L'ARSENAL
• Despair and die.»
Avant le xte siècle, la féodalité avait bftti au milieu des marais, sur la rive droite de la Charente (1), à deux lieues de la mer, un manoir seigneurial jusqu'alors sans importance historique. Le noble cas tel, environné des cabanes de quelques manants adonnés à la pêche ou a l'agriculture, devait son nom Rupefortium à la colline sur le penchant de laquelle il était situé.
Dans les guerres de la France avec l'Angleterre, dans les guerres de religion, dans les troubles civils qui ont ensanglanté l'Aunis et la Saintonge, le château de Rochcfort a souvent figuré. Tour à tour pris et repris, tour à tour échangé et repossédé, il compta parmi ses nobles maîtres des rois de France, d'Angleterre ou d'Ecosse, de hauts barons, de vaillants chevaliers, d'heureux courtisans, puis enfin un valet privilégié (2), aux héritiers duquel appartenait encore, cn 4065, la châtellenic de Rochcfort.
A cette époque, Louis XIV, préoccupé des moyens d'étendre sa domination, organisait l'armée, et cherchait à créer une marine formidable. La France négligée sous ce rapport, par l'étranger Mazarin, n'avait encore qu'un' seul port de guerre, celui de Brest. Le jeune monarque cn
(0 RWière mentionnée par Ptoléméc et Marden, sous le nom de Camnlettui par A atone, aou« celui de Cartntonn.f ; dans quelque» anciennes chroniques, sous ceux de Crtrnnta, Chtrantonia. Elle prend sa sourec dans le département de la Vienne, près du vieux cbAteau de Charmac. Ce lira était autrefois un affreux désert, qui serrait de retraite au saint aoacborète Cybar.
(2) Adrien de Louré, premier valet de di ambre de Henri IV,
\ouhit un second sur l'Océan, ot il avait dit : Je veux (I).
Déjà Colbert avait tenté de l'établir à l'embouchure de lu Seudre, mais la rivière n'était ni assez profonde, ni assez abritée; ensuite à Brouagc, mais le havre en avait été comblé par Saint-Gelais, obéissant au roi de Navarre et au prince de Condé; puis à Soubise, mais de mer basse, il n'y avait pas assez d'eau sur le rocher; puis à Tonnay-Charenle, mais une expérience de deux années avait fait reconnaître que cet endroit du fleuve, d'ailleurs trop éloigné de la rade, n'avait pas une largeur convenable. Ainsi, toules ces premières tentatives échouèrent devant les obstacles naturels qu'opposaient des localités qui n'avaient pas été suffisamment étudiées. C'est donc à tort que l'historien de Rochefort (2) et ses copistes attribuent les projets indécis de Colbert à l'opposition d'un gouverneur de Bronago et au refus d'un Rohan et d'un Mortemar do vendre au roi leurs domaines. D'ailleurs, le fier despote, alors dans le paroxisme de sa toutepuissance, aurait-il souffert qu'un vassal osât lui résister?.
Enfin, le grand ministre du grand monarque, doué de cette volonté persévérante qui accomplit des prodiges, jeta le6 yeux sur Rochefort. 11 s'empara, au nom de son maître, de ce domuino autrefois aliéné de la couronne, et promit un remboursement qui ne fut point réalisé. La révocation de l'cdit de Nantes et les rigueurs do 93 condamnèrent au silence les châtelains spoliés : ils étaient de la religion et de la caste proscrites, l'une par la liberté du fanatisme, l'autre par le fanatismo de la liberté.
L'emplacement d'un port militaire ne pouvait être mieux choisi qu'à Rochefort. En elfet, la profondeur de la Charente y est telle, que les plus grands vaisseaux léges y sont à flot de mer busse ; ce point est favorablement situé dans le golfe de Gascogne, où des escadres peuvent se trouver affalées, et avoir besoin de secours; le mouillage des belles rades des Trousses, de Saumonard, do l'Ile d'Aix, des Basques et de Ch»-fde-Baie, est excellent ; le pays environnaut, riche et fertile, fournil la majeure partie des approvisionnements nécessaires à l'armée navale.
Tels sont les avantages qui sans doute furent appréciés par Colbert. Malheureusement h s<létracteurs de Rochefort n'ont pas la haute capacité de ce ministre habile. Et que reprochentils à ce port taut calomnié? Les sinuosités de la Charente et l'insalubiilé de l'air. Avec les nouvelles machines locomotives, on peut facilement obvier au premier de ces inconvénients. Quant au second, l'état sanitaire de la contrée s'est tellement amélioré depuis trente ans, qu'où ne peut cn faire l'objet d'une Uiscus-
(l) Historique.
ta Le P. Théodore de Nota.
Sra FRANCE
sion' sérieuse. D'ailleurs, les ÎIi«ll;iinLi» oni-iU jamais peosé a abandonner l'I^iugne, parce qu'il y règne des fièvres intermitienies?..
L'ingénieur Blondel donna le plan du second port océanien. Il commença les travaux en mai 1666, sous l'active et ardente direction de l'intendant général de la province, H. Colbert de Terron. Six mois après, des chantiers étaient fondés ou construits, des habitations édiGées, une ville peuplée, et la flotte du duc de Beaufort désarmait dans le nouvel arsenal. Le génie d'un grand ministre avait triomphé de la nature : comme Venise et Pélersbourg, Rochefort sortait des fanges d'un marais, et en sortait soudainement. C'est ainsi que l'impatient Louis XIV entendait être obéi
Cette époque mémorable fut consacrée par une médaille. D'un coté elle représente l'effigie du monarque, avec la légende : Ludovieu$ XIV, rex ehrittianittimm. Au revers, on voit Neptune sur son char, au milieu de la Charente, traçant avec son trident le plan de la ville et de l'arsenal. II y a pour inscription : Urbt et Navale fundala, et pour exergue : Rupefortium, 4666.
Toutefois, il ne faut pas s'imaginer que, dès ces premiers temps, Rochefort présenta dans son ensemble l'aspect imposant d'un grand arsenal maritime. La situation financière de la France ne permettait pas alors de faire face à tant d'entreprises qui marchaient simultanément. Blondel n'avait tracé que l'ébauche d'un port de construction et d'expédition, et jeté à la hâte, sans les coordonner, les établissements dont on avait le plus pressant besoin. En effet, sur une étendue de 2,200 mètres, le long de la rive droite du fleuve, on peut remarquer encore trois grandes divisions :
La première au sud, en partant de l'avantgarde, comprenait le magasin général, les grandes forges et quelques autres ateliers. Elle était séparée de la ville par le chenal de la Cloche, sur lequel s'élevait une porte d'entrée qu'on voyait encore il y a quelques années.
Dans la seconde se trouvaient l'ancien château seigneurial, devenu la résidence du commandant et des ingénieurs de la marine ; puis une partie de la maison du roi, ou logeait l'intendant général ; la corderie, et le magasin des colonies, à l'arrière garde.
La troisième, tout à fait isolée des deux autres par le chenal du port marchand, comprenait le chantier de la Vieille-Forme, chantier qui doit son existence au rocher dans lequel a été creusé le bassin de radoub. En face s'élevaient deux édifices contemporains: le bel établissement des subsistances et le vieil hôpital.
Néanmoins, tout imparfait qu'était encore le portde Rochefort, il opéra dans l'espace d'une année l'armement de trente vaisseaux de ligne, dont sept à trois ponts, et contribua aux glorieux suc-
MATWTIME.
cè.s d«* noir» marine, lorsque, sous le grand rot» elle étonnait et faisait trembler l'Europe.
Aussi, la prospérité naissante de cet arsenal donna-t-elle de l'ombrage aux ennemis de la France. Le 4 juillet 1674, soixante-quinze bâtiments de guerre, commandés par Tromp, vinrent pour le détruire. Mais on s'était préparé à la défense : une estacade, protégée par plusieurs batteries, barrait l'entrée de la Charente ; des fortifications s'élevaient sur ses deux rives, des camps étaient formés sur les côtes. Instruit de ces dispositions, l'amiral hollandais jugea prudent d'abandonner son entreprise. En se retirant il débarqua à Belle-Ile, d'où il fut chassé par Coétlogon, et alla se venger sur Noirmoutiers, qu'il mit à contribution.
Malgré sa royale origine, Rochefort commença de bonne heure à subir la capricieuse inconstance du pouvoir. Dix ans après cet événement, eu 1684, peu s'en fallut qu'on ne portât le port et la marine à la fosse du Vergeroux. Les fonds étaient faits pour y bâtir un bassin de radoub, et les ingénieurs en avaient exécuté le tracé. Mais l'intendant représenta à M. de Seignelay que ce serait ternir la mémoire de son père et celle de M. Colbert de Terron. Grâce a cette considération de famille, le ministre révoqua les ordres (1).
De tous temps Rochefort a dû ressentir l'influence des vicissitudes de la marine mUitaire : de cette marine abandonnée sous le cardinal Fleury, relevée dans la guerre pour la succession de l'empereur Charles VI ; réduite de nouveau à la paix d'Aix-la-Chapelle; augmentée encore lors de la guerre au sujet du Canada, où Bing fut vaincu par La Gallissonnière, ce glorieux enfant de Rochefort ; mutilée dans les combats héroïques et désastreux de la révolution et de l'empire ; dégradée et appauvrie sous la restauration qui subissait le honteux vasselage de l'étranger. Dans toutes ces phases brillantes ou néfastes de la puissance navale, l'état de paix a toujours été funeste à Rochefort. Délaissée par la marine, | privée sous les rois absolus de la liberté du commerce, vainement réclamée, la ville ne pouvait, comme Dunkerque, trouver des compensations | dans le développement de son industrie paraly- | sée. Et pourtant c'est la seule ressource qui reste ; aujourd'hui a ses habitants. Car depuis la cata- ; strophe où l'amiral Allemand laissa brûler par l'ennemi son escadre devant l'Ile d'Aix, Rochefort décline et se meurt frappée d'un injuste ana thème. Et pas une voix généreuse et ouissante ne s'élève en sa faveur!...
Les établissements érigés et groupés depuis la fondation de l'arsenal, dans ses trois centres principaux, n'ont pas corrigé entièrement le défaut d'ensemble précédemment signalé ; mais ils ont fait disparaître de nombreuses baraques en
(i; Mémoires manuscrits de M. Muse, ingénieur du rot.
bois couvertes en toile goudronnée, qui étaient une cause permanente d'incendies. Ces constructions mesquines et dangereuses ne renaîtront plus, tant que la sagesse ministérielle, sourde à quelques ambitions envahissantes, persistera à maintenir un corps d'ingénieurs qui a doté les arsenaux maritimes de monuments dont la beauté et la convenance s'unissent aux éléments de stabilité et de durée.
Tel qu'il existe aujourd'hui, le troisième port du royaume offre encore un coup-d'œil attrayant et pittoresque. De l'arrière à î'avant-garde, la Charente décrit un arc dont la courbure est peu sensible. Celte ligne de deux mille mètres de développement est garnie de treize pontons d'amarrages flanqués de navires de diverses grandeurs ; d'une machine à mater dont les agrès se mêlent dans la perspective à ceux des bateaux de servitudes, à ceux de quelques bâtiments armés et du vaisseau amiral, aux cheminées et aux mâts des élégants paquebots a vapeur dont la construction modèle fait tant d'honneur a M. Hubert. Puis d'instants en instants le tableau s'anime et varie par le mouvement simultané des caboteurs du commerce qui se croisent pour échanger les eaux-de-vie,les vins, lesdenrées précieuses de la Haute-Charente, contre les bois du Nord les fers et les bouilles de l'Angleterre.
Les quais parsemés de piles de bois, coupés par des chenaux, bordés d'appontements, de grues à tympans, sont ombragés et accidentés par de belles plantations. Seize cales de construction a toitures fixes ou mobiles s'élèvent de distance en distance, portant et abritant sur leurs plans inclinés les coques plus ou moins avancées de vaisseaux, frégates, embarcations légères qui n'attendent que quelques bordages pour glisser dans le fleuve au bruit des hou ras. Ici le superbe moulin scieur de long, à la taille élancée, ceint d'une élégante galerie ; là le moulin dragueur, aux formes bataves, rappelant l'un et l'autre le nom de M. Hubert, séparés l'un de l'autre par le double bassin de radoub fermé d'un bateauporte, entouré de canons-bornes réunis par des chaînes; plus loin, le parc aux ancres, les parcs aux projectiles et aux bouches a feu, enfin la barrière de l'arrière-garde.
Une large chaussée en pavés de granit, parallèle au cours du fleuve, sépare les bâtiments hydrauliques des édifices de l'arsenal placés au second plan. Ses nombreux embranchements multiplient en se ramifiant les voies de communication qui manquaient avant 1710, dans un terrain marécageux. Le nouvel atelier aux artifices, d'une architecture moderne, et l'ancien atelier de la mâture avec ses massifs contreforts, ses larges fenêtres en plein cintre et sa toiture ardoisée, se font remarquer d'abord. Viennent ensuite le nouvel atelier des petites forges dont la charpente est en fer; le magasin général avec
sa longue file de mansardes surannées, ses cours entourées de bâtiments, ses belles salles presque désertes. Par derrière est le bagne dont le personnel, réduit à neuf cents forçats, est logé dans deux anciens magasins aux futailles, entre une cour spacieuse et de vastes jardins potagers qu'envahissent aujourd'hui les empilements de bois. Au nord de l'entrée est l'atelier de la sculpture avec sa jolie façade couronnée d'un fronton aérien qui correspond à la salle des modèles, musée intéressant, décoré par une collection en miniature des objets d'art du matériel naval. Puis, ça et là, des ateliers, des hangars pour abriter les bois, une belle halle de travail où l'on vient d'établir la menuiserie ; l'atelier des tours aux métaux, vieux local où fonctionnent, mues par la vapeur, tant d'ingénieuses machines inventées par M. Hubert, habile et savant ingénieur, à qui l'architecture navale doit une foule d'heureux perfectionnements. En avant est le vieux et noir atelier des grandes forges, masqué par la direction du génie maritime, jeune et jolie construction quadrangulaire, ornée d'arcades, entourée de gazon et d'arbres touffus. De l'autre côté du chenal de la cloche s'élève la direction du port, monument d'un style sévère dont les larges balcons sont posés sur des colonnes pestum. En face, un beau massif de marronniers répand sur le quai la fraîcheur et l'ombrage. Plus loin, l'ancien château seigneurial se montre flanqué de ses pavillons féodaux, vieux de huit siècles passés. Ce fut le dernier séjour des intendants de la restauration, pales reflets des puissants intendants de l'absolutisme, sous lesquels fléchissaient les amiraux. Avec ce haut maréchalat administratif, a disparu la terrasse envahissante qui, comme eux, étendait trop loin sa luxueuse usurpation. Aujourd'hui, les bureaux du commissariat occupent cette résidence naguère si somptueuse. Le beau portique d'entrée de l'arsenal, orné de sculptures et de grilles formées de lances aux fers dorés, précédé d'une double colonnade latérale, fait un contraste imposant avec les murailles grises de l'antique manoir. Ici viennent d'être bâtis les élégants pavillons de la presse hydraulique, destinée a l'épreuve descâbles-cbalnes.Là, l'ancienne église paroissiale devenue successivement magasin, cayenne, caserne, et encore magasin depuis que Rochefort a perdu sa compagnie de mousses. Sou clocher sans flèche est surmonté d'un mât pour les signaux télégraphiques. Plus loin, la belle galerie vitrée de l'hôtel de la préfecture réveille de grands souvenirs. Deux fois elle vit Napoléon à l'apogée et au déclin de sa fortune militaire. La restauration y envoya ses princes, le duc, puis la duchesse d'Angouléme, puis l'aventureuse duchesse de Berri. Cet hôtel, avec son parc d'épais massifs d'arbres et ds bosquets délicieux, fut la première habitation des intendants généraux do la province. Louis XIY en traça les limites aveo
l'ongle du pouce, sur le plan qui lui était présenté
(>our décider un litige. Heureux temps où la voonté d'un roi tranchait des difficultés soumises aujourd'hui à la lente appréciation des tribunaux ! Au Las de la longue terrasse du parc, longé par line cour spacieuse, plantée de deux rangs d'ormeaux, vient le plus ancien des édifices érigés dans l'arsenal : le vaste atelier de la corderie, composé de trois pavillons, dans le style de Mansard. La, encore, M. Mubert a remplacé avantageusement le tmaildeshommes par des machines. Enfin, la direction d'artillerie, bel établissement bâti sur les ruines de l'ancien magasin des colonies, forme la limite de l'ai riére-garde.
Au delà du chenal du port marchand, dans un redan au nord de la ville, on voit le chantier de la Vieille-Forme: quelques ateliers, une poudrière, des hangars, deux cales de construction et le bassin de radoub composent cet annexe du grand a. jenal.
Dans l'intérieur de la ville, la marine possède plusieurs établissements : b buanderie, la triste et sombre prison Saint-Maurice, et la place qui l'a voisine. Vis-a-vis est la caserne Martrou, la plus ancienne de Rochefort. Ce local, composé de trois corps de bâtiments, entre une cour et un beau champ de bataille, fut meublé autrefois par les habitants dispensés du logement militaire. On l'a transformé en bagne et rendu ensuite à sa première destination. Il est occupé aujourd'hui par le dépôt peu nombreux des équipages de ligne. En montant vers le nord, on voit l'Observatoire et l'école d'hydrographie. Cette maison servait autre fo is il e caserne à la compagnie des Vc rmandois, auxiliaires des gardes du pavillon. De l'autre côté de b rue est le tribunal maritime, juridiction exceptionnelle conservée mal gré le vœudclaCharte, et la bibliothèque. Plus loin sont les anciens bureaux de l'administration de la marine, qui ont servi de magasin et d'école aux compagnies d'artillerie enlevées récemment au port de Rochefort. Vient ensuite l'hôtel de la Majorité. La Marine acheta cette maison, en 1817, aux héritiers de la marquise il'.\m M i mont, qui, dans les beaux jours de sa jeunesse, l'avait obtenue de la royale munificence de Louis XV. Le fils de celte noble dame, brave officier de marine, se montrait plus orgueilleux de son blason fleurdelisé que fier d'avoir chassé Ruyter de la Martinique. En face de la Majorité et des bureaux du commissariat.dont il aété parlé, est l'ancienne place de l'intendance, bordée de parapets et de jolies plantations. II y avait là, en 1570, une grande Oaque d'eau qui défendait l'approche du château. Au nord du jardin de la
Î relecture est l'atelier des fonderies, qui date de 608. On fond dans cette usine des canons de campagne, des clous a doublage et les pièces nécessaires à la réparation des machines à vapeur. Par derrière est le jardin botanique de la Marine plu» riche que spacieux. En face s'élève le bel
établissement des subsistances. Ses magasins peuvent contenir quatre milliers de rations, ses caves cinq à six mille barriques de vin, six mille quarts de salaison; sa boulangerie peut fabriquer, chaque jour, quarante-cinq mille rations de pain ou dix-neuf mille de biscuit. A la suite de cet établissement, en face de la porte Charente, est l'ancien hôpital que son insuffisance a fait transformer en caserne. On y peut loger un régiment. Ce local est parallèle à l'hospice des Orphelines, fondation due à la piété bienfaisante de madame Bégon, épouse de l'un des intendants de la marine. Trente orphelines, filles de marins morts au service, et douie veuves de marins ou d'ouvriers sont entretenues dans cet asile qui est doté par 1 1 Marine et desservi par six soeurs de la Cbaii:é. Depuis peu un pharmacien y distribue des ■éùV caments aux ouvriers de l'arsenal, malades à domicile. En face de l'angle nord de la caserne Charente, a la porte de la ville, on voit la pompe à feu. Le mécanisme fut confectionné en 17X3, d'après le système de Watt, par les frères Perrier. Elle est établie sur un réservoir alimenté par la Charente, et fournil de l'eau à l'hôpital de la Manne et aux irrigations de la ville, il y avait auparavant une machine hydraulique pkicée sur bateaux et mue parle courant de la rivière.
Extra muros, dans l'ouest de la ville, s'élève le maguiûque hôpital qui n'a de rival en Europe que celui de Plymouih. Cet édifice est composé de quatre corps de logis réunis par un pavillon central surmonté d'une coupole élégante; il a une vaste cour coupée de carres de gazon, et qui se termine à un - grille eu fer placée sur un parapet bordé d'un large fossé; des promenades plantées de tilleuls et de platanes régnent lu long des ailes latérales. Viennent ensuite des servitudes et un jardin spacieux destiné à la culture des légumes et de quelques plantes pharmaceutiques. En Tare de l'entrée est le cours d'Ablois, belle avenue plantée de quatre rangées d'ormes, qui sert de promenade et de champ de manœuvres. L'h»spicc est composé de dix-huit belles salles parfaitement aérées, garnies de plus de douze cents li;s en fer à une place, non compris les chambres de l'hôtel de Mars où sont traités les officiers. Il est desservi par trente-deux sœurs de Sainl Vincentde-Paul. Le service d'infirmier est fait en partie par des hommes libres et par des forçats dont la bonne conduite a été éprouvée. Les étranger» visitent toujours le dôme, la lingerie, tenue avec un ordre admirable, la bibliothèque, compi»éede plus de dix mille volumes, elle ca bi ne i d' Induire naturelle, enrichi par les dons des chirurgiens qui ont fait des campagnes lointaines.
Dans celte esquisse rapide du port et de l'arsenal, on n'a parlé ni des fosses aux mâts anciennement construites, ni des belles fosses à bois qui s'exécutent en ce moment, ni des fortifications établies sur les rives du fleuve, ainsi qu'à l'ila
d'Aïs et a IMle d'Oléron, pour défendre l'entrée de lu Charente et protéger les arrivages. Tous ces établissements, tous ces avant-postes sont un accessoire indispensable d'un port de guerre, et ne peuvent trouver place que dans une histoire spéciale de la localité.