‹ La France pontificaleChapitre 107 sur 148 · MARCIEN (vers · texte numérisé non relu

MARCIEN (vers

Marcien ou Martien gouvernait l'Église d'Arles en 250, lorsque le tyran Dèce, par une persécution nouvelle, essaya d'étouffer le christianisme. Dieu terrassa cet ennemi de la foi, presque aussitôt qu'il se fut élevé contre l'Église, et après sa mort, les chrétiens, qui avaient eu le malheur d'apo?tasier pendant cette persécution, demandèrent à être admis de nouveau dans l'assemblée des fidèles. Se souvenant qu'elle est mère , l'Église les recevait avec bonté, persuadée que le sang de Jésus-Christ et les larmes de la pénitence peuvent effacer les crimes les plus atroces. Elle les soumettait toutefois à différents degrés de pénitence correspondant a l'éclat plus ou moins vif qu'avait jeté leur apostasie. Un prêtre appelé Novatien, qui, par son éloquence plutôt que par ses vertus, avait acquis une grande popularité, s'était fait élire au souverain pontificat, après la nomination de saint Corneille, le 2 juin 251. Forcé de céder, il se jeta du schisme dans l'hérésie, et prétendit que l'Église n'avait pas le droit d'absoudre le crime d'apostasie; puis, renouvelant les erreurs de Montan , il voulut faire exclure pour toujours de la communion chrétienne tous ceux qui avaient commis des péchés pour lesquels l'Église imposait la pénitence, l'adultère et la fornication, par exemple : il condamnait aussi les secondes noces.

Marcien eut le malheur de s'engager dans le parti de Novatien, et poussa même la dureté jusqu'à chasser les pénitents de l'Église , et à laisser mourir sans les réconcilier, les apostats qui demandaient avec larmes à être admis à la communion. • On peut assez s'imaginer, dit le P. Longueval , quel ravage fit dans

la bergerie, ce loup déguisé en pasteur. L'erreur fait toujours de rapides progrès quand elle est protégée par des évôques, qui, en se révoltant contre l'Église, prennent, comme Matcien, le spécieux prétexte de combattre le relâchement de la morale. Ce masque de rigorisme dont se paraient les Novatiens, rendit leur hérésie plus contagieuse. On les croyait des saints, parce qu'ils traitaient les pécheurs avec une dureté impitoyable, mais la sainteté coûterait peu, si , pour être saint, il ne fallait de la sévérité qu'envers les autres. »

Fauslin, évêque de Lyon, fut alarmé, aussi bien que les prélats des villes voisines, du péril que courait la foi dans les Gaules, par l'orgueil opiniâtre d'un seul évêque. Tous ensemble, ils écrivirent au Pape pour le prier de remédier au mal. Faustin n'en demeura pas là : il écrivit sur le même point, deux lettres à saint Cyprien de Carthage, dont il connaissait l'érudition et le zèle, pour combattre le schisme et l'hérésie. Saint Cyprien s'adressa lui-môme au Saint-Siège, et écrivit en ces termes au pape Étienne :

« Cyprien, évêque et primat d'Afrique, au Pontife suprême Étienne.

» Faustin, votre collègue, l'évôque de Lyon, m'a écrit deux lettres pour m'apprendre ce que lui et les autres évôques de la même province, vous ont mandé, relativement à Marcien d'Arles, qui a embrassé le parti de Novatien. Ils vous ont appris que cet évêque s'est séparé de l'unité de l'Église catholique et du corps épiscopal, pour s'attacher à Fimpiloyable hérésie qui refuse tout secours, et ferme le sein de la divine miséricorde aux serviteurs de Dieu, contrits et pénitents, lors même qu'ils frappent avec larmes et gémissements à la porte de l'Église. Celte secte ne peut souffrir qu'on reçoive ceux qui ont été blessés pour guérir leurs plaies : elle veut, au contraire, qu'on les jette dehors pour qu'ils soient la proie des loups et des démons.

» C'est a nous , mon très-cher frère , d'apporter remède à ce scandale... Daignez donc écrire des lettres très-étendues sur cette affaire, à nos frères les évêques des Gaules, aûn qu'ils ne souffrent pas que le superbe et l'opiniâtre Marcien , l'ennemi de la miséricorde de Dieu et du salut de nos frères, nous insulte plus longtemps. Ce qui lui en donne occasion, c'est qu'il semble que nous ne l'ayons pas encore retranché de notre communion, lui qui se vante depuis longtemps qu'en s'attachant à Novatien, il s'est séparé de la nôtre. Envoyez dans la province et au

ÀRCHIDIOCÈSEt D'ARLES.

peuple d'Arles, des lettres pour excommunier Marcien, et faire ordonner à sa place un autre évêque qui rassemble le troupeau de Jésus-Christ qu'il a dispersé et blessé. Qu'il lui suffise d'avoir laissé mourir en ces dernières années, plusieurs de nos frères sans leur accorder la paix : qu'on ait du moins compassion de ceux qui restent, qui gémissent jour et nuit, implorant la bonté paternelle de Dieu, et les secours que nous pouvons leur accorder. »

Saint Gyprien termine sa lettre en priant le Pape de lui faire savoir quel est celui qui aura été élu pour succéder à Marcien , afin qu'il connût à qui il devait écrire et adresser les fidèles. Cette lettre peut avoir été écrite la seconde année du pontificat de saint Étienne, c'est-à-dire en 253, avant le commencement des brouilleries entre lui et saint Cyprien, au sujet du baptême des hérétiques. On ignore quelles furent les suites de cette grave affaire. Mais si le novatianisme ne fit pas plus de progrès dans les Gaules, on en fut redevable au zèle des évêques qui s'élevèrent avec tant de courage contre un de leurs confrères. On ne trouve pas Marcien dans les dyptiques de l'Église d'Arles : si on l'y avait mis, on l'en aura ôté à cause de son schisme.

Les derniers mots de la lettre de saint Cyprien nous paraissent suffisamment indiquer qu'à cette époque, non-seulement Tévêque d'Arles était métropolitain, mais encore primat, puisque c'était à lui, de préférence aux autres évêques des Gaules, que devaient être adressées les lettres formées (litterœ formats) pour sauvegarder la communion et l'unité. Du reste , s'il n'avait pas été décoré de cette prérogative, il aurait été fort inutile de recourir à l'autorité du Pape pour la déposition de Marcien. Celle des évêques des Gaules eut été suffisante.

L'histoire ne nous a point transmis le nom du successeur qu'on donna à l'évêque d'Arles déposé. Mais on peut, avec quelque vraisemblance, conjecturer que ce successeur ne fut autre que saint Victor, martyrisé quelques années après.

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