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CHAPITRE IV

LES JÉSUITES, LA COxNGRÉGATION ET MONTLOSIER

A l'époque où nous sommes parvenus, la France est en pleine crise morale ; l'effervescence des partis n'étant plus contenue, les événements vont se précipiter. Aux lois sur le sacrilège et le milliard des émigrés a succédé un projet sur le rétablissement du droit d'aînesse « véritable défi à l'opinion publique », jetant l'inquiétude dans tous les esprits. Les méfiances contre Villèle augmentent.

Elles avaient été soigneusement entretenues dès le début du règne de Charles X par « les écrits, relations, gazettes que le ministère n'avait pas payées' ». Depuis lors, ces préventions s'étaient accrues de telle sorte qu'en contenir le torrent devenait impossible.

L'harmonie que l'administration doit s'ef-

1 Salvandy. Le nouveau règne et l'ancien ministère.

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forcer d'assurer entre elle et le peuple paraissait sinon brisée, tout au moins profondément compromise. Il en résultait dans les rouages gouvernementaux un manque d'équilibre qui en gênait le fonctionnement régulier.

Les révolutionnaires et les libéraux accusent le clergé, les Jésuites et la congrégation d'exercer une action occulte, mais décisive sur le pouvoir royal, de chercher à former un Etat dans l'Etat, de semer dans les masses les préjugés et les doctrines ultramontaines. Ces attaques manquent de base ! La récente déclaration des évêques avait eu une telle portée qu'elle anéantissait les insinuations dont les libéraux s'étaient fait une arme formidable.

Que redouter, d'ailleurs, d'un clergé dont le dénuement devait faire écarter toute possibilité de prééminence? Certains curés s'étaient laissé entraîner à l'expression sans réserve de leur opinion^ A la Chambre, Mgr Frayssinous les avait nettement blâmés, mais il imputait ces écarts à la jeunesse des ecclésiastiques

^ Le langage tenu en chaire par l'un des curés des environs de Blois, avait profondément ému les assistants. Les paroles suivantes, colportées de bouche en bouche, franchirent le cercle restreint de son canton : « Mes très chers frères, comme Charles X n'est pas chrétien, qu'il veut maintenir la Cliarte qui est un acte contre la religion,

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en cause ; « Il y a au moins 24 ooo curés en France ; ils ne sont pas tous également parfaits, ils ont leurs défauts de caractère, aggravés quelquefois par la fausse position dans laquelle ils se trouvent, mais faut-il s'étonner que sur ce grand nombre de desservants, il y ait quelques paroles indiscrètes, quelques abus ; aujourd'hui surtout, il n'y a plus au sacerdoce que des vieillards et des jeunes gens ; à peine ceux-ci ont-ils terminé leurs études ecclésiastiques qu'on les envoie dans les paroisses ; ils n'ont pour guides que leurs livres, ils suivent parfois la lettre qui tue au lieu de l'esprit qui vivifie. Quand on est jeune, on a un sentiment plus vif de ce qui est bien, une horreur plus violente du mal; on s'indigne, on s'exalte; l'indulgence devrait être la vertu la plus naturelle à l'homme en raison de sa faiblesse, et il faut pourtant que l'expérience vienne la lui apprendre. Encore quelques années et ces rangs intermédiaires qui séparent la jeunesse de la vieillesse seront remplis ; vous verrez

nous ne devons point prier pour lui, pas plus que pour Louis XYIII, fondateur de cette Charte. Ils sont damnés tous deux, » Traduit aussitôt devant le tribunal de Blois, cet ecclésiastique fut condamné à trois ans de prison, trois cents francs d'amende et aux dépens. {Annuaire historique, 1825, pages 224 et 232, Appendice.)

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alors moins de plaintes contre les desservants et d'ailleurs, les torts sont-ils toujours de leur côté ? Qu'un maire s'emporte, on n'en dira rien ; (ju'un prêtre laisse échapper un mot trop vif, toute la France en parlera; nous, nous demandons la même indulgence pour tous les deux^ ».

Ces débats démontraient l'exagération des plaintes de ceux qu'effrayait la prétendue omnipotence des prêtres redoutée comme un danger pour l'État. « Loin de jouir de la moindre indépendance, s'écriait un député, le clergé n'a pas même les moyens de pourvoir à ses propres besoins ». Rien de plus lamentable que la misère des desservants'. A cette détresse physique s'ajoute une détresse morale que contribue à entretenir l'indifférence des populations au milieu desquelles ils vivent souvent en étrangers !

Le gouvernement avait laissé entendre qu'une somme supplémentaire dea.Soo.ooofr., provenant de l'extinction des pensions ecclé-

^ Voir séance de la Chambre des députés du 26 mai 1826.

^ Les plaintes de l'Episcopat sur le manque de prêtres et Tinsuffisance des vocations sont incessantes. L'évèque de Chartres évaluait alors à 70 sur 347 ^^^ cures privées de pasteurs dans son diocèse. {Ami de la religion, décembre i8i5.)

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siastiques serait, en 1827, spécialement consacrée à l'amélioration du sort des desservants, mais une fraction de ce crédit avait dû être distraite de sa destination primitive et employée à d'autres dépenses, particulièrement à l'érection de cures, succursales, et aux réparations ou constructions d'édifices diocésains ^ Le budget des affaires ecclésiastiques avait pourtant été porté de 24.700.000 francs en 1 821, à 32 millions j/2 en 1827- ; les desservants sexagénaires recevaient un traitement de 900 francs, les septuagénaires de i.ooo fr. ; les desservants plus jeunes avaient à peine ^So francs, chiffre d'autant plus modique que fort souvent des fidèles nécessiteux recouraient à eux; les refus opposés à leurs sollicitations les aigrissaient et ruinaient dans maintes familles l'influence des curés. Aussi ceux-ci se consumaient-ils de tristesse et d'abandon dans leur presbytère délabré !

Six à sept mille anciennes religieuses, un millier de vieux prêtres infirmes, incapables de remplir les fonctions sacerdotales, rece-

^ Voir le discours de Vatimesnil, Commissaire du Roi, à la séance de la Chambre du 26 mai 1826.

- Voir la discussion du budget de 1827 à la Chambre des députés, en mai 1826.

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valent seulement le tiers de la pension alimentaire que l'Assemblée législative ellemême avait reconnue indispensable à leurs besoins ^ Sur les 3 milliards de biens ecclésiastiques dont l'Assemblée Constituante avait déclaré la nation propriétaire, il en existait encore un milliard environ au retour des Bourbons". Les dépenses ecclésiastiques ne dépassant pas annuellement 33 millions « on pouvait dire avec certitude que le gouvernement du Roi avait plus qu'amplement trouvé les moyens de pourvoir à tous les besoins de la religion et à l'acquittement des pensions ecclésiastiques dans leur intégralité ». Et pourtant, nombre de prêtres, de religieuses dont la vie entière n'avait été qu'un long dévouement « étaient plongés dans les tourments de la plus affreuse misère S).

Un supplément de crédit était donc inipé-

' Discours de Dubouchage à la Chambre en mai 1826. Cette pension avait alors été £ixée de 6 à 800 francs pour les religieuses et de 7 à 900 francs pour les prêtres.

- Idem.

3 Idem. « Les biens de la religion qui sont entre les mains de l'État surpassent de beaucoup en valeur le capital de l'allocation accordée chaque année au clergé par la loi de finances. » (Discours de Marcellus à la Chambre des pairs le 18 avril 1826.)

'* Dubouchage. Discours cité.

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rieiisement réclamé par quelques députés, non seulement pour remédier à cette situation, mais encore pour porter à i.ooo francs le traitement des desservants, sans exception, relever ainsi leur prestige, accroître leur force morale ^

D'autres députés ne se déclaraient même pas satisfaits d'un relèvement de crédit. Ils eussent préféré qu'une somme fût inscrite à perpétuité au grand livre de la dette publique pour éviter une discussion annuelle où les divergences d'opinions, certaines hostilités toujours latentes et des conflits d'intérêts remettaient sans cesse en question le sort du clergé.

A la Chambre des pairs, les mêmes vœux avaient été formulés, avec autant de chaleur et d'insistance. Mais on avait à nouveau demandé (f que les anciennes propriétés du clergé échappées à la main spoliatrice de la Révolution fussent régies à son profit par le ministre des Affaires ecclésiastiques comme le ministre

^ Les Conseils généraux attribuant fréquemment aux desservants des allocations supplémentaires sur le budget des communes s étaient attirés les reproches de contribuables dont 1 indifférence religieuse se transforma en hostilité ouverte. A la Chambre des députés, la droite jugeait donc préférable de charger exclusivement l'Etat de ce soin.

de la maison du Roi régit les domaines de la couronne ». Gomme on Ta vu, il s'agissait surtout de forêts et la question se posait d'autant mieux que quelques-unes faisant partie d'une ancienne abbaye étaient alors sur le point d'être échangées contre des immeubles appartenant à des particuliers ou à des villes. « La religion est émigrée, s'écriait Marcellus... J'aime à répéter cette expression que j'ai entendue prononcer dans une autre tribune... Cette auguste émigrée sera-t-elle seule exclue du bienfait de l'indemnité ? »

La restitution aux membres des communautés et au clergé des biens invendus eût été équitable, mais comment la réaliser sans éveiller aussitôt la susceptibilité des libéraux? Un tel acte eût été considéré comme une concession du pouvoir au parti religieux : les Chambres le comprirent ainsi et repoussèrent les propositions faites à ce sujet. La situation du clergé restait donc instable, son influence dépourvue d'efficacité, car ce n'est généralement pas le pauvre qui en impose à la foule !

Non moins vives étaient alors les attaques contre la Compagnie de Jésus. D'après la presse libérale, il semblait que la France entière fût couverte de ses couvents et que

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ceux-ci exerçassent sur les masses un pouvoir dominateur. « On voit des Jésuites partout, les prêtres sont des Jésuites, les particuliers qui remplissent leur devoir de chrétiens sont des Jésuites ; il y a des Jésuites à la Cour, dans la magistrature, dans l'armée, dans le commerce. Et il est bien entendu qu'on désigne sous ce nom les hommes que l'on veut rendre odieux... L'ignorance publique sert admirablement ces vues* ».

Quelques évêques appréciant la valeur de la science éducatrice des Jésuites leur avaient confié la direction de sept petits séminaires.

Les sympathies que leur avaient conservées les chefs de famille dont la jeunesse s'était écoulée sous leur direction, déterminèrent beaucoup d'entre eux à placer leurs enfants dans les écoles où ils professaient; elles se remplirent rapidement et présentèrent par Taugmentation constante des élèves un contraste avec celles où enseignaient seuls des prêtres séculiers.

Cet état de choses s'ébruita. Il devait entraîner contre la religion et le clergé une recrudescence de polémiques d'autant plus acerbes

^ T. a Quotidictine, mai 1826.

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que pour certains, le nom de jésuite était abhorré comme synonyme d'ultramontanisme.

On prophétisait la reprise de leur influence dans les affaires. Au xviii^ siècle, parmi leurs adversaires, se trouvaient des membres du clergé, effrayés d'une rivalité qu'ils considéraient comme un danger. Mais tel n'était point le cas en 1826. Le petit nombre de Jésuites résidant en France était un obstacle au rétablissement de leur ancien ascendant. Ils se seraient heurtés, comme sous l'Empire, à des mécontentements insurmontables. Ils auraient ameuté contre eux l'immense majorité de la France qui, réfractaire à l'influence du clergé séculier, se refusait plus encore à endurer celle du clergé régulier. Mgr Frayssinous, répondant à Casimir Périer, citait des faits qui auraient dû apaiser les craintes et écarter les soupçons*: « Il faut savoir qu'il existe en France quatre-vingt-six collèges royaux, soixante collèges communaux, et plus de huit cents maisons particulières, institutions ou pensions, quatre-vingts séminaires, au moins cent écoles préparatoires ecclésiastiques, ou petits séminaires. Eh bien ! il n'est pas un seul collège royal, pas un seul collège com-

' Voir séance de la Cliambi-e du 27 mai iSaô.

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munal, pas une seule pension particulière qui soit dans les mains de ces hommes si redoutables connus sous le nom de Jésuites... Ils sont tous exclusivement sous la dépendance des évêques et plus ou moins sous l'autorité du ministère de l'Instruction publique. Mais combien y a-t-il de séminaires de théologie qui soient dans leurs mains, car c'est là surtout qu'on peut égarer la jeunesse ? Sur quatrevingts, pas un seul! Mais sur cent petits séminaires ? Il yen a sept, il n'y en a que sept. Ils y ont été appelés par les évêques. Mais ceux-ci peuvent-ils les révoquer ?Oui. — Sont-ils sous la dépendance de l'évêque diocésain?— Oui. — Seraient-ilsles maîtres de les renvoyer ? Oui, et cela est déjà arrivé dans le diocèse de Soissons, par exemple. Voilà à quoi se réduit cette grande influence qu'on attribue aux Jésuites. Ils n'ont ni plus, ni moins que les sept maisons dont je viens de parler et, dans ces écoles, on n'enseigne que les humanités, le grec, le latin, lessciences profanes, mais on ne s'y occupe pas de théologie ; il ne s'y trouve peut-être pas un seul élève qui sache en quoi consiste la difîérence entre nous et les ultramontains... Pour moi, placé à la tête de l'Instruction publique, j'avoue qu'ils ne m'inspirent aucune inquiétude...

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Les Jésuites sont comme les oratoriens qui forment une agrégation d'individus et non pas un corps ; quelques oratoriens ont fondé un collège avec l'autorisation du chef de l'Université ; quelques Jésuites conduisent un petit séminaire sous la direction immédiate de l'évêque ; c'est la même position. Un édit a défendu aux Jésuites d'enseigner. Oui, d'avoir des collèges comme corps, mais non point d'être individuellement maître ou professeur dans un collège. Un Jésuite peut, comme tout autre homme, être appelé à des fonctions dans un collège par les chefs de l'Université ou dans un petit séminaire par l'évêque. Tout Français qui remplit les conditions exigées par la loi de l'Université pour enseigner a le droit de le faire, s'il est appelé par les autorités compétentes ' ».

i L'association formée en France pour la propagation de la foi est alors représentée par un journal libéral « comme une vaste fraction de la société des Jésuites ». « Je suis associé à cette œuvre depuis sa fondation, écrit l'un des membres, etje puis calmer les inquiétudes... Elle a uniquement pour objet de recueillir les aumônes des fidèles qui voudraient concourir au succès des missions étrangères... Il faut vivre dans un temps comme celui-ci pour que de telles conditions paraissent effrayantes à certains esprits. Elles ne sont pas plus dangereuses pour la liberté que les sociétés philanthropiques qui font des souscriptions et donnent des concerts pour les Grecs, et

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La question des Jésuites allait se poser formellement. Sous la pression de ropinion , sous la menace d'un orage politique, les pouvoirs publics leur retireront, en 1828, la direction des maisons où ils enseignaient, Barante oubliait-il la docilité habituelle du Gouvernement envers les libéraux, quand, dans une lettre à Guizot, il préjugeait ainsi de l'issue de cette cajnpagne ? « Vous croyez, et sans doute, avec raison, que Ton s'occupera beaucoup des Jésuites et du clergé à la prochaine session ; mais à quel résultat peut-on arriver? Forcer le ministère à leur interdire les coUèg-es ou obt'^nir la liberté

que personne ne savise de regarder comme des associations de Jésuites ». [La Quotidienne, 1 mai 1826.)

Le vicomte Vilain XIV, issu d'une ancienne famille belge, ancien élève de Saint-Acheul, adressait le 3o novembre 1826 cette note aux journaux de Bruxelles : « C'est seulement ce matin que la brochure de M. de La Roche-Arnaud sur les Jésuites modernes m'est tombée entre les mains. J'en ai été indigné... Le public pourrait être induit en erreur par un air de bonne foi et d'assurance qui règne dans ce pamphlet où quelques vérités sont mêlées aux calomnies les plus noires, aux mensonges les plus éhontés... L'article contient contre nous tous, élèves de ces temps-là, une accusation d'empoisonnement contre laquelle je proteste et dont je renvoie le titre à l'auteur de cette calomnie absurde ».

Il serait superflu d'insister sur ces témoignages auxquels on pourrait en adjoindre d'autres d'une égale valeur.

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de rinstriiction publique, ce ne serait pas moins qu'une révolution dans le gouvernement. ' »

Baranle, pour ruiner l'enseignement jésuitique qui consistait, selon lui, « à vendre du mauvais latin à bon marché », proposait « d'éclairer le public sur la sottise de l'éducation classique des langues mortes... et de détruire le préjugé du latin ». Supprimer la culture classique eût été, sans doute, porter le « coup le plus funeste aux vestiges de l'ancien régime et à l'influence du bas clergé »'-. Pour éviter un péril imaginaire, un tel bouleversement des études aurait eu un résultat certain. En rompant son contact avec une civilisation mère de la nôtre, en supprimant son plus merveilleux moyen d'assouplissement, de perfectionnement, il eût porté du même coup une atteinte irréparable à la culture de l'esprit en France.

La Congrégation était également le spectre des libéraux. Nous avons assisté, dans le cours de cette période, aux premiers combats livrés contre elle, aux exagérations, aux excès sou-

* Archives de Barante (LeUre du 5 septembre 1826). '■^ Archives de Barante. (Lettre de Barante à Guizot du 5 septembre 1826.)

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levés à son sujet, et apprécié les moyens pris pour frapper la masse ignorante et passionnée.

Jusqu'en 1826, l'œuvre pieuse n'avait essuyé qu'une guerre d'escarmouches, les traits qui l'assaillaient étaient nombreux, mais épars, les calomnies vagues. L'ouvrage de Montlosier devait avoir pour résultat de rassembler, discipliner les forces qui s'essayaient en préparant les esprits au coup de théâtre du Mémoire à consulter. L'histoire n'offre peutêtre pas d'exemple comparable à celui de la terreur panique qui, aux noms seuls de jésuite, de congréganiste, d'ultramontain, saisit tout à coup un peuple dont l'esprit clair ne veut généralement envisager que des choses claires.

Or, comment Montlosier définissait-il luimême la terrifiante association? « La puissance mystérieuse qui, sous le nom de congrégation, paraît aussi confuse dans sa composition que dans son objet ». Et c'est par un péril aussi obscurément défini qu'étaient troublés les gens éclairés, aussi bien que les gens simples. Vraiment Montlosier est plus heureux dans son autre expression « la société est ensorcelée »! N'élait-ce pas, en effet, la peur des ombres qui affolait de la sorte une

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nation si brave en présence des dangers précis!

Tout, répétait-on sans trêve, subissait l'influence de cette puissance occulte : le gouvernement, les administrations, l'enseignement, l'armée : c'était elle qui régnait en France... Son but? Etouffer la liberté, bouleverser les lois, faire peser le joug le plus intolérable sur un peuple qui s'était si (*hèrement libéré.

C'est ainsi que dans un discours violent et dont la portée fut d'autant plus considérable qu'il émanait d'un député monarchiste, M. Agier porta nettement à la tribune l'acte d'accusation contre la Congrégation. Il ne craignit pas de prétendre que l'armée se désaffectionnait, que les démissions d'officiers devenaient nombreuses \

11 appartenait au ministre de la Guerre de répondre à une telle assertion dont, preuves en main, il démontra la fausseté. Moins aisée était la tâche de Mgr Frayssinous pour porter la lumière au milieu de tant d'obscurités voulues, de confusions systématiques, d'accusations chimériques. Il n'avait pas, lui, la res-

^ La même tlièse avait été perfidement soutenue par le Constitutionnel (5 mai 1826).

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source d'une démonstration par des chiffres : c'est au bon sens, à Téquité qu'il devait faire appel au milieu d'une assemblée passionnée.

Il voulut d'abord définir Tœuvre qui inspirait une terreur indéfinissable. Il en dit la genèse, le but purement, exclusivement religieux. « On s'imagine, s'écriait-il, et la chose est-elle croyable, que cette congrégation est comme un vaste filet étendu sur la France entière ; on la représente dominant les conseils, distribuant tous les emplois. Il semble qu'elle préside aux destinées de la France... Depuis vingt mois à peu près que je suis chargé d'un portefeuille, j'ai été dans le cas de remplir dix fois la plus importante comme la plus redoutable des fonctions, celle de proposer au Roi, des évêques pour des sièges vacants. Eh bien, je défie la Congrégation elle-même, quelque puissante qu'elle soit, de dire qu'une seule fois, j'aie proposé un évéque qui, de près ou de loin, m'eût été proposé par elle... Je déclare encore hautement que je n'ai jamais vu que rien ait été traité sous l'influence de la Congrégation... »

Mais la déclaration de Mgr Frayssinous de n'y être pas agrégé mit au comble l'émotion

indescriptible suscitée par la reconnaissance officielle qu'il en venait de l'aire.

La loyauté même du prélat donnait beau jeu à Casimir Péricr (|ui lui succéda à la tribune et qui, triomphant, put s'écrier :

« La voilà doncreconnue officiellement cette Congrégation mystérieuse donc l'existence a été si formellement niée à cette tribune et par les feuilles ministérielles. Prenons donc acte de cette déclaration par l'autorité compétente. »

Le refus de Mgr Frayssinous de faire partie de la Congrégation ne manquait pas de servir d'argument pour en conclure que l'agrégation exigeait des serments, des engagements répréhensibles.

Mis en cause et avec une extrême virulence, Mgr Frayssinous s'expliqua ainsi : « J'ai dit qu'en i8i4, il s'était formé des associations politiques pour faciliter le retour des Bourbons d'un rempart formidable de fidélité... J'ignore si elles existent encore ; mais ces agrégations n'avaient rien de commun avec celle que je me suis permis de défendre et que je défendrai toujours, parce que tous les membres que j'en ai connus étaient des hommes très respectables, étrangers à toute espèce d'enseigne ou de cabale. Si quelques-uns

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d'entre eux sont arrivés, ce n'est que par des voies droites et honorables'... »

La raison qui avait retenu Mgr Frayssinous d'entrer dans la Congrégation était bien compréhensible. S'il n'y avait à prendre aucun engagement de nature politique-, il existait, par contre, des engagements de pieux services effectifs, qui demandaient du temps, et celui du ministre des Affaires ecclésiastiques était

^ Celte déclaration de Mgr Frayssinous lui permet, en sauvegardant l'honneur des Membres de la Congrégation, de reconnaître qu'il s'était glissé en elle quelques intrigants qui ne s'en servaient que comme d'un moyen. (Voir tome I, chap. VI, p. 235).

Voir, pour ces débats, les séances de la Chambre des Députés de la fin de mai 1826.

- Les statuts de la Congrégation ne contenaient, en efTet, aucune clause politique et n'avaient trait qu'à de fréquents exercices religieux ou à une ligne de conduite plus fervente pour les membres de cette compagnie dans la pratique habituelle de la vie : « L'esprit de cette association est celui de la charité évangélique... Nous n'avons d'autre désir que de glorifler Dieu et de le faire glorifier... Nous nous proposons d'imiter, autant que nous le pourrons, aidés du secours divin, l'humilité, la charité et la pureté de la Sainte Vierge... Nous parlons prudemment de notre association pour ne pas exposer le don de Dieu aux dérisions de la sagesse mondaine...

Les malades et les affligés sont parmi nous les plus chéris de notre charité fraternelle... Mais notre plus grand bonheur est de pouvoir servir aux desseins de la Providence pour la conversion des pêcheurs. » [Bibl. nat. ms français, n° 10.026).

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absorbé en entier par les charges écrasantes et les responsabilités qu'il assumait.

La courageuse franchise de Mgr Frayssinous fut non seulement inutile pour éclairer les esprits, faire tomber les préventions, mais elle fournit aux adversaires, l'avantage inattendu d'une position dont ils devaient tirer parti.

Est-il besoin de dire le triomphe bruyant de la Presse libérale! Le Constitutionnel^ le Courrier, les Débats exultaient. Le discours de Mgr Frayssinous lui fut reproché par ceux qu'il défendait, comme une maladresse inconcevable. M. de Villèle, lui-même, le qualifie de « naïve imprudence » et ajoute : « Il ouvrit par cette faute le champ le plus vaste aux préventions qui ont aidé à renverser le trône* ».

La répercussion de ces débats se fit sentir en toutes circonstances, notamment lors des poursuites exercées contre l'évêque de Nancy au sujet de son mandement à l'époque du Jubilé. La Cour royale de cette ville, signalant les inconvénients qu'offrirait une délibération à laquelle prendraient part les mem-

^ Papiers de M. de Villèle, cités par M. Geoffroy de Grandmaison dans son remarquable ouvrage La Congrégation.

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bres affiliés à la Congrégation et, par ce fait, privés, estimait-elle, de leur indépendance, la presque totalité des magistrats affirmèrent qu'ils n'étaient pas congréganistes ; quatre seule4neat s'abstinrent de cette déclaration.

Cette mémorable discussion marqua pour sa perte l'œuvre qui, au milieu du désarroi des idées et des passions, marchait d'un pas assuré dans les voies éternelles de la charité et de la foi. Elle suivra désormais la triste fortune de la monarchie et sombrera avec elle dans la tourmente révolutionnaire.

L'inquiétude religieuse, entretenue par les attaques dirigées contre le clergé, les jésuites et la Congrégation, faussant le jugement de tant d'ignorants, s'avivait encore par la licence de la presse. Elle discute la religion, et sa critique s'exerce sous la forme d'une habile raillerie ou d'artifices ingénieux : « On emploie mille ruses nouvelles pour égarer les esprits^ ».

Les missions continuent à éveiller des soup-

^ Des colporteurs distribuent dans Paris des médailles d'un fort joli module : sur l'une des faces, on voit la liberté foulant aux pieds les emblèmes de la royauté avec cette date : lo août 179a ; sur l'autre, sont gravés ces mots : « exemple au peuple ». [La Quotidienne, mai i8'26.)

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çons. Elles se poursuivaient, en effet, dans le pays, provoquant des retours, trop souvent momentanés, et il semble ({ue, dans l'incertitude des temps, dans les oscillations de la conscience, ce soit le doute qui l'emporte finalement. Les évêques appuient les missionnaires de l'autorité de leur parole ou de leurs écrits, mais la presse libérale i)rend ceux-ci à parti, les accusant de semer, par leurs exhortations, la discorde entre citoyens'.

Des désordres éclatent soudainement dans

1 Le Journal des Débats cl le Constitutionnel s'en prennent alors à l'évêque de Strasbourg qui aurait prolité des exercices d'une mission pour tenir un langage ultramontain. La plupart des journaux locaux protestèrent contre ces insinuations, mais la continuation de violentes polémiques obligea le préfet du Bas-Rhin à intervenir publiquement en ces termes : « Une mission dans un pays mixte était une chose nouvelle pour tous et faisait craindre que l'accord parfait, qui règne entre toutes les communions, ne fût altéré. On fut bientôt rassuré par les paroles mêmes du mandement de notre évèque... S il est vrai que les Alsaciens, correspondants du Co/zs/j^M^to/me/, l'aient représenté comme un homme haineux, vindicatif, intolérant, toute l'Alsace lui donnerait le démenti le plus formel. Jamais je n'ai trouvé auprès de Mgr Tharin que respect pour les lois et il a toujours abandonné les entreprises qui pouvaient blesser les droits acquis aux protestants par le temps ou les lois ». [Journal du Bas-Rhin, avril-mai 1826.) Le maire de Strasbourg s'associait à ce témoignage « qui était bien l'expression des sentiments de ses administrés ». [Journal du Bas-Rhin, avril-mai 1826.)

de grandes villes, mais ce sont presque toujours des agents salariés, « obéissant à une impulsion étrangère », qui en sont les auteurs immédiats.

A Rouen, les prédications des missionnaires sont interrompues par des éclats de poudre fulminante, et il s'en suit une mêlée. A Brest, des comités réclament la représentation du Tartufe qui est accompagnée de sifflets et de vociférations contre les missionnaires. Les autorités municipales sont insultées ainsi que le clergé^

A Lyon, des incidents analogues se produisent au théâtre des Gélestins. Pourtant, la venue de l'abbé de Rauzan et d'autres missionnaires occasionne un sensible réveil religieux, que souligne ainsi la Gazette UiiiverselLe^- : « Que fait M. de Montlosier? N'y a-t-il donc en France aucune âme charitable qui puisse l'informer de ce qui se passe dans le Rhône? A-t-on jamais vu un ouragan semblable à celui qui vient de se déchaîner sur la seconde ville de France? Il menace de tout envahir. Et queM.de Montlosierne se fasse pas d'illusion ; il ne s'agit plus ici de quelques hommes qui se

^ La Quotidienne, mai-juin 1826.

■■' 22 novembre 1826.

i58 LA FRANCE MORALE ET RELIGIEUSE

sont adonnés à l'amour de Dieu, parce qu'à tout prix, il leur faut de l'amour, de petit peuple et de servantes avides de fanfare et d'émotion, de gens (jui vont à la boutique des remèdes de l'âme, comme à celle de l'apothicaire à leur heure, à leur commodité, quand cela leur convient; c'est une population tout entière qui s'ébranle tous les jours, aux mêmes heures, pour aller entendre les missionnaires; c'est tout ce que notre ville renferme de plus recommandable en hauts fonctionnaires civils et militaires, en magistrats éclairés, en négociants intègres^ ».

Les associations privées combattent à côté des comités religieux. Parmi les institutions créées alors sous la présidence des plus hautes personnalités, la Société catholique des bons livres s'efforce d'opposer son action à celle de la presse libérale. Plus de trois cent mille volumes sont répandus par elle dans le peuple. Mais, quel que soit le zèle déployé, les comités adverses l'emportent par

^ « Pour quelques écarts de zèlo, pour quelques paroles indiscrètes, pour quelques troubles passagers et souvent exagérés dont elles ont été le prétexte innocent, comment se dissimuler les heureux effets de ces missions, des familles réunies, des restitutions volontaires, etc. » (Discours de Mgr Frayssinous à la Chambre, 26 mai 1826,)

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le mirage de leurs doctrines, qu'ils appuient fréquemment sur des faits controuvés. On constate « un morcellement du royalisme ' ». Les lettres des provinces cherchent à soulever les voiles de l'avenir et leurs auteurs découragés ne cachent plus leur appréhension : « Le Ministère ignore-t-il tellement l'esprit public pour croire qu'il obtiendra une Chambre comme celle qu'il a aujourd'hui? Je n'ose le croire- ».

Les journaux de toutes nuances signalent unanimement les progrès de la corruption. A Nantes, « les assassinats désolent le département^ ».

Dans le conflit entre la religion et l'impiété, celle-ci peut marquer un point à la fin de 1826. « La contre-révolution se débat, mais chacun de ses efforts trahit sa faiblesse et sa défiance d'elle-même... 11 paraît qu'il n'y aura pas de loi de clergé, mais les questions auxquelles on veut échapper sortiront de partout* ». •

Cette campagne trouva un auxiliaire inat-

* Lettre de Clermont k La Quotidienne (i4 mai i8a6).

* Idem.

^ Tiré de l'Ami de la Charte, à Nantes.

* Royer CoUard à Barante, décembre 1826. [Archives de Barante.)

i6o L\ FRANGE MORALE ET RELIGIEUSE

tendu dans la personne du comte de Montlosier. C'est, certes, une étrange figure que celle du vieux gentilhomme, catholique et royaliste d'étiquette, qui va combattre dans les rangs du parti prélrophobe et porter les coups les plus acharnés. Quels étaient ses mobiles, à quel sentiment obéissait aujourd'hui, celui qui, jadis, avait jeté au sein de l'Assemblée Constituante, délibérant sur la Constitution du clergé, celle belle déclaration : « Vous ôtez aux évêques leurs croix d'or, ils prendront une croix de bois : c'est la croix qui a sauvé le monde » ? L'étude de la vie, du caractère de M. de Montlosier peut aider à démêler ces contrastes et aussi celle juste phrase trouvée dans une notice consacrée au trop célèbre gentilhomme : « Ses idées étaient empruntées au passé plutôt que jetées dans les espérances de l'avenir ' ».

Au passé, en effet, appartenaient ces élans de générosité chevaleresque, de désintéressement, de religiosité fougueuse que Chateaubriand décrit dans ses Mémoires d'Outre- Tombe.

Le bouleversement social auquel il avait

i Barantp. Notice sur la vie et les ouvrages de M. le comte de Montlosier, iS^i.

LES JÉSUITES, LA CONGRÉGATION i6i

assisté, les événements inouïs qui l'avaient accompagné, avaient profondément agi sur cette âme de féodal, ardente, excessive, à la fois énergique et mobile ; elle ne présentera plus bientôt qu'un mélange incohérent d'idées traditionnelles et libérales, religieuses et philosophiques. A le bien considérer, cet homme semble incarner l'image d'une société qui portait la peine d'une évolution soudaine et violente. Les hommes et les faits avaient déçu M. de Montlosier, aigri son esprit; les choses du passé lui semblaient odieuses, celles du présent insupportables, et l'avenir noir d'orages. Emigré lui-même, il avait jadis fulminé contre les émigrés; protestant de son attachement aux Bourbons, il s'était incliné devant Napoléon, par ordre duquel il écrivit La Monarchie Française. 11 en reçut une pension. Lors des adieux de Fontainebleau, il brûla son idole, l'encensa de nouveau pendant les Cent-Jours, et s'étonna grandement quand Louis XVlll, goûtant peu ses intermittences de fidélité, le tint à l'écart. Il était mûr désormais pour l'opposition qui, moins scrupuleuse sur ses continuelles volte-faces, ouvrit avec empressement ses bras à une telle recrue. Désavoué par les uns, exalté par les autres, grisé par sa popularité de

i62 LA FRANCE MORALE ET RELIGIEUSE

mauvais aloi, la violence de M. de Montiosier le porta aux plus extrêmes conséquences des principes dont il se constituait le défenseur.

Tout en aflirmant sans cesse son respect pour la religion et ses ministres, ce fut sur eux qu'il dirigea ses premiers coups et, dès 1824, il commença ses attaques dans \e Drapeau Blanc : empiétements du clergé, manœuvres et conspirations jésuitiques ; voilà ce que chaque jour, avec des allures et un style de prophète, il dénonça aux acclamations enthousiastes du Courriez' et du Constitutionnel.

Le procès retentissant de ces deux journaux et les paroles de Dupin au cours de sa plaidoirie pour le Constitutionnel., furent, pour Montlosier, un trait de lumière qui va lui permettre de préciser le terrain propice à la lutte. Le célèbre avocat avait, en effet, rappelé que les Parlements étaient autrefois investis de juger des appels comme cl' abus, que ces affaires étant invoquées maintenant devant le Conseil d'Etat, corps amovible et dépendant du ministère, il n'y avait plus que la liberté de la Presse pour défendre contre les abus du pouvoir religieux. Reprenant celte thèse pour son compte, c'est à la magistrature que Mont-

LES JÉSUITES, LA CONGREGATION i63

losier va assigner la tâche de veiller sur le péril prêtre, de maintenir le clergé dans les strictes limites de ses fonctions et de renouer la tradition de son ancienne lutte contre les jésuites.

Le Mémoire à consulter eut pour but de préparer Topinion à cette conviction que l'autorité de la magistrature n'était pas exclusivement judiciaire, mais qu'elle tenait des lois mêmes des attributions politiques. Le succès de ce libelle lut prodigieux et, de l'aveu même de l'auteur, il eut, dans l'espace de deux mois plus de cent mille lecteurs.

L'effet ne tarda pas à s'en faire sentir : des désordres graves troublèrent les exercices des missions, les prêtres étaient quotidiennement insultés et les journaux anticléricaux célébraient à l'envi la religion « bien entendue », de Montlosier. Le Journal des Débats le proclamait le « flambeau de la France ».

Un seul des journaux de la presse libérale, le Globe, eut le courage de détonner dans ce concert d'éloges. Rédigé, non par des sectaires, mais par des hommes tels que de Rémusat. Ampère, Patin, Jouffroy qui soutenaient avec autant de talent que d'autorité les principes de la vraie liberté, le Globe avait, dès le 26 juillet 1825, dans un article intitulé « De

i64 LA FRANCK MORALE ET RELIGIEUSE

la liberté religieuse » soutenu des religieux contre toute atteinte aux droits conformes reconnus à tout citoyen français, et exposé que la persécution contre les jésuites constituait une atteinte à la liberté. Le Globe ne se faisait donc pas d'illusions sur le libéralisme tout neuf du vieux gentilhomme, et le lui dit sans détour.

Le Mémoire à consulter fut mis à Vindex le i6 juin 1826. Catholique insoumis, de même qu'il était transfuge monarchique, un mois après cette condamnation, Montlosier déposait au greffe de la Cour Royale de Paris sa Dénonciation aux Cours Royales relativement à un système religieux et politique signalé dans le Mémoire à consulter. Il avait pris l'avis, pour donner à cette dénonciation une forme juridique, de 85 avocats libéraux et de ce même Dupin qui, dans sa fameuse plaidoirie, s'était moins occupé de défendre le Constitutionnel que de déchaîner son éloquence et sa dialectique contre les jésuites et l'ultramontanisme.

La Dénonciation était, sinon pour la forme, au moins quant au fond, identique au Mémoire à consulter. Il est curieux de revoir la lettre qui accompagnait le rapport de M. Franchet d'Espéret au garde des Sceaux et expo-

LES JÉSUITES, L\ CONGREGATION i65

sait les motifs justifiant des poursuites contre Tauteur de la Dénonciation ^

II août 1826.

Un ouvrage en un volume in-8°, imprimé chez Tastu, sous le titre de Dénonciation aux Cours Royales, etc., par le comte de Montlosier a sans doute déjà fixé l'attention de Votre Excellence.

Je crois cependant devoir lui adresser un rapport détaillé de l'examinateur sur cette production tirée à un très grand nombre d'exemplaires, et à laquelle l'esprit de parti et de dénigrement a procuré un prompt débit.

Elle y aura remarqué, principalement, un système suivi de diffamation du clergé et des offenses envers la puissance du Roi. Le rapport ci-joint met dans tout son jour l'esprit hostile qui paraît avoir constamment inspiré l'auteur. Votre Excellence jugera s'il n'y a pas lieu de diriger contre lui des poursuites.

J'ai l'honneur, etc.

Franchet Despéret. »

Dans ce long rapport, qui oftVe un singulier intérêt par la précision des accusations, les circonstances qui donnaient un caractère d'exceptionnelle gravité à l'écrit perturbateur, Franchet Despéret s'applique d'abord à démontrer qu'il était la conséf|uence de l'impu-

1 Arch. nat., BB^", 243.

iG() LA IHANCE MORALE ET RELIGIEUSE

nité thi Mémoire à consnlier. Du aS février au i8 mai, en efl'et, cet ouvrage avait été répandu à lo.ooo exemplaires', nouveaux brandons au milieu d'une « société toute disposée à les recevoir, courant do main en main... augmentant ainsi l'égarement etTirritalion qui étaient déjà dans les esprits, remis en fermentation les papiers irréligieux de ce temps, donné une nouvelle ardeur et de nouvelles espérances aux haines révolutionnaires contre les prêtres ».

L'auteur ne disait-il pas lui-même dans la préface : « On a trouvé dur mon écrit précédent, celui-ci le sera davantage. Je parlerai plus que jamais de l'esprit prêtre, du parti prêtre ». Dès la première phrase, il annonce clairement son but en déclarant qu'il s'est proposé de combattre quatre grands fléaux : les Congrégations, les jésuites, les ultramontains, et le système d'envahissement des prêtres.

Le rapporteur signalait, dans cette publication, un double délit prévu parles lois : i° délit de diffamation envers le clergé et de provocation en masse à la haine contre lui ; 2° délit d'offense envers autrui. 11 justifiait ainsi ces

^ Un abrégé à l'usage du peuple se vendait cinq sous. (Choiseul-Daillecout, ouvrage cité.)

chefs d'accusation contre la dénonciation.

« ... Le clergé y est l'objet constant de censures et de dénigrement... dans la pensée de l'auteur c'est lui seul l'envahisseur, la puissance rivale de la puissance de l'Etat. Les Congrégations, les jésuites et l'ultramontanisme ne sont que des forces auxiliaires, des instruments créés par lui et qui lui servent à exécuter ses plans... L'auteur déclare expressément que dans cette locution « les prêtres » il comprend également le Pape, les évéques et les simples ecclésiastiques dont les entreprises ont, en tout temps, troublé l'Europe ».

Le rapporteur estime donc que ces paroles sont justifiables de la répression pour délit de diffamation et de provocation à la haine des citoyens contre le clergé. « Elles sont, ajoutet-il, précédées de louanges hypocrites, de protestations de respect, de témoignages d'aftection, en un mot de formes religieuses propres à séduire jusqu'à des bons royalistes peu éclairés en leur faisant croire que c'est un amour zélé delà religion et de la monarchie qui inspire l'auteur, et qu'il n'écrit que contraint par la nécessité de conjurer le danger qui menace l'un et l'autre... ».

Passant au délit d'offense contre le Roi : « C'est l'offenser que de le déclarer nommé-

i68 LA FHANCE MOHALE ET HKLIGIKUSE

nienl railleur d'un système qu'on peint connue ce qu'il y a de plus intolérable et de plus honteux pour la nalion... C'est offenser le Roi que de dire « que depuis son avènement au trône, il est devenu un instrument entre les mains des prêtres... (|ue le peuple français peut tout accepter de son souverain, sauf la honte... qu'il lui sera impossible de supporter plus longtemps une royauté captive et subalterne ».

Enfin, comme motifs particuliers appuyant la demande de poursuites, le rapporteur insiste sur la multitude des mauvais livres et des brochures à bon marché qui avaient suivi l'acquittement du Couri'ier et du CoiisLitulionnel * ; l'impunité de ce libelle ne manquerait pas d'en provoquer une nouvelle avalanche. Il rappelle avec quel tapage les feuilles libérales ont signalé l'apparition de la brochure et l'annonce faite par son auteur d'une pétition à la Cour Royale, laquelle serait couverte, afïirmait-il, d'un million de signatures.

11 concluait que cette dénonciation sous forme juridique était une insulte faite à la

' On peut citer parmi ces innombrables publications à deux ou cinq sous : la Missioiinide; Les Jésuites peints par eux-mêmes ; Voltaire et un Jésuite (dialogue aux enfers; Le Miroir des Jésuites, etc.

Cour dans le but de persuader au public ce que disent les libéraux « qu'elle favorise leur cause. Que ce n'était qu'une forme imaginée pour se couvrir du nom d'une cour royale et faire impunément, sous cet abri, un appel criminel aux passions révolutionnaires ^ ».

Après une délibération de cinq heures, la Cour s'étant déclarée compétente, rendit son arrêt : les faits exposés par la dénonciation quelle que puisse être leur gravité ne constituaient ni crimes, ni délits qualifiés par les lois, dont la poursuite appartenait à la Cour.

Glausel de Goussergues, membre de la Chambre des députés, s'attachait à réfuter dans un volume sur la licence de la presse ^ deux allégations particulièrement graves qui constituaient comme une sorte de suite à la dénonciation de Montlosier. Celui-ci considérait « comme captieuse et attentatoire aux droits de la couronne et aux lois de l'État la déclaration des évéques du lo avril 1826 ». Par cet acte important, les prélats donnaient, au contraire, une preuve de leur soumission au pouvoir royal, affirmant à nouveau leur profond attachement aux doctrines de l'Eglise

1 Arch. Nat., BB^o, 243.

2 Août 1826.

gallicane. Gomment pouvail-on leur en faire un grief?

L'indignation de Montlosier n'éJait pas moindre à la vue de ces trois mille élèves groupés dans les petits séminaires dirigés par les Jésuites. Mais, la loi constitutionnelle proclamant l'égalité des droits, rien ne devait entraver la liberté des pères de famille dans le choix des maîtres de leurs enfants, les jésuites placés à la tête de ces établissements étant, d'ailleurs, sous la surveillance immédiate des évéques.

Les jésuites ne formaient pas, d'autre part, une association religieuse, au sens propre du mot, telle que la définissait l'article 291 du Code pénal*. Que restait-il donc des accusations de Montlosier ? Il prétendait, il est vrai, être en possession « d'une liasse de cinq cents faits plus singuliers et plus ridicules les uns que les autres contre des prêtres d'un ordre inférieur )>, Toutefois, disait spirituellement Clausel, « il a conservé cette liasse dans ses cartons ».

' « Nulle association de plus de vingt personnes, dont le but sera de se réunir tous les jours ou à certains jours marqués, pour s'occuper d'objets religieux, littéraires, politiques ou autres, ne pourra se former qu'avec lagrément du gouvernement et sous les conditions qu'il plaira à l'autorité publique d'imposer à la société w.

Le fanatisme du vieillard ne fut pas entravé par l'arrêt de la Cour royale. Sa dénonciation n'ayant pas obtenu l'effet attendu, il résolut de porter ses griefs à la Chambre des pairs ; mais la pétition était vide du million de signatures annoncées. Orgueilleusement, il la signa seul.

Le cardinal de La Fare soutint énergiquement le droit des évêques de choisir les professeurs et directeurs jésuites qui ne possédaient plus en France d'existence légale et auxquels ils pouvaient toujours « retirer » les sept séminaires qu'ils leur avaient confiés. Cette thèse, soutenue par le duc de Fitz-James, était combattue par Barante qui considérait l'existence de la compagnie de Jésus « comme redoutable à l'État » ; et par Laine qui déclarait que : « tolérer les jésuites, c'était les rappeler ».

Mgr Frayssinous rappela l'opinion de Chateaubriand qui reconnaissait « l'excellence et l'utilité de cet ordre comme corps enseignant ». P'inalement, la Chambre des pairs adopta l'envoi de la pétition au président du Conseil des ministres, mais le gouvernement ne jugea pas opportun d'y répondre '.

^ Voir les séances de la Chambre des pairs de janvier 1837.

Ces débats, contribuant à entretenir TefTervescence, entraînèrent d'innombrables consultations juridiques.

De tels incidents ne facilitaient pas la tâche du gouvernement envers le Vatican et le clergé ; aussi, plus que jamais, la réserve observée jusque-là va-t-elle devenir sa règle de conduite.

Au mois de juillet 1826, notre chargé d'affaires à Rome recevait du pape, pour être transmis au gouvernement et aux autres cardinaux, des exemplaires d'une exhortation aux dissidents, connus sous le nom « de Petite église », établis spécialement dans le diocèse de Poitiers, en vue de les ramener dans le droit chemin. A Paris, le conseil des ministres avait vu cette circulaire avec défaveur. Les dissidents étant en petit nombre, n'était-ce pas « leur accorder plus d'importance qu'ils n'en méritaient que de s'en occuper avec éclat* », provoquer peut-être de nouvelles discussions, surexciter les esprits échauffés.

Damas, en faisant part à Artaud, avec ces justes considérations, de la transmission

* Aff. étr., fonds Rome, n" 961. (Lettre de Damas à Artaud, 29 août 1826).

d'usage de la lettre papale au conseil d'Etat et au ministre des affaires ecclésiastiques ne paraissait pas « partager l'appréhension de notre agent au Vatican sur les abus que pourrait faire le Saint-Siège de ces sortes d'exhortations ' ».

Léon XII avait donné assez de preuves de sagesse ; trop souvent il avait répété à Laval et à Artaud combien il comprenait les difficultés de la situation en France ; trop souvent, il avait redit combien il souhaitait l'union la plus complète entre la France et le Saint-Siège ", pour qu'il ne s'en tînt pas à une prudente expectative : « Nous sommes parfaitement tranquilles à cet égard, et comme le gouvernement du Roi veille avec soin au maintien de ses droits et des libertés gallicanes, nous ne croirons jamais devoir nous effrayer de quelques expressions plus ou moins inexactes qu'on pourrait remarquer dans un acte du Saint-Siège^ ».

Damas ne se trompait pas. Le Pape, en effet, acquiesçait à la décision prise, à Paris,

' Aff. étr., fonds Rome, w^ 961 .

-Ajoutant même « pour toujours ». [Vie de Léon Xll par Artaud.)

•* Aff. étr., fonds Rome, n*^ 961. (Damas à Artaud, 29 août 1826.)

de ne pas transmettre aux anliconcordatistes le document pontifical (|ui les visait, car le ministre des Affaires ecclésiastiques avait jugé qu'il pourrait « s'y rattacher des inconvénients qui rappelleraient le souvenir de l'opposition que plusieurs évoques de France avaient montrée au Concordat de 1801, et du refus qu'ils firent alors de la démission de leurs sièges* ».

Un second acte vint affirmer les dispositions du Pape. Parmi les prélats officieusement désignés dans une récente allocution pour la pourpre cardinalice, figurait Mgr Marchetti. Son attitude hostile aux libertés de l'Église gallicane avait déplu à Charles X, non moins qu'un exposé doctrinal, paru sous sa signature dans le Mémorial Catholique, où il soutenait les opinions de l'abbé de La Mennais. Cette controverse, dont le retentissement à Rome fut grand, n'avait pas plu à Léon XII, dont elle contrariait la politique. Aussi, avait-il décidé de ne pas le comprendre dans le prochain consistoire, car « le Saint-Siège et son chef, sont dans la sage persuasion qu'il faut s'interdire, autant que les gouverne-

^ Aff. étr., fonds Rome, n*^ 961. Damas à Laval, 18 décembre 1826.

ments en sont les maîtres, toute espèce de discussion sur ces intempestives et indiscrètes matières^ ».

Ainsi s'affirmait, en toute circonstance, Textrême prudence de Léon XII. Ce n'est pas que la crise religieuse en France ne le préoccupât. 11 exprimait souvent à son entourage, aux prélats français de passage à Rome, ses appréhensions sur la licence de la Presse et l'hostilité religieuse des libéraux. Au cours d'une audience à Mgr de Quélen, venu à Rome à l'occasion du jubilé « on parla des mauvais livres qui partaient de France- » et Léon XII « déplora les malheurs des temps ^ » ; mais lorsque l'archevêque de Paris lui eut également signalé l'abondante difï'usion d'ouvrages catholiques, le Pape s'était écrié : « le mal ainsi se neutralise ; il y a des époques où les mauvais livres paraissent seuls, sans que les bons puissent se produire * ».

Il voulait espérer encore qu'au bout de cette crise, l'Eglise gallicane, pourrait recou-

^ Laval à Damas (28 novembre 1826). Aff. étr., fonds Rome, no 961.

2 Artaud [Vie de Léon XII).

' Idem.

vrer, sinon son lustre de jadis, au moins sa place nécessaire dans la vie de la nation.

Bien des désillusions l'attendaient, mais il avait la volonté de persévérer dans la voie des concessions. Ce sera la politique pontificale jusqu'à la fin de la Restauration.

Que d'ellorts cependant pour secouer l'indifférence des âmes ! La publication des livres moraux s'effectuait sans relâche. Des autorisations sont accordées à des communautés religieuses de femmes, la plupart déjà existantes ' ; mais ces tentatives, quelque énergiques qu'elles fussent, quelque tenace que pût être l'action de leurs instigateurs, ne suffisaient pas à la tâche.

« D'après ce que j'ai vu à Paris et dans diverses provinces, je crois pouvoir affirmer, qu'en France, sur cent hommes faits, il y en a à peine cinq qui fassent leurs Pâques ; et ce qui m'a prouvé que, dans les premières classes comme dans les autres, la dévotion est d'exception, c'est ce que j'ai vu dans les écoles composées de l'élite de la France, de jeunes gens de dix-sept à vingt ans, arrivant de toutes les provinces, élevés, les uns chez leurs parents, les autres, dans les collèges

^ Annuaire historique (1825).

de l'Université, ou même dans les petits séminaires : sur 4oo» il s en trouvait tout au plus i5 ou 20 qui remplissaient ce devoir, encore avec une sorte de mystère et comme en s'en cachante

Maintes villes sont le théâtre de manifestations antireligieuses, Paris notamment, à l'occasion du jubilé de 1826^ et des obsèques civiles de Talma, dont le convoi fut suivi par

^ Saint-Chamans. Le Cro(fueniitaine de M. de Montlosier.

2 On aurait pu espérer que le Jubilé, dont larchevèque de Paris annonça l'ouverture dans un mandement remarquable d'onction évangélique et d'esprit conciliateur dût faire une trêve à l'agitation des querelles religieuses. Il n'en fut rien.

La cérémonie d'ouverture eut lieu en grande pompe le i5 février à l'église Notre-Dame. Toute la famille royale y assistait de même qu'aux processions générales qui eurent lieu du 17 mars au 3 mai. Les grands dignitaires du clergé, de l'armée, des corps de l'Etat suivaient le Roi, et ce spectacle était nouveau pour une génération qui n'avait vu passer que des cortèges militaires où la gloire seule était encensée. Les notes de Villèle donnent e.xactement l'impression qui se dégagea au passage de la procession ou le Roi était précédé du clergé : « La tenue et les démonstrations furent convenables. Au fond, l'effet fut nuisible ; l'aspect du peuple laissait pénétrer les pensées qui agitaient son esprit. Nous suivions à peu de distance le Roi et pouvions bien en juger. On aurait lu dans tous les yeux que la population souffrait de voir son Hoi suivant humblement les prêtres. Il y avait moins d'irréligion que de jalousie et d'animosité contre le rôle que jouait le clergé. »

178 L\ FRANCE MORALK KT RKI.IGIEUSE

une foule de près de 40000 personnes. Elles se compliquent de querelles politiques provoquées par certaines mesures législatives et administratives tellement incohérentes « que le pays ne savait plus oli on le menait » (Guizot).

Les Conseils généraux constatent cet état d'esprit et déplorent « les foyers de corruption dont les agents se font un plaisir de travailler à la perte de la jeunesse..., le développement des sociétés secrètes dans les (campagnes, (ils en demandent la suppression)...; la multiplication, dans les communes rurales, des cabarets « qui contribuent à bannir la morale », et qui ne pourraient être entravée qu'en triplant le taux de la patente, « l'état affligeant des églises de France qui manqueront bientôt de prêtres pour les desservir' », Tinsuffisance de la dotation du clergé". Us réclament l'extension des

^ Sur les 36. 000 prêtres en activité, près de 14.000 étaient âgés de plus de soixante ans. i.aaS moururent au cours de l'année 1826 {Annuaire historique, 1826).

- Ces différents vœux émanaient des assemblées départementales de la Seine, de la Côte-d'Or, des Landes, de l'Ain, des Basses-Alpes, de l'Aude, des Bouches-du-Rhône, du Cher, de la Meurthe, de la Haute-Vienne, de la Dordogne, de l'Ariège, de l'Hérault, etc., etc. [Gazette universelle de Lyon, 27août 1827. Bibliothèque de la ville de Lyon).

communautés religieuses de femmes '.

A la fin de Tannée 1826, les querelles religieuses s'enveniment donc.

Cependant, si les feuilles catholiques présentent justement de Tétat moral un tableau fort sombre, décourageant même, elles n'échappent pas au reproche de passer parfois sous silence l'indéniable prospérité de la situalion matérielle, Tessor industriel, commercial et financier.

« Les contributions s'acquittent sans effort, les consommations augmentent progressivement et le crédit public se soutient au milieu des désastres arrivés sur les places étrangères, à un taux qu'on n'eût osé prévoir il y a quelques années ))^

Si le pays est profondément divisé par

* D'après une statistique dressée par le ministère des Affaires ecclésiastiques, il existait, en France, en 1823, 2.800 couvents de femmes, dont 1.533 autorisés. Ils s'étaient accrus de 600 depuis 1814. soit quatre fois moins que pendant la période de 1801 à i8i4- Ces chiffres seuls prouveraient l'inanité des plaintes des libéraux sur le développement excessif de ces communautés depuis la Restauration. On en comptait une environ par canton et par i3.5oo âmes. Elles secouraient près de iSo.ooo malades et instruisaient gratuitement 120.000 enfants pauvres. [Gazette universelle de Lyon, 10 avril 1827. Bibliothèque de la ville de Lyon.)

^ Annuaire historique (1826).

i8o LA l'HANGK MORALE ET RELIGIEUSE

des questions irritantes « le trouble n'était réellement qu'à la surface de la société, dans la partie do la population où les journaux et les pamphlets trouvaient le plus de lecteurs' ». La France travaillait, s'enrichissait, nouveau démenti aux assertions de la presse libérale qui ne cessait d'insinuer que le péril religieux paralysait tout progrès et entravait les destinées mêmes du pays.

1 Annuaire histotique (1826).

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