui tonne, ce peuple qui se tend sur la grande place? Décime par la famine, par la guenc et par IS'apoleon, il crie : Vive la guerre et Napoléon ! ruiné par le blocus continental, il hurle: Vive le blocus continenal! il vient la nu-pieds, nu-tête, quoiqu'il gèle, les lèvres gercées, le* mains violettes, l'estomac rentré par la faim.
D'abord. Scipioo conduit un peloton de vieux corsaires : il a les honneurs du pas.
Tout ce qui abhorre les Anglais et l'Angleterre est invité à coups de canon à la fête. Toute la ville y est.
Ce n'est ni du pain, ni dn vin. ni du Libac. ni du sel, ni de l'or qu'on va distribuer au peuple, c'est de la vengeance contre l'Angleterre, de la vengeance argent comptant : chacun en prendra à pleines mains; les vieillards, les jeunes hommes, les enfants, les femmes, en auront leur part ; les femmes surtout. Comme elles sont belles de" fureur! Chacune d'elles va se payer d'un fils mort, d'un frère prisonnier, d'un époux noyé. C'est le jour «lu rachat ! Vous savez si une mère est terrible quaml on tue sou fils! Il y a là des mères qui ont eu huit lits tues par Nelson !
Jetez les yeux maintenant sur la grande place, autour de laquelle rôde et hurle ce peuple, qui sort la langue, qui aiguise ses ongles : ell* est encnnibiéc de marchandises de tous les pays, car l«'S contrebandiers anglais s'étaient faits h s courtiers de toutes les fraudes. Voyez les trésors des deux hémisphères, jetés à brassées sur la terre. Il y a là deux millions de marchandises rares on
utiles. Qne cette laine filée par l'industrie servirait bien à couvrir la nullité de ce peuple dont les os percent la chair 1 cette toile, à vêtir ces pauvres mères ! Oii ! qu'avec l'or de ces marchandises on indemniserait de maux et de malheurs! Le pécheur aurait un bateau, le laboureur une charrue, tous du pain ; car le pain de l'Empire est dur, le pain de l'Empire est rare. Peuple, voulez-vous du drap, de la laine, du pain ?
c Nous voulons de la vengeance ! nous voulons du feu !
—Vive l'empereur et roi ! Vive le blocus continental ! Mort aux Anglais 1 »
Voici le commissaire de la marine ! Place au cortège ! place aux torches î
L'air rayonnant de patriotisme, M. le commissaire de la marine, en écharpe tricolore, une torche à la main, s'ouvrit un passage à travers la foule. Il était suivi «le l'équipage de la frégate. Auguste, pAle « t un flambeau à la main, marchait à coté du commissaire de la marine.
• Vive l'empereur t »
Le commissaire s'arrêta au milieu de la place, devant un bûcher immense.
« Vive le blocus «oniincnlal!
— Mort aux Anglais ! »
En agitant la torche enflammée au-dessus de sa téle. le commissaire de la marine s'écria : < Vive l'empereur et roi! — Vive le blocus continental ! — Mort aux Anglais ! »
Monté ensuite sur un ballot de laine, par un geste, il réclama lo silence.
Il l'obtint.
El il lut : >
« Décret de l'empire.
Article unique t
•Tontes Tes marchandises anglaises, saisies sur les vaisseaux anglais et autres, seront brûlées immédiatement. Signé L'Eurtnixn. >
t Vive l'empereur ! »
11 prit, pour donner l'exemple de son obéis* sance aux lois, une poignée de soie écrue, et la jeta dans le foyer.
Alors Scipion et fes corsaires défoncèrent à coups de huche des barriques de tabac ; et après en avoir respiré la saveur Acre, mais si douce aux organes du marin, les barriques roulèrent dans la flamme ! Tout y passa.
Deux millions de marchandises furept réduits en cendre et en fumée. Jusqu'à l'entière destruction, le commissaire de la marine et l'état- major de la frégate, dont Auguste faisait partie, ne quittèrent pas leurs places d'honneur.
Quand tout fut achevé, quand l'ivresse de la rage, les cris eurent couché, dans cette cendre qui resta tiède trois jours, ces démons, ces éternels ennemis de l'AngleterreJe cortège défila aux cris de : Vive l'empereur ! mort aux Anglais î
Scipion se jeta sur les pas du commissaire et lui dit: t Morte !
— Morte ! répéta le commissaire.
— Morte ! répéta Auguste.
— Silence ! i ajouta Scipion.
Il se perdit dans la foule en criant : Vive l'empereur î
Au bout de trois jours, Auguste fnt nommé enseigne. — Il reçut la croix d'honneur des mains du commissaire de la marine.
Le commissaire de la marine reçut médaille de lu part de l'empereur.
Léon GozLiif.
tombât
DE SANTO-DOMKGO.'
Ce fut le 15 décembre de l'année 1805. par un temps épouvantable, que nous appareillâmes de la rade de Brest au nombre de onze vaisseaux et quelques frégates; car, à cette époque, nous ne sortions de nos ports qu'à la faveur des tempêtes.
Parvenue à la hauteur des Açores, celte escadre se sépara en deux divisions ; Tune de six vaisseaux, sons les ordres du contre-amiral Willaumez, fit route au sud ; et l'autre, composée des vaisseaux l'Impérial, l'Alexandre, le Jupiter, le Brave, le Diomide, deux frégates et une corvette, sous le commandement du contre-amiral Leissègues, se dirigea vers le nord. L'Impérial, de 130 canons, portait le pavillon amiral. Cette escadre avait pour mission de porter à Santo- Domingo environ neuf cents hommes de troupes et des munitions.
Trois jours s'étaient écoulés depuis la séparation des deux divisions, lorsqu'un coup de vent de nord-ouest des plus violents vint nous assaillii . Les instructions de l'amiral lui ordonnaient de passer par le nord, aGn d'intercepter un coo»<>i anglais qu'on savait être sorti de Cork, esconé par trois vaisseaux seulement; force lui fut donc de lutter contre le vent et la mer pour remplir cette partie de sa mission.
Cette lutte durait depuis près de soixante heures, lor&qu'enfin l'étal de son escadre mît l'amiral Leissègues dans la nécessité de laisser arriver par le sud. Le Jupiter, le Brave et /• Diomide, vieux vaisseaux qui avaient été réparés à la hâte pour faire cette campagne, coulaient bas d'eau. La guibre du dernier avait largué, et il demandait à être accompagné. La mâture du Jupiter était avariée et menaçait ruine. L'Alexandre signalait aussi des avaries majeures.
L'Impérial n'ciaît p.n «Inns un meihVur etai ; il avail beaucoup fatigué dans les hauts, et ses ponts élaienl tout ou» eus.
Ce fut dans cet état de délabrement que l'escadre arriva devant Santo-Domingo. Après avoir débarqué les troupes et les munitions, le premier soin de l'amiral fut de s'occuper des moyens de réparer ses vaisseaux. Santo-Domingo, qui n'avait ni port ni arsenal, ne pouvait lui offrir aucune ressource ; il se vit donc réduit à ses
Îiropres moyens. Tous les ouvriers de l'escadre urent mis à l'œuvre. On commença par les bâtiments qui étaient les plus maltraités. On fut obligé d'envoyer couper les bois nécessaires dans les forêts de la rivière Isabelle; les fers lurent tirés des approvisionnements des vaisseaux ; et enfin, après quatorze jours de travaux, que les nuits même n'avaient point interrompus, l'escadre se trouvait en éiat de repreodre la mer. Elle avait reçu l'ordre de se disposer à appareiller, lorsque, le 6 février 1806, i six heures du malin, la corvette la Diligente, qui avait été envoyée en croisière pour observer l'ennemi, rallia en signalant une escadre supérieure en forces. Effectivement, on découvrit bientôt sept vaisseaux anglais, qni, servis par un vent favorable, se dirigeaient a toutes voiles sur la baie où nous étions mouillés.
L'amiral Leissègues, ne voulant point combattre à l'ancre dans une rade où il n'était protégé par aucun fort, fit signal d'appareiller en filant les câbles par le bout. Un second signal ordonna de forcer de voiles, et un troisième de ne préparer au combat. L'escadre française était sous voiles depuis plusieurs heures, et elle longeait la côte est de Santo-Domingo, lorsque l'amiral Leissègues s'aperçut que quatre vaisseaux anglais manœuvraient pour lui gagner le vent et meure son arrière-garde entre deux feux. Il se décida alors a tenter de couper la ligne entre |e premier et le second vaisseau de tète, et 'il fit signal a l'Alexandre, qui était de l'avant à lui, d'arriver, et a l'escadre d'imiter su manœuvre.
Si effectivement elle eût été exécutée par toute l'escadre, la tète de la ligne ennemie se fût trouvée entre deux feux ; mais le Diomède et t Alexandre furent les seuls qui obéirent au signal, en sorte que ces deux vaisseaux, ainsi que l'Impérial, se trouvèrent bientôt eux-mêmes enveloppés par sept vaisseaux anglais.
Des quatre qui avaient cherché à nous gagner le vent, deux se dirigèrent sur l'Impérial, et commencèrent à le battre en poupe. Celaient le Superbe et le Nortkumberhnd ; le premier, de 80 canons, était monté par l'amiral Duckworth, et le second, de 74, par l'amiral Cochrane. Un troisième vaisseau, monté par l'amiral Lowis, vint bientôt les joindre. L'Impérial faisait depuis une heure et demie le feu le plus terrible des
iUmin bords, lorsqu'un quatrième vaisseau vint encore l'as>:iil|ir.
Le Diomède et l'Alexandre, attaqués par trois vaisseaux, soutenaient vivement l'action, lorsque ce dernier, démâté de tous ses mâts, dériva hors de la ligne, se trouvant hors de combat, et fut amariné bientôt après.
Le fou durait depuis deux heures, lorsque, à la faveur d'une éclaircie, on aperçut le Jupiter et le Brate sous le vent de la ligne anglaise, tous les mâts hauts et leur pavillon amené.
L'amiral, voyant alors son escadre réduite à deux vaisseaux, résolut de s'ensevelir sous les débris du sien plutôt que d'amener son pavillon. Déjà les batteries de 18 et de 84 étaient entièrement désemparées. Portant alors tontes ses ressources dans celles de 36, il répondit au feu des quatre vaisseaux qui le combattaient. Bientôt le grand mât cl le mât d'artimon, coupés :\ 18 pieds du pont, tombèrent sous le vent, et entraînèrent le petit mât d'hune dans leur chute. Tons les escaliers de communication étaient détruits, et l'on ne communiquait d'un pont à l'autre qu'au moyen de cadavres empilés, et à l'aide des tireveilles. Le feu avait pris deux fois à bord, et ce n'avait été qu'à grand'peine qu'on était parvenu à l'éteindre. Cependant le combat continuait toujours, lorsque deux autres vaisseaux vinrent joindre les premiers. L'Impérial se vit alors battu par six vaisseaux, qui firent sur lui un feu continuel à tribord, à I âboi d, en poupe et en avant. Quelques-uns se détachaient de temps ea temps pour accabler le Diomède, qui combattait vaillamment sous la poupe de l'amiral. L'escadre anglaise se trouvait, alors forte de neuf vaisseaux, deux autres l'ayant rejointe pendaut le combat.
Il était onze heures et demie, et le feu avait commencé à neuf heures, lorsqu'on vint rendre compte à l'amiral Leissègues que l'Impérial avait 18 pieds d'eau dans sa cale, et qu'il ne restait plus qu'environ cinq cents hommes en état de combattre. (L'équipage, au commencement du comlKit, était de onze cent soixante-quatorze hommes. ) Les deux premiers aides de camp de l'amiral avaient été tués, le capitaine, le second, et six officiers étaient blessés, presque tous les aspirants étaient hors de combat. Un seul aide de camp (l'enseigne de vaisseau Leslrilte ) res- ' tait debout, quoique blessé. Ou ne lirait plus de I part ni d'autre depuis près d'une deini-lieure, l* s deux escadres étant occupées à réparer leurs avaries les plus majeures.
De tout son état -major, l'amiral seul était s »ns blessure, et cependant combien de fois w sVaiid pas écrié: Quoi ! il n'y a donc poi.t dr houltt pour moi! Noble, mais impuissant désespoir. Tout à coup il appelle son dernier aide de camp, et l'emmenant dans sa dnnelle : « Lestrille, lui dit» » il, êies-vous homme à exécuter le dernier ordre
» que j'ai à vous donner? — Quel qu'il soit, gé- » néral, je l'exécuterai. — F. h bien, vous voyez » l'état dans lequel est l'Impérial; j'ai résolu que
> mon pavillon ne serait point amené, moi vivant;
• l'ennemi ne tire plus, peut-être ton dessein » est-il de tenter l'abordage ; vous allez prendre
• une mèclie, vous descendrez à la Sainte-Barbe, » et quand vous m'entendrez donner, dans le porte*
> voix de combat, l'ordre do bat le feu partout, » vous le mettrez aux poudres. — Oui, général.» Et l'aide de camp se mit en devoir d'aller remplir sa commission.
Embarqué comme secrétaire de l'amiral, mon poste de combat était à la soute aux poudres; mais l'extrême chaleur qui y régnait, jointe à l'inquiétude où j'étais du sort de cet officier général, auquel j'étais attaché depuis plus de dix ans, ne me permirent pas de rester longtemps loin de lui, et dès la première heure de l'engagement j'étais venu le joindre sur le gaillard d'arrière. Je l'avais suivi dans sa chambre lorsqu'il y avait appelé son aide de camp, et j'avais entendu l'ordre terrible qu'il lui avait donné. Cette résolution désespérée, cet héroïsme tranquille, ce sang-froid dans un péril aussi imminent, m'avaient, pour ainsi dire, pétrifié, et j'étais immobile d'étonnement.
L'amiral, en se retournant pour sortir de la dunette, m'aperçoit. € Que faites-vous là? me » dit-il; m'auriez-vous entendu? — Oui, amiral.
> — Tant pis, car l'ordre que je viens de donner » doit être secret. — J'en sens trop la consé-
• quence pour être tenté de le divulguer ; mais » me permettez-vous, lui dis-jc, de vous soumet- » tre une observation? — Parlez. — La résolu-
> lion que vous avez prise de ne point amener » votre pavillon est louable, sans doute, elle est » commandée par un sentiment que j'admire ;
> mais celle de faire sauter votre vaisseau, ponr
> vous soustraire à cette nécessité, ne me parait
> pas de la même nature. On vous a dit que cinq » cents hommes restaient encore intacts, un grand
• nombre d'autres ne sont que blessés; jusqu'à
• quel point avez-vous le droit de disposer de la
> vie de tant de braves gens que les hasards d'un » affreux combat ont épargnés? Et puis, cet hé-
> rolsme que je me permets de blâmer ici, sera
> en pure perte pour votre gloire : on ne saura » point que c'est par votre ordre que l'Impérial
> aura sauté, et l'on attribuera ce terrible dénoo- » ment à un événement du combat. — Jeune hom- » me, me 1-époudil froidement l'amiral, vous n'êtes » point en étal d'apprécier ma posit ion, ni le sen-
> tiroenl qui me domine en ce moment. La des- » truciioD spontanée de mon vaisseau, entouré » comme il l'est par six vaisseaux ennemis, doit
• les entraîner dans ma perte, et c'est une victoire » que je remporte en mourant. » A ces mots, il S'éloigne, me laissant muet de surprise.
Heureusement les destins eu ordonnèrent au-
trement. En arrivant sur le pont, Tarnira! s'était informé s'il y avait encore nne ancre disposée pour le mouillage, et on lui avait rendu compte que le seul câble qui restât venait d'être coupé. Le mât de misaine de l'Impérial, quoique criblé de boulets, et coupé au-dessous de la hune, était seul resté debout ; une assez grande punie de la voile y était encore attachée ; l'amiral ordonna de l'orienter, et de faire route pour la côte, dont nous étions alors éloignés d'une lieue au plus.
Trois des six vaisseaux dont nous étions entourés, voyant cette manœuvre, nous abandonnèrent; les autres nous suivirent en nous canonoant. Nous ripostions à leur feu, tout eif faisant route ; mais bientôt ils prirent la bordée du large. A midi et demi une violente secousse annonça que le vaisseau louchait; il échoua, et vint en travers bâbord à terre. Au même moment ce qui restait du mât de misaine tomba. La côte sur laquelle nous avions échoué était hérissée de rochers escarpés, la plage même était du roc. Toutes les embarcations ayant été mises hors de service, on s'occupa de former une drome pour y placer les blessés et les transporter à terre. Mais ce transport offrait une grande difficulté. J'ai dit que l'Impérial était échoué sous des rochers; les blessés placés sur . la drome, et arrivés 4 la côte, étaient alors, an moyen d'un appareil établi sur le moins élevé de ces rochers, bissés et mis à terre dans une sa» vaoe où ils recevaient les secours qu'exigeait leur état. La violence du vent de nord-est qui régnait, et la grosse mer, retardèrent beaucoup cette opération qui dura trois jours entiers. Terminée enfin, le 8 février au soir, l'amiral Leissègues, avecce qui lui restait d'officiers et d'équipage, quitta l'Impérial, emmenant avec lui l'aigle cl le pavillon qu'il avait si vaillamment défendus. Le feu acheva de détruire les restes de ce vaisseau.
Le Dioméde, qui, comme l'Impérial, était aussi venu s'échouer à la côte, fut moins heureux, le troisième jour après son éebouement, les Anglais envoyèrent plusieurs chaloupes armées qui prirent possession de ce vaisseau, firent prisonniers le brave capitaine Henri, ses officiers, ce qui restait de son équipage, et y mirent le feu en s'éloignant.
Telle fut l'issue d'un combat qui, soutenu contre des forces aussi inégales, ne doit pas être jugé sur ses résultats, mais apprécié sous le rapport de la bravoure et du caractère qu'a déployés l'amiral Leissègues dans une circonstance aussi difficile.
J.-F.-G. HtKKKçuin,
FRANCE MAMTiME.
VARIÉTÉS