‹ La France pendant la RévolutionChapitre 21 sur 23 · APPE\DICK · texte numérisé non relu

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Entre huit et neuf, le Roi se retira à TAssemblée avec toute la famille royale, accompagné de plusieurs gentilshommes, d'un ou de deux bataillons de la garde nationale, de la garde suisse qui étoit de service, commandée par M. le baron d'Erlach, capitaine de garde, et suivirent MM. de Maillardoz, de Bachmann, de Salis, aide-major, de Wilde , sous-aide-major, d^Alliman et Chaplet, adjudant. Me trouvant alors dans la cour, je ne vis pas le départ du Roi, ni ce qui se passa dans Tiniérieur du château. A neuf heures, les troupes de Santerre, les Marseillois, les faubourgs commencèrent à paroître sur le Carrouzel. Aussitôt, M. de Boissieu donna ordre d'abandonner tous les postes dans les cours et de me retirer dans l'intérieur du château, ce qui fut exécuté dans l'instant. Je plaçai la meilleure partie de mes gen^ le long de Tescalier, à droite et à gauche, et le premier pallier se trouvant déjà occupé par quelques grenadiers des Filles Saint-Thomas et d'autres gardes nationales, je postai un peloton derrière eux, près la porte de la chapelle; je fis monter le reste dans le premier appartement, en face de l'escalier où se trouvoient M. le maréchal de Mailly, M. de Zimmermann, maréchal de camp et lieutenant des grenadiers, d'autres officiers et beaucoup de soldats du rcgimenl, postés auparavant dans Tintériéur du château.

J'étois occupé à ranger mon monde, lorsque M. le maréchal de Mailly envoya M. Joseph de Zimmermann, lieutenant de grenadiers et colonel d'infanterie, me dire de me rendre près de lui. J'allai le trouver, et il me dit : « Je suis chargé de la part du Roi de prendre le commandement du château. » Je demandai alors ses ordres, qui furent de ne pas me laisser forcer. Je lui répondis qu'il pou voit compter sur nous. Pendant que je lui parlois, je vis par les fenêtres que le portier ouvroit la porte Royale. Des Marseillois parurent sous la porte, en nous faisant signe avec leurs chapeaux et nous criant de nous joindre à eux. D'abord, ils n'osoient pas entrer dans la cour ; mais après, ils prirent le parti d'entrer par colonnes , et d'autres entrèrent par la porte de Marsan et par celle des Suisses, se glissèrent le long des murs et parvinrent au pied du château. D'autres, plus hardis,

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pénétrèrent dans le vestibule, et montèrent en foule Tescalier jusqu'au premier pallier, occupé par quelques grenadiers des Filles Saint-Thomas, d'autres gardes nationales et par nos gens. J'y courus vite avec MM. de Reding, capitaine, Joseph de Zinimermann et Glutz, aide-major, et fis mettre une barre de bois au travers de l'escalier. M. de Boissieu vint se placer à côté de moi, et voulut parler aux assaillans; mais ils firent des hurlemens et des cris si perçans, qu'il ne put se faire entendre. L'intrépide Roullin, adjudant, me proposa d'aller voir ce qui se passoit dehors, et s'il n'y avoit pas moyen d'appaiser les furieux. Je lui dis qu'il pouvoit le faire; il s'y rendit, fut saisi par eux; on lui enleva sa montre, on commença à le dépouiller de ses habits, et déjà on lui faisoit pencher la télé pour la lui abattre, lorsqu'il fut délivré par nos braves qui coururent à son secours.

Un instant après, le commandant des troupes de Santerre, qui se trouvoit être un ancien garde françoise, monta près la barre de bois et demanda à parler lui-même au commandant des Suisses. Étant près de la rampe avec M. de Boissieu, je lui dis : « C'est moi!» J'avois la main droite sur la rampe; il s'en saisit, en me disant : « Joignez-vous à nous; vous serez contens et tt bien traités. Il faut vous rendre à la nation. » Je lui répondis vivement : « Nous nous croirions déshonorés, si nous nous ren- « dions à vous. Laissez-nous tranquilles à nos postes ; nous ne tt vous ferons point de mal ; mais si vous nous attaquez, nous « nous défendrons jusqu'à la dernière extrémité. » 11 me menaça, et j'ajoutai : « Je suis responsable de ma conduite aux tt cantons, mes souverains. Jamais je ne me rendrai à vous et a jamais je ne mettrai bas les armes! » A ces mots, il leva son sabre, me dit toutes sortes d'injures et que je payeroisde ma tête l'infamie de ne pas vouloir me rendre à la nation. Comme il me tenoit fortement la main et qu'il avoit le sabre levé, je dis à un de mes soldats en allemand : « S'il me lâche un coup de sabre, « couche-le par terre d'un coup de fuaiL » M*entendant parler allemand, il baissa son sabre, et jN^**^^*^*fc|^ un autre ancien garde françoise me p^' ^^|m|| parai

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de la main gauche, en débarrassant la droite que tenait encore le commandant des troupes deSanterre.

MM. Joseph ie Zimmermann, de Glutz, aide-major, toujours à côté de moi, s'aperçurent que de Tautre côté de Tescalier, un chef de la troupe de Santerre cherchoit à persuader nos gens de se joindre à lui, et que déjà deux mauvais sujets venoient d*étre entraînés par lui. M. Joseph de Zimmermann y courut avec Tadjudant Rouilin, se mit devant eux et parvint par sa fermeté et son sang-froid à empêcher la séduction : il pérora longtemps avec ce chef qui le conjuroit de mettre bas les armes. Je me joi* gnis à eux, et ce chef me tint encore le même langage.

Le commandant et son second, voyant que toute séduction étoit inutile, redescendirent sous le vestibule avec tout leur monde, excepté deux Marseillois qui se glissèrent entre les jambes des grenadiers des Filles Saint-Thomas. Mes soldats voulant tomber dessus, je leur sauvai la vie, en leur ordonnant de se sauver dans la chapelle.

L'instant après, la troupe de Santerre fit feu sous le vestibule ; ils tuèrent et blessèrent quelques soldats. Les braves grenadiers des Filles Saint-Thomas ripostèrent, et les nôtres suivirent leur exemple. A peine Tattaque étoit-elle commencée sous le vestibule, que Tartillerie de Santerre, placée sur le Carrouzel et dans la cour Royale, joua contre les fenêtres du château, et les coups de fusil suivirent. MM. le maréchal de Mailly, de Zimmermann, maréchal de camp, sans quitter un instant la fenêtre de Tappartement , où donnoit toute Tartillerie et mousqueterie, firent riposter des coups de fusil par les soldats suisses qui se trouvoient avec eux, et Faffaire devint générale.

Je repoussai les Marseillois qui étoient sous le vestibule ; j'y descendis avec ma troupe, et jugeant qu'à la longue nous ne pourrions pas tenir dans le château contre une artillerie immense,, je me mis à la tête de la troupe qui étoit près de moi, le tout environ deux cents hommes. Je sortis pour attaquer leurs canons ; je balayai la cour dont je me rendis maître en uq moment, de même que de quatre pièces de canon que je trouvai déchargées et sans aucunes munitions. Quelques grenadiers de&

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Filles Saint-Thomas ou des Petits-Pères, voyant que cette artillerie nous étoit inutile, ôtèrent les baguettes de leurs fusils et les cassèrent dans la lumière des canons. Plusieurs furent tués sur les pièces mêmes. M. le tiiaréchal de Mailly, voyant des fenêtres le combat dans la cour Royale, cessa son feu.

Les Marseillois, repoussés dans le Carrouzel, continuoiènt de faire sur nous un feu fort vif, en face de la porte Royale; beaucoup de soldats furent tués, et M. de Glutz, aide-major, toujours à côté de moi près la porte Royale, venoit d'avoir son épée cassée d'un coup de fusil.

Un sergent de la compagnie colonelle découvre un poste de quinze à vingt Marseillois qui se cachoient ventre à terre contre la porte Royale, derrière la guérite de cavalerie. D^ abord, je les crus morts ; en m'approchant d'eux, ils me demandèrent la vie. Je me jetai entre eux et mes soldats qui, échauffés dans le combat et transportés de colère, n'avoient pas Pair de vouloir les épargner. Je parvins à les contenir; j'ordonnai aux Marseillois de rendre leurs armes et leurs cartouches ; je les menai moimême au passage du corps de garde suisse, et leur montrai le chemin par où ils pouvoient se sauver, après quoi, je retournai à la porte Royale. A la fin, je pris le parti de poursuivre d'autres assaillans pour nous emparer encore de leurs canons ; je sortis de la porte Royale et dirigeai mon feu à gauche, du côté du corps de garde suisse où des Marseillois et autres se défendoient vigou-* reusement. Pendant le combat, on conduisoit deux pièces de canon sur liotre droite, au coin d'un petit jardin, en face do corps de garde suisse, et on tira sur nous à mitraille ; en quelques coups, ma malheureuse troupe fut couchée sur le carreau; je restai seul avec un sergent et quelques soldats. Nous rentrâmes dans la porte Royale; nous trouvâmes M. de Salis, capitaine. Gibelin, sous-aide-major, et quelques grenadiers de son poste. Les soldats que M. de Salis venoit d'amener près la porte Royale ayant été bientôt tués, d'autres de la compagnie colonelle vinrent à notre secours, et ils eurent presque tous le même sort.

L'instant après, M. d'Hervilly, maréchal de camp, accourt à moi, sans armes et sans chapeau, à travers des coups de fusil, et

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