SAINT RIEUL (II» siècle
Les dyptiques de l'Église d'Arles indiquent saint Rieul comme évéque de cette ville, et les auteurs le font tantôt disciple de saint Jean l'Évangéliste , et tantôt disciple de saint Trophime, ou bien encore disciple de saint Denys qui fut le premier évôque de Paris. Cette dernière opinion est insoutenable. On n'est pas mieux fondé à dire que saint Rieul , d'évôque d'Arles , devint
évoque de Senlis. Ces deux saints sont complètement distincts; Rieul de Senlis est honoré le 30 mars, tandis que Rieul d'Arles est indiqué au 24 avril dans les anciens Bréviaires de cetu? Église. C'est donc bien à tort que dans la prose latine rimée qui se chanlait autrefois à la messe du jour de la fête de saint Rieul, à Senlis , on disait que « Rieul vint de Mycènes à Rome à la recherche de Denys, et qu'il fut le compagnon de voyage de cet apôtre des Gaules avec lequel il se dirigea vers Arles, ou, après avoir longtemps résidé comme évêque, il apprit par révélation le martyre de saint Denys et de ses compagnons. Ayant mis alors un prélat à sa place, Rieul lui confia le soin de son troupeau , afin de suivre les traces des saints qui venaient de lui être révélés, et désireux de partager leur martyre, il se rendit à Paris, et de sa crosse, brisa et réduisit en poussière les idoles des Gentils près le bourg de Louvres. Et c'est ainsi que par lui, les habitants de notre patrie sont bientôt tous convertis à Dieu. »
Le P. Ribadeneira et quelques autres écrivains ont bien pu raconter ces faits légendaires, mais l'historien sérieux doit se montrer plus difficile. Du reste, tous ces faits sont tirés d'une Vie de saint Rieul publiée par les Bollandistes, au 30 mars, d'après deux manuscrits, l'un de Senlis, et l'autre de Saint- Germain-des-Prés. Elle fut écrite vers la fin du IX» siècle, par un auteur anonyme qui voulut ainsi remplacer d'anciens manuscrits de la Vie du même saint , composée, dit-on, par ordre de Clovis, et qui périrent dans un grand incendie arrivé en ce môme siècle à Senlis. Il n'y a pas plus de fonds à faire d'une histoire de saint Rieul, écrite dans la première moitié du XVH* siècle par Charles Jaulnay, chanoine et doyen de la cathédrale de Senlis, qui la publia sous le titre de : Le parfait prélat, ou la Vie et les Miracles de saint Rieul, premier évêque de Sentis, Paris, 1648, in-8°.
Nous ne savons sur quelle autorité s'est appuyé Saxi pour donner comme évéques d'Arles saint Denys l Aréopagite , saint Félicissime ou Félix W (130-140), — Gratus (140-160), — Ambroise (160-180), — Martin (180-200), — Ingénu (200-230), — Augustin (230-240), — Jérôme (2-40-248), — Savit ou Savin (248-252). Tous ces noms sont évidemment supposés, et ce n'est qu'arbitrairement que l'auteur du Pontifical d'Arles a pu assigner une date à leur épiscopat, pour arriver à l'époque connue de l'épiscopat de Martien ou Marcien.
ARCI11UI0CÈSE D'ARLES. 381
D'autres auteurs ont fait succéder à saint Trophime, saint Denys VAréopagite (jusqu'en Tan 92). — Saint Hegulus ou Iiieul (92-130), — saint Félicissime — Nicaise — Crescent — Gratus Savin — Ingénu. Cette nomenclature n'est pas mieux fondée , et des noms cités au hasard ne prouvent absolument rien. La liste donnée par les auteurs de la Gallia christiana offre plus de probabilité, et c'est celle que nous suivrons pour les premiers successeurs de saint Trophime, tout en avouant qu'il a dû, entre saint Trophime et Marcien, exister, outre saint Rieul, un certain nombre d'évéques sur lesquels l'histoire ne nous a rien transmis.