‹ La France parlementaireChapitre 69 sur 71 · Présidé par M. Thiers · texte numérisé non relu

Présidé par M. Thiers

égoïsme, ni un système complètement révolutionnaire, ni un système de puissante et constitutionnelle intervention comme celui que nous voulions, nous ; il voulait, il proposait ce système bâtard de coopération, de faible et impuissante intervention à la queue de l'Angleterre sous un drapeau étranger, ce système qui ne pouvait avoir diautre portée, d'autre résultat que de faire accepter aux armées françaises la responsabilité de toutes les déroutes, de toutes les lâchetés, de toutes les férocités de la guerre civile en Espagne, et de vous compromettre avec l'Europe tout autant qu'une grande et souveraine intervention. Eh bien I si j'examinais un à un tous les actes de ce cabinet, j'y retrouverais partout ce même caractère de concessions incomplètes à toutes les faiblesses d'opinion, depuis la coopération demandée jusqu'à l'amnistie refusée. J'en ai dit assez pour faire comprendre ma pensée au pays sur ce cabinet composé, selon moi, des plus honorables incompatibilités.

Eh bien I je dis qu'après les fautes d'une autre nature commises par le cabinet du 6 septembre qui ont rendu sa chute inévitable et qui rendent son retour si difficile , c'est au profit des hommes et du système du 22 février que s'écroulerait le 15 avril. C'est assez pour que mon vote ne concoure pas à rébranler. Je ne le connais pas encore; mais je le dirai tout haut devant lui : Je ne le défends pas pour ce qu'il est, mais pour ce qu'il empêche ; il est au moins une trêve à nos misérables luttes, à cette dégradation du pouvoir qui a tant souffert des coups que ses dépositaires se sont portés entre eux ; il est une trêve; et la Chambre, la royauté, le pays ont besoin d'une trêve, car tous ont souffert, et tous ont à réparer.

Je fais les vœux les plus ardents et les plus sincères pour que, de cette confusion des choses, de cette mêlée des opinions, de cette lassitude des partis, il surgisse enfin une opposition nouvelle, une opposition créatrice et non destructrice, une opposition qui n'ait pas seulement des haines, des rancunes , des répugnances , mais qui ait des vues d'avenir, des plans, des volontés; une opposition qui ne date plus de 18U, mais de 1830; qui ne laisse pas avorter et périr entre ses mains ces grands événements que la Providence envoie de temps en temps au secours des idées nouvelles, et qui ne font qu'affliger

et ruiner les peuples s*iis ne les régénèrent pas ; une opposition qui comprenne la révolution européenne dont la France est Fayant-scène, par ses grandes idées et non pas par ses petites et misérables passions ; une opposition qui comprenne que la monarchie que la France veut reconstituer ne peut plus avoir les conditions du passé, mais qu'elle ne4)eut plus être, pour devenir durable , que la représentation de l'unité du pouvoir et de l'égalité et de l'universalité des intérêts du peuple tout entier; une opposition qui s'occupe de la réforme sociale plus que d'une vaine critique des formes politiques ; une opposition enfin qui ne dise pas toujours non à toutes les mesures proposées par le gouvernement , mais qui sache dire aussi oui , même à ses adversaires, quand l'intérêt du pays le commande, et qui au lieu de dégrader toujours le pouvoir sache loyalement le conquérir. Le jour où cette opposition se montrera dans une de ces secousses parlementaires qui arrachent de leurs bancs opposés tant d'hommes capables de la former, nous lui promettons nos votes, nous nous rallierons à sa voix, nous lui appartenons d'avance.

En attendant. Messieurs, devons-nous dans des émeutes parlementaires , indignes de la France et de nous , renverser, sans savoir avec quoi les reconstruire, les systèmes , les ministères , les cabinets , au risque de désorganiser l'administration , de désorienter le pays au dedans et de nous déconsidérer devant l'Europe? Est-ce par ces impatiences tumultueuses, par ces saccades d'opinion que nous raffermirons ce pays? Non, Messieurs, des hommes sérieu^t qe jouent pas à ce jeu puéril et périlleux. Quand ils renversent, c'est pour reconstruire, et quand les éléments d'une reconstruction ministérielle utile au pays leur manquent, ils savent attendre. Les peuples comme les individus sont quelquefois condamnés à avoir patience avec les choses et avec les hommes. Ils le peuvent impunément, car le temps est pour eux, et chaque jour amène aux idées dont ils doivent vivre, des hommes, des convictions et des événements de plus.

Je vote donc dans le sens le moins offensif au cabinet qui vous demande de la confiance et du temps !

Chambre pes Dipviés, — Séance du 2G mai 1837.

La eonsommation du suere indigène, grâee aux progrès des procédés de sa fabrication, avait pris un développement considérable. Libre de charges, il faisait une concurrence de plus en plus écrasante au sucre de canne, grevé de taxes. L'importation diminuait tous les jours. Le revenu public en souffrait* ainsi que la fortune des colonies. Pour remédier à cet état de choses , le ministère s'était arrêté au système du dégrèvement : il proposait de réduire les taxes établies sur le sucre des colonies , afin qu'il pût soutenir la concurrence du sucre indigène dans des conditions moins inégales; et pour sauvegarder les intérêts du Trésor, il abaissait la surtaxe sur le sucre étranger. Quatre mois après , sous un nouveau ministère , la commission présenta son rapport. Non sans hésitation, elle s'était décidée, elle aussi, pour le dégrèvement , avec quelques modifications au projet de loi. M. Lacave- Laplagne , ministre des finances du 15 avril, soutint une autre opinion que son prédécesseur. Se ralliant à l'amendement de M* Gouin , il se prononçait pour un impôt sur le sucre indigène combiné avec le dégrèvement du sucre colonial. Ce fut à la fin de cette discussion hérissée de difficultés, embarrassée par les projets et contre-projets dont la commission et le ministre se renvoyaient la responsabilité, que M. de Lamartine prit la parole.

La Chambre n'attend pas de moi que j'entre à Timproviste dans répineuse controverse du Hiode d'exercice que vient de soulever tout à Theure rhonorable rapporteur de votre commis-

sion S et forger pour ainsi dire , de mes propres mains , les entraves dont on veut charger l'industrie que je viens défendre. ( Très-bien ! )

L'honorable rapporteur lui-même a décliné avec raison, selon moi , la responsabilité que voulait lui imposer M. le ministre des finances *, de formuler un code de répression contre le sucre. C'est la mauvaise conduite de ces débats, c'est l'obstination du gouvernement à les laisser diverger sans direction et sans but, qui nous contraint à cette triste nécessité. Nous ne l'acceptons pas. Le gouvernement est coupable. Ou il a des lumières sur cette matière, ou il n'en a pas. S'il n'en a pas, il est répréhensible d'aborder un sujet si grave,. une matière qui touche aux intérêts agricoles et commerciaux les plus immenses, sans s'être fait une opinion. Ou il en a , et alors il est plus répréhensible encore de nous laisser flotter dans le vague, au risque de nous heurter aux impossibilités d'exécution les plus contradictoires.

Qu'en résulte-t-il. Messieurs? C'est que cette loi si capitale , dont personne, ni commission, ni gouvernement, ni Chambre ne veut prendre la responsabilité, sera votée tout à l'heure sous la responsabilité du hasard! (Sensation,)

Au reste. Messieurs, c'est avec douleur, mais sans surprise, que je vois se vérifier dans le cours si divers de cette discussion, ce que j'avais toujours appréhendé pour le sucre indigène , ce que j'avais annoncé dépuis deux ans à mes honorables commettants du nord ; c'est-à-dire qu'ils perdraient tout pour avoir voulu tout usurper, et que, se refusant à entrer dans le droit commun dé toute industrie et de tout produit agricole, on les frapperait un jour doublement, on les frapperait à mort, et par l'impôt, et par le dégrèvement, et par la suppression de la surtaxe sur les sucres étrangers. Je prie donc la Chambre de ne pas se tromper à l'intention qui me fait réclamer un moment la parole. Bien que j'aie l'honneur de représenter ici un des arrondissements du nord où l'industrie du sucre indigène s'est le plus propagée , je ne viens pas demander l'immunité pour

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