BIBXS VENDUS. VALEUR REELLE. PRIX DE VENTE
Lûoii 15.280.786 francs. 11.913.276 francs.
Ohauny 11.882.346 — 7.957.346 —
Saint-Quenlin 24 . 049 . 700 — 13 . 547 . 000 —
Vervins 8.266.294 — 7.466.294 —
Soissons 25.484.417 — 16.164.023 —
Château-Thierry 11.768.023 — 7 . 692 . 023 —
Total 96.731.566 francs. 04.740.742 francs.
En 1791, les ventes furent d'abord difficiles, à cause de la répugnance qu'inspirait l'idée de profiter de la spoliation, et de la crainte d'être en butte aux poursuites des propriétaires légitimes^. Les acquéreurs furent des paysans et
» D. PioLiN, Hist. de V Église du Mans durant la Révolution, I, 83, 84.
* Ed. Fleury, Le clergé du déparlement de P Aisne pendant la Récolu-tion, l, chap. ix.
^ En 1795, les biens nationaux, fort inférieurs par leur prix aux biens patrimoniaux, perdaient 40 pour 100 de leur valeur. Les biens du clergé étaient encore plus dépréciés que ceux des émigrés. En iVormaodie et dans
LA SPOLIATIOX ET LA RUIXE. 399
des révolutionnaires, désireux de se signaler par leuiabsence de scrupules, en réalisant des bénéfices.
A la date du 24 mars 1791, on n'avait encore vendu que pour 180 millions de biens nationaux. Le total des biens vendus au 1**' novembre de la même année était de 1 ,526 millions ; il en restait encore à vendre pour 669 millions. Dans Tespace de sept mois, le paysan en avait acheté pour 1,316 millions*. 11 s'est rendu maître de cette terre qu'il convoitait; mais, par là, il est devenu l'ennemi du clergé qui la possédait, et par conséquent du prêtre insermenté, représentant de l'Eglise dépouillée, dispensateur des sacrements, ministre d'une religion à laquelle le peuple est resté fidèle. Le paysan se trouve placé ainsi entre ses convoitises et sa foi religieuse ou celle qui règne à son foyer. La spoliation dont il profite l'engage, en quelque sorte malgré lui, dans le parii de la Révolution. Il sera mieux disposé à accepter le curé constitutionnel qui personnifie la nouvelle Eglise schismatique, et ne lui parlera pas de restitution. Que de conflits entre la conscience et l'intérêt I Que de sentiments contraires autour de ce champ, de ce domaine dont la possession implique la violation de la propriété 1
S'il s'agit du château au lieu de l'abbaye, le seigneur, l'émigré est aussi devenu l'ennemi pour le paysan enrichi de ses dépouilles. Le spoliateur redoutera les revendications de celui qu'il a dépossédé. Ce n'est pas l'ancien
le reste de la France, en i803, on n'achelait guère les biens nationaux audessous du denier 15. Il en était de même en 1809. Depuis 1815, les biens nationaux se vendaient à raison de 5 pour 100 de revenu ; les biens patrimoniaux, à raison de 3 et 4 pour 100. (Tainb, Le régime moderne, 1, 233, 234.) ' TâiiHE, La Révolution, I, 445.
régime qu'il détestera, mais Tobligalion de rendre le bien d'autruiy qui pourrait être la conséquence d'un retour à ses institutions. L'ancien régime sera donc facilement rendu odieux dans l'esprit populaire. Et comment ne céderait-on pas à la tentation d'exagérer les abus de ce régime, non seulement pour en rendre le retour impossible, mais pour justifier les excès qui l'ont suivi?
Afin de faciliter la vente des biens nationaux et leur revente au détail, l'Assemblée consliluante avait prorogé l'époque du payement. Beaucoup des acquéreurs de la première année payèrent comptant, sans profiter des délais légaux, et ne bénéficièrent pas, en soldant leur premier douzième, de la dépréciation des assignats comme les acquéreurs des époques suivantes. Dès 1792, les payements cessèrent de la part de ceux qui avaient acheté avec trop de haie, et qu'avaient ruinés les événements de la Révolution. L'expropriation fit rentrer l'Etat en possession de ces biens dépréciés.
Les prix de vente augmentèrent avec le discrédit des assignats, car il fallait un plus grand nombre d'assignats pour représenter les sommes exigées antérieurement. Ainsi, le 23 avril 1794, des immeubles estimés 212,580 francs furent vendus 456,000 francs. Une ferme, provenant des biens d'Église, évaluée 123,000 francs en 1791, fut vendue 653,000 francs au mois d'avril 1795 \
Au mois de mai 1795, sur la proposition de Bourdon, de l'Oise, la Convention décréta que tous les biens natioliaux seraient adjugés sans enchères et par simple procès-
' Ed. Flburt, I, chap. ix.
verbal à celui . qui en offrirait trois, fois en assignats la valeur fixée par Testimation de 1790. Ce décret ne tarda pas à être rapporté ; mais, pendant qu'il était en vigueur, un bien évalué 100,000 francs en 1790 put être payé 300,000 francs en assignats, somme représentant seulement 20,000 francs, les assignats étant tombés alors.au quinzième de leur valeur nominale. On acquérait ainsi pour 20,000 francs un bien de 100,000 francs. Les acquéreurs des biens d'Eglise versèrent moins du tiers de leur valeur; ceux des biens d'émigrés, moins du cinquième \
Des parents d'émigrés rachetèrent des biens conGsqués, mais ce fut le petit nombre. Les principaux acquéreurs furent des spéculateurs, des jacobins, des fonctionnaires, des paysans, des bourgeois, des notables de diverses conditions. Des sociétés d'accapareurs s'étaient formées dans le but d'acheter pour revendre; des communes se réunissaient pour s'emparer d*immeubles dont elles n'auraient pu faire l'acquisition isolément. Des fermiers achetaient aussi les terres dont ils comiaissaient mieux que personne la valeur réelle. Des ouvriers espéraient s'enrichir, en achetant des biens que très souvent ils ne pouvaient payer. Ils s'associaient parfois les uns aux autres.
En 1791, un simple ouvrier briquetier de Château- Thierry mit une enchère de 100,000 livres sur un bien évalué 60,000 livres. A Saint-Quentin, un ouvrier tonnelier acheta dans une seule vacation 238,000 livres de biens nationaux^.
' H. FoRXERON, Histoire générale des émigrés, III, 76, noie. " Ed. VlrvrYj Le cierge du département de r Aisne pendant la Révolu^ tion, I, chap. ix.