M. Dupin aîné
reté, la dignité du sentiment religieux, de ce sentiment le plus noble des instincts de l'homme , de ce sentiment qui fait que riiumanité a de plein droit sa première place dans la création. Si l'amendement de M. Eschasseriaux* était une loi complète qui tranchât pour jamais le nœud fatal qui unit l'Église à l'État, s'il consommait ce divorce définitif qui replacerait les deux pouvoirs, chacun dans l'indépendance de sa sphère, qui. rendrait la conscience à Dieu et la politique à l'homme ; s'il disait à chaque culte et aux catholiques les premiers : le budget est neutre, il ne vous demande plus rien pour le service de vos consciences; avec ce qu'il vous rend, servez-les vous-mêmes dans la mesure , dans la vérité de vos besoins ; voilà le droit de vous associer pour cette œuvre tout individuelle. Voilà les 33 millions du budget , voilà ce qui reste à l'État des établissements anciens; disposez-en selon que vous le jugerez convenable pour les besoins de vos cultes libres. Chacun ne paiera qu'à proportion de sa foi et de ses nécessités religieuses. Nul n'aura le droit de reprocher à l'autre qu'il adore son Dieu à ses dépens, qu'il bâtit son temple, qu'il salarie son ministre avec ses sueurs! ce conflit déplorable de l'autorité spirituelle et du pouvoir politique, conflit dans lequel tous les deux perdent par des concessions indispensables, cessera pour jamais.
La loi ne sera pas athée, comme on l'a dit ; si elle l'était jamais, elle cesserait d'être loi, elle perdrait sa sanction obligatoire sur les consciences que Dieu seul peut lui donner ; mais la loi sera de tous les cultes ; elle ne le sera d'aucune secte, d'aucune communion; elle planera également protectrice sur tous, comme cette idée divine que tous les cultes révèlent , et qu'ils contiennent tous à des degrés différents; la loi laisserait ainsi chaque foi , chaque conscience à la libre action de vérité que Dieu a mise en elle! et Dieu seul agirait, et non plus l'homme en son nom! Si l'amendement, dis-je, faisait franchement tout cela, et le faisait avec cette justice, avec cette prudence,