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DISCUSSION DES LOIS DE SEPTEMBRE

met le gouvernement, elle compromet la dignité et la liberté du théâtre et de l'écrivain. L'étranger, la nation, les différents partis s'en prendront sans cesse au gouvernement des permissions qu'il aura données. Vous aurez des pièces interdites par voie diplomatique , des pièces demandées avec fureur et sédition par voie de factions. Vous aurez des émeutes théâtrales comme vous en avez vu si souvent ensanglanter le seuil de vos théâtres. L'écrivain lui-même, Messieurs, n'aura pas pour ses compositions la liberté d'invention et d'esprit suffisante , il n'écrira qu'avec incertitude et préoccupation , en voyant toujours l'ombre de la police sur son génie, et le fruit de son travail aboutir à une interdiction sans appel. Et d'ailleurs est-il digne de nous, est-il libre, est-il moral qu'une grande nation par les lettres et par les mœurs remette à la merci d'un commis ou d'un censeur de police ses mœurs, sa gloire et son génie ?

Non, Messieurs, il faut une censure ; mais cette censure doit être libre, éclairée, indépendante; elle doit être à la fois la garantie de l'écrivain et la garantie de la société.

Je proposerai donc à la Chambre de concéder la censure telle que le gouvernement la lui demande, jusqu'à la session prochaine seulement; et le gouvernement nous présenterait alors le projet d'une censure légale que nous discuterions avec la liberté d'esprit nécessaire à un si grave sujet.

Si la Chambre était moins impatiente, je proposerais moimême un amendement ainsi conçu :

« Il sera formé à Paris un comité de censure morale pris dans un jury spécial. Le jury spécial se composera de dix membres de la Chambre des pairs, dix membres de la Chambre des députés, dix membres du conseil général du département, dix membres du conseil d'arrondissement, dix membres du conseil municipal, dix membres de chacune des sections de l'Institut, dix membres de l'Université, dix membres de la commission des auteurs dramatiques.

« On tirera de ce jury, par la voie du sort, le comité de censure morale, renouvelable tous les cinq ans et composé de vingt censeurs.

« Aucune pièce nouvelle ne pourra être présentée sans l'approbation de ce comité.

((Un membre de la commission des auteurs dramatiques aura le droit de comparaître en personne ou au nom de ses cosociétaires, pour recevoir et donner des explications.

(( Le gouvernement, pour raison de haute police, aura le droit de suspendre les représentations théâtrales; mais l'auteur pourra en appeler de cette suspension au comité de censure morale, qui jugera en appel. »

Ces dispositions ou des dispositions à peu près analogues , Messieurs, me semblent de nature à concilier ce que le législateur doit aux mœurs et ce qu'il doit à la liberté humaine et à la dignité des lettres. Les auteurs s'en plaindront peut-être ; le gouvernement s'en plaindra de son côté. La société y applaudira.

Nous n'avons que trop sacrifié à la nécessité dans cette courte et pénible session. Arrêtons-nous, Messieurs. La liberté politique est perdue ; sauvons au moins la liberté des lettres. Ne permettons pas qu'avec la liberté de la presse, cette faculté presque divine puisqu'elle multiplie la pensée et la parole, ces deux plus beaux dons de Dieu, cette faculté qui a élevé le niveau de l'intelligence populaire, toutes nos autres facultés de publicité soient traînées ainsi sans défense, sans garanties, en accusation devant nous, et immolées sans discussion, comme d'infâmes complices, entre le crime et l'échafaud d'un scélérat.

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