SUR LE PROJET DE RENOUVELLEMENT DU BAIL DE LA FERME DES JEUX
Chambre des Députés. — Séance du 7 mai 1836.
Messieurs,
Je De demande pas la parole sur la question en elle-uiëme, qui me paratt suffisamment éclairée dans Tunanimité des convictions de la Chambre, mais pour répondre un mot à la phiraae de M. le président du conseil, dont Tassertion avait excité justement, à mon ayis, on murmure de la Chambre.
Quels que soient les égards que nous derieas avoir envers le pouvoir, envers les membres du gouvernement qui le composent, et en particulier envers M. le président du conseik nous devons avoir soin aussi de préserver nos droits, notre dignité et celle du pays que nous avons ITionneur de représenter. M. le président du conseil vient de vous dire que la Chambre n'avait pas à s'enquérir de ce que les ministres se proposaient de faire, mais de ce qu'ils avaient fait. Messieurs, le droit et le devoir de la Chambre, gardienne de la moralité des populations, est, selon moi, de s'enquérir de ce que le gouvernement prétend faire, et si elle n'exerçait pas ce droit, justement réclamé par notre collègue, M. Dugabé, il serait souvent trop tard, et le mal serait accompli.
Quant à la question en elle-même des maisons de jeu autorisées, je consens à en renvoyer l'examen, d'après ce que vient
de nous dire M. le ministre de Tintérieur *, à la discussion du budget, sa véritable place.
Je conçois parfaitement, non pas qu'on les justifie, mais qu'on les conteste, qu'on les discute sous le rapport des garanties qu'elles donnent à la police, à la surveillance du jeu, du mal des jeux clandestins qu'elles diminuent ; mais. Messieurs, quelle que soit l'hésitation des meilleurs esprits sous ce rapport, il y a une considération encore plus grave, celle de la moralité, celle de la sanction donnée, en quelque sorte, par la législation, à un vice public ; je sais qu'il est plus facile de flétrir un vice que de l'extirper.
Mais le fisc, qui se mêle à toutes les questions morales pour les compliquer et les dénaturer, s'est mêlé aussi à celle des maisons de jeu. Il a affermé ce vice; il a fait de ce privilège un impôt sur la moralité publique. Au lieu de se borner à la surveillance et à l'inspection de police, il a dit à ces fermiers de la corruption des grandes villes : « Dépravez tant que vous voudrez nos populations. Plus vous aurez dépravé, plus vous aurez séduit, démoralisé, entraîné de jeunes gens, plus vous aurez dérangé de pères de famille , plus vous aurez accumulé de désastres et de suicides, plus votre gain s'élèvera, et ce gain nous le partagerons avec vous, nous nous ferons un revenu du vice encouragé. » Eh bien ! Messieurs, voilà ce que nous ne tolérerons jamais. Nous ne nous ferons pas complices de la démoralisation et de la ruine de nos enfants. Le plus avare des empereurs, Vespasien, disait que pour lui l'or n'avait pas d'odeur. Un peuple moral et libre a plus de scrupules. L'argent ramassé dans ces repaires de vices sent la corruption et le suicide. La Chambre n'en veut pas ; la France n'en veut pas non plus ! {Marques nombreuses d'adhésion.)