AUX LÉGIONNAIRES DE L'ILE D'ELBE
SANS TRAITBMRNT »
Chambre des Députés. — Séance du 25 avril 1834.
Messieurs,
Je demande à dire un seul mot à la Chambre au nom des principes et du pays. Sommes-nous des hommes de parti? Sommes-nous des législateurs? Si nous sommes des hommes de parti, votons au hasard, tour à tour, au gré de la victoire, des grades, de l'or, des décorations à nos amis et à nos complices! Si nous sommes des législateurs, votons des principes I Le premier, le plus sacré des principes, celui sur lequel toute société repose, c'est la reconnaissance du gouvernement établi, c'est la fidélité au drapeau que le pays nous a confié.
J'honore avec la France et avec l'histoire la noble et constante fidélité de l'illustre général dont le nom est devenu synonyme de dévouement, du général Bertrand, qui a suivi un grand homme dans l'exil et qui a cru voir en lui la patrie ! Que les hommes qui, comme lui, ont entouré leur empereur depuis le 20 mars, et non avant, jusqu'au 10 juin 1815; qui ont com-
1. La proposition du général Bertrand était ainsi conçue : tt Les sous-officiers et soldats décorés dans les Cent-Jours, et qui auront été brevetés par le roi , recevront le traitement de légionnaires. »
battu sans acception de droit ou de fait pour préserver alors le territoire national du contact de l'étranger, que ces hommes reçoivent de la France d'aujourd'hui la récompense de leurs services, je ne m'y oppose pas; le pays doit à tous ceux qui ont risqué leur vie pour sa défense : la gloire couvre tout, et le sang versé effacerait au besoin même l'irrégularité de la date du brevet. Mais que ces hommes qui ont devancé l'élan irréfléchi du pays en 1815, qui ont proclamé du droit de leur épée un empereur à la France qui avait son roi et son gouvernement ! que ces hommes qui ont enfoncé les portes de Grenoble et de Lyon, et promené l'insurrection de la gloire dans nos départements incertains ! que ceux-là reçoivent le prix d'une défection (même excusable, même héroïque, je ne disputerai pas sur l'épithète), qu'ils soient rémunérés pour avoir donné au pays trois mois de glorieuse lutte, quatre ans d'occupation étrangère, et un milliard de tribut à l'Europe! je proteste au nom des principes, au nom de mes commettants, contre une semblable récompense. Ce serait une prime donnée à l'anarchie, à l'insurrection armée; ce serait établir pour unique principe le droit de l'insurrection triomphante.
SDR LES ÉVÊCHÉS
Chambre des DépuTés. — Séance du 26 avril 1834.
(Discussion sur la pétition de i 80,000 habitants de plusieurs départements pour la conservation de leurs évéchés. )
Messieurs,
Il y a deux questions principales soulevées par les adversaires du maintien des évêchés, la question de fait et la question de droit.
La question de fait, c'est la manière plus ou moins loyale, plus ou moins désintéressée dont les pétitions pour le maintien des évêchés ont été obtenues.
J'ai entendu prononcer le mot de captation, de suggestion. Je suis convaincu que les pétitionnaires, en général, ont été inspirés par deux motifs également avoués, également honorables, l'inquiétude pour leur religion et l'intérêt légitime des localités. Mais alors même qu'il en serait autrement, ce ne serait pas, à mon avis, un motif suffisant pour nous faire repousser cette pétition et pour inculper les pétitionnaires. Le droit de pétition me semble inviolable de sa nature ; c'est la voix spontanée du peuple, c'est le droit de plainte, que le despotisme le plus brutal tolère et respecte lui-même.
Et quand il serait vrai que l'esprit de parti qui, de tout temps, se mêle aux discordes politiques, se fût mêlé à la défense de la plus sainte des causes, comme il aurait pu se mêler à l'attaque, je ne pense pas qu'une Chambre française qui se respecte pût vouloir ici établir une enquête. Sur quoi?
Messieurs, une enquête sur ce qu'il y a de plus inviolable au monde , sur la conscience des citoyens. Je rends hommage
aux intentions de l'honorable M. Luneau, il a témoigné à la religion le profond respect que lui doivent des législateurs.
Je voudrais pouvoir en dire autant d'un des orateurs qui ont défendu les évêchés; mais il m'a semblé souvent frapper d'une main ceux qu'il défendait de l'autre*. (On rit.) Quant à moi, je mettrai la religion hors de cause. En efifet, Messieurs, que ces pétitions soient admises ou repoussées, que les sommes demandées soient allouées ou refusées, que ces évêchés soient maintenus ou supprimés, il importe peu à la religion; mais il importe beaucoup, comme l'a dit l'honorable M. Dupin, à la loyauté de nos transactions avec les cours étrangères.
Il importe beaucoup enfin à la paix du pays, qui est toujours plus ou moins indirectement compromise toutes les fois qu'on remue toutes ces questions brillantes où des inquiétudes de conscience, où des troubles religieux peuvent se trouver enfouis sous de misérables chiffres.
Je sais. Messieurs, qu'on ne fait pas de la religion avec des colonnes de budget, qu'on n'en ôte ni qu'on n'en donne en donnant ou en retirant de For à ses ministres. Ce fut l'erreur de la Restauration, qui, en voulant faire de la religion un instrument politique, compromit à la fois la politique et la religion, et fit baisser le sentiment religieux dans le cœur des peuples à proportion de la faveur et du luxe qu'on lui accordait dans l'État. L'essence , la beauté , l'efficacité du sentiment religieux est dans son indépendance. Le pouvoir n'a qu'un moyen de servir la véritable religion, c'est de n'y pas toucher. Il n'a qu'un moyen de favoriser les consciences, c'est de les respecter. La religion n'a qu'un droit, un droit sacré, unique, imprescriptible, un droit qui lui suffit sans lui nuire, un droit qui l'honore sans la dégrader, c'est son inviolabilité. La faveur la corrompt, la persécution l'exalte jusqu'au fanatisme. Mais à parler philosophiquement , s'il fallait choisir pour elle, j'aimerais mieux encore, pour ses vrais intérêts, la persécution que la faveur; Louis XIV lui fait des hypocrites, et la Convention des martyrs.
Aussi, Messieurs, je vous dirai tout de suite ma pensée tout entière et la pensée des hommes qui placent avant tout la pu-