RELATION DE M. DURLER
CAPFTAINE AU REGIMENT DES GARDES SUISSES ET COUlf ANDANT ENVIRON 500 HOMMES . OUI SE SONT DIIkENDUS SUR L*ESCALIER DE LA CHAPELLE ET DANS L*INTéRlEUR DU CHATEAU, LE 10 AOUT 1792.
Dans la journée du 8, M. Mandat*, commandant général, donna à M. Maillardoz, lieutenant-colonel, et à M. de Bachmann, major, une réquisition de la municipalité et un ordre par écrit de faire venir le plus de soldats possible au château des Thuilleries. Aussitôt ces deux chefs firent marcher le restant des bataillons de Courbevoye et de Ruel ; et le 9, à trois heures du matin, il y avoit à peu près huit cents hommes, y compris la garde ordinaire du Uoi.
'■- Dans la nuit du 9 au 10, MM. Mandat, de Maillardoz et de Bachmann firent occuper les différens postes par la garde nationale et par les gardes suisses. Les deux chefs du régiment me donnèrent le commandement des postes de la cour Royale, de la cour des Suisses et d'une réserve de trois cents hommes qui s'y trouvoient en bataille, en ajoutant : a Si le Roi se retire du châ- « teau comme chef, nous raccompagnerons. Nous comptons sur
' Galiot de Mandai, commandant de la garde nationale de Paris, assassine le malin du 10 août par les factieux, au moment où il se préparait à défendre les Tuileries. - - '
APPENDICK. 437
tf vous, persuadés que jamais vous ne vous laisserez forcer, et tt que dans aucun cas, vous ne mettrez bas les armes. »
Ils donnèrent à M. de. Salis, capitaine, le commandement des postes sur Tescalier et dans la cour de la Reine.
Je visitai mes postes, et je dis au commandant des gardes nationales que nous n'étions que secondaires, mais qu'en cas d'attaque, ils pouvoient être sûrs que nous tiendrions fermes.
Vers minuit, le tocsin se Gt entendre dans tout Paris. La nuit, le maire Péthion vint au château... Entre trois à quatre heures, quelques bataillons de renfort de la garde nationale arrivèrent, et se rangèrent avec leurs canons dans la cour Royale, ainsi que la gendarmerie à pied et partie de la gendarmerie à che^ val. Il m'a paru que ce renfort montoit à peu près à deux mille hommes.
Entre quatre à cinq heures, j'appris que M. Mandat, ayant reçu ordre de se rendre à la municipalité, alloit à la ville. Il fut tué, comme tout le monde sait, sur les marches de l'hôtel de ville.
A six heures, le Roi descendit dans la cour Royale, accompagné de quelques chefs de division, des commandans de bataillons et de MM. Maillardoz et de Rachmann. Il passa devant tous les postes. Quelques gardes nationales crièrent : Vive le Roi ! au moment où il entroit dans une espèce de bataillon carré, dans la cour Royale. D'autres crièrent : Vive la nation ! D'autres murmu^ rèrent, et une dispute très vive s'éleva entre eux et les canon« niers. Cependant leurs chefs parvinrent à les appaiser, en leur disant que le Roi et la nation ne faisoîent qu'un ; ils s'embrassè« rent, en promettant de se soutenir et de repousser toute attaque.
A sept heures, les murmures recommencèrent et quelques bataillons s'en allèrent... A peu près dans le même tems, MM. Rœderer, de Roissieu, maréchal de camp, sont venus de poste en poste ; le premier lisoit un arrêté du département qui ordonna positivement de repousser toute attaque d'après la loi. Alors quelques gardes nationales, qui n'avoient pas chargé leurs fusils, les chargèrent ; des canonniers chargèrent leurs canons ; d'autres restèrent tranquilles.