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ET LA POLITIQUE DE LA FRANCE EN ORIENT

Chambre des Dépctés. — Séance du 12 Janvier 1836. (Discussion de l'adresse.)

Un discours de Tempereur Nicolas à la municipalité de Varsovie (octobre 1835) avait ému l'Europe : il qualifiait la nationalité polo- I naise indépendante de «criminelle chimère, » et menaçait de foudroyer ! Varsovie à la première émeute. Ces paroles violentes du czar, repro- I duites dans tous les journaux, attiraient particulièrement Tattention sur un paragraphe de l'adresse. La commission dont M. de Lamartine i faisait partie pi otestait au nom des droits consacrés par les traités, ' mais sans nommer la Pologne. Cette rédaction fut vivement attaquée, I comme insuffisante. Un amendement de M. de Mornay proposait de dire que le rétablissement de l'équilibre européen devait avoir pour premier gage la conservation de l'antique nationalité polonaise. M. de Lamartine, dont toutes les sympathies étaient acquises à la Pologne, demanda la parole sur la position diplomatique de la question. Il s'attacha à démontrer que la France ne pouvait parler sans agir, et qu'elle ne pouvait agir que de concert avec ses alliés, dans une question européenne dont la solution était intimement liée aux affaires d'Orient.

Messieurs,

C'est comme membre de la commission que j'ai demandé la parole. La Chambre comprendra facilement que ce n'est pas moi qui viendrai combattre ici les éloquentes paroles, les gêné-

reuses sympathies qu'elle vient d'entendre*, que je partage moi-même et dont je ne voudrais mesurer l'expression dans l'adresse qu'afin de mieux en assurer l'effet.

Ce n'est pas moi, Messieurs, qui repousserai de cette tribune les supplications de cette généreuse nation polonaise à laquelle nous devons de la fraternité, à laquelle nous devons nos efforts, et à laquelle peut-être un jour devrons-nous même du sang! {Sensation,)

Messieurs, je n'aime pas les questions d'affaires étrangères apportées à cette tribune : on risque toujours, en pareil cas, ou de la forfanterie, ou de la faiblesse ; mais lorsqu'elles y sont arrivées, je crois qu'il est de mon devoir de les traiter avec la franchise énergique que le sentiment du pays nous suppose. Ainsi je traiterai franchement celles qui vous sont soumises aujourd'hui.

Je commencerai par dévoiler à la Chambre notre conscience tout entière. Comme membre de la commission, je lui déclare que l'omission du nom de Pologne, qu'on nous a reprochée comme portant un caractère de timidité (le mot même de lâcheté a été prononcé hier), je lui déclare que cette omission n'a pas même été intentionnelle dans notre esprit; je lui déclare que la pensée de taire le nom de la Pologne ne s'est présentée dans la discussion à aucun des membres de la commission.

Le nom de la Pologne nous a paru suffisamment écrit et dans nos souvenirs, et dans nos cœurs, et dans le sang qu'elle a répandu en 1831, et dans ses malheurs présents, et dans ces paroles écrasantes dont son oppresseur a fait retentir toute l'Europe , il y a peu de jours, et qui viennent d'être retracées si éloquemment par l'honorable préopinant (M.Odilon Barrot).

Mais, Messieurs, il faut vous dire la vérité tout entière. Si la pensée de cette odieuse timidité ne nous est pas venue, en y réfléchissant depuis , nous avons trouvé, j'ai trouvé du moins moi-même, au fond de ma conscience et de mes pensées politiques, quelques motifs qui pourraient peut-être légitimer le rejet des amendements qu'on nous propose, et engager la

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