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L'BSCAUT.
L'Angleterre renaît de porter un coup trop heureux à notre marine pour qu'elle s'arrêtât dans la voie où l'appelait ce premier succès; Tannée navale de l'ile d" Aix avait vu une partie de ses vaisseaux se briser sur les rochers ou disparaître dans les flammes; c'est vers l'escadre portée par l'Escaut que ses projets de destruction vont tendre maintenant.
Depnis longtemps déjà l'amirauté britannique voit avec inquiétude et jalousie les points maritimes importants sur lesquels s'appuie la partie septentrionale de nos côtes; Flessmgue, que la Tout de l'empereur fait sortir de ses ruines,
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florissante et armée ; Flessîngnè, dont les rem paris se relèvent et dont le port s'élargit et se erease, offre en faée de ses cotes nn boulevart et un asile à notre marine. Ahrers lai apparaît encore pins menaçant : son vaste bassin prêt I recevoir les eaux du fleuve ; ses chantiers, ses ateliers, ses cales, en font un centre de constructions navales et d'armements d'où l'empire la domine et peut tenir toute sa cote en échec. Cet établissement de l'empire sur l'Escaut, devenu, par l'ouverture du canal de Saint-Quentin, en quelque sorte un fleuve français, l'inquiète pour son avenir.
Ces considérations expliquent tes préparatifs immenses qui se font dans ses arsenaux et sur ses rades, comme les sommes énormes jetées dans cette expédition font apprécier la gravité de son objet. La destruction de quelques vaisseaux n'est pas le but principal de cet armement extraordinaire. Le cabinet britannique, ce conseil de marchands, ne sacrifierait pas soixante millions pour en faire perdre vingt à ses ennemis, c'est moins la flotte de l'Escaut ou'il se propose d'anéantir, que les cales et les chantiers dont elle est descendue, que le bassin et les forteresses qui doivent la recevoir et la protéger ; c'est l'anéantissement d'Anvers que se propose l'Angleterre, c'est réversion de fond en comble de notre Plymouth naissant. Ces projets, elle les nourrit depuis longtemps, depuis longtemps elle les prépare. Qu'a-t-elle fait de l'escadre nombreuse prête à quitter les Dunes, pendant que l'Autriche se débattait dans les champs de bataille on l'avaient poussée ses intrigues ? A-t-elle cédé aux réclamations et aux prières de l'ambassadeur de Vienne ? A-t-elle tenté, à l'aide de ses forces natales, d'opérer, en faveur de son alliée, une di-
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version en attaquant les derriè Non ; laissant succomber l'Autriche partout où elle voulut planter ses aigles devant les nôtres, elle s'est refusée à tout mouvement avant que l'occasion d'un succès facile se fût présentée pour l'accomplissement de ses desseins
Celte heure lui semble venue. Jamais, en etfet, circonstances plus favorables ne peuvent s'offrir pour le coup qu'elle veut frapper. Anvers, encore inachevé, se trouve resté sans défense ; quelques dépôts de régiments forment sa garnison, ses fortifications ne sont point élevées ou sont incomplètes; les troupes organisées de l'empire sont
{'etées aux extrémités de l'Europe ; une armée utte en Espagne contre l'insurrection de tout un peuple; l'autre se repose, sur les rives du Danube, des grandes victoires qui viennent de faire tomber une troisième fois ta couronne du vieil empire d'Occident à ses pieds. L'Angleterre, au contraire, est prête pour cette expédition; une armée attend sur sa plage que l'escadre mouillée aur ses rades la prenne et la dépose sur le rivage belge. Celte première opération exécutée, quel
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obstacle peut empêcher l'escadre de remonter le fleuve, tandis que l'armée de terre se portera sur Anvers, en enlevant toutes les positions qui pourraient opposer aux vaisseaux quelques obstacles ?
Cette expédition fut arrêtée. Une flotte de plus de cinq cents voiles, dans les rangs de laquelle on comptait vingt-deux vaisseaux de ligne et cent vingt antres bâtiments de guerre, appareilla le 29 juillet, sous tes ordre de l'amiral sir Richard Strachan. Quarante -cinq mille soldats étaient embarqués sur cette flotte; le commandement de ce corps de débarquement avait été donné à lord Cbatam, l'héritier de deux générations de haine contre la France.
Djns la matinée même du jour ou cette armée navale avait quitté les côtes d'Angleterre, tes sentinelles du rivage français découvrirent les voiles de son avant-garde poindre dans le sudouest ; bientôt l'horizon sembla moutonner sous cette escadre ennemie; elle s'avança dans lé désordre inséparable d'une aussi grande quantité de navires, vers l'entrée de la passe t$ Deurloo, où elle se trouvait à midi ; a quatre heures, à peu près, elle était dans l'ouest du banc tfElboog, lorsque les signaux de l'amiral transmirent a ses divisions des ordres de ralliement.
Une séparation s'opéra alors dans ta flotte \ m convoi de cent trente bâtiments de transport, portant les'troupes chargées d'opérer sur la Ht» gauche de l'Escaut, vint, sous l'escorte de quatre frégates, laisser tomber l'ancre sous la côte de Cadra o; le reste de Farinée cingta vers ht partie septentrionale de Ole de Walcherea, cil elle mit à terre dix-huit mille soldats. Le générai Osten occupait ce point avec quinze cents hommes ; malgré ses efforts, ce brave officier fut obligé de se retirer devant un corps aussi supérieur en nombre.
Cependant le vice-amiral Mtosiessy (1) employait tontes les ressources de son talent et de son activité pour conjurer les dangers qui menaçaient l'escadre confiée è son courage et & son honneur. Tandis que des courriers, lancés dans toutes lea directions, appelaient les gardes nationales et les garnisons au secours de la place importante que menaçait l'ennemi, les bords du fleuve se hérissaient de batteries, la flottille s'établissait en ligne d'embossage et barrait le fleuve d'une digue de canons.
Heureusement pour la France, que, par une faute inimaginable.au lieude marcher tontde suite sur Anvers, le but de leur expédition, l'armée et l'escadre ennemies s'arrêtèrent à assiéger Fiessingues. Si, an premier moment, la destruction de notre grand centre de constructions était réalisable, après la capitulation de Flessingue, elle, élait complètement impossible. Des forces iuv-
(I) La marine française finit
tustic fuirai le 2\ mari 1837.
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p ries sYtaient réunies dans Anvers; la ii- I ; Vile, la tète de Flandre, et les autres forteresses avaient été mises en élat d'opposer aux troupes une résistance vigoureuse; l'attaque par la flotte offrait encore des dangers et des obstacles plus insurmontables. L'amiral Missiessy se montra, dans cette circonstance difficile, à la hauteur du danger. La reddition du fort de Bathz. lâchement abandonne par le général hollandais Bruce, avait compromis la sûreté de l'escadre ; il la fit remonter jusque sous Anvers. Un corps de marins, débarqué sur l«*s rives du fleuve, seconda puissamment les ouvriers des arsenaux dans l'armement des bat teries dont elles devin-
rent le siège ; les forts F
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l du Docl, ar-
més chacun de quinze pièces de trente-six, purent, par leurs feux croisés, opposer à la flotte ennemie une première barrière; les forteresses de Lilo et Lilkensliock, que séparait un courant de six cents toises, liérisséient chaque côté du fleuve de soixante pièces de trente-six et de dix mortiers; en arrière de ces positions formidables, trois cent quatre-vingts canonnières étaient cmbossées en travers de l'Escaut, et présentaient un front de deux cents pièces de gros calibre; une forte eslacade couvrait cette ligne daus toute sa longueur.
La capitulation de Flessinguc livra a l'amiral Strachan l'embouchure de l'Escaut. Il se disposa à le faire remonter par ses vaisseaux ; son escadre s'avança en effet jusqu'au delà de Bathz, mais à l'aspect des dispositions de défense que lui opposait Missiessy, il sentit s'évanouir toutes ses espérances de succès, et ne songea plus qu'à sortir du fleuve. Diverses propositions d'attaque furent cependant faites dans le conseil ; celle qui réunit le plus de suffrages fut une tentative incendiaire; quelques capitaines se rappelant les projets que l'on avait agites dans les conseils de l'amirauté, lors de l'armement de Boulogne, eussent voulu que l'on enfermât l'escadre, dans le fleuve, en coulant, dans les passes, des bâtiments remplis de maçonnerie. Ces deux propositions furent rejetées, celle-ci comme extravagante, la première comme impossible.
Cependant nos marins étaient préparés à repousser toute éventualité d'attaque. Des brûlots avaient même été équipés pour combattre l'ennemi avec ses armes. Napoléon lui avait opposé les usages barbares auxquels, le premier, dans sa politique, il avait fait appel ; Missiessy se prépara à lui opposer brûlot à brûlot.
Ces mesures étaient inutiles; Strachan, apiès avoir échangé quelques boulets avec des positions qui lui semblèrent inatta jual ..les, (il descendre le fleuve à son escadre. Le 50 août, le mouillage de Bathz ne présentait plus que soi^nte cavir^s, le 8 septembre, la rude de Scaflingen était déserte.
La floue anglaise déposa seize mille !i< : s
!.:us Flessingue, et regagna les porls anglais, puisée par les maladies qui avaient été plus meurtrières pour ses marins et ses soldats, que ne l'eussent été dix champs de bataille.
Ainsi, ces immenses préparatifs ne servirent pour l'Angleterre qu'à jeter plus de honte sur cette entreprise, dont touteslesespérances de sacces s'évanouirent dans une fuite flétrissante. Cette année, à qui l'orgueil britannique avait promit un triomphe si complet et si facile, reculait impuissante devant quelques gardes nationales ressemblées à la hâte. Si ses rangs étaient éclairas, ses cadresincomplets.ee n'était pas sur un champ de bataille qu'étaient morts noblement ses soldats : ils étaient venus sur le territoire ennemi périr de la fièvre. L'opinion publique s'éleva en \ngletene avec indignation contre cette campagne déshonorante. * Le plus grand armement, portait le Morning-Chronicle, qu'aient jamais va partir les rivages britanniques, un armement de sept cents voiles, parmi lesquelles on comptait plus de cent bâtiments de guerre et près de cent mille hommes en état de combattre soit sur tene, soit sur mer; un armement qui nous a coûté tant de peine et causé une énorme dépense, cet armement, disons-nous, est sur le point de revenir en Angleterre sans avoir même teoté de
remplir le premier objet de son entreprise
Le seul effet de cette expédition est de nous ra« valer aux yeux des autres nations et dans notre propre estime. »
Les divers points occupés par les Anglais sur cette côte ne tardèrent point à ôtre abandonnés. L'évacuation du fort de Bathz ne laissa en leur pouvoir, après le 4 septembre, aucune autre place importante que la ville de Flessingue. Napoléon, économe du sang de ses soldats, quand l'effusion ne lui en était pas nécessaire, laissa à la mortalité le soin de les en chasser. « Nous sommes heureux, écrivait-il au ministre de la guerre, de voir les troupes britanniques s'entasser dans les marais de la Zélande : qu'on les tienne seulement e» échec, et bientôt le mauvais air, les fiè?res particulières à cette contrée, auront auéanti leurs garnisons. »
L'occupation de Flessingue par les Anglais ne fut pas cependant sans inconvénients ni dangers pour notre flotte. Privée de l'asile que lui offrait auparavant cette place, pendant la période la plus rigoureuse de l'hiver, l'escadre ne pouvait encore, en 1K09, trouver un refuge dans le bassin d'Anvers; l'amiral n'ent donc aucun autre moyen le l i soustraire aux avaries que lui eussent infailliblement causées les glaces, que de l'exposer, eu la faisant monter dans le Rupcl et les autres affluents de l'Escaut, aux difficultés d'une navigalion qui n'était pas sans danger.
I.'s Anglais ne purent cependant conserver ' — -•( i ;jis cette place, dont le sol semblait les . \x> : pré-, isions de Napoléon s'étaient ac
cotnplies; les maladies éclatèrent avec tant de violence sur la garnison, que, décimée par un séjour de quelques mois, elle se vit contrainte, par son épuisement, de se soustraire à l'action de ce climat mortel. Flessingue fut évacuée le 2G décembre; la démolition de l'arsenal et des chantiers de cette ville fut le seul trochée que laissa cette expédition.
La France sentit ta nécessité de donner une protection imposante aux places dont les établissements pouvaient provoquer les attaques de l'ennemi; des ordres furent transmis pour compléter le plus rapidement possible le système de fortifications, qui devait couvrir le siège des constructions maritimes sur les mers du nord.
Napoléon ne tarda pas à manifester sa satisfaction au vice-amiral, dont l'ardeur et l'habileté avaient puissamment concouru à conserver à la France l'escadre et les chantiers d'Anvers ; il lui conféra le titre de comte, avec une dotation de 4,000 francs de rente.
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