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LA VILLE

Jusqu'à ce jour le sort de la ville de Rochefort a été si intimement lié a celui de l'arsenal, que l'on ne peut mentionner l'un sans parler en môme temps de l'autre.

La ville, assise en partie sur la pente d'un coteau, en partie sur des marais, est entourée de remparts garnis de belles plantations qui offrent une promenade agréable ; les rues, bien pavées et toujours propres, sont larges et coupées a angles droits; elles sont ornées de fontaines alimentées par la pompe à feu, et qui coulent dans les ruisseaux ; quelques-unes, et entre autres la rue Royale où se tient le marché, sont plantées d'acacias et de peupliers d'Italie ; toutes sont éclairées par des réverbères alignés qui forment le soir dos lignes de lumière d'un bel effet; les maisons, d'une architecture simple, sont peu élevées, mais jolies de propreté et de symétrie. Il y en a peu de remarquables ; mais les édiQces publics sont grands et beaux.

Lu place d'Armes, située au centre de la ville, forme un carré régulier. Elle est entourée d'une balustrade en fer et bordée d'une double rangée d'ormeaux. La fontaine est ornée d'un morceau de sculpture estimé des connaisseurs : l'Océan donnant la main à la Charente. Sur la face postérieure de l'édilice. on lit l'iuscription suivante t

Latta dlù vari«a errabam Nympha per agroi; L*tJor, ia vestris macuibua cece duo.

En face est l'hôtel-de-ville, qui possède une bibliothèque composée de plus de six mille volumes.

Lar salle de spectacle est fort jolie, quoique nouvellement décorée avec peu de goût; le collège est d'une architecture élégante ; l'église, qui n'est pas encore entièrement rebâtie, ressemble à celle de Fontainebleau ; la maison d'arrêt est d'un caractère architectural en harmonie avec sa destination; la halle est remarquable par la beauté et la hardiesse de sa charpente.

Roche fort a tu naître dans ses mura l'amiral Bai in de La GaUssonnière, le vice-amiral LaTouche Tréville, les peintres Gaultier et Audebert, les naturalistes Lesson et Quoy; enfin un grand nombre d'hommes distingués.

Les habitants de Roche fort se font remarquer par un caractère indépendant, par des idées avancées; mais, presque tous étrangers au sol, ils montrent peu d'amour de la cité. Quiconque a vécu dans cette ville, eu conservera toujours un agréable souvenir.

Van Tenac,

Combat

DU CORSAIRE LE QVINOLA CONTRE LA CORVETTE LE MORfilNG STAR.

C'est en parcourant les rivages de l'Océan; c est en écoutant les vieux habitants de nos cèles raconter les combats de mer qui ont illustré noire période républicaine, qu'on déplore la froideur ou l'insouciance des écrivains qui se donnent mission de transmettre à la postérité les hauts faits de la marine française. Nos chroniques, plus prétentieuses que fidèles, et resserrées dans le cercle étroit d'une compilation de gazettes, restent piles auprès des récita bruts et énergiques de ces vieux marins retirés, archives vivantes de nos luttes sanglantes. Combien de belles actions, ensevelies dans le silence de la véritable bravoure et de la pauvreté, se révèlent dans les causeries du soir de ces vétérans, nobles débris des vaillants équipages de la république et de l'empire ! Combien l'histoire gagnerait si les auteurs d'annales s'avisaient d'aller remuer les vieux souvenirs enfouis sous les toits d'algue et d'argile de nos pêcheurs I Combien de combats: particuliers; combien d'incidents de bataille ignorés, surgiraient alors pour s'incorporer dans l'histoire auprès des grands événements dont ils sont de» péripéties, et où ils rehausseraient l'éclat d'une victoire, ou consoleraient du malheur d'une dé* faite!

Tout en récollant pour l'histoire, l'écrivain trouverait des inspirations nouvelles dans ces récits naïfs et vigoureux ; dans cette faconde mate* lolesque, qui remue jusqu'à causer le frisson, lorsqu'emporté par la puissance des émotions qu'il retrouve dans sa mémoire riche et vivace, le matelot raconteur, formulant de la voix et du geste l'horrible abordage où il croit remonter, l'œil ardent, l'écume aux lèvres et l'injure à la bouche, semble encore planter sa hache d'arme dans un crâne anglais.

La mission de recueillir tant de faits ignorés et si dignes d'ajouter à h) gloire de notre pavillon» la France Maritime se l'est imposée. Enrichir ses. colonnes des récits qui peuvent mettre en relief le courage de nos marins fut son but, et elle s'y montre fidèle. Ses collaborateurs, qui, pour la plupart, ont participé aux événements de nos dernières luttes maritimes, y contribuent de tout leur zèle, soit qu'ils puisent dans leurs propres souvenirs, ou qu'ils invoquent les traditions de nos rives océaniennes.

Les combats et les traits d'audace accomplis par les corsaires républicains, et auxquels les marins bretons ont pris une si grande part, sont l<-s<i jets qui, le plus souvent, se reproduisent

dans les récits de ces vieux loup» de mer, luttants de nos côtes.

Entre autres faits intéressants recueillis pour la France Maritime, le combat du corsaire le Quinola, contre la corvette te Moming-Star, nous semble mériter une place dans ses colonnes.

A quelques cents pas de la fameuse falaise de Quiberon, de sanglante mémoire , en face des rochers de granit qui servent de bases aux remparts du fort Penthièvre, si impuissant à protéger les émigrés àe Sorobreuil contre les intrépides grenadiers de Hoche, un pauvre village de pêcheurs élève ses toits de chaume. Dans son cimetière placé sur le versant d'un monticule de sable qui domine la mer, un spectacle étrange peut souvent frapper l'attention du voyageur: ce sont deux hommes.

L'un est un vieillard droit et vigoureux, d'une figure belle et respectable ; une paire de favoris blancs et épais tranchent sur le teint rembruni de son visage martial, sillonné par nne profonde cicatrice ; son torse athlétique se balance au mouvement d'une jambe de bois et laisse voir les oscillations d'une croix d'honneur sur son paletot de bure. 11 va et vient le long du petit mur d'enceinte qu'il dépasse en hauteur de tout son buste ; ses mouvements brusques et saccadés se répètent dans un espace rétréci, comme ceux d'un lion dans sa loge ; ses temps d'arrêt, ses poses pleines d'expression, des menaces muettes qu'il adresse parfois à l'horizon de la mer qu'il couvre de son regard ardent, tout, dans ce vénérable ancien, rappelle une époque de bataille et un passé plein d'événements. Il intéresse d'abord, il attriste ensuite, quand la pensée lui a jeté cette affligeante vérité : c'est un fou.

L'autre, d'un âge moins avancé, est tristement appuyé contre la croix de bois, grisâtre et disjointe qui penche au milieu de ce champ du repos. Les bras croisés, les mains cachées sous une redingote usée, il suit de son regard triste et attentif les mouvements du vieillard aliéné. Pour peu que l'on regarde de près ce second personnage, on retrouve bientôt dans ses traits et dans ses dehors on ne sait quels motifs de pitié et de confiance, qui reportent la pensée à l'Ange déchu ; et c'est malgré soi, et comme attiré par une puissance magnétique, qu'on s'adresse à lui pour lui parler de l'autre vieill lard.

Voici, sans faire attendre, le récit que vous fera d'un ton mélancolique, souvent coupé par des soupirs, et avec une facilité d'expression remarquable, le surveillant du vieux affligé :

c Ce vieillard que vous voyez là m'a vu naître. Il était domestique chez mon père, riche armateur au petit port de Redon. Lorsque l'aveuglement révolutionnaire de 95 eut déclaré suspect et coupable tout honnête industriel, mon père se vit ravir la fortune qu'il avait acquise par son tra- Tail et son économie. Il resta pauvre ! tres-pau-

FRANCF. MARITIME.

vit ! cli.ui;('' d'une nombreuse famille, augmentée de tous les malheureux auxquels il fournissait du travail et du pain. Tous ceux qu'on appelle amis dans le monde, et qui pouvaient aider mon père à se refaire de ses malheurs, l'abandonnèrent. Les malheureux, qui ne pouvaient rien, sa dévouèrent pour lui. Roch, son fidèle serviteur, qui l'avait suivi dans ses voyages aux Indes; qui, matelot sur ses navires, s'était attaché à lui, avait partagé ses dangers; Rocb,qui l'avait servi dans sa prospérité, ne voulut pas s'en séparer dans sa détresse. Il ne se borna pas a lui continuer sans salaire des services dont son maître ne pouvait plus se passer ; ce véritable ami se procurait dans la ville et dans les champs un rude travail dont il apportait a mon père tes modiques produits. Il se sevra de toutes ses habitudes de marin, telles que l'usage du tabac et autres, en faisant tourner ces suppressions au profit de notre famille, pour laquelle son attachement était son idée fixe, ou plutôt sa vie.

» Il serait aussi impossible de rappeler tous les moyens dont le vertueux Roch s'ingéniait pour nous procurer la vie, le courage et l'espoir, que de dire la religieuse reconnaissance dont il était l'objet.

> Cet état de choses dura plusieurs années. Notre famille avait transporté ses lares au petit port de Penerf, à l'entrée de la Yilaine. Mon père y essaya un petit commerce de sel. Notre fidèle Roch sé voua exclusivement a. la pêche, comme la ressource la plus fructueuse à notre existence.

i Un soir Roch ne revint pas de la pêche. Le

(>oisson qu'il devait en apporter manqua ce soirà au repas de fa famille nécessiteuse. L'alarme et la détresse prirent, dans la maison, la place de notre ami absent. Roch, qui en était la providence, y laissait un vide affreux. Je commençais à grandir. Mon père m'envoya sur les bords de la mer m'enquérir de notre bon Rocb; tandis que lui parcourait les villages voisins, le demandant à tous les habitants et a tous les échos.

» A la pointe du jour Roch nous fut rendu. 11 parut le front serré dans un linge ensanglanté, et portant un bras en écharpe. Il s'avança d'un air heureux ; un sourire de satisfaction, qui contrastait avec son pile visage, et sa fauve prunelle qui dardait vers nous d'heureuses nouvelles, excitèrent nos craintes et notre curiosité ; qu'allait-il nous apprendre? Son récit fnt court:» Moni sieujr R..., dit-il a mon père, je vous ai causé » de l'inquiétude, pas vrai ? pardon, excuse, mon i cher maître, mais c'était plus fort que moi ; il » fallait profiter de l'occasion. Aussi, je vous » amène une prise, et une crâne prise, un Ion g te • anglais, et je dis taillé pour la course ; gréé, > équipé et portant huit caronades de 12; avec » ça trente-cinq prisonniers; la moitié mal tou- » thés, c'est vrai ; mais ça n'empêche que leur

ÎTaNV.F. MARITUIÊ.

» peau est payée la même chose par le gouver- » ncment. Oh ! mais venez donc voir qnel bijou » de navire ! •

> Mon père avait de la peine à croire ce récit, et pourtant Roch disait vrai : ce lougre anglais, devenu sa propriété par droit de conquête, était un corsaire de Jersey, dont les attaques audacieuses répandaient l'épouvante sur la côte. Roch, occupé à pécher parmi les rochers, avait vu sur le soir le forban s'échouer par une fausse manœuvre sur les écueils de l'Ile du Met. Soudain une pensée illumina le cerveau de cet intrépide marin : rentrer ses filets, rassembler vingt-cinq pécheurs, tons braves comme lui, et comme lui baissant les Anglais ; emprunter ça et là aux douaniers de la côte des armes pour lui et les siens ; à la nuit se jeter dans deux chaloupes; se diriger vers le corsaire échoué, dont les matelots endormis ou veillant mal par les vapeurs d'un grog copieux, se laissent aisément surprendre: telles furent les péripéties du drame que le courageux Roch conduisit si bien, et qui se dénoua par une horrible boucherie d'Anglais, et l'enlèvement du corsaire ennemi.

• Nous déplorâmes pourtant le succès de notre fidèle Roch, puisqu'il le payait par un coup de lance au bras gauche, et un coup de sabre sur la tête.

• Cet événement ent du retentissement. Le nom de Boch était dans toutes les bouches. Le gouvernement républicain, pour encourager les marins du littoral à faire aux Anglais la guerre d'extermination qu'il avait décrétée, récompensa largement le brave Roch. Les parts de prise furent libéralement distribuées aux capteurs. Le corsaire fut octroyé à Roch ; c'était tout ce qu'il ambitionnait. Quelques cents francs qu'il eut en outre pour sa part de prise, et une belle gratification, qui lui fut donnée parle commerce, que cet audacieux écumeur de mer avait épouvanté par ses captures, il offrit tout à mon père ; et de quelle manière, grand Dicul quelle délicatesse de sentiment dans la brusque franchise avec laquelle il mit tout à la disposition de son maître ! Ah ! croyez-le bien : les émotions de celui qui se voit l'objet d'nn dévouement aussi désintéressé ne sont pas du bonheur, quand, forcé d'accepter par besoin et par crainte de déplaire, on sent que l'âme ne suffit pas à l'admiration et à la reconnaissance.

• Mon père accepta ; mais Roch y mit une condition; et pour en rendre la valeur, il faudrait pouvoir la dire dans le langage de cet homme

surprenant. * Oui, M. R dit-il, voilà votre

• navire ; mais il ne faut ni le vendre, ni le dé- » motir, ni le laisser pourrir en place; un dauphin > comme ça demande à courir. — Et que veux-tu » donc que j'en fasse, mon ami? lui demanda mon » père. — Ce qu'il est déjà : un corsaire, et un » fameux, je dis, qui se lèvera à la lame co::i ne

Tout I",

» un goëland : mettez à bord du biscuit, et qua- » rante bons gars à mon choix, et laissez-moi al-

> 1er guetter au passage dans la Manche d'Angle- » terre, quelque gros marchand d'indigo de la » Compagnie, et je vous réponds que je n'en re- » viens pas, ou que je vous fais plus riche que tous » ces canailles de marchands de sel qui vous ont » tourné le dos dans le temps, et qui commen- » cent à vous rallier, parce que vous avez un na- » vire. Eh bien, ça vous va-t-il, mon maître? —

> Mais mon cher Roch, lui dit mon père, tu n'as » pas qualité pour commander un corsaire, et je

> doute même que tu aies des connaissances suf- » Osantes en navigation pour ordonner une route.

» — Si ce n'est que ça, M. R , c'est une affaire

» faite : vous me donnerez un porteur d'expédi-

> tion ; ça va sans dire; mais il ira où je voudrai,

> je suis armateur, moi; il doit m'obéir, et tant

> qu'à l'abordage, je me charge de la conduire ; » je* ne suis pas manchot sur l'article. »

> Roch, sans posséder les raffinements de la science nautique, était d'ailleurs un véritable loup de mer, d'une expérience et d'une capacité éprouvées. Il parlait avec une si grande confiance de lui-même, que sa couviction gagnait ceux qui l'entendaient. L'enthousiasme des marins qui l'avaient suivi dans son expédition contre le corsaire, et qui demandaient à le suivre encore; quelqnes fonds dont mon père pouvait disposer, et qui se trouvèrent augmentés par les actions qu'on lui proposait de placer sur son aventurier ; enfin, un encouragement qn'il reçut de haut lieu, décidèrent l'armement du corsaire, sous le commandement de fait de l'intrépide Roch.

b Le corsaire fut appelé le Quinola. Mon pè/e, qui en fut le parrain, cachait sans doute, sous ce nom, un jeu de pensée dont il ne donna pas l'explication. Roch7 qui n'attachait aucune allusion au nom de Quinola, eût préféré qu'on nommât te corsaire : l'Intrépide, ou le Dévoué, on le Bon Maître, tous noms auxquels l'intelligence de son cœur attachait un sens en rapport avec sa belle àme. Il s'en consola aisément. — c Qu'on l'appelle

> comme on voudra, disait-il, pourvu qu'on ne

> l'appelle pas trop lard à taper sur les An- 1 glais. »

» Un mois suffit pour mettre le Quinola en état d'entreprendre sa croisière. Armé, équipé, espalmé, par les soins vigilants du capitaine Roch, ce petit lougre, à l'allure mutine et sournoise, au ventre aigu, aux formes coquettes et pincées, semblait à peine tenir en place. Tous les habitants venaient le voir flottant dans le bassin creusé au pied du cap, et prenaient à le voir un intérêt dont le motir se liait à la destinée du joli aventurier. Les quarante vaillants marins qui allaient partager sa fortune étaient tous des jeunes gens du pays; tontes les familles s'y trouvaient représentées, et devenaient moralement soiidaj* h 4;»s suer ' s auxquels se rattachaient bien

des espérances et des plans de bonheur. Ab ! quels mots pourraient rendre les émotions que souleva dans la population de Penerf le départ de l'aventureux navire ! il eût fallu voir, dans ce moment, le haut du promontoire qui domine l'embouchure de la Vilaine, couronné par une foule attendrie, dans laquelle les marins du Quinola revendiquaient une mère, une épouse, une soeur, une amante; au milieu, mon père et ses enfants, émus jusqu'aux larmes; puis, au milieu de tous, le vénérable curé du lieu, priant le Ciel d'ôtre propice au rapide corsaire, qui, offrant ses voiles aux pressions d'une bonne brise, avait disparu a l'horizon, que le religieux murmure de prières durait encore.

» Le capitaine Roch, en vertu de la carte blanche que lui avait laissée le conseil des actionnaires, s'abandonna à ses inspirations de marin, et fut croiser à l'entrée de la Manche d'Angleterre^ snr le passage des navires anglais. Ce ne fut pas sans lutter plusieurs jours contre d'effrayantes tempêtes, qu'il atteignit son point de croisière. Il trouva ce parage si formidablement gardé par les escadres ennemies qui y stationnaient pour la protection du commerce britannique, qu'il eut besoin de tout son sang-froid et de son habileté pour échapper aux poursuites et aux surprises qui compromirent plusieurs fois ses espérances et sa liberté.

»Un jour, entre autres, impatienté de ne pas rencontrerde navires qui pouvaient lui offrir une bonne proie, il fut flairer de trop près une corvette anglaise. L'ennemi devina le sournois a ses formes rases et hardies, et surtout à ses manœuvras fureteuses, comme celles d'une fouine qui, affamée de sang, s'approche, en rusant, d'un dogue endormi. La corvette lui appuya une chasse si rude, aidée qu'elle était par une forte brise, que le Quinola, pressé de fuir par la masse de voiles dont il était couvert, passait dans la lame, comme un plongeon qui se cache au chasseur. Cependant, atteint par la rapide corvette, qui déjà lui jette quelques coups de canon pour menace de sa colère, l'intrépide Roch voit la prise du Quinola inévitable, s'il tarde à exécuter une ruse que le diable sans doute venait de lui souffler : la nuit se faisait; la mer était grosse, et le vent menaçait d'augmenter avec l'obscurité. Déjà les boulets du chasseur ennemi trouaient les flancs du Quinola, Il n'y avait pas un moment à perdre. Le capitaine Roch ordonne d'amener les voiles en désordre, et même de baisser le pavillon en signe d'une reddition complète. Les corsaires, surpris et attristés, l'accablent de ce regard qui reproche une lâcheté inattendue ; mais sans leur laisser le temps de la réflexion : « Amis,

> leur dit-il. soyez tous parés sur la drisse de

> gnnd'-voile ; et si vous ne voulez pas aller pour- » rir dans les pontons anglais, que chacun emploie

» sa force à rétablir cette voile à' mon comman- • dément, t On obéit en silence.

» La corvette anglaise avait mis son grand canot à la mer, pour amariner le corsaire rendu en apparence. — C'était là que l'attendait le capitaine Roch. — Le canot, rempli d'Anglais, approche péniblement battu par les lames; mais il va bientôt atteindre le Quinola; il y touche! Au même instant,Rocb, attentif, ordonne de hisser la grand'voile, qui se déploie en un clin d'oeil ; en un clin d'oeil d'autres voiles sont orientées; et, le rapide corsaire, obéissant à ce puissant appareil, s'éloigne, et laisse au milieu des lames et de la nuit profonde ce frêle canot , devenu aussitôt l'objet des recherches et des inquiétudes du commandant de la corvette, qui, irrité de la ruse infernale dont il est la dupe, ordonne de lancer sur le fuyard quelques boulets qui se perdent dans l'espace. La corvette, occupée à recueillir ses hommes en péril, laisse échapper le Quinola, qui court porter ailleurs son audace et son mauvais destin.

> Le temps se passait sans rencontres profitables ; les vivres se consommaient ; les corsaires murmuraient de leur mauvaise fortune. Roch, n'espérant plus rien d'heureux sur une mer battue en tous les sens par les croiseurs ennemis, changea ses plans de croisière : il quitta ces vastes latitudes, si rebelles à ses efforts et à ses espérances, et dirigea sa route verslescôtesde l'Angleterre. Sur ce nouveau théâtre, l'audacieux Roch fil au corn raerce anglais une guerre de dévastation , qui lui valut plus de gloire qne de richesse. Irrité de n'avoir pas à combattre quelque gros navire, dont la riche cargaison l'eût amplement dédommagé de tant de peine et de périls, l'intrépide capitaine du Quinola se glissait la nuit dans les raîles et dans les rivières, où des navires ennemis attendaient le temps pour continuer leurs voyages. Les allures anglaises de son navire, mille ruses qu'il avait toutes prêtes pour les circonstances, servaient merveilleusement les manœuvres du hardi guérillas : aborder les plus gros vaisseaux ; bondir sur un pont, à la tète de ses furieux corsaires; faire passer du sommeil à la mort les équipages peu veilla tifs: Roch en avait souvent fourni les épouvantables preuves. Ou bien, se dérobant aux vigies des ennemis, H rampait, a l'aide de ses avirons, le long d'un rivage, comme un reptile à mille pattes, pour aller mordre de sa dent de feu le flanc de quelque gros navire, en lui laissant l'incendie pour blessure; mais l'alarme répandue, ou la résistance d'un nombreux équipage, ou le souffle inopiné d'un vent contraire, bornait les résultats de ces hardis coups de main au désastre qu'ils causaient à l'ennemi, sans profits positifs pour les malencontreux aventuriers du Qutnola.

» Désespérés de leur mauvaise fortune, épuisés de fatigues, réduits à une ration insuffisante d'aliments détériorés, et plus encore l'expiration du

temps fixé pour la durée de la courte, tout dé- 1 termina les marins du corsaire à demander au capitaine la rentrée au port. Roch, attristé du peu de fruiu de ses efforts, moins pour lui que pour mon père à qui il avait tant promis, ordonna la roate par les côtes de la Bretagne. 11 espérait encore, sur le trajet qu'il avait à franchir, que le sort, se lassant enfiVd'étre contraire, lui offrirait une occasion de prendre une profitable revanche. Hélas ! pourquoi ses vœux se sont-ils exaucés ! La gloire du pavillon républicain seule y acquit un nouvel éclat ; et cet éclat m'apparak encore ù travers un voile funèbre, en me rappelant les malheurs qu'il m'a coûté I

i Un matin le tocsin sonna sur tonte la cote à l'embouchure de la Vilaine. Les tambours et les cris d'alarme appelèrent les habitants à leurs postes de combat. Un brig de guerre anglais s'était approché pendant la nuit de l'entrée de la rivière, et en fermait le passage à un grand convoi de bâtiments français qui, venant y chercher un abri, se trouva compromis par la présence inattendue de ce redoutable croiseur, & la mitraille duquel il venait forcément se livrer. En vain les forts et les batteries du rivage faisaient pleuvoir une grêle de boulets et d'obus sur le brig, il n'en croisait que plus fièrement dans les eaux dont il était maître ; comme un loup qui, gueule béante, attend an défilé un troupeau surpris.

■ Ce fut un affligeant spectacle, croyez-le bien, que la position désespérée de ce convoi, ne pouvant ni fuir, ni se défendre, et qui, placé entre les rochers et les foudres écrasantes du brig anglais, était réduit à choisir entre la destruction ou la captivité. Toutes les existences étaient passées dans l'attente d'un dénoument terrible ; toutes les poitrines battaient d'anxiété. Mais, tout à coup, on vit paraître et grandir, derrière les rochers de 111e du Met, un navire aux formes hostiles, incliné sous son appareil de voiles noires et cinglant de toute sa vitesse vers le lieu du combat. Ce mystérieux bâtiment s'avançait sans pavillon, sans signal : était-ce un auxiliaire du brig, qui accourait revendiquer sa part d'un désastre en y participant? Sa roule, qu'il dirigeait vers l'ennemi, faisait croire plutôt à un adversaire audacieux que le sort lui suscitait au moment de son triomphe. Et en effet, un pavillon tricolore qui courut sur la drisse du navire inconnu, et une bordée de toute sa batterie tirée à bout portant sur le brig anglais, excitèrent les acclamations et les houras de tous les habitants témoins de cette scène terrible. Bientôt un signal connu se fit voir au-dessus du nuage de salpêtre qui enveloppait les deux combattants! Soudain, ce ne fut qu'un cri sur toute la côte : < C'est le • Qumola ! c'est le brave, le vertueux Roch ! >

» En effet, c'était lui, qui, de retour de son infructueuse croisière, revenait au port de son départ. Il arrivait, poursuivi par une frégate an-

glaise qui le chassait a outrance depuis Belle-Ile. II était parvenu à mettre entre lui et le chasseur ennemi une barrière de rochers dont il connaissait les dangereux passages, et se croyait enfin libre de toute entrave; mais le bruit d'une forte canonnade qui se faisait entendre dans la direction qu'il imprimait à son corsaire, lui annonça de nouveaux obstacles a surmonter. Lorsqu'en approchant du lieu de cette détonation, Roch en eut reconnu le motif, il sentit bouillonner son sang. Soudain une pensée, comme un trait de flamme, traversa le cerveau du généreux marin. Il assembla son équipage, qni depuis la veille se tenait en branle-bas de combat : t Amis, dit-il, » avec ce ton incisif qui faisait passer sa convic-

> tion dans l'âme de ses corsaires, notre malheu-

> reuse croisière vient aboutir à la rencontre, de-

> vant le port où nous sommes attendus, d'un • brig ennemi qui menace de destruction un t convoi français. Encore un coup, pour en finir, » mes enfants ! sauvons ces malheureux navires » des griffes de ce chien d'angbis; ça ne restera

> pas sans récompense ; et puis, songes que du i haut du promontoire nos familles et nos amis » nous regardent.

— Ça va ! Qoinola ! • répondirent à la fois les braves compagnons de Roch : c'était leur cri de guerre, lorsqu'il leur demandait un coup de collier ; et ce cri équivalait à une sentence de mort.

»Roch ordonna de courir sur le brig anglais, qui, l'ayant deviné â son allure suspecte, avait cessé d'inquiéter le convoi, pour ne s'occuper que de son chétif adversaire, dont il croyait avoir bon marché. Cette confiance du commandant ennemi était justifiée par la batterie de vingt grosses caronades et un équipage de cent quarante hommes qu'il opposait à un corsaire dont les petites proportions trahissaient la faiblesse.

* Pour première démonstration d'hostilité, h Quinola vomit à bout portant sur l'ennemi sa bordée, dont les caronades gorgées de mitraille, firent un horrible carnage dans la foule compacte des combattants du brig. Roch, habile à manœuvrer son léger navire, ne s'arrêta pas à prêter le côté à la batterie de son redoutable ennemi; il adopta une guerre d'évolutions, tournant le brig dans tous les sens, le saisissant par tous les points vulnérables, l'accablant sans cesse de sa batterie toujours prête, toujours servie avec la vigueur de l'acharnement. La pesante corvette ne pouvait que difficilement se soustraire aux meurtrières volées de ce lougre voltigeur, qui lui déchirait tantôt ses flancs, tantôt sa poupe. Elle déchargeait sur lui par intervalles sa formidable batterie, dont les coups trop hâtés passaient au-dessus de l'effilé cor-i sairc : c'était le combat du taureau et du frelon.

«Cependant le sang ruisselait à bord des deux combattants \ Roch avait vu tomber quelques*

uus do ses braves comptons. Il cinit partout, accélérant le feu, surveillant la manoeuvre, encourageaul ses gens; son regard d'épervier »<• partageait entre les désastres qu'il causait à l'en nemi et les manoeuvres des bâtiments du convoi qui, profitant du conflit sanglant qui se livrait pour leur salut, se hâtaient de se réfugier dans la Vilaine.

» Alors, mon père, entraîné par les émotions que soulevaient dans son âme reconnaissante le dévouement et l' héroïsme du brave Roch, fit un appel à tous les marins du convoi ; il n'eut pas de peine à faire goûter à ces braves gens son projet d'aller porter un secours nécessaire au vaillant corsaire, qui soutenait pour eux une lutte ai inégale, ils s'offrirent de suivre H. B. dans cette expédition qui devenait pressante. Deux chaloupes reçurent les trente hommes de renfort que mon père amenait au Quinola. Je me glissai, à l'insu de mes parents, parmi ces braves auxiliaires, tant pour suivre mon père que pour partager les dangers et la gloire de son expédition. 11 était temps qu'elle arrivât : au moment où nous abordâmes le Quinola, une bordée meurtrière de la corvette anglaise venait de décimer le peu de braves qui le défendaient encore avec l'acharnement du désespoir. Roch fut celui que nous cherchâmes d'abord sur ce champ de carnage : il était monté sur son banc de quart ; sa main droite se crispait sur la poignée d'un large sabre d'abordage ; deux pistolets étaient retenus à sa ceinture; il était coiffé d'un mouchoir; sa figure et ses bras étaient maculés de sang et de poudre. Il dominait de sa haute stature ce pont ensanglanté, pèle-méle dégoûtant de morts, de débris et de chairs saignantes. A peine nous eût-il comptés, et embrassé mon père, que la pensée de vaincre et de s'emparer de la corvette, qui commençait a plier, parut tout à coup l'abandonner. 11 ne pouvait prétendre à ce succès, sans perdre encore du monde, et la crainte d'ex-

i)osermon père aux chances d'un combat acharné e faisait renoncer à ses glorieuses espérances ; d'ailleurs il avait atteint son but : le convoi était sauvé; la corvette ennemie était horriblement mutilée : il pouvait quitter avantageusement la partie, sa mâture étant encore toute debout. A toutes ces puissantes réflexions, vint se joindre l'apparition soudaine de la frégate qui l'avait chassé le matin même. Son parti est arrêté ; mais avant de quitter ce champ de bataille, il laisse pour adieu, au brig déjà tant maltraité, une bordée tirée de si près, que les deux navires parurent joints par un lien de feu.

» Malheur 1 la corvette, qui se débat tout ensanglantée sous la grêle de fer qui l'accable, riposte encore, et cette volée, dernier effort de sa force expirante, démâte le Quinola de son mât de misaine, le désempare de toutes ses voiles, et l'empêche de fuir désormais.

• Qui voyait de loin cette terrible lutté, et et suivait tous les accidents, dut dans ce moment tenir pour inévitables la défaite et la prise du vaillant corsaire démâté, immobile sous la volée d'une corvette d'une force triple, et chassé par une frégate qui arrive de toute sa vitesse sur le champ de bataille tant disputé. Mais on ne sait pas toutes les ressources dn courage de feu et <lu sang-froid imperturbable de celui qui préside au destin du Quinola.

> Au malheur qui vient de frapper le corsaire, l'intrépide Roch ne répond que pur un cri; et c'est celui de : A l'abordage ! Et dans le même instant, le Quinola accroche le brig avec l'une de ses bègues d'ancre, qui mord dans un sabord de l'anglais, comme une dent qui ne doit plus lâcher prise. Au même instant aussi un feu roulant de mousqueterie, un jet continuel de grenades enflammées s'échappent du Quinola : ce tourbillon de plomb et de feu se roule et siffle dans la foule qui couvre le pont de la corvette anglaise. Aux cris de : A t abordage ! au branle de lacloche et au bruit du tambour qui bat la charge, tous les corsaires se pressent, le poignard aux dents, le sabre ou la hache au poing, la colère dans le regard. Us bondissent sur le pont du navire anglais ; Roch, â leur tête, s'élance dans la masse des combattants ennemis, se précipite à l'arrière du brig; il abat des coups de son redoutable sabre les timoniers qui sont a b barre ; il s'en empare, et dirige vers l'entrée de b Vilaine la corvette anglaise qui a conservé sa mâture et ses voiles ; une brise du large seconde cette merveilleuse manœuvre, tandis que les braves du Quinola repoussent, sous les ponts de la corvette devenue leur conquête, les Anglais qui ne sont pas tombés sous leurs coups.

• La lenteur avec laquelle le brig et le corsaire, toujours accrochés, s'acheminaient vers b cèle, laissa à b frégate survenue le temps d'approcher ce groupe de ruines et de carnage, et de le couvrir sous une voûte de feu et de projectiles. Le sang coula de nouveau ! On approchait toujours : mais, tout à coup, b prise mal dirigée fait supposer que la main qui b gouverne ne lient plus son gouvernail; on regarde, et l'on voit le brave Roch se roulant sur le pont, par le choc d'un boulet qui lui a emporté une jambe 1 < Un homme à b barre ! • s'écrie le courageux capitaine. Mon père, accouru pour lui donner les premiers soins, tombe sur cet ami qu'il inonde de sang : un biscayen venait de traverser sa poitrine ! J'étais orphelin !

» LeQuinolaeileM<ming-Slari\nvariablemnt liés, et emplissant tous les deux par les trous que les boulets avaient percés à leur flottaison, coulèrent ensemble dans la Vilaine , comme meurent b baleine et l'espadon après leur combat.

> Beaucoup de funérailles curent lieu à Pénerf, au lieu des fêtes projetées au retour du Quinola.

• L'intorlwnc' Roch, amputé, et ignorant encore le son de son main e, le demanda longtemps. Quand enfin il apprit la déplorable mort de mon père, le malheureux donna presque aussitôt les signes d'une affection cérébrale, qui depuis a dégénéré en folie. Il devint l'objet de la protection du gouvernement. Une pension, une bacbe d'honneur, et quelques bienfaits qu'il reçut du commerce reconnaissant de la petite ville du Croisic, furent les ressources sur lesquelles le malheureux affligé dut établir son espoir et son avenir. Elles étaient faibles ; mais je restais pour veiller sur lui. Cette tâche, la reconnaissance me l'imposait, et je n'y ai pas manqué : des années se sont écoulées; des événements sont survenues qui ont souvent changé la position et les ressources du pauvre Roch : la Restauration n'a pas reconnu les dettes de lu République. Roch, pauvre et fou, n'a plus de pension que celle reconnue par la caisse des Invalides et celle de sa croix.

■ J'ai vieilli près de lui ; j'ai partagé avec lui le peu que plusieurs industries honnêtes m'ont procuré. Aujourd'hui, je dirige une école mutuelle dans ce village. Je trouve toujours un moment pour accompaguer Roch dans les excursions où son délire l'entraîne ; et c'est toujours ici, à la vue de ces tombes, que, se rappelant le maître et l'ami qu'il a perdu, il vient menacer de sa vengeance délirante et épier sur la mer l'ennemi qui le lui a ravi.

• Ce vieillard que vous voyez-la, c'est Roch ! t Ce récit terminé, on voit cet intéressant raconteur essuyer une larme ; on sent venir les tiennes, et l'on quitte cet attristant tableau, non sans jeter encore un regard de pitié sur Roch le pauvre fou, l'intrépide capitaine du Qumola. P. Ltco.

GEOGRAPHIE

LA

Ctta&elU toi Povt-£oui*.

Au retour d'une campagne lointaine, lorsque poussé par la brise du sud, un navire, bon marcheur, arrive, tontes voiles dehors, en vue de file de Groix, — tout ce qu'il y a de Rretons à bord salue avec émotion le grand monstéro, dominateur de ce rocher fertile, sentinelle avancée de léur chère et noble patrie. C'est que ce rocher a vu naître d'intrépides marins qui ont mérité leur nom proverbial de loups de mer ; c'est que sur ce rocher tout le monde est brave, jusqu'aux femmes qui se font soldats pour repousser l'agression des

ennemis de la France; jusqu'aux femmes qui, un jour, effrayèrent les Anglais par leurs escadrons simules, manœuvrant sous les ordres d'un prêtre dont le courageux patriotisme reçut pour récompense lu croix de Saint-Louis.

Puis, le navire cinglant toujours vers l'entrée de la baie du Rlavet, les pieux enfants de l'Armorique se signent dévotement, dès qu'ils aperçoivent sur leur gauche la tour de Notre-Dame de l'Armor, dont la chapelle est riche d'«r-t>oto; puis ils découvrent le village de Kernevel ; puis encore, à leur droite, le petit fort de Gavre, veuf de garnison en temps de paix, et plus loin, à l'extrémité d'un isthme, la citadelle du Port-Louis, dont nous allons parler.

Il s'élevait autrefois sur les côtes de la vieille Armorique deux petites villes, situées, l'une au bord de la baie d'Etel, l'autre à l'entrée de la baie du Rlavet. La première s'appelait alors Blabia-Béter, ou Rlabia-Orientale, et la seconde, plus à l'ouest, portait le nom -de Blabia- R ert, ou Rlabia -Occidentale. Plus tard, ce nom s'altéra et devint Rla-Wert, puis enfin Blavet, qui désigne cucore aujourd'hui la baie au fond de laquelle se trouve l'un de nos grands arsenaux maritimes. Ces deux cités armoricaines ont disparu dans les siècles passés, sans laisser aucun vestige de leur existence.

Cependant le port du Blavet ne manque pas de célébrité. L'histoire nous apprend que les Venètes le défendirent vaillamment contre les ! vaisseaux de Jules César, lorsque ce conquérant, ' après avoir envahi les Gaules, voulut réduire ces peuples héroïques. C'est encore de ce port que 1 partit, en 1096, pour la première croisade, Alain , Fergent, huitième duc de Bretagne. C'est là que débarquèrent, plus tard, les Anglais, alliés des princes armoricains, pour participer aux querelles incessantes de ces suzerains turbulents. Cependant lorsque la duchesse Anne voulut donner à la Bretagne une marine régulière, le porc du Blavet, malgré ses titres de gloire, ne fut pas jugé digne d'être érigé en arsenal militaire : Saint-Malo, Rrest, Redon et Nantes eurent seuls cet honneur. Le port du Rlavet, presque ignoré» continua à être fréquenté par les caboteurs et par les barques de pêche qui venaient y chercher un abri contre les tempêtes.

Toutefois, après la découverte de l'Amérique, la marine française ayant pris un grand développement, ce port acquit de jour en jour plus d'importance. Il devint un lieu de relâche pour les navires du commerce et pour les vaisseaux du roi, qui échappaient ainsi aux fureurs de l'Océan ou à la poursuite d'un ennemi.

En 1604, lors de la formation des compagnies commerciales des Indes et d'Occident, ces compagnies opulentes construisirent dans la ville du Blavet des hangars où les navires venaient déposer leurs riches cargaisons. Dès lors la petite

cité des pécheurs bretons devint florissante, et pour assurer la sécurité du commerce, Louis XIII ordonna de fortifier les côtes voisines. Bientôt on vit s'élever sur la pointe du plateau de rocher où la ville est bâtie, une citadelle qui défend l'entrée de la baie. La nouvelle cité fortifiée reçut, par la volonté du monarque, le nom de Port' louis, et la citadelle, à une époque plus rapprochée, fut rebaptisée par la puissance populaire

Îni, dans un accès d'enthousiasme, la nomma ort de la liberté.

En 1 746, six frégates anglaises vinrent s'embos- 8cr très-près de la côte, vers le village du Guidel, et engagèrent une vive fusillade avec les dragons commandés par le comte de L'Hospital, et les paysans des paroisses voisines qui s'étaient armés. L'ennemi força les nôtres à reculer, et ses chaloupes purent opérer tranquillement le débarquement de six mille hommes de troupes qui marchèrent aussitôt sur Lorient, sous les ordres du général Saint-Clair. Dans la nuit, les Anglais mirent à terre leur artillerie et leurs bagages, sans que la citadelle du Port-Louis, dont ils étaient éloignes, pût contrarier les dispositions de l'ennemi. Lorient fut assiégé et bombardé. Nos troupes et les habitants, quoique mal dirigés, tuèrent neuf cents Anglais. La place allait capituler, lorsque, par bonheur, l'ennemi, dans la prévision d'une tempête, abandonna son artillerie, et regagna précipitamment ses vaisseaux qui mirent a la voile.

La gravure qui représente la forteresse est dessinée par un jeune artiste (orientais, dont le pinceau a produit de belles toiles, et promet à la France un peintre de marine fort distingué. La réputation de H. Bouquet n'est pas encore populaire dans les ports, parce que ses œuvres peu nombreuses n'y sont parvenues que traduites imparfaitement par le burin des graveurs. Hais, pour qui a vu, a l'exposition, ses trois dernières marines, et particulièrement un effet du soleil levant, à travers le brouillard; pour qui a pu apprécier les esquisses dont cet artiste a doté notro France Maritime, son talent est plein d'avenir, et son nom peut, sans pâlir, figurer à côté de celui des Gudin, Biard, Garneray, Gilbert, Le Poitevin. Motel Fatio, Juge- Jet, etc., etc.

Te plus bel éloge que l'on puisse ftlre da mérite testé de M. Banquet, Cest de dit* qu'il • été eboisl en 1838 par notre célèbre Gudin, pour le seconder, de concert arec Morel Fatio et CouTeley, dans la grande œuvre* maritime desiinée au Musée de Versailles : nous renions parler de la galerie de cent tableaux représentant

Améiée Gb*hah,

HISTOIRE-

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