SDR LES FRÈRES DES ÉCOLES CHRÉTIENNES
que nous appelons barbares, s'ils eussent été en Turquie, Messieurs, ils auraient vu que la tyrannie n*y*va pas du moins jusque-là! Là, le père et la mère peuvent enseigner à leurs enfants à connaître et à servir le dieu qu'ils croient le meilleur, et on ne les force pas à faire passer leur morale ou leurs dogmes par l'organe légal d'instituteurs jurés ! La cbarité y est libre et ne relève que de Dieu I
Messieurs, il y a deux libéralismes, l'un égoïste, étroit, exclusif, oppresseur, qui n'est que la tyrannie d'une opinion-, que dis-je, pire que la tyrannie, car c'est de la tyrannie qui se masque, de la tyrannie qui n'ose pas porter son nom, une hypocrisie de la liberté ! Il y en a un autre élevé, intelligent, sincère, qui admet tout, parce qu'il comprend tout, qui est digne de la liberté pour lui-même, parce qu'il sait la vouloir pour les autres, qui possédera l'avenir, parce qu'il respecte le passé ! Le libéralisme nouveau, c'est le vôtre, c'est le mien, c'est celui de la France d'aujourd'hui! Il repousse de semblables mesures comme attentatoires aux droits de la famille, à la dignité de l'homme! comme injurieuses à Fintelligence de la Chambre, à la conscience de l'époque , et il ne veut convertir à la liberté qu'en montrant au monde ce qu'est la liberté véritable ! Je demande l'ordre du jour.
SUR
Chambre des Députés. — Séance du 13 mars 1834.
La loi contre les associations, que le gouvernement n'attendait qu'un prétexte pour présenter, et que des orateurs de la majorité avaient expressément réclamée, fut portée devant la Chambre à l'occasion des rassemblements qui avaient agité la capitale dans les journées des 2li, 25 et 26 février 1834. Le ministère n'hésita pas à renvoyer la responsabilité de ces trpubles aux sociétés politiques. Tl les accusait de perpétuer l'agitation à Paris et à Lyon et de seconder le mouvement républicain des étrangers réfugiés en Suisse pour révolutionner la Savoie et le Piémont. M. de Lamartine opinait pour une loi spéciale et provisoire motivée par les circonstances; mais, comme condition de son vote, il réclamait du ministère l'engagement de présenter dans un prochain délai non plus une loi suppressive , mais une loi organisatrice du droit d'association.
Messieurs,
A la tribune ou dans la presse, tous les partis se dessinent et se caractérisent daps cette discussion. Les uns semblent vouloir exploiter le péril public au profit de l'arbitraire ; les autres, faire servir la liberté sans limites à des révolutions en permanence. Mais entre tous ces partis, il y en a un qui ne s'occupe que de ce qui peut être utile ou nuisible à la société, que j'appellerai le parti social, parti nombreux dans cette Chambre, immense dans le pays; parti qui ne fait alliance ni avec les
passions rétrogrades du passé, ni avec les passions subversives du moment, ni avec les timidités des uns, ni avec les colères des autres; qui ne s'occupe que des idées, qui ne voit que les choses en elles-mêmes, et qui s'élève au-dessus, des formes et des personnifications du pouvoir ; parti qui ne dit à personne : il y a un abîme entre nous, mais qui dit à tout ce qui est honnête et sincère : il n'y a que du temps entre nous; car dans la langue universelle de la liberté, tous les esprits éclairés peuvent s'entendre. Ce parti. Messieurs^ ne refuse rien au pouvoir par opposition systématique ; il ne lui accorde rien par complaisance ou par peur; il se demande si les lois qu'on lui présente sont dans les nécessités du présent et dans Fesprit de l'avenir, et il examine.
Vidons d'abord la question de personnes, si impolitiquement soulevée hier dans la chaleur de l'improvisation par un ministre dont j'apprécie du reste le talent et la fermeté , M. le ministre de l'instruction publique *. Je ne relèverai pas ce qu'il a dit de sa position personnelle dans la question , comme membre de sociétés politiques sous la Restauration. Que quelques hommes soient convaincus ou non de changer de langage en changeant de position, de vouloir briser dans les mains de leurs ennemis d'aujourd'hui des armes qu'ils ont eu l'imprudence de forger eux-mêmes contre leurs ennemis d'hier, la France ne s'en occupe pas, je ne m'en occuperai pas moi-même ; ce genre d'argumentation ne prouve rien, si ce n'est l'imprudence et la faiblesse des hommes : mais je relèverai les paroles flétrissantes dont ce même ministre a stigmatisé, dans la séance d'hier, les restes du parti vaincu; j'ai besoin d'y répondre à mon tour. J'adopte la belle et noble penèée proférée hier par le ministre à cette tribune : « La sincérité est comme l'épée d'Alexandre, elle tranche toutes les questions que l'habileté la plus consommée ne pourrait dénouer. » Définissons donc une fois avec une pleine sincérité ce parti carliste, ce parti légitimiste, qui a bu hier tout entier le calice de la réprobation ministérielle. {Mouvement en sens divers,)
Il y a des hommes qui ont respiré quinze ans l'air de la