D'UN VOYAGE SUA MED
18 août 1828. — Je suit dans ma prison flottante : c'est dans un espace de dix pieds carrés que je vais vivre pendant au moins deux ans! quelques planches me séparant de la mer; sous ma cellule est la soute aux poudres, l'alternative est tranquillisante. Quelle existence, grands Dieux !... Horace a dit avec raison :
Ml robar et M triplex Cires pectui er*t, qui fragilem trud CommUil ycUg» nuai
Faisons contre fortune bon cœur; aussi bien il faut mettre de l'ordre dans mon appartement : les meubles n'y sont pas nombreux ; voici mon secrétaire, il est petit, mais commode ; sa forme même ne manque pas d'clég'ince : c'est lui qui sera le dépositaire de mes doléances quotidiennes; avec sa clef dans ma poche, je n'aurai point à redouter les indiscrétions, lion lit est dans ce coin; la nuit, je le suspends a deux crochets, le jour je le transforme en divan. Puissé-je y être souvent bercé par des songes agréables ! Ce trou carré, par lequel le jour et l'air me parviennent comme à regret, est un hublot. C'est un privilège de ma place de pouvoir respirer librement ; il y a quatre cents hommes ici moins favorisés que moi, et je me plains! Deux chaises, une petite table, complètent mon ameublement. Entre oes deux grosses pièces de la charpente du navire j'ai fait établir quatre ou cinq rayons pour recevoir mes livres; j'ai nommé ce lieu ma bibliothèque, lia première matinée a été consacrée à ranger mes effets et à prendre mes précautions pour que les oscillations du navire ne viennent pas bouleverser tout mon ménage. Me voici, comme on le dit, installé; mais cette installation a quelque chose d'incertain comme le fonds de mon caractère. Jamais, quelle que fût la durée présumée de mon embarquement, je n'ai pu regarder ma position a bord comme définitive, et tout ce qui m'entoure s'en ressent. Les logements de plusieurs de mes compagnons sont de vrais boudoirs; des lapis, des glaces, d'élégantes draperies, de séduisantes gravures ont été rassemblées par eux pour leur rappeler un monde dont nous sommes bien loin. Les plus petites choses à leur usage ont été placées avec goût tt symétrie, tout y est irrévocable.
ment placé, tandis que dans ma chambre (car nous décorons ces cages du nom de chambre ) rien n'a de poste arrêté, c'est un pêle-mêle effroyable et qui prouve combien il m'est difficile d'allier l'idée de fixité avec celle d'existence à bord.
19 août. — Depuis ce malin le temps était ia* certain et nous étions sur le qui-vive pour noire départ. A trois heures le vent ayant passé au nord, on a fait toutes les dispositions d'appareillage. A cinq heures nous étions sous voiles pour sortir de la rade de Lorient ; bientôt après nous longions les murs de la citadelle du Port-Louis; des masses d'habitants s'y trouvaient groupés pour saluer une dernière fois ceux de leurs proches ou de leurs amis qui étaient avec nous. Parmi tous ces visages animes de sentiments si divers, je remarquai celui d'une jeune fille qui était seule, debout dans une embrasure et, qui, les yeux baignés de larmes, regardait attentivement la mature de la frégate; un moueboir qu'elle agitait par intervalles me Ut chercher quel pouvait être l'heureux moi tel à qui s'adressaient des regrets si tendres et aussi simplement exprimés. Je finis par découvrir un de nos plus agiles gabiers de misaine, à cheval ,«u bout de la vergue de ce nom, montrant alternativement son coeur et l'horizon de la mer, semblant lui dire qui* l'éloignénient ne pouvait rien faire à la vivacité de si passion. Les cris de cette multitude, faisant des vœux pour notre heureuse navigation, contrastaient avec le silence éloquent de nosdeux ainouieux, et avec celui non moins remarquable qui «'observait a bord, où la voix seule du commandant se faisait entendre par intervalles. Lorsque nous eûmes doublé les récifs qui sont à l'entrée du port, nous mimes en panne pour laisser partir le pilote; la nuit commençait à se faire, j'eus la curiosité de regarder encore une fois les murailles du Port- Louis, et à l'aide d'une lunette je pus distinguer, a la place où j'avais vu la jeune fille, un point blanc qui s'agitait ; déjà cependant nous ne devions plus être pour elle qu'une masse vaporeuse que la nuit ne tarda pas à lui dérober entièrement.
On dort peu la première nuit que l'on passe à bord d'un navire : les mouvements du roulis, le bruit de la manœuvre, les cris des matelots sont des causes continuelles d'insomuie : il faut l'habitude d'un semblable tapage pour que la nature reprenne ses droits. Au bout de quelques jours oa y est fait, et vogue la galère! on est tout surpris que ni les craquements des cloisons, ni le mugissement des vagues, ni les sifflements du vent ne troublent votre sommeil; le bruit même du canon de diane réveille peu de personnes à bord des bâtiments où on te lire ordinairement....
C'est un vasie champ d'observation que cette nombreuse réunion d'hommes formant l'équipage d'un bâtiment de guerre. Que d'intérêts divers I
que de passions différentes animent cette multitude qu'une seule volonté est appelée à diriger! En passant en revue chaque degré de la hiérarchie navale, on pourrait établir quelques rapprochements entre cette société improvisée et nos vieilles sociétés européennes. C'est d'abord le chef, véritable autocrate, avec son immense pouvoir et son immense responsabilité. Qu'il faut de fermeté, de connaissances et d'abnégation pour remplir dignement nn semblable ministère, et combien peu sont dignes d'occuper un poste aussi élevé! Dans les circonstances ordinaires de la navigation chacun peut se croire capable ; mais viennent les dangers d'une campagne de découvertes, viennent leseffels terribles que produisent sur le moral des hommes les ravages d'une épidémie désastreuse, vienne une de ces positions critiques où de Ut décision instantanée du chef dépend le salut de tous; qu'on mette ce chef aux prises avec la famine, la guerre, la révolte, les nombreux dangers de la mer, et tout cela dans des contrées lointaines où il ne peut espérer de secours que de lui-même, et l'on sentira qu'il faut être doué de qualités peu communes pour commander dignement un vaisseau de guerre. Si l'on joint à toutes ces positions de spécialité celle plus rare où se trouve un commandant quand il est employé comme négociateur, que de l'opportunité de ses actes peut résulter de la gloire ou de la honte pour sa patrie, on sera pénétré de l'immense responsabilité qu'on assume sur sa téte quand on accepte un commandement, et on cessera d'être surpris si l'on rencontre aussi souvent des hommes au-dessous de leur place, et dont la beauté d'une campagne se mesure par eux à la somme dont ils pourront bénéficier quand elle sera terminée.
J'ai dit que le capitaine d'un navire de guerre était une espèce de roi ; en mer, son pouvoir est presque absolu, et la vieille formule maitrt après Dieu est vraie en bien des cas. Aussi a-t-on eu le soin d'entourer ce souverain de quelques jours de tout le prestige dont on se sert pour imposer i la multitude : un logement somptueux lui est spécialement destiné; un riche traitement lui est alloué; ses domestiques sont nourris par l'Etat ; une garde veille à sa porte et en interdit l'entrée à tout homme de l'équipage; d'élégants canots sont affectés à sa personne et montés par l'élite des matelots ; à bord on ne l'approche qu'avec les marques du plus profond respect ; lorsqu'il se promène sur le pont, chacun sait à l'instant même •'éloigner du coté qu'il a choisi pour sa promenade. Ce n'est pas sans raison qu'on entoure de tout ce prestige de grandeur le premier pouvoir d'un espace aussi resserré : on s'y voit de trop près pour avoir des illusions; et, a moins de qualités particulières, il est peu d'hommes dont l'au- Jorité ne perde beaucoup par trop d'intimité.
jga seconde ligne nous avons l'état-major
Tous".
ritable aristocratie froadMUse et turbulente presque constamment en opposition avec le chef. C'est un tribunal permanent devant lequel comparaissent toutes es sommités de l'arme, et où viennent se décider les questions les plus graves du métier ; bizarre réunion d'hommes appartenant au même corps et que divisent le plus souvent des intérêts particuliers. Doué d'un esprit frondeur, l'officier de marine aime à censurer ; tous les actes du commandant sont soumis à sa critique, et il est bien rare qu'ils soient approuvés ; enclin à l'oisiveté, il se distrait en médisant; pour quelques-uns, médire est un besoin tellement fort qu'à défaut de sujets ils médisent d'euxmêmes. J'ai trouvé à bord de quelques navires de ces officiers cancanier i, qui ne le cédaient en rien aux commères les plus Apres de nos petites villes de province. Une malheureuse dame, passagère à bord d'une corvette qui portait l'ambassadeur de France à Constantinople, et victime des mauvaises langues du bord, me témoignait un jour sa surprise de voir des hommes s'occuper de caquetages. Le fait pouvait lui paraître surprenant, mais si elle eût réfléchi à la monotonie de la via de bord, à l'oisiveté habituelle des marins, aux privations nombreuses qu'ils éprouvent, elle aurait pu l'expliquer facilement.
C'est à tort que, dans presque tous nos romans et dans la plupart de nos pièces de théâtre, on représente les officiers de marine comme des êtres demi-civilisés, ayant toujours le juron à la bouche, d'une brusquerie un peu farouche, d'un abord rude et presque repoussant ; s'il faut avouer qu'on trouve encore quelques ébauches de ce portrait peu flatteur, on doit dire aussi qu'en général les officiers de vaisseaux se distinguent par l'excellence de leur ton et de leurs manières, et par leur bonne tenue. Un reproche mieux fondé peut-être est celui d'orgueil qu'on leur adresse communément; ce défaut dépend des privilèges accordés aux membres de l'état-major, qui font qu'une barrière immense sépare ceux qni en font partie du reste de l'équipage, et contribuent à leur donner une haute idée d'eux-
Nous arrivons à une troisième classe de personnes qui, d'après la similitude que nous avons voulu établir, serait l'analogue de la bourgeoisie dans la société civile. Je veux parler de la maistrance, classe précieuse par l'importance des services qu'elle est appelée à rendre, et qui, lorsqu'elle est bien dirigée, peut exercer la plue salutaire influence sur celle des matelots d'où elle tire son origine. La maistrance d'un bâtiment de guerre comprend des maîtres de manœuvre et des maîtres de diverses professions, tels que charpentier, calfat, forgeron, etc., destinés à vivre ensemble pendant la durée de leur enrbarque- . Les maîtres forment nue coterie dans Lion retrouve tout à la fois les qualités «t les
dératiis des officiers et des matelots, dont Ils occupent le terme moyen dans la hiérarchie navale; elle se distingue plu» particulièrement par des prétentions souvent fort drôles an bel esprit et au beau langage, et par une importance extrême donnée aux plus petits détails de chacune de leurs spécialités.
Viennent enfin les matelots, ce peuple duns-
vire, si peu connu et si peu apprécié, surtout en France; ces hommes, qui dès leur bat fige se sont consacrés a une vie de peines et de privations, ©ni un caractère particulier, des mœurs spéciales, des habitudes singulières. Il faut avoir vécu parmi eus pour leur rendre justice ; il faut les avoir vus au milieu des dangers sans nombre de leur noble profession, podr sentir tout ce qu'il y a de sublime dans une carrière toute de dévouement. Pour les paisibles habitante de nos villes maritimes qui ne devinent rien an delà des circonstances ordinaires de la vie, qui ne connaissent des matelots que ce que leur ont appris les récits mensongers de quelques voyageurs, un muleta est un être abruti qui n'est retenu par aucun frein, lorsqu'on lui bisse quelques instants de liberté, qu'on ne rencontre qu'ivre, furieux ou présentant cet état d'affaissement dans lequel l'homme est plongé lorsqu'il a satisfait ses passions. Sans douta un être aussi dégradé ne peut inspirer que du dégoût en apparence. Son physique d'ui I leurs prévient p^u en sa laveur: expose «lès son enfance à l'intempérie des saisons, à la rigueur des différents cl i nuits, sou teint s'est bronzé de bonne heure, ses traits se sont durcis, sa voix rauqne peut lutter avec avantage contre le bruit de la tempête ; habhué aux travaux les plus rudes, ses mains épisses sont devenues calleuse» ; les doigts en sont ramassés les uns auprès des autres, et , en opposition avec les pouces, ferment déni tenailles vivantes, dont il est toujours difficile à on ennemi de s'échapper. La démarche du matelot est originale : habitué ans oscillations d'un navire, il conserva, sur un sol fixe, ces mouvements de balancements involontaires qne la nécessité rend tmfispenvables pour conserver l'équilibre sur un sol constamment mobile. Si l'on joint à ces divers agréments l'odeur du suif et du goudron qu'exhale toujours nu non ' gabier, on les émanations nauséeuses du tabac dont il use souvent sous toutes lea formes, en prisant, fumant et chiquant, en aura la portrait peu flatté, mais vrai, d'un être qui fera fuir nos petites maltresses à nerfs délicats et à sensibilité de commande, et pour lequel elles se passionneraient, si elles savaient qnn, sous des enveloppes aussi grossières, battant des coeurs généreux,
Eour lesquels le dévouement est une chose d'unitude, que la crainte ne saurait jamais atteindre, et que les sentimentales plus nobles font toujours palpiter. ^
90 août. — Asm favorisés par la temps, nous
arons fait en peu de jours le chemin qui sépare lea côtes de l'Armorique des Colonnes d'Hercule. Notre navigation est des plus heureuses, et tout nous présage une courte traversée*. « Notre frégate est vraiment gracieuse quand, toutes voiles dehors, et poussée par un vent favorable, elle fend l'onde aveé rapidité ; f aime alors a contempler la vaste mer qui nous entoure et la coupole azurée qui l'enveloppe, belles toutes deux comme au jour de la création. C'est un sublime spectacle que cette œuvre mouvante du génie de 1 homme opposée à ces deux merveilles du Dieu de l'univers; quoi de plus propre à élever Mme eti faire naître de grandes pensées 1 Que de fols je me suis abandonné an charme inexprimable que procure no si délicieux tableau, sous le beau ciel des tropiques» pendant la nuit, lorsqu'une partie de l'équipage est livrée su sommeil 1 Le silence n'est alors troublé que par le murmure des vagues qui viennent se briser sur les flancs du vaisseau : ce bruit monotone disposé l'âme à la mélancolie. Les accidents d'ombre et de lumière que la pâle clarté de la lune eu la vive scintillation des étoiles font nnltre sur la voilure, ajoutent à In féerie de ces magiques soirées. Qu'il est doux alors de penser à la patrie absente, de se reporter nu foyer paternel ou auprès de ses omis; les heures s'écoulent rapidement en se livrant sans réserva nu bonheur que procure a t d'aussi douces rêveries, bonheur d'imagination qui est bien la seul que l'on puisse goûter sur nos v/ah>seaux..,.»
41 ocroeun. — Fions sommes à l'ancre.
Orientons-nou» pour juger de l'étendue de k rade où nons venons «le mouiller et où se trouvaient encore hier les escadres des trois puissances alliées, la Russie, la France et l'Angleterre. Une baie peu profonde formant un arc de cercle dont l'Ile de Sphacterie faisait la eorde, voilà la rade de Navarin. Au nord-ouest une passe très-étroite, et dans laquelle ne peuvent s'engager qne de très* petits navires, sépare cette Ile du monticule où sont couchées les ruines de (antique Pylos $ ses murailles d'eeeeinun nuises sur des débris cyclopéens, sont encore debout, et lenr construction remonte évidemment au moyen âge. Au sudouest se trouvent la grande passe parfaitement saine et accessible aux pins gros vaisseaux de ligne etnn Ilot, nommé Pylos à cause d'une grande excavation qui le traverse en formant une sorte d'arcade. A droite est le mont Saint-Elie, remarquable par sa forme en pain de sucre ; à sa base, et dominant l'entrée même de In rade» sont le nonveau Navarin et sa citadelle, vrai monceau de décombres accumulés sur un rocher des pins arides, et qu'entourent des remparts ruinés sur plusieurs points. Toutes les terres qui bordent la rade sont élevées, le sol en est see et pierreux et presque entièrement dépourvu de végétation! es*,
cepte* an nord où an vaste terrain fangeux, couvert de roseaux, «'étend jusqu'aux pieds du mont Torneu».
L'aspect de ce pays est triste, surtout dans la saison où nous sommes; pas un brin de verdure n'y repose la vue ; dans le lit presque desséché de quelques terrents ou aperçoit cà et là des touffes <T.dfln«Mcai(iu et de AVwro oleander, dont les fleurs bleues et roses consultent agréablement avec lu teinte sombre de tout ce qui (es environne. Si l'on se sent attristé par une terre ainsi désolée, on est dédommagé dans ce moment par le mouvement extraordinaire dont la rade est le théâtre ; couverte d'une multitude de navires, on y voit de toutes parts de légères embarcations fendre fonde pour transporter au rivage les approvisionnements de l'armée ; c'est un bruit et une agitation continuels, les voix aigres et criardes des matelots italiens et provençaux se croisent dans l'air et se répondent a des distances considérables, souvent elles sont interrompues par le bruit cadencé des rames de nos canots qui sillonnent la rade sur tous ses points, soit pour accélérer le déchargement du matériel, soit pour faciliter Appareillage de ceux des transports qui ont terminé leur mission. Partout règne la plus grande activité, on se hâte, on se presse, et cependant toutes les opérations militaires sont à peu près terminées. Je me suis d'abord amusé de cetté activité bruyante, de ces vifs éclats de la voix de l'homme dans nn lieu où naguère celle du bronze tonnait avec tant de furie, et où celles de tant de victimes s'éteignirent pour toujours ; puis le souvenir tout à la fois triste et glorieux de la sanglante journée de Navarin s'empara de mon esprit, les noirs débris de la flotte tnrco-égyptienne, gisant sur le rivage, comme des tentures de deuil, réveillèrent en mon âme de douloureuses pensées, et je ne pus m'empêcher de verser quelqncs larmes sur les suites funestes des discordes humaines.
Le jour où, ponr la première fois, nous sommes descendus an camp, on allait mettre à mort un malheureux soldat an 58e régiment de ligne, condamné pour avoir frappé son capitaine ; en attendant l'heure du supplice on l'avait enfermé dans une chétive baraque en paille que gardaient quelques soldats: ainsi, le premier sang français qui, dans cette campagne, a coulé sur le sol de la Grèce, a été versé par des mains françaises. Cette rencontre imprévue nous fit mal. Que d'angoisses devait éprouver cet infortuné qui dans
auelques minutes allait cesser de vivre! Sans otite il est coupable, noos disions-nous, sans doute il fant nne discipline sévère pour maintenir les hommes dans une obéissance absolue ; mais qu'il est cruel de penser que les hommes se sont arrogé le droit de disposer de la rie de eurs semblables!... Dans une antre position so-
gère, et il va payer de sa téte an instant d'exaspération peut-être biea naturelle. En ce moment les troupes de sa brigade prennent les armes, il entend le bruit du tambour, et ce bruit guerrier» qui tant de fois dut éveiller dans son cœur des idées de gloire et d'avenir, est aujourd'hui le glas funèbre, c'est le signal du supplice. Encore quel*
Sues instants, l'éternité aura commencé pour lui ! [«elle cruelle agonie I il pouvait distinguer les cris de la multitude mue par une curiosité bar* bare, qui s'informait avec empressement du lieu de l'exécution, et, dans la crainte d'y être mal placée, se datait d'y courir 1 Quand un cœur était aipsi déchiré par là douleur, le ciel était pur, le soleil brillait d'un «if éclat, la douce temperature d'une belle journée d'automne faisait senti? davantage le bonheur de {'existence. Nous noua hâtâmes de regagner le bord pour fuir un sumb|ab|e spectacle : avant d'y être arrivés, une explosion nous avait avertis que le jugement était exécuté.
Patras ( décembre 1828 ). La vie que nous menons ne pent qu'ajouter aux regrets d'être exilés loin de notre pays; séquestrés du monde civilisé, voici l'ordre successif de nos occupations journalières : la première, et en mémo temps l'une des plus importantes, est le déjeuner : il suit de près l'instant du lever qui a ordinaire m en l lieu a huit heures dans tontes les saisons. Les diverses opérations que nécessite le nettoyage du navire ne permettent guère d'y circuler librement avant cette heure. Aussi faut-il rester dans sa chambre jusqu'au bruyant signal gastronomique ; aussitôt on prend place autour de la table ovale qui occupe le milieu du carré. Il est rare que des mets nouveaux viennent récréer notre vue et aiguiser notre appétit; dans ce pays, abandonné des dieux et des hommes, on trouve a peine de quoi manger; des œuTs rarement frais, du mouton étique ou du porc fado composent notre ordinaire habituel. Heureux quand les pécheurs napolitains qui exploitent le golfe de Corinthe nous apportent le produit de leur pêche ; plus heureux encore si les tartanes de Zante et de Céphalonie sont arrivées, car nons avons des fruits et des légumes alors, et nous pouvons rendre grâces aux dieux. Mais ces jours fortunés sont rares; nous en sommes informés à l'avance par l'air riant de notre domestique qui s'empresse de nous dire : Il y a gra$ aujourd'hui. Ces douces paroles ont une influence magique sur tous ceux qui s'asseyent à notre table ; il faut voir alors comme 'W figures sont épanouies, comme les bonjours sont affectueux, comme on est excentrique, causeur, indulgent: la mansuétude est la vertu du jour ; tandis que dans ces temps calamiteux où le lard royal, effrontément paré du noble titre de jambon glacé, vient figurer entre la purée de gourganes et le plat de
iaie, ion crime n'eût entraîné qu'une peine lé- choucroute, chacun est morne, triste4silencieux ;
on se salue â peine, il semble que la société entière soit menacée. Les mousses, instruits par expérience des conséquences que peut avoir pour eux un ordinaire aussi frugal, n'abordent leurs maîtres qu'en tremblant ; ils sont servîtes, obséquieux, cherchant à prévenir les moindres désire: heureux quand une fausse interprétation de leur zèle ne leur attire pas un châtiment toujours bru- ,lal et souvent immérité. -
Après qu'une heure s'est écoulée à table, tantôt ton bien, souvent en mal, on peut se livrer au plaisir de la promenade sur le gaillard d'arrière, ou, si on le préfère, se joindre aux amis de la pipe qui vont se grouper au pied du grand mat et sur les passavants, y continuer les discussions souvent interminables qui ont pris naissance durant le déjeuner. Une autre heure s'use ainsi à faire des nuages de fumée et à battre l'air de sa glotte. Arrive le signal des exercices; les officiers qui sont chargés de les diriger s'y rendent avec répugnance, et presque toujours en murmurant ; ceux qui en sont exempts retournent au carré, où a'engagent des parties d'échec, de trictrac ou de dames; ceux qui préfèrent l'étude se retirent dans leurs chambres pour goûter le bonheur qu'elle procure ; les désoeuvrés vont se livrer an sommeil jusqu'au moment du dîner, faisant ainsi abnégation de leurs plus précieuses facultés, comme les brutes qui ne savent que manger et dormir. Le dîner vient enfin, et, pour ta seconde fois, réunit les membres de l' état-major ; ici les mêmes causes vont reproduire les mômes effets ; du choix, de la variété et de l'abondance des mets résultent des saillies plus ou moins heureuses, des scènes plus ou moins agréables, et en définitive une soirée gaie ou triste. Quand le temps est beau, on va, après le dîner, promener à terre ses ennuis et oublier dans le calme de la solitude le tumulte habituel où nous vivons. Lorsque le temps est mauvais et qu'il faut garder le bord, le commandant nous réunit chez lui pour faire un boston, et les dernières heures de la journée s'écoulent en calculant les chances d'un picoliisimo ou celtes d'un tckelem. L'instant du sommeil vient enfin clore la séance, et chacun se retire dans sa cellule, persuadé que le lendemain amènera une série d'événements absolument semblables.
BIOGRAPHIE
l'amiral Collet.
TJn «les hommes de la marine française contemporaine aux noms dcsqu* U se rattachent les
plus honorables soutenirs. Comme tant d'autres que notre grande époque de la révolution et de l'empire prit dans les rangs d'où le hasard seol tirait, avant 1789, quelques serviteurs d'élite, il ne dut rien au privilège de sa naissance ou a l'illustration de ses pères. C'est à lui, à son courage, a son incroyable énergie, à sa haute capacité d'homme de mer, ù sa fermeté persévérante, qu'il dut de grandir dans la marine et d'arriver au grade de contre-amiral, en partant de l'humble poste où les mousses font , l'apprentissage do métier de matelot beaucoup plus souvent que celui de l'art du chef d'escadre.
Né le 29 novembre 1768 à nie de Bourbon (quartier Saint-Denis), d'un habitant nommé Pierre-Jean-Joseph Collet, notre amiral, à l'âge, de douze ans, fut embarqué par son père sur un' bâtiment du commerce. Le jeune mousse était destiné ù U navigation marchande ; carrière belle encore à cette époque, et qne couraient, avec des avantages solides, les gens passionnés pour la marine, mais éloignés, parle malheur de leur condition bourgeoise, du service de la marine royale. Les nobles entraient dans le grand corpt; les roturiers naviguaient au marcAanu'.comroeon disait, et trouvaient quelquefois dans de grandes fortunes des compensations aux joies de l'amour-
I>ropre et de la gloire, réservées & nos marias mii ta ires.
Le commerce, un navire à manœuvrer, la mer et les vents, seuls adversaires, seuls ennemis à vaincre, ce n'était pas assez pour Joseph Collet. Il voyait i côté de lui des chances qu'il ne pouvait pas courir, et U était noblement jaloux de ceux à qui la société les gardait. La guerre était sa vocation, et certainement il se serait fait corsaire, ne pouvant espérer de devenir officier sur un vaisseau de ligne, si les événements de 1789 n'étaient venus favoriser sa généreuse ambition.
Le 3 janvier 1790, il prit parti comme volontaire sur la corvette la Bourbonnais, armée à File de France. Le 3 octobre 1793, il passa en qualité d'enseigne de vaisseau sur le Duguay- Troutn.et il fit, dans le détroit de la Sonde et aux côtes de Sumatra, une croisière pendant laquelle le Duguay-Trouin prit un vaisseau de la compagnie des Indes anglaises, après trois heures de combat. Le capitaine Tréhouard, du vaisseau le Duguay-Trouin, passant sur la frégate la CyMe, voulut avoir avec lui Collet qu'il estimait déjà comme un officier plein de zèle, de connaissances pratiques et de bravoure. Ce fut a bord de cette frégate que Joseph Collet assista à plusieurs combats ; entre autres a celui du détroit de Halac qui a contribué à l'illustration de M. le vice-amiral marquis de Sercey.
Il était lieutenant de vaisseau àcette afiaire, il I était encore au combat d'Algésiras sur/*/*. domptable, ou mourut le brave capitaine Moucousu, et où Collet se distingua particulièrement.
Nommé capitaine de frégate le 1** vendémiaire an 12, il fut appelé au commandement d'une division de flottilles armée à Bordeaux pour aller rejoindre la grande expédition de Boulogne. En route, il prit un cutter anglais. Dans une de ses relâcbes, il enleva deux brigs, et à celte affaire du 15 juillet 1803, il fut blessé.
Ce n'étaient que des préludes pour Collet. Des affaires d'éclat n'avaient pas encore signalé sa valeur, et il £iait impatient du jour où l'occasion lui aérait offerte de se montrer habile et vaillant à la fois. Eu 1806, l'aurore de ce beau jour se leva pour lui, et lord Cochrane, cet intrépide et aventureux amiral anglais, dont le nom a trouvé plusieurs célébrités, sait si Collet la salua avec bonheur 1
C'était le 14 mai ; Collet commandait la frégate la Minerve qui faisait partie de l'escadre réunie sur la rade de l'Ile d'Aix, aux ordres du contreamiral Allemand; Cochrane commandait la Palias qui appartenait à une division anglaise chargée d'observer le port de Rochefort. La Palias, audacieuse et ûère, vint, de son poste de blocus, observer de très-près la rade de l'Ile d'Aix ; l'amiral Allemand, qui connaissait Collet, lui Cl aussitôt signal, ainsi qu'à deux ou trois bâtiments légers, d'aller chasser eteombattre celle téméraire ennemie. Collet fut bientôt sous voiles et à portée de la Pa&/#. C'était l'aborilagequïl voulait tenter, afin d'enlever d'un coup de main le bâtiment anglais qui venait braver notre marine; mais la PaU las ne l'attendit pas, et commença son feu sur la Minerve, voyant que celle-ci venait sur elle pour l'accrocher. Il fallut combattre d'abord à distance ; Collet s'y décida tout de suite, mais il prit une position au large de la Palias qui, coupant la retraite à cette frégate, la mettait à la disposition de la Minerve, si elle était obligée de plier: ce que Cochrane n'avait pas prévu, car il s'était flatté de prendre la française sans grande difficulté.
Il n'en fut pas ainsi, cependant ; le combat vivement engagé, la Palias éprouva des avaries nombreuses, et la Minerve courut à elle ponr l'aborder; mais l'abordage manqua. Les deux frégates marchaient très-vite en passant à contrebord, si bien qu'elles ne se tinrent pas longtemps l'une à l'autre attachées, quoiqu'une des ancres de Collet se fût prise dans les chaînes de portehauban de la Palias. Le choc ne fut que d'un instant; toutefois des matelots français eurent le temps de ravir des piques a des combattants anglais, et de tourner contre eux leurs propres armes. Pendant celte courte rencontre, Collet, debout sur son banc de quart et reconnaissant trèsbien Cochrane.tira ses pistolets de sa ceinture, et, l'ajustant, lui envoya ses deux coups en lui criant : c A toi la balle ! > La Minerve, arrachée malgré elle i ce chaud enabrassement qu'elle voulait donner à la Palias, vil tomber son ancre à peine ju.
gagée, et se trouva mouillée sans l'avoir voulu. Pendant qu'on coupait son câble et qu'elle s'apprétait a poursuivre de nouveau son adversaire, une frégate anglaise, accourue pour tirer Cochrane de l'embarras où il était, lui donnait une remorque, et l'amiral français signalait à Collet l'ordre de rallier son escadre.
Cet engagement fil beaucoup d'honneur i Collet. Son combat contre deux des vaisseaux de l'amiral Lood lui acquit l'estime et l'admiration de toute la marine. Il y perdit sa Minerve, à la vérité, mais il ne la rendit au Centaure qu'après avoir forcé le Monarch â s'éloigner, tant il lui portail de terribles coups.
Pris le 20 septembre 1806 et conduit en An» gleterre, il y resta prisonnier jusqu'au commencement de 1811. En 1809 seulement, l'amiral Decrès le promut au grade de capitaine de vaisseau. Ainsi l'on voit que sa carrière fut lente comme celte de Jean-Bart et de Duguay-Trouin avec qui il avait des rapports de plus d'un genre. Le grade qui devait honorer le plus sa vie, qu'il désira tant et qu'il demanda bien des fois, celui de contre-amiral, ne lui fut donné qu'en 1828. Et pourtant, pendant ces vingt années, il commanda à Anvers les vaisseaux l'Auguste et l'Illustre; à Anvers, aussi, il commanda pendant le siège toutes les batteries des deux fronts datu-
3 ne, armées et défendues par les braves marins e l'escadre ; le 50 avril 1815, il soutint, avec la frégate la Melpomène, une admirable lutie contre le vaisseau le Rivoli qui eut de la peine 4 le contraindre à amener son pavillon ; en 1819, il courut toutes les mers sur la Galatie; en 1825, il fit avec le Trident, à Santi-Petri, tout ce qu'un vaisseau peut faire au siège d'un fort ; et, le 26 mai 1827, il alla sur la Provence bloquer Alger, qu'on s'apprêtait à conquérir !
Tant de bons services n'eurent donc qu'une tardive récompense ! Elle aurait comblé de joie Collet si elle lui fût arrivée en 1815, après sou glorieux malheur de la M elpomène : elle le trouva frappé de mort devant Alger. Il souffrait depuis longtemps ; il avait été longtemps, lui homme des beaux climats de l'Inde, à se faire à notre température, et puis il avait mené une vie si aelivel L'âme avait chez lui dévoré le corps, autant que la mer et ses habitudes de marin l'avaient affaibli. Il se sentit défaillir après onze mois de blocus sans relâche sur une côte difficile comme celle d'Alger; il demanda qu'on lui permît d'aller rétablir sa santé à terre, mais il ne se trompait point sur son avenir. Avant de quitter la Provence, il réunit ses officiers pour leur faire ses adieux ; il serra la main à eba» cun d'eux sans proférer une parole ; pnis cet amiral, si dur à la peine, si cuirassé contre les chagrins.si fort dans toutes les circonstances pénibles, se prit à fondre en larmes, et il pleura une deminon re sans qu'on P*i le réconforter contre ce ' . . CV,t qu'il quiuait un vaisseau, c'est
qu'il s'éloignait de la mer, êt qu'il sentait que c'était ponr n'y plus revenir. Cette scène a laissé de doulearenx souvenirs à tous ceux qui y furent acteurs et qui aimaient Collet comme un père.
Il mourut à Tonlon, le 90 octobre 1838, à l'âge de soixante ans. Il était commandant de Tordre de la Légion-d'Honneur; il avait beaucoup espéré, sous l'empire, que Napoléon le créerait chevalier ou baron. La restauration ne le dédommagea point de cet oubli de l'empereur, qui ne pouvait, certes, faire entrer dans sa noblesse militaire personne qui fût plus digne de celle distinction.
Collet fut non-seulement un marin hardi, valeureux, énergique, mais encore un bon marin dans toute la force du mot : tout le monde s'accorde sur ce point. Etait-il de cette portée d'esprit qui fait les grands chefs d'escadre et qui place un homme à la téte d'un corps militaire? on en doute. C'était un homme d'action, an ca-
Kitaine de vaisseau habile aux entreprises péril- !uses, nn chef de division capable, mais voilà font; et c'est déjà un assez bel éloge que celui-là. L'instruction et l'éducation première lui avaient manqué ; il le savait, il sentait le vide qu'il y avait en lui . Un jour que M. le vice-amiral Willaumez parlait devant Colletdes officiers de la marine d'autrefois, et appuyait sur l'importance pour les officiers d'une instruction solide et variée, et de bonnes manières, comme les avaient en général les gentilshommes de la flotte avant la révolution :
« Qélas 1 nui, «mira!, ils avaient, ces mes- » sieurs, ce que bous n'avons eu ni vous ni moi ;
• tous au moi ns vous vous êtes formé, vous été*
> amiral, vous avex dû voir beaucoup le monde, » cela vous a poli et renda homme de société. » Moi, Je n'ai point été forcé à le devenir, et » je suis resté ce que j'étais, marin et rien que » maria. Si j'avais voulu me changer en faisant a effort sur moi-même, je serais devenu ridicule. » Je n'aurais plus été moi, et je vaux peut-être
> quelque chose dans ma rudesse actuelle ; j'au-
• rais fini par être une insipide copie de fort
> bons modèles, et Ton se serait moqué de moi
• avec raison. »
L'amiral Collet n'est pas mort tout entier, i) a laissé une belle mémoire et a légué à la marine un jils, aujourd'hui capitaine de vaisseau et of^ fiuier irè«-dj*tiB«ué.
A. Jai.
Combat Du JHar*
CeXTBB LE IfOBinUMBBBLAH
if sus 1744.
Dans tontes les guerres maritimes que nous avons eu h soutenir contre l'Angleterre, il est une chose digne de remarque, et qui demande une sérieuse méditation, c'est que nous avons eu presque toujours du désavantage en escadre, et que nous avons toujours été supérieurs dans les combats seul à seul, vaisseau contre vaisseau, même lorsque le gabarit était moindre, et que par conséquent nous avions moins de canons et1 moins d'hommes d'équipage.
Sans remonter au siècle de Louis XIV, où les J nn-Bart, les Duguay-Trouin, les Cassa ri ont donné mille preuves de ce que j'avance, les guer* res de notre révolution en fournissent de nom-* breux exemples : Surcouf, avec une prise anglaise, montée de dix-neuf hommes, attaque et prend le Triton de 28 canons et de cent cinquante hommes d'équipage; Richer, sur la corvette As Baymnaite, de 20 canons, prend à l'abordage la frégate anglaise V Embuscade qui en porte 40; en 1811, la Confiance, corvette de cent trente hommes d'équipage, prend aussi à l'abordage le Kent qui en a trois cents. Ce qu'il y eut d'extraordinaire dans ce dernier fait d'armes, c'est que, par une jactance vraiment anglaise, le capitaine avait invité les passagers, qui étaient en grand nombre sur son bord, à venir sur la du- . nette, voir, disait-il, couler 00 prendre le navire français, et que ce fut lai qui fut pris.
Nous examinerons peut-être an jour à quelle cause il faut attribuer les défaites éprouvées sur mer par les Français en bataille rangée, tandis qu'ils se sont toujours trouvés supérieurs dans ces combats particuliers, surtout lorsqu'ils ont pu aller à l'abordage. Maintenant venens-en à la prise du vaisseau le Northumberland par le Mars, commandé par le capitaine Périer, qui se trouvait sous les ordres du chevalier de Confl ms, commandant le Content, mais qui eut la plus grande part à l'action.
La guerre avait été déclarée à ta France par l'Angleterre le 11 avril 1744; et, suivant leur constante et perfide coutume dans toutes les guerres, les Anglais n'avaient pas attendu cette déclaration pour capturer en mer et saisir dans les ports deja Tamise tes vaisseaux français qui s'y trouvaient mouillés.
Cest donc environ un mois après la déclaration des hostilités, le 19 mai, qu'eut lieu celle rencontre glorieuse pour la marine française. Le matin d'un temps calme, mais pluvieux, à 72 lieues des Berlingues (iles de la côte de Portugal), apparurent, dans te sud-est, deux navires qui.
vus à flinrizon. ressemblaient tissez à deux hauts peuplier!». Dans celte distance, le coup d'œil le plus exercé a peine à soupçonner la grosseur et la force d'un vaisseau. Si le vent favorise ce taisseau, il approche et grossit de moment en moment, et ce n'est qu'alors que l'on peut distinguer si l'on a affaire à un ennemi supérieur ou inférieur, et souvent lorsqu'il n'est plus temps de s'en dédire. Le calme et la pluie durèrent jusqu'à quatre heures du soir ; un petit frais, qui s'éleva du sud-sud-ouest, dissipa le brouillard, et lausa apercevoir un seul vaisseau anglais qui arrivait, toutes voiles dehors, comme à une proie assurée; le second bâtiment ne reparut pas. Le commondant français, par une ruse permise, fait hisser flamme et pavillon anglais, pour engager davantage l'ennemi. M. de Conflans vire tribord amures; /• Hors imite sa manœuvre pour se rallier à lui, L'anglais, trompé par l'apparence, ne diminue point de voiles jusqu'à deux portées de canon ; alors il terre ses perroquets, eargue sa grande voile, et continue d'arriver sur les doux français, sa batterie ouverte; le il/art, après avoir manœuvré pour gagner le vent, et 7 être parvenu, amène le pavillon anglais, bisse le sien, en l'assurant d'un coup de canon; et, comme il avait une grande supériorité de marche sur le Content, il eut l'avantage de rejoindre l'ennemi le premier et de le combattre par son travers. Sa première bordée fait on ravage terrible à bord
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la mousqueterie bien dirigés des Français : l'a gbis ne se rendait pas encore. M. Périer allait donner vent devant sous le beaupré de l'enn. mi, pour montera l'abordage, lorsqu'à celle manwnvro le brave capitaine Walson, blessé à mort, se décida à amener son pavillon, et flt par ce sign il comprendre à H. Périer qu'il se rendait. Le Norihumbetlani, quoiqu'il eut amené, tira eucore, peut-être par l'ignorance des canouniersile la batterie basse» trois coups de canon, en pas» sant en poupe du Mart. Deux frappèrent la bouteille de bûbord, l'autre la fosse aux lions du môme côté.
Huis c'est lorsqu'il fallut mettre les embarcations à la mer, pour amariner le vaisseau ennemi, que l'on put voir, même à bord du vainqueur, quels ravages couse un combat naval; on trouva qu'elles avaient été tellement brisées qu'aucune ne put servir. Le capitaine Pérfer fit signal h la prise l'Heureux d'envoyer son canot qui ramena quelques officiers supérieurs de l'anglais.
Lorsque les Français prirent possession du Northumberland, quel spectacle déplorable so présenta a leurs yeux ! Les gaillards, les ponis, la batterie basse couverts de morts et de mourants; des flots de sang sortant parles dalots; les manœuvres hachées, les canons démontés de leurs affûts, les mâts près de tomber; et, pour accroître le désordre, des matelots et une soldatesque ivres, pillant les bagages de leurs propres de i anglais, tous tes coups portent; la riposte de I officiers, tarit, dans ces moments terribles, rab-
1 ennemi ne cause qu un médiocre dommage, en donnant heureusement trop haut. Cependant U. de Conflans le canonnait dans la banehe, mais d'un peu loin. Après plusieurs bordées de part et d'autre, où l'anglais souffrit beaucoup, sentant qu'il avait affaire à trop forte partie, il voulut s'éloigner à force de voiles, mais sa mâture était f ort endommagée, et le vent ayant fraîchi, il était à craindre que ses mâts ne tombassent, s'il les chargeait de voiles. Quoique ce fat un des plus fins voiliers de la flotte de l'amiral Hardy, h Mort, qui n'avait que peu souffert, et qui n'était pas iuférieur a lui pour lu marche, n'eut pas de peine ù le suivre. C'est alors que les deux capitaines, anglais et français, déployèrent tout ce que le courage iadividuel et la tactique navale ont de force et de ressources, l'un pour retarder une de Tai te désormais inévitable, l'autre pour assurer sa victoire. Le Mare, maître du vent, ayant amené sa grande voile, forçait son vaillant adversaire à recevoir sés coups, et semblait l'enlacer dans un réseau de feu. La défense était aussi désespérée que l'attaque était vigoureuse. Pen^ dani près de einq heures, M. Périer tint le NorthumUrland à portée de fusil, et presque vergue à vergue, sous un feu qui ne se ralentissait pas* Les principales manœuvres de l'anglais étaient bâchées, ses vergues en puntenne, enfin tout attestait les désordres qu'avaient causés le canon et
sence du commandement semble donner a des hommes vils le droit de l'indiscipline et des excès les plus honteux ! Ce fut aux vainqueurs à protéger les vaincus. La belle conduite de M. Périer eut bientôt rétabli l'ordre ; il fil rendre au malheur les respects qui lui sont dust
Heureux les officiers qui, dans ces combats singuliers, ont soutenu dignement la gloire de nos armes, et qui ont montré, et dans les temps anciens et de nos jours, ce que l'on peut faire avec des cœurs si bien préparés, et avec une bonne direction de nos forces! Cé combat, où M. de Conflans partagea la gloire du capitaine Périer, mais où il n'y eut, presque tout le jour, qu'un Vaisseau d'engagé, est sans doute bien glorieux, mais moins cependant que tant de victoires à forces Inégales. Dans ces espèces de duels maritimes, on n'est paslibre d'agir avec la générosité que l'on met dans les duels ordinaires. L'intérêt de la patrie commande d'assurer le succès par tous les moyens possibles, et de se servir de toutes les forces dont on dispose. Au reste, les Anglais, qui ont presque toujours détaché quatre vaisseaux contre un seul, nous exemptent de tout scrupule. Ce combat fut du moins heureux, car la victoire coûta peu de sang aut Français : ils n'eurent que sept hommes tués et trente blessés. Les Anglais perdirent plus de deux cehts hommes tués ou mis hors de combat. Le brave et nuli
Watson mourut deux jours
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heureux capitaine après de ses blessures.
Sou vaisseau portait 70 canons, il était neuf, et c'était sa première sortie.
On ne sera peut-être pas fiché de savoir quel fut le sort du Northumberland, ou de son représentant. Un usage, établi pour entretenir l'émulation, est de conserver son nom à un vaisseau pris sur l'ennemi. S'il périt ou par vétusté, ou par les naufrages, ou par le feu, entre les mains de la nation qui l'a capturé, on en construit un autre sous le même nom. Il existait dans l'escadre de Brest, en 1793, un Northumberland. (Etait-ce le même, était-ce son représentant? je n'en sais rien.) Il fut repris par les Anglais dans la bataille du 13 prairial, où périt le Vengeur ; bataille qui était gagnée, et où la peur et l'impéritie du conventionnel Jean -Bon -Saint- André, en forçant d'ordonner la retraite, arracha la victoire des mains du brave et habile amiral Villaret- Joyeuse.