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M. Croissant

pas d'éducation publique pour les femmes. Lëducation doit être spéciale. L'éducation publique ne convient qu'à ce qui est destiné comme nous à la vie active et publique. Destinée à la famille seule, la femme doit y puiser sa principale éducation dans les leçons, dans les exemples, dans les traditions de sa mère; tout autre système est faux et funeste. Voyez la société corrompue du xvm® siècle, les femmes sortaient de l'éducation publique; voyez la société actuelle où le scandale n'est plus une gloire, où les vertus domestiques ont repris leur rang, les femmes sortent de l'éducation de famille.

IVIais il y a une transition à ménager, un vide à combler pour le moment , surtout à l'égard des classes inférieures , où les mères de famille n'ayant pas reçu d'éducation ne peuvent en donner encore à leurs filles. C'est pour cela qu'il est indispensable de s'occuper à former des institutions pour les campagnes.

Je prie d'autant plus vivement la Chambre d'accueillir la pétition de madame Mazure à cet égard, que l'éducation reçue par les jeunes filles se propage beaucoup plus que l'éducation reçue par les hommes. L'homme reçoit l'instruction et va la perdre dans les travaux extérieurs auxquels sa vie d'action le condamne; la jeune fille la rapporte à la maison, la communique à ses frères et sœurs, et, plus tard, à ses enfants; c'est un enseignement mutuel qui se répand dans une proportion toujours croissante, et de plus, cet enseignement reçu dans la maison maternelle a toute l'efficacité d'un sentiment ; il a la toute-puissance de la nature.

J'ai été témoin, Messieurs, cette année, comme membre du conseil général de mon département, des heureux résultats obtenus par rétablissement des écoles primaires normales. J'aime à en rendre hommage à la pensée de la Chambre et du ministre qui ont créé et surveillé cette institution féconde. Nous n'attendons pas moins de celle qui se recommande à votre attention. Un de nos meilleurs écrivains vient de faire un beau livre sur l'éducation du genre humain par les femmes. Adoptons cette pensée si vraie, et élevons le peuple à la civilisation et aux bonnes mœurs, en lui préposant de bonnes mères de famille. {Très-bien! très-bien!)

Chambue des Dépotés. -- Séance da U juin 4835.

Si l'enseignement primaire avait reçu une vive impulsion depuis 1830, on était encore à attendre la loi que le ministre de Tinstruction publique avait promise sur renseignement secondaire. Dans une des dernières séances de la session, M. de Lamartine profita d'un amendement de M. Garnon, relatif aux droits universitaires, pour réclamer la liberté d'enseignement inscrite dans la Charte.

Messieurs,

De nombreuses réclamations s'élèvent contre le nouveau mode de perception de l'impôt universitaire. Quelle que soit l'heure avancée de la session, elles nous commandent de nous arrêter un moment, de les entendre et de les juger.

Et d'abord, qu'est-ce que cet impôt en lui-même? L'ordonnance vous le dit, Messieurs : c'est un impôt sur l'instruction, c'est le vingtième du prix de l'instruction. Et voyez d'un seul regard la différence des deux principes qili se combattent dans vos lois universitaires. Voilà ici le fisc qui établit un impôt sur l'instruction , une dîme sur l'aliment vital des intelligences , sur l'amélioration et la moralisation des peuples, et leur enchérit la lumière, la morale, la vertu, comme des choses dangereuses dont il faut élever le prix, de peur qu'elles ne deviennent d'un usage vulgaire 1 Et voilà plus loin la loi sur l'instruction primaire, conçue dans une heure de progrès, dans un saint mouvement d'humanité et de charité sociale, qui autorise les

départements à s'imposer des centimes pour donner gratuitement au peuple ce qui lui est aussi nécessaire que le pain : l'instruction, la religion, la morale! Comparez, Messieurs, laquelle de ces deux lois est la bonne, de celle qui fait payer un impôt à rinstruction ou de celle qui fait payer un impôt pour la propager !

Eh bien ! ces deux lois sont du même code. C'est vous dire assez que ce code est à refaire. Un abîme sépare ces deux lois. Choisissez : effacez l'une ou l'autre, car elles ne peuvent aller ensemble. Nous n'hésiterons pas, Messieurs. La bonne loi, la loi morale a été faite par nous ; la mauvaise loi, la loi d'abrutissement des intelligences, a été faite par le fisc. Nous l'effacerons.

Cependant, Messieurs, juges impartiaux que nous sommes entre les réclamants et le Trésor, nous entendrons l'un et Fautre.

L'État nous dit : Les maîtres de pensions, les chefs d'institutions donnent lieu pour l'État à deux dépenses indispensables et spéciales à leurs établissements : les frais de surveillance et de police que la raison et la loi nous imposent, et les frais d'examen par les inspecteurs que nous envoyons tous les ans. Ces frais occasionnés à l'État par leurs établissements, il est juste que les chefs de ces établissements les payent. Il n'y a de privilège pour aucune industrie, mais chaque industrie ne doit payer que dans la proportion de ses bénéfices. Il est évident que le vingtième du prix de la pension pour les pensionnaires, et pour les externes une somme égale à celle que payent les pensionnaires, il est évident, dis-je, qu'une pareille rétribution, prélevée sur le bénéfice présumé du chef d'institution, est non pas d'un vingtième, mais du tiers au moins de son produit. Elle écrase le maître et Félève. Elle force à économiser sur l'instruction. C'est la plus meurtrière des économies.

Si le père de famille envoie son fils externe à un collège royal de première classe, il faudra qu'il paie 97 fr. 50 cent. Ce sera un impôt de plus de moitié !

Eh bien ! Messieurs, jusqu'ici les pères de famille et les instituteurs, confiants dans les promesses de la Charte de 1830 qui annonçait la liberté d'enseignement, et qui n'a tenu que les aggravations du fisc, avaient gardé le silence. Au moins ces

droits énormes étaient établis et perçus par l*Université. L'agent du fisc n'avait pas le droit de venir exercer des enfants, disputer au maître le droit de faire à quelque orphelin une charité de contrebande, une aumône d'instruction gratuite, marquer du doigt ces jeunes têtes pour les retrancher violemment du groupe autorisé de l'école, et condamner le maître, pour avoir dit comme le maître suprême : Laissez venir ces petits enfants! Ah! Messieurs, cette forme est plus dégradante que l'impôt! L'impôt n'est qu'une misère, la forme est une honte. Figurezvous RoUin ou Fénelon comparaissant devant un commis du Trésor pour lui rendre compte de leurs disciples et lui déclarer sous peine d'amende sur combien d'âmes et d'intelligences tombait le bienfait de leurs paroles et de leure enseignements ! Maudit soit ce siècle fiscal qui a voulu tout résoudre en chiffres, et qui n'a pas su comprendre ce qu'il y a de sainte susceptibilité dans l'âme du père, du maître, ce second père, et de l'enfant soumis à de telles matérialités !

Il n'y a de remède complet à cela. Messieurs, que la liberté d'enseignement, le droit sacré de la famille. La famille sera opprimée tant qu'il y aura à la liberté d'enseignement d'autres restrictions que la surveillance de police et de mœurs que nous voulons tous.

L'instruction populaire sera restreinte et mutilée tant qu'il y aura un impôt sur l'instruction. J'admets, je vénère ce grand centre traditionnel d'enseignement qu'on appelle Université, mais à titre de modèle et de haute concurrence, jamais à titre de monopole, d'exclusion et de tyrannie.

Oui, il y a souvent oppression et tyrannie ; en voulez-vous un exemple entre mille?

Il existe à Boulogne un étabUssement d'instruction particulière dirigé par un ecclésiastique du plus haut mérite. Cet établissement compte plus de cent pensionnaires, 41 est pourvu des professeurs les plus distingués, il a la confiance d'un grand nombre de familles dans cette partie de la France. Le gouvernement n'a pas à se plaindre de l'esprit d'opposition qu'on inspirerait aux élèves. On n'y enseigne aucun fanatisme aux enfants; on leur apprend à devenir de bons citoyens sous tous les régimes; on leur enseigne la religion, la vertu, la liberté, les

lettres, et non cette politique de parti qui flétrit l'âme avant le temps.

Eh bien! Messieurs, il a plu à un conseil municipal de solliciter dans la même ville l'établissement d'un collège communal ou royal. Rien de plus libre, rien de plus juste; mais de son côté le chef vénérable du premier établissement a sollicité du ministre l'autorisation de ne pas envoyer ses élèves suivre leur cours d'études dans le collège de l'Université. Il n'a pu l'obtenir, et si un pareil monopole n'est pas détruit, voilà un magnifique établissement tout créé qui tombe; voilà des professeui^ sans emploi, des propriétés particulières anéanties , et des parents dont on violente la confiance et la volonté! Est-ce là de la liberté? ou plutôt n'est-ce pas ainsi qu'on élude toute liberté, même la plus sainte, dans ses applications, après en avoir écrit le nom sur le frontispice de toutes les révolutions? Je sais bien que cette tyrannie est administrée avec mesure, avec bienveillance, avec largeur, par M. le ministre actuel de l'instruction publique \ et qu'il accorde, autant qu'il le peut, les exceptions qui corrigent l'absurde monopole de la loi. Mais qui nous répond que le même esprit animera ses successeurs, et que le premier intérêt, le droit le plus saint du père de famille ne tombera pas entre les-mains d'un de ces hommes de mesquine intelligence et de fanatique réaction qui ne voudra d'instruction, de religion et de liberté qu'à sa mesure? Voilà l'efl'et de cet impôt.

Messieurs, plus qu'un mot. Montesquieu parle de ces sauvages qui coupent l'arbre pour cueillir le fruit! Que diriez-vous de gouvernements qui demanderaient leurs impôts à l'instruction de leur jeunesse; qui diraient au père de famille : Tu payeras au fisc le droit d'acheter Téducation déjà si chère de ton fils; qui décimeraient ainsi le germe moral du développement de leurs jeunes générations? Vous diriez que de tels gouvernements sont aveugles et stupides. Eh bien ! Messieurs, ces gouvernements sont les nôtres! Ces hommes, c'est nous!

Il y a une loi sur les portes et fenêtres, qui fait payer l'introduction de l'air et du jour dans les chaumières de nos paysans

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